‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 9 sur 78 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Le recrutement

Les ascètes. — Mobiles de la vocation cénobitique. — Enfants et esclaves. — Noviciat. — Profession. — Costume monastique. — Stabilité.

Ces monastères avaient toute une population d'hommes ou de femmes qui voulaient réaliser dans leur existence l'idéal de la perfection évangélique ; suivant la belle expression de Salvien, que saint Benoît rajeunit, ils militaient en l'honneur de Dieu ^ L'abstinence, les jeûnes prolongés, là patience, le pardon des injures, l'amour des ennemis et la pratique de la chasteté, convenaient à leurs nobles aspirations *. Dans le langage de l'époque, le chrétien par ces vertus professait la religion.

On pouvait, sans entrer au monastère, mener cette vie parfaite. Il n'était pas rare de trouver au milieu du monde des hommes qui rivalisaient en cela avec les moines ^. Ils continuaient ainsi les pieux ascètes des premiers siècles de l'Eglise. Nous connaissons plusieurs saints personnages qui ont vécu de la sorte : saint Honorât, avant sa longue pérégrination qui eut Lérins

1 Deo militans. Salvien, Timothei ad Ecclesiam, 1. II, 4, p. i33, éd. Halm,

2 Ibid., 5, p. 134.

^Id., 1. II, 4, 7. P- i33, i36.

pour terme, et son frère Venance ^ ; saint Césaire, pendant qu'il fut à Chalon sous la conduite de Tévêque Silvestre ^ ; saint Theudaire, durant son séjour auprès de Césaire d'Arles ^. Ily avait eu déjà quelques ascètes célèbres à Arles et dans le midi de la Gaule romaine. De ce nombre fut Félix, qui, après avoir rempli les fonctions de patrice et de préfet du prétoire, trouva près de l'évêque Léonce une retraite monacale '^. Il faut encore nommer l'ancien rhéteur Julien Pomère, à qui Fauste traça une ligne de conduite fort sage ^.

Les ruines accumulées par les invasions barbares, et le trouble que causa l'effondrement de l'empire romain, multiplièrent parmi les esprits les plus cultivés ces aspirations vers une vie parfaite. Tel fut le poète Paulin, fils d'un préfet du prétoire, et petit-fils de consul. Après la perte de sa fortune, il erra de divers côtés, a la recherche de la paix et d'un asile. Un seul désir le soutint au milieu de tant de malheurs, celui de la vie monastique. Mais impossible de le mettre à exécution. Comment, lui objectaient les sages, abandonner dans la misère famille, mère, belle-mère, épouse ^ ? D'autres, sans être réduits à pareille extrémité, professaient la religion parfaite et méritaient le titre de saints, même dans les liens du mariage. Afin d'établir en leur âme d'une manière absolue le règne de Dieu, ils prati-

^ s. HiLABllS^rwo de vita sancti Honorati, Pat. Lat., L, I25i-i258. 2 Vita sancti Ccesarii, 1. I, 4, 5, p. 458, 459. ^ Ado, Vita sancti Theiidarii, 1-7, p. 526, 527. ■• Cf. Histoire littéraire delà France, éd. Palmé, II, ôSg-ôôi. * Fausti Epstolawi, Vienne, 195-200.

" Histoire littéraire delà France, 11, 366.

quaient la continence ; ils consacraient au service divin leurs personnes et leur fortune ; c'était l'Eglise qui, à leur mort, héritait de leurs biens K

Mais la grande majorité des fidèles qui voulaient embrasser la vie parfaite émigraient dans les monastères. On trouve sous la plume des écrivains ascétiques de l'école de Lérins l'expression des sentiments qui les animaient. C'était d'abord l'amour de Dieu ; puis l'espérance de vivre au monastère dans un camp pacifique où ils pourraient plus aisément, non pas jouir d'un repos dissolvant, mais livrer aux vices une lutte salutaire ; la volonté de pratiquer les maximes de la perfection évangélique, l'espoir d'échapper aux troubles et aux agitations du monde, de fuir l'enfer et de gagner le ciel. Le monastère était pour eux un port de salut ^. Les circonstances douloureuses qui affligèrent au v= siècle cette partie de l'ancienne Gaule romaine, exercèrent une influence sur le courant des vocations monastiques. Quand rien n'est tranquille sur terre, les hommes cherchent en Dieu leur sécurité. L'aristocratie, gagnée depuis longtemps au christianisme, plus atteinte aussi par les bouleversements sociaux, était prête à marcher dans cette voie ; aussi fournit-elle des vocations nombreuses. Ce ne furent pas les seules, mais elles sont les plus connues. Les biographes ne manquent jamais l'occasion de signaler, quand il y a lieu, la noble origine de leurs héros.

