CHAPITRE QUATRIÈME
Le Monastère
Ermites et reclus. — Laures monastiques. — Cœnobium. — Disposition du monastère. — . Son titulaire. — Clôture.
La plupart des moines connus de cette période ont mené la vie cénobitique. C'est la seule dont se soient occupés les législateurs. Il y eut cependant quelques ermites. Leur cellule fut parfois le berceau de monastères importants. Mais ce genre de vie ne semble pas avoir été en grand honneur dans la région qui nous occupe. Faut-il attribuer cette réserve aux appréciations judicieuses des maîtres de l'ascétisme oriental, dont Cassien se fit l'interprète ? L'école ascétique de Lérins ne s'écartait pas de leur sentiment. Césaire d'Arles insistait fort sur la vie commune, source continuelle d'édification, lorsqu'elle a pour base une charité inaltérable ^. « Le religieux, disait Fauste, s'il mène une vie sainte dans une communauté, la réjouit tout entière ; son exemple suffit pour éclairer et édifier plusieurs hommes '^. »
Le besoin d'une solitude complète poussa néanmoins
1 s. Ck.saiee, Sermo ad sanctimoniales, Pat. Lat., LXVII, ii23. ^ FAbs;j , Homilia VII ad inonachos, Pa;. Lai.. L, 849.
quelques âmes vers une retraite plus grande. Elles furent moins nombreuses que dans la France mérovingienne des vi^ et vii^ siècles. A Lérins, on essaya de leur procurer les avantages de l'isolement avec les secours de la société monastique, en disposant, à côté du cœnobium, des cellules distantes les unes des autres où il était possible de vivre en ermite. Plusieurs grands monastères adoptèrent, dans la suite, cette institution ^ La réclusion, si fréquente parmi les solitaires syriens du iv^ et du V® siècle et chez les moines occidentaux du moyen âge, fit de rares adeptes. Grégoire de Tours mentionne Hospitius, dont la cellule et le monastère n'étaient pas éloignés de la ville de Nice. Sa réputation et son influence ne purent égaler le crédit du célèbre reclus viennois, Léonien, qui resta enfermé durant une quarantaine d'années. Sa cellule ne fut pas tellement close qu'il ne réussît à diriger un assez grand nombre de moines et de moniales ^.
Les cénobites établirent leurs monastères tantôt à la ville, tantôt à la campagne. Il y en eut qui apprécièrent les charmes de la solitude. Saint Honorât les préférait à la compagnie des plus saints personnages, que l'on peut fréquenter au sein des cités épiscopales. Les instances affectueuses de Léonce, évêque de Fréjus, qui avait cependant toute son estime, ne l'empêchèrent pas de chercher une retraite dans l'île solitaire de Lérins. Il
1 s. EucHER, Delaude eremi, 42, Pat. Lat., L, 711. Mabillon se demande si même il y avait à Lérins un cœnobium proprement dit. Il incline plutôt à croire que Lérins avait adopté le système des laures ou cellules divisées. Mabillon, Anii. , I, 14.
2 Vita Patrum Jurensium, III, 5, p. i56. Mabillon', Annales, I, 3i-32.
n'y avait pourtant rien alors qui pût flatter les sens. La terre inculte servait d'asile à d'innombrables serpents. Dès que le saint homme y eut mis les pieds, les reptiles prirent la fuite. Le travail de ses disciples transforma cet îlot, qui est devenu l'une des perles de la Méditerranée \ Les moines trouvèrent ce séjour délidieux. Saint Eucher chantait avec enthousiasme les vives satisfactions qu'il procurait à l'âme. « J'appelle le désert le temple illimité de notre Dieu, écrivait-il ; il est certain que Dieu habite le silence et qu'il prend son plaisir dans la retraite. Un homme, dit-on^ demandait à un autre quel pouvait être le séjour de Dieu, déclarant qu'il était prêt à s'y rendre. Celui-ci le conduisit dans un profond désert, et lui montrant la solitude, il lui dit : Voilà le séjour de Dieu. Ce n'est pas sans raison, en effet, que l'on déclare Dieu plus présent là où on le trouve avec plus de facilité ^. » « La foi fixe son siège dans la solitude, écrit-il ailleurs ; c'est le sanctuaire de la vertu et de la charité, le trésor de la piété et de la justice. Rien ne facilite plus la recherche de la perfection ; le silence y revêt des charmes qui séduisent. La sainteté y germe. Nulle part la louange divine n'est mieux placée ^. »
La solitude des montagnes n'était pas moins favorable à la vie monastique. Saint Ferréol, qui le savait, établit son monastère dans une vallée entourée de bois et de collines. Tarnat était situé sur les bords d'une rivière, dans un lieu fort tranquille. Les solitudes du Jura
^ s. HiLAiRE, De vita saiicti Honorati, Pat. Lat.. L, laSy. - S. Eucher. Delaudeeremi, 3, 4, 43, 43, Pat. Lat., L, 702-703, 711-712. 3 Ihid,., 28-4T^ col. 707-710. Cf. Vincent de L"ÉRI^f■^, CommonïtoHum prhnum. Pat. Lat., L, 639.
