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O'est encore la crMituuie

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coiirui après le voyageur et le tua. Hélas ! en ouvrant la bourse, il n'y trouva que trois deniers. Alors les beaux jours qu'il avait rêvés de passer grâce au fruit de son crime s'étaient envolés, elle repentir était entré dans son àme. Bourrelé de remords, il avait enterré la bourse et était accouru vers Schnoudi. Le crime était horrible : Schnoudi qui avait pardonné au meurtrier d'une femme ne pardonna pas à l'assassin d'un homme ; sans doute les femmes ne comptaient guère. Ce même jour, les habitants de la ville d'Akhmim s'étaient emparés d'une bande de voleurs et, comme le duc d'Antinoé se trouvait dans la ville en montant vers le midi, ils avaient réclamé une justice aussi complète qu'expéditive. Schnoudi, au courant de ce qui se passait, dit à riiomme, selon le panégyrique, d'aller se ranger lui-même parmi les voleurs et de se faire tuer avec eux. Le meurtrier n'hésita pas, s'il en fut ainsi ; il se rendit à Akhmim et se constitua prisonnier. Le gouverneur lui demanda : « Et toi aussi tu es de leur bande ? » L'assassin se rappela les conseils de Schnoudi : « Oui, » répondit-il sans sourciller. Et séance tenante on le tua. Il avait, dit Schnoudi, obtenu de la sorte une couronne immortelle.

Les assassins et les voleurs ne furent pas les seuls à recourir à Schnoudi : le pays d'Egypte n'avait pas que des coupables, il contenait aussi une foule de malheureux indigents. Schnoudi se montrait généralement pitoyable à leur égard. 11 devait posséder quelques connaissances en

luéclecino. On a trouvé dernièremeiil dans son monastère des livres à recettes ma^iques^ selon Topinion générale, mais plutôt simplement médicales. Les prêtres de l'empire pharaonique étaient presque tous des savants en médecine : les moines de l'Egypte chrétienne furent en plus d'un endroit leurs véritables successeurs. On amenait à Schnoudi les animaux malades et il les guérissait en les signant ou en leur donnant à boire de Teau bénite. De pauvres gens lui conduisirent un jour une chamelle qui venait de mettre bas. C'était leur seul bien : elle dépérissait sans allaiter le petit chameau. Ils implorèrent le moine dont ils avaient entendu vanter la puissance. Schnoudi fut louché de laflliction de ces braves fellahs, quoi- (lu'elle fût bien terrestre, il toucha la chamelle de l'extrémité de sa robe en disant : « Puisque tu Tas mis bas, il est bien juste que tu le nourrisses de ton lait ; » et la béte docile allaita aussitôt le petit chameau. — Un pauvre fellah, nommé Luc, qui habitait vis à vis d'Akhmim sur la rive occident iale du lleuve, travaillait nuit et jour d'un bout de l'année à l'autre : il était chargé d'une nombreuse famille et ne pouvait la nourrir. Désespéré que tous ses etforts et son travail fussent inutiles, il fut pris de lassitude et. un samedi soir, voyant la foule des pèlerins se rendre au monastère, il s'y rendit aussi avec sa petite offrande. Il assista dévotement aux saints offices et prit sa part au festin de réjouissance que Schnoudi offrait à ses visiteurs. Le dimanche, il s'avança vers Schnoudi

