CHAPITRE SEIZIÈME
Relations dés moines avec le dehors.
Relations avec les familles. — Raisons de voyages, — Préparatifs des voyageurs. — Règles à suivre en voyage, — Retour au monastère. — Relations avec les voisins, les passagers. — L'hôtellerie. — Le service des pauvres.
moine est par profession un solitaire. La demeure qu'il habite en la compagnie de ses frères doit lui fournir une retraite, loin de tout ce qui serait de nature à troubler le calme de son existence et à le détourner de sa fin. Elle est distribuée de telle façon que la communauté n'a aucun rapport direct avec l'extérieur. Cette solitude s'observe même sous les murs et dans l'enceinte d'une ville populeuse. Les religieux trouvent de quoi s'occuper dans le monastère et son enclos. Ils n'ont généralement aucun motif de sortir. Ce monastère et cet enclos sont difficilement accessibles aux séculiers. Les moniales sont d'ordinaire soumises en cela à des prescriptions plus rigoureuses. Si les moines ouvrent aux hommes quelques parties de leur habitation, l'hôtellerie par exemple, ils en écartent les femmes avec le plus grand soin. Les convenances l'ont de tout temps exigé. Mais les infractions à cette règle sont toujours possibles. Aussi les Pères du concile d'Autun ont-ils cru devoir la renouveler. Ils ont profité de cette circonstance pour rappeler aux religieux la prudence qu'ils doivent
RELATONS AVEC LE DEHORS. 5l7
observer dans toutes leurs relations avec les femmes ^ Quelques abbés montrèrent sur ce point une grande sévérité ; ils ne leur permettaient même pas l'entrée de leurs églises.
Cette séparation n'est pas une rupture complète avec les vivants. Les frères peuvent conserver au fond de leur âme un profond attachement pour leur famille ; les relations avec elle ne leur sont pas interdites, saint Benoît le suppose ^. Les disciples de saint Colomban obtiennent parfois l'autorisation d'aller visiter leurs parents chez eux ; l'abbé Attàle de Bobbio le permet au moine Jonas ^. On leur interdit, comme par le passé, d'accepter auprès des leurs aucun titre pouvant entraîner une responsabilité même morale, tel que serait celui de parrain *. Il n'y a rien à dire ici des rapports fréquents que les abbés, les cellériers et d'autres officiers encore entretiennent avec les voisins du monastère dans l'exercice de leurs fonctions. La séparation du monde ne pèse pas tellement sur les autres moines qu'ils ne puissent un jour ou l'autre franchir leur clôture et se mêler pour un temps plus ou moins long aux séculiers. Mais ils ne le font jamais d'euxmêmes. C'est ce qui les distingue des professionnels du vagabondage monastique. Ils tiennent au reste beaucoup à ne pas être confondus avec eux. Leur dignité l'exige.
' Ut nullus familiaritatem extranearum mulierum praesumat habere, et qui inventas fuerit, severius corrigatur. Ut mulieres in monasterio monachorum nuUatenus ingrediantur. Concilium Leodegarii, can. lo, Maassen, 221.
^ Régula S. Benedicti, liv.
^ ]oT^ AS, Vita S. Columbani, 117.
* Ut compatres nullus eorum audeat habere. Concilium Leodegarii, can. 10, 211. Yoit Régula S. Donati advirgines, liv, Holstenius, IU, 107.
5lB MOINES MÉROVINGIENS.
Le moine peut donc voyager, lorsque son abbé lui en donne l'ordre ou la permission. Les intérêts du monastère, un apostolat à exercer, un pèlerinage, voilà les raisons qui motivent le plus ordinairement ces sorties. Les abbés des monastères influents sont parfois tenus de se rendre au palais du roi et aux assemblées publiques, afin d'obtenir des privilèges nouveaux et la confirmation des privilèges anciens, et pour défendre les droits de leurs communautés. Ils envoient des religieux veiller sur les domaines éloignés. D'autres relations d'affaires imposent des déplacements. Des moines fort mêlés à la vie religieuse ou politique de leurs contemporains reçoivent des missions qui entraînent de longs voyages. Les évêques leur confient quelquefois des messages. C'est ainsi que Didier, évêque de Cahors, charge un abbé de son diocèse de porter une épître à l'évêque de Trêves, Modoal \ et un moine inconnu d'en remettre une autre à Abbon, évêque de Metz *. L'absence complète de tout service de poste organisé force de recourir souvent à ces moyens. Ces excursions monastiques n'ont pas laissé toutes une trace dans l'histoire ; mais on en connaît suffisamment pour entrevoir ce qu'elles ont pu être.