^ Salviani 0^. cii., 1. II, 4, p. i33-i36.

2 Vincent. Lirin. Commotiitorium primiim, Pat. Lat., L, ôSg. Fausxi Homiliaad monackos, ibid., 841, 843, 855, sermo xxiir, 314.

La sainteté personnelle de quelques abbés ou religieux éminents exerça sur le recrutement monastique une influence considérable. Il en a été de même à toutes les époques. Rien ne donne à une institution plus de prestige que les vertus et les qualités éminentes de ses chefs. C'est un charme qui attire les recrues et une force qui les retient en un lieu plutôt qu'en un autre. On le vit à Lérins autour du saint abbé Honorât. Sa bonté, ses vertus, sa doctrine, le signalaient aux cœurs épris d'idéal ; il lui vint des disciples de fort loin et de tous les rangs. En leur inculquant une vie religieuse intense, il réussit à en faire une communauté fervente et compacte ^ Cet élan vers l'île monacale continua sous ses successeurs. Cet attrait mystérieux ne suffisait point à Honorât. Dans son zèle pour la gloire divine et le salut des chrétiens, il brûlait de voir près de lui des frères toujours plus nombreux. Aussi faisait-il directement appel aux hommes qu'il savait être taillés pour embrasser ce genre de vie. Il entreprit un long voyage afin de gagner un membre de sa famille. Les obstacles et les résistances qu'il trouva ne purent le décourager. Le jeune homme le suivit à Lérins, où il fut l'héritier de la doctrine et de la charge de saint Honorât, en attendant de devenir un jour son biographe ^.

La célébrité du monastère de Lérins lui attira des vocations venues de contrées lointaines. De ce nombre furent le Breton Fauste et le bienheureux Antoine, né sur les bords du Danube ^ L'illustre reclus viennois

^ s. HiLARii, Vita sancti Hi07wrati, Pat. Lat. , L, i258-i26o,

2 Ibid., 1262-1263.

' Ennodius, Vitabeati Antonii, éd. Hartel, 383.

Léonien venait de plus loin encore. Originaire de Pannonie, il se vit, au milieu des bouleversements de cette époque, réduit en servitude ; ses maîtres le conduisirent dans les Gaules ^. Les barbares, implantés parmi les populations gallo-romaines, subirent eux-mêmes l'attrait de la vie monastique. Leur présence toutefois est rarement signalée dans les monastères de la Gaule méridionale pendant le vi^ siècle.

L'affluence des novices réjouissait le cœur des saints abbés. Mais ce développement inquiétait certains moines pacifiques, dont il troublait la vie paisible. Leur ambition n'allait pas très loin. A Condat, ces hommes firent, à ce sujet, des remontrances à l'abbé Romain : « Je m'afflige, lui dit l'un d'entre eux, à la vue de la joie que te cause l'arrivée quotidienne de postulants nombreux ; tu les englobes pêle-mêle dans le monastère, jeunes et vieux, bons et mauvais, sans les soumettre à une épreuve préalable, qui te permette de faire un choix. Il te faut ensuite éliminer les indignes. » La longue expérience que Romain avait des hommes et de la vie religieuse facilita sa justification. Ses moines trouvèrent dès lors sa conduite sage et le laissèrent travailler en paix au développement de son œuvre ^.

Il n'était pas requis d'avoir atteint l'âge mûr pour solliciter son admission dans un monastère. Saint Césaire permet de recevoir les jeunes filles âgées de six ou sept ans. Il s'agit bien de leur procurer le bénéfice de la vie religieuse, et non les simples avantages d'une éduca-

^ Vita Patrum Juretisiiim, III, 5, p i56.

^ Ihid., IO-I2, i36-i38.