offrirent aux saints Romain et Lupicin un asile sauvage et austère, bien fait pour eux et leurs disciples. Ils se fixèrent dans une vallée fraîche, dont le sol était propre à la culture. Deux rivières l'arrosaient. Des montagnes, couvertes de bois, la mettaient à l'abri du vent. Les moines y pouvaient vivre en paix ^
La sœur des deux saints habitait dans la même région le monastère de Balme, situé au fond d'une étroite valjée, que cernaient des montagnes escarpées et rocailleuses, percées de grottes ^. ^
Les fondateurs de monastères ne suivirent pas alors de règles architecturales uniformes. Ils s'inspiraient, cela va sans dire, des exigences de la vie religieuse ; mais, il leur fallait aussi tenir compte d'une foule de conditions qui s'imposaient à eux. Ceux qui voulaient dès le début créer une communauté complète, ce fut le cas de saint Césaire et de saint Aurélien, avaient à bâtir un véritable monastère et à le munir de tout ce qui peut faciliter l'observance religieuse. Césaire, qui attachait à cette disposition des lieux une importance capitale, surveilla lui-même les travaux de construction du monastère destiné à sa sœur ^.
Les monastères formés autour de la cellule d'un ermite par l'adjonction des cellules de leurs disciples,; se construisaient petit à petit et d'une manière beaucoup plus ^impje. A Lérins, Honorât commença par faijre cqpstri^ire un. oratoire pouvant réunir tous ses religieux
' Vita Patrum Jureitsium, i, 2, i32-i33.
- Ibid., 9, p. 186. Les groiteo ont valu au lieu ton 1.0m de Balma.
^ Vita S. Ccesarii, I, ?5, p 470.
aux heures de la prière commune ; il disposa auprès de ce sanctuaire des bâtiments très primitifs pour les abriter durant les repas, le sommeil et la lecture ^ Le monastère de Condat débuta plus simplement encore. ' Les Vies des Pères du Jura permettent de suivre pas à pas les développements successifs que les fondateurs se virent contraints de lui donner. Le premier habitant de cette solitude, saint Romain, se contenta d'un modeste tugurium ou cabane, qu'il partagea avec Lupicin, son frère. Les deux ermites apprirent bientôt qu'il leur arriverait des disciples. Leur premier soin fut de leur préparer un gîte. Ils construisirent à cet effet, sur une colline peu distante, un bâtiment bien simple. Ils employèrent les mêmes matériaux que les habitants du pays. Des arbres, coupés dans la forêt, dépouillés de leurs rameaux et de leur écorce, taillés et sciés, formèrent les murailles et la charpente ; on remplit les vides avec des branches. Le monastère se composa de plusieurs pièces bâties sur ce même type ^.
Les saints abbés avaient adopté le système des laùres à cellules isolées. L'incendie qui avait dévoré le monastère primitif de saint Romain, permit à Oyand de donner à un nouvel édifice monastique tout le perfectionneinent que lui suggérait son expérience ^. Il introduisit alors l'absolue communauté de vie du véritable cœnobium, où les frères ne sont jamais séparés les uns des autres, ni à l'oratoire, ni au travail, ni durant le repas.
' s. HiLAiRE, Vtia sancti Honorait, l'at Lat., L, i258.
- Vita Patruni Jiirensium, p. i33.
•' Ibid., p. 162. Ce nouveau monastère fut également ronstmit en hois.
ni en prenant leur sommeil. Il y eut donc un dortoir commun à tous les frères ; on le nommait mansurium ou mansorium. Une lampe Téclairait pendant la nuit. Une autre lampe brûlait constamment dans l'oratoire. Il y avait encore un réfectoire commun, le cellier {cellariolum)^ où l'économe conservait les provisions de vin, de pain et d'huile, et le grenier [spicarium), où étaient entassées les gerbes ^ . Les frères retenus hors du monastère par certains travaux plus absorbants avaient une cellule spéciale ; le tuguriolum du meunier était auprès du moulin ^.