Quand le religieux doit faire une courte absence, qui ne va point au delà d'une journée, tout se passe fort simplement ; il se borne à solliciter, avec la permission , la bénédiction et les prières de son abbé, en sortant et au retour ^. Il lui est, dans ce cas, formellement interdit
1 s. DEslD^Eml Epistola vu, da.ns Ejiistola Merov. et Karol. avi. I, 196-197.
2 Id., epist. IX, 198.
3 Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 223.
RELATIONS AVEC LE DEHORS. 5ig
d'accepter chez un séculier la moindre nourriture, sous peine d'excommunication, à moins que l'abbé ne lui ait au préalable donné la permission de le faire '. Le Maître est moins exigeant ; le moine, avant de sortir, prend les instructions de son abbé, k Que faire, seigneur père, si la personne chez qui vous m'envoyez ou toute autre a la charité de m'inviter à dîner, et surtout si elle recourt au serment pour vaincre ma résistance ? » Si l'invitation lui vient d'un religieux, il l'accepte simplement, sauf les mercredis, vendredis et samedis; il ne peut accepter, ces trois jours, qu'après une seconde invitation. Quand l'invitation vient d'un séculier, ces mêmes jours elle n'est acceptable que s'il l'accompagne d'un serment, conjurant le moine au nom de Dieu et de ses saints de lui faire ce plaisir. Lorsque ce séculier est un saint homme, une sorte de moine laïque, auquel la tonsure fait seule défaut, on agit avec lui comme avec un religieux. Il est, en outre, des circonstances qui affranchissent le frère des sévérités de la règle. L'abbé ne peut pas le condamner à ne rien manger avant son retour, s'il rentre tard, longtemps après le repas de la communauté ^.
Celui qui doit entreprendre un long voyage est soumis à d'autres précautions. 11 lui faut faire ses préparatifs. Le cellérier lui donne des provisions et l'argent nécessaire pour couvrir les frais de route. Il reçoit du vestiaire une paire de culottes et un habit neuf, ou tout au moins plus propre que celui dont il est habituellement
1 Régula S. Columbani, 221. Régula S. Benedicti, li.
2 Régula Magistri, lxi, Holstenius, II, 413-414.
revêtu. Il est rare qu'il parte sans avoir un compagnon. Les abbés et les moines qu'on pourrait qualifier de personnages ont quelquefois toute uiie escorte, surtout quand le voyage est long et lorsqu'il se fait à travers des pays inconnus. En somme, les préparatifs varient avec la longueur et la nature du voyage, le nombre et la qualité des voyageurs.
Le moment du départ arrivé, le frère et ses compagnons, à genoux dans l'oratoire, sollicitent les prières de la communauté K Le Maître leur fait réciter ce verset d'un psaume : Vias tuas Domine notas fac mihi, et semiias tuas edoce me, ou encore, Perfice gressm meos in semitis tuis; ut non moveantur vestigia mea *. Ils ont en effet grand besoin de la protection divine contre les dangers de toute sorte qui menacent les corps et les âmes le long des chemins. Aussi ceux qui restent au monastère les recommandent-ils au Seigneur chaque jour et à tous les offices. Saint Benoît met cette recommandation à la fin de la prière liturgique ^ .