LE RECRUTEiyiENT. 87.

tion chrétienne ^ Rusticola, plus tard abbesse de Çaint- Césaire, fut admise à l'âge de six ans. Saint Aurélien ne voulait admettre les garçons et les filles qu'après la dixième ou la douzième année. Avant cet âge, dit-il, l'enfant a plutôt besoin d'une nourrice et il est incapable de discerner la gravité d'une faute ^. Ces enfants étaient offerts probablement par leur père ou leur mère ; on ne les voit guère en si bas âge embrasser spontanément la vie monastique. Cet usage de les présenter ainsi à un monastère existait à Condat, où saint Romain reçut de la sorte le jeune 03'^and, qui, dans la suite, gouverna cette abbaye ^. Nous trouvons à Agaune un autre, exemple d'oblation ''.

Il fallait, à une époque où l'esclavage était encore une institution sociale, veiller à ne point admettre un homme qui fût retenu dans ses liens. L'esclave ne pouvait se faire moine sans avoir été préalablement affranchi par son maître. On exigeait toujours le témoignage écrit de celui qui l'avait libéré. Saint Aurélien recommande expressément de ne pas admettre à la légère ces sortes de postulants. On devait les soumettre à un examen plus sérieux. Ceux qui avaient un certain âge étaient exclus, comme impropres à recevoir la formation régulière ^. On voyait quelquefois s'acheminer vers les solitudes monastiques de nobles Gallo-Romains, accompagnés d'un esclave ou d'un servi-

^ s. C^-3ARii Régula ad virgines, 5, Holstenius, III, 22.

2 S. AuRELiA.Ni iî^^M/fl, 18, ibid., II, 104. Pour les femmes, i3, ibid., II, 65.

2 Vit a Patrum Jurenstuvi, III, 4, p. i55.

* Gregorii Tur. De gloria martymm, 75, p. 538.

* S. AuRELiANi Régula, 18. Holstenius, II, 104. Pour les femmes. i3, III, 65.

teur qui tenait à partager leur pieuse retraite. La porte du monastère ne leur était pas fermée. La règle de Tarnat engage seulement à bien examiner si le compagnon a vraiment une vocation religieuse. Une fois admis, il devient le frère, par conséquent l'égal de son ancien maître. Celui-ci ne doit point l'ignorer \ Le mariage ne constituait pas un obstacle insurmontable à l'entrée en religion ; l'exemple de saint Eucher et de saint Loup le prouve, à défaut de renseignement précis fourni par les règles ^. Quant aux membres du clergé, saint Ferréol exige, avant de les recevoir, l'agrément de l'évêque dont ils sont les sujets ^.

Le postulant désireux de mener la vie religieuse, n'était pas incorporé à une communauté sans avoir subi de longues épreuves et reçu la formation requise. Cela demandait une année entière '*. On le plaçait sous la direction du prieur ou d'un ancien, mûri par l'expérience de l'ascèse. Il conservait le costume séculier. On lui. assignait pour demeure le parloir, l'hôtellerie, ou encore un logement distinct, avec défense d'habiter le monastère et de partager les exercices conventuels. Il fallait d'abord se rendre compte des dispositions qui l'animaient. Venait- il spontanément, dans un but surna-

* Regtila Tarnatensis, i, Holstenius, II, i8o.

2 Dans l'Espagne visigothique, saint Isidore n'accepte un homme marié que si sa femme, après l'y avoir autorisé, s'engage elle-même à la pratique de la continence. (i?«^M/fl sancti Isidori, 4, Holstenius, II, 2o3.) On voyait dans ce pays des ménages entiers qui embrassaient la vie religieuse. Saint Fructueux créa pour eux une organisation monastique spéciale. {Régula S. Fruciuosi commmis, 6 et s., Holstenius, H, 258.)

^ S. Ferreoli Régula, 6, Holstenius, II, 124.

* S. Cmsauii Régula ad virgines, 3, Holstenius, III, 21. S. Ferreoli Régula, 5, ibfd., II, 122.

turel ? Avait- il la volonté assez énergique pour rester jusqu'à la mort fidèle à ses engagements ? Pour s'en assurer, on lui donnait lecture de la règle qu'il aurait à suivre, et connaissance des exercices qui rempliraient sa vie. De la sorte, il savait la nature et l'étendue des obligations qu'il désirait contracter. L'abbé, une fois l'épreuve novitiale finie, l'introduisait au monastère, où il se mêlait aux exercices communs ^