Le monastère, séparé du monde, formait le camp du Seigneur. C'est le nom que lui donnait saint Hilaire d'Arles *\ L'église en était le centre et comme le cœur. Il y avait quelquefois plusieurs oratoires, par exemple à Saint-Jean et à Sainte-Marie d'Arles ; le principal se nommait la basilique. Le saint en l'honneur de qui les fondateurs l'avaient élevée, devenait le titulaire du monastère. Le souvenir plus glorieux soit du fondateur, soit d'un abbé ou d'une abbesse, le fit parfois oublier : à Arles, le monastère de Saint-Jean finit par porter le nom de Sainte- Césarie, et à Marseille celui de Saint-Sauveur fut bientôt connu sous le titre de Saint- Cassien. Le nom de saint Honorât fut attaché à son monastère de Lérins ; celui de saint Oyand, à Condat ; celui de saint Lupicin, à Lauconon. Cet usage devint assez commun en France. La présence d'une relique motivait le choix du titulaire, comme cela eut lieu pour
^ Vita Patnim Jurensmm, p. 164.
2 Ibid ., 141.
^ S. HiL'.aKK, De vita^ancti Honorati, Pat. La'. L, \2Ô-.
Feirréolac. Le fondateur pouvait encore suivre les inspirations de sa piété personnelle ; l'abbé Theudaire fit cet honneur à Notre-Dame, à saint Eusèbe de Verceil et à saint Symphorien ^
Les moines de la Gaule méridionale donnèrent pour la plupart la préférence à cette entière communauté de vie. Les législateurs connus sont unanimes à exclure l'usage des cellules privées. Les religieux prennent tous leur sommeil dans un même dortoir ^, sauf les infirmes, qui en ont un spécial ^. Saint Ferréol concède à l'abbé une cellule à part. Dans son monastère, ainsi qu'à Tarnat, les frères ont pour travailler plus paisiblement une cellule dans laquelle personne autre que l'abbé et le prieur ne peut entrer ^. Il y avait un lit pour chaque moine ^. Saint Ferréol éprouve le besoin de dire que la parenté ou l'amitié ne sauraient être un motif d'en mettre deux dans la même couche. Car, a-t-il soin de déclarer, le religieux doit être seul afin de prier plus à son aise en cas d'insomnie.
Le lit monastique était pauvre et austère. On n'y voyait aucun objet propre à flatter la vanité ou les sens ; les tapis et les couvertures brillantes étaient soigneusement exclus. Saint Césaire donne à ce sujet des prescriptions minutieuses ^. Il veut que la même pau-
^ Adon, Vita sancti Theiidarii, IX, 13, Script, rer. Merov., III, 528-539.
23. CtshiKE, Régula ad virgines, 7, Recapitulatio , 2, Houste.vilts, ITI, 22, 23, 36; Regtila ad' monachos , 3, Holstenius, II, Sg.
3 Ibid.
* S. Ferkéol, Régula, 16, Holstenius, II, 12S. Régula Tarnatensis, 2, ibid., 181. AuRELiANi i?«^M/«, 8, ibid., II, 102 ; III, 64.
^ AvHKLi\T>ii Régula, 33, ibid. II, 106. S. Ferréol, 33, ibid.. iSy-iSS.
" S. CÉSAIKE, Régula ad virgines, 44, ibid., III ,33.
vreté règne dans toute la maison. Il n'y a ni soieries, ni ornements de plume, ni tableau, ni peinture murale, ni broderies, sauf à l'église. Les religieuses ne peuvent même pas en confectionner. Des croix blanches ou noires tissées avec le drap ou la toile sont le seul décor toléré par l'austère fondateur ^
La literie n'était pas moins pauvre chez les moines du Jura. De la paille renfermée dans une toile grossière et une peau d'animal leur servaient de couche ^. C'était encore trop pour Lupicin. Il passait les nuits à l'église ; quand le sommeil le gagnait, il prenait sur un banc quelques instants de repos ^. Ceux qui, durant les travaux de l'été, avaient besoin de faire la sieste, se couchaient sur la terre nue. L'abbé Oyand dormait au pied d'un arbre, comme un vulgaire cultivateur. Son biographe nous le représente se frottant le visage avec les mains pour dissiper l'engourdissement du sommeil ^.
Saint Césaire, qui imposait aux moniales une clôture rigoureuse/ dut construire son monastère de telle sorte que les relations avec l'extérieur fussent rares et difficiles. Il avait, dans une première construction, laissé plusieurs ouvertures. Il nomme celles d'un ancien baptistère, d'une salle commune, de l'atelier de tissage et d'une tour attenante à la muraille du verger. C'était beaucoup trop ; l'expérience se chargea de le montrer. Le prudent évéque ordonna de les fermer et interdit de les rouvrir à tout jamais. Les religieuses étaient invitées
' s. Césaire, Régula ad virgines, 44, p. 34.