La plupart du temps, le voyageur, qu'il soit seul ou qu'il ait un compagnon, va à pied, son bâton à la main et une besace sur les épaules ^. Il cherche à rejoindre les groupes de voyageurs, quand il en rencontre ; leur compagnie diminue d'autant l'insécurité des routes et le met à même de se procurer plus aisément le nécessaire. Force lui est bien de partager alors l'existence de ces caravanes. Il s'en écarte de temps en temps pour
' Re^rula S. Benedicti, lxvii, Jonas. Vita S. Columbani, 70. ^Régula Magistri, lxvi, 417.
*•* Régula S. Benedicti, ibid.
* Régula Magistri, iJXXix., 427.
réciter les psaumes des heures régulières. On donne quelquefois au voyageur une monture, cheval ou mulet ; il en est qui, par modestie et pauvreté, préfèrent un âne ' , qu'ils chargent de leur besace ; on les voit tantôt le suivre à pied et le stimuler avec un bâton, tantôt se reposer en l'enfourchant. Durant ces courses, le religieux observe dans la mesure du possible les prescriptions de la règle. Mais ce ne lui est pas toujours facile. On lui laisse en cela une certaine latitude, sauf pour la psalmodie ; il doit se conformer aux heures traditionnelles. La marche lui tient lieu de travail manuel; les moments qu'il est contraint de donner au repos pendant la journée peuvent être avantageusement employés à la lecture ; on lui donne pour cela un livre de petit format *.
Il prend ses repas le long des routes, quand il ne rencontre ni monastère ni maison hospitalière ni auberge. Le Maître, qui fournit sur les voyages monastiques des détails très circonstanciés, lui prescrit d'observer pendant l'hiver les jeûnes du mercredi, du vendredi et du samedi ^, et même de ne manger qu'à la. tombée de la nuit. Mais il prévoit les raisons qui peuvent légitimer une dispense : la charge que le religieux porte, la difficulté des chemins en pays de montagnes, la rigueur du froid, en un mot tout ce qui, d'une manière ou d'une autre, occasionne une grande fatigue'*.
^ La plus ancienne vie deS, Riquier, dans Analeota Bollandiana, XXII, 189.
* Si vero in viam longiorem dirigatur, codiculum modicum cum aliquibus lectionibus de monasterio secum portet, ut quavis hora in via repausaverit. aliquantulum tamen légat. Régula Magistri, lvii, 410.
^ Il n'a rien à dire de ceux du carême, obligatoires pour tout le monde.
* Ibid., Lix. 412.
Plusieurs récits hagiographiques conservent le souvenir de quelques voyages d'abbés ou de personnages monastiques, qui ont tout un cortège avec eux. |©nas raconte le pèlerinage de saintBeMuAfe^î^ome. Il était au nombre ées compagnons. Tout avait été si bien prévu pour cette excursion pieuse, que Ton put au retour dresser une tente, en pleine campagne, et ménager un abri et un repos au saint abbé, que dévorait une fièvre maligne ^ Lorsque saint Bonnet, l'ancien évêque de Clermont, devenu moine de Manlieu, voulut faire ce même pèlerinage, il prit avec lui toute une suite de moines, et de serviteurs ^. Rien ne leur manquait en prévision des surprises durant une aussi longue absence. Les voyageurs utilisent, quand ils en ont la faculté, les anciennes voies romaines et le cours des fleuves. Ils peuvent alors se servir de chars ou de bateaux et organiser même des transports considérables.
Le moine, surtout quand il va seul, prend une précaution que la conduite scandaleuse des gyrovagues a rendue nécessaire. Son abbé le munit d'une lettre, par laquelle il le déclare dans l'obéissance et le recommande aux évêques, aux abbés et aux fidèles. Ceux qui verront cette lettre sauront immédiatement à qui ils ont affaire. Cette mesure intéresse l'ordre public, en rendant le métier d'escroc plus difficile à exercer. C'est pour ce motif que les conciles du VIP siècle interdisent aux évêques et aux abbés de laisser les clercs et les moines entreprendre un voyage sans
^ JoNAs, VitaS.Columbaniy 145-146.