L'incorporation à la famille monastique et la profession se faisaient par le. dépouillement de l'habit séculier et la réception du costume religieux ^. C'était le symbole expressif du changement de vie que promettait le candidat. Y avait-il un acte ou instrument qui en conservât le témoignage authentique ? On serait tenté de le croire, à la lecture d'un sermon qui porte le nom de Fauste, et où il est parlé du chirographum par lequel le moine jure d'observer tous les devoirs de la religion ^. L'abbé coupait ensuite les cheveux du nouveau prof es, lui donnant ainsi la tonsure monastique, qui ne doit pas être confondue avec la couronne des clercs. Les moniales la recevaient des mains de l'abbesse, et les ascètes, qui menaient au sein de leur famille la vie religieuse, des mains de l'évêque. Les ermites contractaient leurs engagements en se la faisant eux-mêmes. Désormais le moine portait un costume spécial, il avait

^ s. C^SARii ReguJa ad virgines , RecapiUilatio , ibid., III, 37. S. Aureliani, i, 2, II, loi, et I, JII, 63. S. Ferreoli, loc. cit. Régula Tarnatensis, I, ibid., II, 179-

^S. C^sARli, Sermo ad sanctimoniales, Pat. Lat , LXVII, 1122. S. Aureliani, 3, II, loi, et 2, III, 63.

^ Fausti Sermoin, Pat. Lat., LVIII, 871.

go MOINES GALLO-ROMAINS.

les cheveux courts et probablement la figure rasée. C'était sa tenue et sa livrée ^.

Il serait difficile de reconstituer le costume des moines et des moniales de la Provence ; les règles sont trop pauvres de renseignements sur ce sujet. Fuir tout ce qui sent la recherche, n'employer aucune étoffe de prix, se contenter de la couleur naturelle de la laine, confectionner dans l'intérieur du monastère le drap et l'habit, abandonner à l'obéissance le soin de donner à chaque religieuse ce qui lui convient, quand on reçoit un vêtement neuf remettre au vestiaire celui qui est usé, pour le distribuer aux pauvres, telles sont les recommandations d'ordre général que fait saint Césaire ^, et après lui saint Aurélien.

Saint Ferréol permet l'emploi du linge, Une prescription de sa règle fait une allusion très claire à la chaussure en usage parmi les moines. Elle était fort simple, cela va sans dire. Néanmoins quelques-uns réussissaient à lui donner une certaine élégance, grâce aux liens qui la rattachaient à la jambe ; il y avait manière de les multiplier et de les disposer avec un goût assez inutile. Le sage fondateur prémunit ses disciples contre cette tendance au ridicule de la vanité ^.

Le biographe des Pères du Jura donne, suivant

1 Fausti, loc. cit. S.HiLARii De Vita S. Honorait, Pat. Lat , L.I253. S. Aure- LiANi, L, loi. Viia S. Ccesarii, 1. I, 4, 5, p. 458-459. Vita abbatum Agaunensium, p, 175. Gregorii. Tur. Historia Francorum, 1. VI, 6, p. 25i. A Tarnat.les moines se coupaient de temps en temps les cheveux et la barbe avec permission de l'abbé.

2 S. CjESA-Viii Régula advirgines, 20, 25, 26, 41, 42, Holstenius, III, .25, 27, 33. Sermo ad sanctimoniales , Pat. Lat., LXVII, 1122-1124. S. Aureliani Regtiîa, 26, 27, Holstenius, II, io5, 107 ; 22, III, 66.

* S. Ferreoli Jîeg'M/rt, 3i, 32, Holstenius, II, i36, 137.

LE RECRUTEMENT. Ql

son habitude, sur ses héros des détails très circonstanciés, grâce auxquels nous pouvons nous faire une idée de leur costume. Ils avaient pour vêtement ordinaire une tunique, qui, durant la saison rigoureuse, était confectionnée avec des fourrures ; le froid de la montagne exigeait cette précaution. Une coule, ou grand manteau muni d'un capuchon, les couvrait de la tête aux pieds. Ils la remplaçaient quelquefois par un scapulaire d'étoffe très grossière, qui leur protégeait seulement les épaules. Quand ils allaient en voyage ou rendaient quelque visite, ils mettaient sous leurs pieds des sandales de cuir, étroitement fixées au pied et à la jambe au moyen de lacets ou bandelettes.