2 Vita Patrum jfuyensium, III, 5, p. 1 55 ; II, 6, p. 146.
•^ Ibid., II, 2, p, 144.
* Ibid., 111, i5, 16, p. i6(.i-i6i.
par lui à s'opposer de toutes leurs forces aux évêques ou aux personnages qui essaieraient de revenir sur cette défense ^ Une seule porte devait suffire, celle de l'église. Elle était fermée la nuit, au milieu du jour et durant les repas. L'abbesse retenait alors les clefs auprès de sa personne ^. Le monastère se trouvait ainsi clos de toutes parts. Les religieuses avaient sous la main ce qui leur était indispensable. De vastes citernes conservaient pour leur usage les eaux pluviales^.
Les conversations avec les personnes du dehors avaient lieu dans un appartement séparé du monastère proprement dit et voisin de l'oratoire. On en faisait peu de cas, au sein de la communauté, puisque les religieuses coupables d'une infraction à la règle y étaient renfermées *. Dans ce parloir, et à certaines heures de la journée seulement, les moniales recevaient les visites des membres de leur famille, et cela toujours en présence d'une ancienne ^. L'abbesse elle-même ne pouvait y aller sans être accompagnée de deux ou trois sœurs ^. Césaire recommandait cette réserve surtout avec les hommes. Les religieuses ne les recevaient qu'en cas de nécessité ; et encore ne les admettaient-elles que si l'âge et la vertu écartaient de leur personne jusqu'à l'ombre d'un soupçon. Le caractère sacerdotal ou monastique d'un visiteur n'était pas une raison de négliger cette
' s CÉ3AIKE, Régula ad virgines , 19, H^lstenius III, 41.
^ Ibid., Récapitulât io, 9. p. 37.
^ Vita S. Ccesarii, I. If, 26, p. 494.
* S. CèsAlRE, Régula ad virgines, 14, Holste^ius. III, 39-40.
« Ibid , 37, p 32
"^ Ibid . 35. p. 3i.
prudence conseillée par la règle. Ces précautions inspirent aux fidèles une haute idée de la dignité virginale et un profond respect pour celles qui en sont revêtues. Césaire ne l'ignorait point. Il a dit toute sa pensée sur ce sujet dans des lettres pleines de sagesse, où l'on est heureux de trouver l'esprit qui anime le droit ecclésiastique. C'est la prudence des saints ' .
Les hommes ne pouvaient franchir la clôture du monastère. L'accès de l'église leur était même interdit. L'évêque et ses clercs avaient seuls la permission d'y entrer pour le service liturgique. On exigeait que les assistants du pontife fussent sortis de la jeunesse. Si des travaux urgents rendaient indispensable la présence de quelque ouvrier, leprovisor de la maison le devait accompagner ; il n'entrait pas lui-même sans être escorté par l'abbesse ou une ancienne. Les femmes étaient traitées avec la même rigueur ^. Les règlements auxquels saint Aurélien soumet les moniales dans leurs relations avec les séculiers sont inspirés par les mêmes sentiments de réserve ^.
Les moines observaient une clôture non moins sévère. Saint Césaire interdisait formellement l'entrée de leurs monastères aux personnes du sexe "*. Saint Aurélien, qui adopte cette mesure, a soin de spécifier qu'il ne doit être fait aucune exception, pas même en faveur d'une mère ^.
^ s. Césaire, Epistolœ i-n, ad Ccesariam abbaiissam. Pat. Lat. LXVII, ii28-ii3o.
2 Id., Régula ad virgines, 33, 34, HolsjThnius, III, 3o, 3i. Cf. Concil. Epaonense, can. 38 (5i7), éd. Maassen, p. 28.
3 AuRELiANi Régula, 14, i5, Holstenius, III, 65. Aucun homme ne pouvait entrer dans la maison des moines, id., 14, 16, I, io3.
* S. CÉsAiFE, Régula ad monachos, 11, Holstenius, II, go.
^ AuRELiANi Régula, i5, ibid., t. II, io3. '
Saint Ferréol, partisan, lui aussi, de cette clôture, n'autorise les entretiens d'un religieux avec une femme, que si l'abbé les juge nécessaires ; et alors il faut lui rendre compte de tout ; deux témoins assistent à la conversation \ et cela quand un religieux reçoit la visite de sa mère ou d'une sœur ^. Les moines du Jura ne permettaient jamais aux femmes l'accès de leur église et à plus forte raison du monastère ^.