Vita S. Boniti, Mabillon, III, I, 84-86.
ce passeport ecclésiastique; l'hospitalité chrétienne doit être refusée à ceux qui en sont dépourvus ^ On ne tarde guère, pour faciliter l'application de ces règlements, à préparer des formules officielles, qu'il suffit de transcrire et de signer *. Muni de son certificat, le religieux peut aller sans crainte ; la porte des monastères s'ouvrira toute grande devant lui, il pourra même modifier son itinéraire pour jouir des avantages de leur hospitalité fraternelle. Les évêques et les clercs se feront un devoir de l'héberger. Les familles chrétiennes, si nombreuses dans l'aristocratie galloromaine et fran que, le recevront sous leur toit comme un envoyé du ciel. Les veuves, qui consacrent leur isolement au service du Seigneur et de son Eglise, aiment à lui prodiguer les soins les plus attentifs ^. Saint Colomban désire qu'on se montre très réservé avec elles ; il défend de passer la nuit dans leurs maisons *.
^ ut nuUus clericum alterius absque litteras episcopiaut abbatissui prsesumat recipere nec monachi sine sacris aut litteras, ut diximus, per patrias yacare aut discurrere prsesumant. Concilium Latunmse, can. 7, p. 218. Ut nuUus monachum alterius sine comitatum abbatis sui vel litteras comendaticias suscipere prsesumat. Ibid., can. i3, 219. Ut in civitatibus errare non in veniantur (monachi). Quod si causa utilitatis monasterii cum litteris abbatis sui ad archidiaconum civitatis scriptis dirigantur. Concilium Leodegarii , can. 6, p. 221.
2 Marculfe en donne dans son recueil une par laquelle un abbé recommande à un autre abbé un moine voyageant pour le service de son monastère, II, 48, Pat; Lat., LXXXVII, 754. Il en donne trois autres relatives à des pèlerinages. Ibid , 49-5i, 755. Zeumer, 104-106. Voir dans les lettres de saint Didier de Cahors celle par laquelle il recommande un de ses prêtres allant en Espagne ; elle est adressée aux évêques, aux abbés, aux comtes, aux tribuns, aux défen" seurs, à tous les officiers civils et laïques, avec lesquels il pourraitavoir affaire. Epistolce Merov. et Karol.avi, I, 200-201.
3 Vita S. Filibtrti, Mabillon, II, 788.
* Régula S. Columbani, x. Pat. Lat., LXXX, 222.
Les prêtres séculiers et les laïques exercent l'hospitar lité comme bon leur semble ; aucune règle ne vient leur tracer une ligne de conduite; L'Evangile leur suffit. Il en va tout autrement dans les monastères. Les législateurs ont tout prévu. Le moine voyageur est reçu comme un messager de Dieu, un autre Christ. On va au-devant de lui ; après une courte prière, il est admis au baiser de paix. La première visite est pour l'oratoire. On lui donne ensuite tout ce qui lui est nécessaire. L'abbé et les religieux se réunissent pour lui laver les pieds. Ils peuvent devancer l'heure régulière du repas, si la fatigue ne lui permet point d'attendre, et manger avec lui. On le garde aussi longtemps qu'il le désire. Pendant son séjour, le frère étranger se mêle à la vie commune. L'abbé s'entretient avec lui et sollicite discrètement ses remarques et ses critiques sur ce qu'il aperçoit dans la maison ^ Comme le besoin qu'il a de continuersa route empêche le pèlerin de s'attarder, il repart le plus tôt possible.
Au terme de son voyage, le moine sollicite de nouveau la bénédiction de son abbé et les prières de tous, pour obtenir le pardon des fautes qu'il lui est arrivé de commettre. Ces prières se renouvellent à la fin de tous les offices de la journée. Pendant ce temps, il se tient prosterné au milieu de l'oratoire ^. Le Maître lui fait dire ce verset : Introivimus in tabernàctdum ejus, adoravimus in loco ubi steterunt pedes ejus ; après ces oraisons, il embrasse l'abbé, les chefs de décade et tous les frères ^.