Pendant l'hiver et lorsqu'il leur fallait travailler dans les champs, ils prenaient des sandales de bois, connues sous le nom de socques et fort en usage parmi les cultivateurs gallo-romains ^

La profession liait pour toujours le moine à sa vie religieuse ; c'était une loi déjà ancienne en Orient et en Occident. Mais ce lien, pour de graves motifs, ne tarda pas à être jugé insuffisant. De fait, le religieux gardait le droit de se transporter, quand bon lui semblait, d'un monastère à l'autre, portant avec lui ses obligations personnelles ; il pouvait même rester dans le siècle, soit fixé en un même lieu, soit vagabond. L'existence lâche et capricieuse qu'il menait ainsi devenait vite un danger pour les âmes et un scandale pour les fidèles. On se lamentait à Lérins sur les

' Viia Patrum Jurensiuvi, 11,^, p. 143-144 ; III, 5, 6, p. i55-i56.

inconvénients qui en résultaient ^ Ceux qui constataient si bien le mal et sa gravité devaient lui chercher un remède. La législation ecclésiastique le leur fournit.

Depuis longtemps les membres du clergé étaient, par leur ordination même, attachés à une église ou diocèse, dont ils faisaient partie intégrante. Les évêques de Provence n'avaient pas été les derniers à faire bénéficier leurs églises d'une aussi sage disposition ^. Il n'y eut qu'à la transplanter dans le droit monastique. C'est ce que fit Césaire d'Arles, en imposant à ses moines la stabilité ou appartenance définitive au monastère ^. Il n'avait rien à dire des moniales, qu'il soumettait à une rigoureuse clôture. Saint Aurélien observe le même silence pour un motif analogue dans l'une et l'autre de ses règles.

La stabilité monastique ne pouvait pas être si absolue que rien ne dût jamais la rompre. On l'aurait rendue écrasante et odieuse en l'interprétant de la sorte. Les Pères du concile d'Agde (5o6) la maintinrent dans les limites de la discrétion. Ils commencèrent cependant par l'affirmer avec tous les droits qu'elle comporte. Le moine, dirent-ils, appartient a son monastère de profession ; il dépend partout et toujours de son abbé, qui peut le rappeler quand bon lui semble ; il ne doit être incorporé à aucune autre maison sans la participation de ce dernier. Après la déclaration très nette du principe, voici la réserve prudente qui

1 Fausti Honiilia ad monachos, III, Pat. Lat. ,L, 53';, 538. S. CjESKRiiHomilia VIII, Pat. Lat., LXVII, io63-io66.

2 Concilium Arelatense (514), can. 2, 21, Labbe, t, 1451-1453. •'' S. C^SARii Régula ad monachos, i, Holstenius, II. 89.

LE RECRUTEMENT. gS

met les cœurs à l'aise : au cas où l'abbé jugerait bon de conseiller ou d'autoriser un changement de monastère, le moine peut être admis ailleurs ^ Saint Ferréol fit sien ce règlement conciliaire. Le moine ou le clerc étranger qui se présentait, devait porter une lettre par laquelle son abbé ou son évêque faisait connaître les motifs de son voyage et de son changement de résidence. On pouvait le recevoir, s'il n'y avait rien dans sa conduite qui fût vicieux ou coupable. Mais Ferréol tient beaucoup à ce que la porte du monastère soit impitoyablement fermée devait tout religieux qui ne serait pas muni du témoignage de son supérieur ; il intime cette défense en termes très urgents (recipi sub qualibet causa nolumus, interdicimus, prohibemus). On ne lira pas sans intérêt les raisons qu'il en donne ; elles éclairent d'un jour curieux les relations qui existaient alors entre les monastères : « Il est à craindre que, sous le prétexte de la charité, on ne fasse naître quelque nouvelle occasion de scandale. L'Écriture dit en effet : Ce que tu ne veux pas pour toi, ne le fais point à un autre. De l'abus dont je parle résultent, non seulement entre les abbés, mais encore entre les monastères, d'irrémédiables litiges ; alors que l'un s'efforce de garder le religieux admis, l'autre tâche de rappeler celui qu'il a perdu ; et enfin, si ce dernier n'a pas gain de cause, et si le retour de son moine n'apaise point son ressentiment ^. »

1 Monachum, nisi abbatis sui aut permissu aut voluntate, ad alterum monasterjum commigrantem nullus abbas suscipere aut retinere praesumat ; sed ubicumque fuerit abbate suo auctoritate canonum revocetur. Concil. Agaihejise, can. 27, Labbe, V, 526. — ,2 s. Ferreoli Régula, 5, Holstenius, II, 124.

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