Les moines et les moniales de cette époque portèrent la séparation d'avec le monde aussi loin que possible. De tous leurs législateurs, saint Césaire et saint Aurélien sont ceux qui en poussèrent le plus loin la pratique. Ils imposèrent une clôture qui se rapproche beaucoup de celle prescrite par le concile de Trente. Tout y est, sauf les grilles. Une fois professes, les religieuses ne peuvent plus franchir la porte du monastère. Elles sont enfermées pour le reste de leur vie. Cette réclusion leur a valu le nom de retrusœ ou reclusœ ^. Aurélien fit de cette retraite absolue un point essentiel de sa règle tant pour les moines que pour les moniales ^. On restreignait beaucoup dans ces monastères les relations même spirituelles avec le dehors. Les correspondances étaient soumises à l'autorisation et au contrôle de l'abbé et de l'abbesse.
La réserve qui s'imposait aux religieux dans leurs
^ Ferreoli Régula, 4, ibîd. t. II, 122. Le parloir doit être assez éloigné de l'habitation des frères pour que le bruit des conversations ne leur cause aucun trouble.
* Régula Tarnatensis, 4, ibid., II, 182.
' Gregorii Liber vitœ Patrum, 1. VI, p. 66.
* VitaS, Casarii, 1. I, 35, p. 470. Régula advirgines, I, recapitulatio, Holste- Nius, III, 21. 36.
* AuRELiANi Régula, Holstenius II, ici ; III, 63.
8o MOINES GALLO-ROMAINS.
rapports avec les personnes du sexe différent les empêcha de construire les monastères d'hommes dans le voisinage des monastères de femmes. Ils écartaient ainsi des soupçons que le peuple grossier est généralement trop porté à croire. Les Pères du concile d'Agde donnèrent à cette mesure de prudence force de loi ^ . Les jeunes moines ne pouvaient se présenter au parloir des moniales que pour visiter une parente ^. Les moniales ne pouvaient pas se suffire à elles-mêmes ; les nécessités de la vie et les besoins de leurs âmes ne leur permettaient point de vivre sans le secours des prêtres et de quelques hommes dévoués. Saint Césaire leur donna un provisor ou procureur qui, sous la direction de l'abbesse, veillait à l'administration temporelle de la communauté. Ge devait être un homme d'un certain âge et d'une vertu éprouvée. On n'était pas moins exigeant pour les clercs chargés du service liturgique^.
Tous les monastères de cette époque ne pratiquaient pas la réclusion avec autant de rigueur. Dans la plupart, il était permis aux frères d'entreprendre un voyage toutes les fois que le service de la maison ou un motif grave le nécessitait ^. On était moins exigeant à Tarnat ; les moines pouvaient aller voir leurs parents et assister à une fête religieuse. L'abbé donnait au voyageur un
1 Monasteria puellarum lon^iiis â monasteriis monachorum, aut propter insidias diaboli aut propter allocutiones hominum, collocentur. Concilium Agathense, can. 28, Labbe, V, 526.
^ Concilium Epaonense, ca.n. 38.
^ S. Césaire, Régula ad virgines, 33, Holstenius, III, 3i. L'évêque laissait aux moniales le choix de leur provisor et du prêtre chargé de desservir leur église.
* Ferreoli Régula, 20, Holstenius, II, i3o. Le voyageur devait obtenir là permission de l'abbé et rentrer le plus vite possible.
LE MONASTÈRE. 8l
compagnon de route ; ils se rendaient droit au but assigné, et à leur retour ils ne se permettaient aucun récit qui fût de nature à malédifier ^ A Grigny et à Condat, les moines ne sortaient jamais seuls ^. Quelle que fût la longueur de la route, les frères du Jura allaient toujours à pied, sans autre secours que le bâton des voyageurs pauvres. On ne les vit jamais se servir d'un âne ou d'un cheval "^ Il leur fallait parfois entreprendre des courses très longues par des chemins peu sûrs. Le biographe a conservé le souvenir des inquiétudes causées par le retard d'un frère qui était allé renouveler la provision de sel ^.
1 Régula Tarnatensis, 2, 3, 12, i3, Holstenius, 181-187.
2 Vita abbatum Agmmensium, 2, 4, Script, rey, Merov., III, 176-177, Vita Patrum Jurensitim, III, 4, ibid., p. i55.
3 Vita Patrum jurensium, II. i5. p. i53.
*Ibid., III, 17, p. 162.