1 Régula S. Benedicti, lui, lxi. Régula Magisiri, lxv, lxxii, lxxviii, 417-426.
2 Régula S. Beuedicti. Lxvii.
3 Régula M agistri, lxvi, jlxvii, 417-418.
On lui interdit sévèrement de rapporter au dedans ce qu'il a pu voir ou entendre au dehors . \ surtout si cela est de nature à troubler les esprits et à causer quelque scandale *.
Les voyages ne sont pas le moyen le plus ordinaire par lequel les moines communiquent avec l'extérieur. Le fonctionnement normal de la vie amène un échange continuel de rapports entre une communauté et les familles qui l'entourent. Si le moine est un solitaire j soii monastère n'est pas un isolé dans la société; Il s'y fait une place, et c'est celle d'un être qui vit. Ces relations, faites de services incessants, échappent aux constatations de l'histoire. Elles sont cependant dans la force même des choses. On devine leur importance et leur étendue autour des abbayes riches et nombreuses. Les agriculteurs et les artisans sont les premiers qui en retirent des avantages moraux et matériels. Un homme d'État, devenu sur ses vieux jours fondateur de monastère et moine lui-même, Gassiodore, entrevit tout ce qu'il convenait de faire pour rendre efficace cette action des communautés religieuses.
L'hôtellerie, qui est le complément indispensable de tout monastère, organise dans la clôture elle-même les relations du moine avec le séculier. Par elle, les communautés remplissent en quelque sorte une charge publique et une fonction sociale, à une époque où l'hospitalité commerciale n'existe pour ainsi dire pas. Mais elles l'envisagent bien différemment. C'est tout
' Régula Magisiri, lxviii, 418.
- Régula S. Columbani, x. Pat. Lat., Lxxx, 221.
simplement à leurs yeux l'exercice de l'une des vertus chrétiennes les plus recommandées par les divines Écritures et par les exemples des saints. Les petits monastères, nombreux dans les campagnes, s'en acquittent avec simplicité. Les quelques frères qui les habitent s'y emploient de leur mieux et mettent ce qu'ils ont au service de leurs hôtes. Les abbayes, sagement, établies suivant les prescriptions de saint Benoît, de saint Colomban ou du Maître, l'exercent avec une certaine grandeur. Elles ont un bâtiment spécialement disposé près de la porte avec une cuisine, un réfectoire et un dortoir, garni de bons lits. Ceux qui arrivent sont reçus avec un religieux empressement par l'abbé et les moines. Une antique tradition recommande de leur laver les pieds. Des prières et des lectures saintes communiquent à cette réception un caractère surnaturel. Des cuisiniers, plus habiles que les servants ordinaires de la table monastique, préparent leur repas ; on veille à ne les laisser manquer de rien. Les pauvres et les pèlerins sont l'objet d'une attention particulière. Le cellérier tient à ce que tous soient convenablement traités \ Quelques monastères de la région de Meaux et de Paris témoignent un vif intérêt aux Bretons qui traversent le pays en se rendant aux tombeaux des saints Apôtres. Saint Ouen et saint Ayle l'ont enseigné à leurs moines de Rebais ^. Les moniales de Chelles,avec sainte Bathilde et sainte Bertille, suivent
^ Rigula S. Benedicti, lui. Régula Magistri, xxiv, xxvi, 372, SyS ; lxxi, lxxii 420-421 ; Lxxvin, Lxxix 424-427. Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 219.
2 VitaS. Agili, Mabillon, II, 3 10.
ces exemples ; mais elles se déchargent pratiquement des soins de Thospitalité sur les frères attachés au service de leur maison ^
Lss pensées religieuses dont ils sont animés n'empêchent pas les abbés d'ouvrir les yeux sur les abus que cette présence des étrangers risque d'entraîner avec elle. Ils ne leur permettent point de parler à n'importe quel frère. Ceux qu'ils aborderaient indûment doivent leur répondre par un salut respectueux. Cette loi du silence est une barrière prudente. Elle ne suffit pas toujours. Comme il peut sç glisser parmi les hôtes des fainéants, enchantés de vivre aux dépens d'autrui sans rien faire, et des voleurs qui cherchent un moyen facile d'exercer leur profession, le Maître prend contre les uns et les autres des mesures très sages. Les étrangers qui prolongent leur séjour au delà de quarantehuit heuies sont contraints de travailler ; cela suffit pour écarter les paresseux ; une surveillance active est exercée pour déjouer les perfidies des larrons.
Les pauvres sont les hôtes préférés du moine. Les saints abbés et les saintes abbesses donnent l'exemple de cette charité ; leurs biographes le reconnaissent avec une unanimité touchante. Sainte Gertrude de Nivelles, qui réclamait comme un privilège la charge de les servir, veut que les abbesses suivent toutes son exemple. L 'assistance des pauvres fait partie de leurs attributions au même titre que le gouvernement des moniales ". Saint Benoît les recommande aux soins de l'hôtelier et
^ Vita S. BertiîtB. Mabillon, IU, ii, i8, 21. 2 Viia S. Gertrudis. Script, rer. Merov., II, 458.
du cellérier. Tous ne séjournent pas au monastère. Beaucoup se. contentent de venir à la porte solliciter un secours, qui ne leur est jamais refusé. Saint Philibert a la délicatesse de leur réserver ce dont il se prive à table '. Le travail de chacun fournit à la maison de quoi soulager ces . malheureux. Les bienfaiteurs, au reste, songent à eux, lorsqu'ils dotent les monastères *. Les voyageurs, surpris en route par la maladie, et les infirmes délaissés, excitent la pitié de quelques saints abbés. Ils instituent pour eux, auprès de leurs monastères, des hospices desservis par leurs moines. La reine Brunehaut a déjà fondé, vers la fin du siècle précédent, un de ces hôpitaux monastiques dans la ville d'Autun. Ils se multiplient pendant le VIP siècle. Saint Ouen en établit un auprès de Tabbaye de Rebais où l'abbé saint Ayle se plaît à soigner lui-même les malades ; son biographe raconte qu'il transporta un jour sur ses épaules le Christ sous la forme d'un pauvre couvert d'ulcères ^. Saint Leufroid, saint Magnobode, saint Ansbert créèrent des institutions semblables. Ce dernier commença par un hospice pouvant contenir douze malades : il fut bientôt insuffisant. L'abbaye de Fontenelle vit alors s'élever deux nouvelles maisons destinées chacune à huit pauvres, qui devaient assister aux offices et prier le Seigneur pour l'Eglise et le peuple chrétien ^. Les moines faisaient tous lés frais de cette assistance. Saint Romaric s'intéressa surtout aux lépreux ; il leur
1 ViiaS. Filiberti. Mabillon II, 787. Régula M agistri xxvi, 378.
^ Formules de Marculfe L, 11, 2, Pat. lat. LXXXVII, 738-729. Zeumer, 74.
8 Vita S. Agili. Mabillon , 3ioII.
* Vita S. Ausberti, dans Analecta hollandiana I, i85.
RELATIONS DES MOINES AVEC LE DEHORS. 52g
prépara un refuge à Remiremont. Il poussait la miséricorde jusqu'à les assister en personne dans tous leurs besoins '. Pendant les séjours qu'il faisait sur la sainte montagne, saint Arnould de Metz aimait à leur rendre de ses propres mains les services les plus répugnants*. Ce ne furent pas les seuls hospices monastiques de la France mérovingienne. On ne pourrait dire s'il y en eut un autour de chaque abbaye. Mais ils furent assez nombreux pour que Marculfe ait cru devoir insérer dans son recueil une formule de fondation ^. Ces établissements avaient des proportions, modestes. On les dotait ordinairement pour douze pauvres en souvenir des douze apôtres. Tous n'étaient point placés dans le voisinage immédiat des monastères. Les fondateurs en attribuaient parfois le service à des clercs sous la dépendance de l'évêque.
^ VitaS. Romarici, Mabillon II, 406.
2 VitaS. Arnulfi, da.as Script, rer. metov. II, 441.
3 M arculfi formula L. III, i. Pat. lat., LXXXVII, 725-727. de Rozières. Recueil général de formules cLXXi, t. II, 717-723. Zeumer, 70-74.