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et, lui ayant baise la main ; « Mon père, dii-il. indique-moi un métier dont je puisse vivre et faire vivre ma famille : je me tue à travailler et souvent, mes enfants et moi, nous n'avons pas de pain pour manger à notre faim. Je t'en prie, aie pitié de moi : je ferai tout ce que tu me diras, et si tu me dis de rester comme je suis, eh bien ! la volonté de Dieu s'accomplira. » Schnoudi le regarda, et riiomme trouva grâce à ses yeux. Il prit quelques graines de concombre, les trempa dans Teau bénite, les donna au malheureux en lui disant de les semer dans tel champ du monastère qu'il voudrait ; mais on devait partager les produits. ^ Le fellah sema les graines, et, quand les concombres commencèrent à donner des fruits, il en porta les prémices à son bienfaiteur qui les distribua aux moines. Schnoudi remit ensuite au cultivateur un peu de l'eau bénite qu'on laissait sur l'autel : » Arrose-les avec cette eau, » lui dit-il. Le champ produisit une abondante récolte : le fellah vendit les concombres, acheta du blé, des grains de toute sorte : il trafiqua et sa maison se remplit de biens qu'elle n'avait jamais vus. Lorsque les concombres furent secs, l'heureux fellah alla trouver Schnoudi : « Envoie-moi des chariots, lui dit-il, des sacs et des chameaux atiii que je puisse t'apporter ta part. » Schnoudi se rendit à la maison du fellah, et devant tant de bonnes

I. Le texte ne dit pas que le champ appartint au monastère, mais il est évident que Schnoudi ne pouvait disposer que de ce qui lui appartenait.

choses quil y vit amassées, il goûta le céleste plaisir de la bienfaisance. « 0 mon père, lui dit son obligé, partage avec moi les biens que Dieu a accordés à tes prières. •> — « .le n'en veux rien, (lit-il, garde tout pour toi et tes enfants : désormais Dieu ne te laissera manquer de rien. Montremoi seulement le champ de concombres. » Luc l'y conduisit : toutes les plantes étaient desséchées, dit le panégyriste; mais la puissance de Schnoudi était sans bornes : à sa voix elles revécurent et donnèrent une autre récolte au pauvre Luc. — On avait enlevé à un débiteur solvable ses deux enfants pour les réduire en esclavage ; le malheureux eut recours à Schnoudi : « Aie pitié de moi, lui dil-il. je dois cent quarante dinars ; je ne peux les payer : mon créancier va emmener mes deux [ils dans sa province ; et de tous les soins que j'ai pris d'eux, voilà quelle sera ma récompense: je les perdrai. » Schnoudi lui remit les cent quarante dinars. Heureux si toutes ses actions eussent été semblables : il n'aurait pas eu d'histoire, il est vrai, mais combien sa vie n'eût-elle pas été plus belle et plus pure.

A cette bienfaisance intermittente, il joignait une certaine prodigalité dans l'hospitalité qu il (dirait et ne reculait devant aucune dépense. Tous les samedis soirs, il faisait un grand festin aux pèlerins que lui amenait sa renommée. L'église était magniliquement décorée pour les offices saints : toute la nuit elle restait éclairée pour ceux qui voulaient chanter et prier ; mais

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au moment do l'oblation divine, elle resplendissait : les lampes et les llambeaux étaient innoml)rables. A certains jours de fête, les chants et les prières duraient le jour et la nuit. C'était une ivresse spirituelle. Mais l'homme est faible et les chantres, anagnostes et psalmodes, malgré leurs belles voix et leurs beaux traits, ne pouvaient pas chanter sans que leurs gorges ne se desséchassent. 11 leur fallait du vin, et en abondance. Dans ces jours là Schnoudi accordait tout. Tn jour, les chanteurs revinrent trois fois à la charge : leur ivresse dégénérait. Les âmes timorées s'étonnèrent de la condescendance de l'homme de Dieu, ils lui en firent presque des reproches. « Laissez-les, leur dit Schnoudi ; la prochaine fête ne les reverra plus. » Entendait-il parla que ces chanteurs trop terrestres ne seraient plus employés, qu'ils seraient morts spirituellement ? Qui peut le savoir ? les assistants le comprirent de la mort véritable.

Un des riches propriétaires d'Akhmim avait une créance sur l'un de ses concitoyens : n'étant pas payé, il le lit mettre en prison pendant plusieurs jours. Le malheureux débiteur trouva la prison dure, et, quand sa femme vint le visiter, il lui dit d'aller trouver le geôlier pour le prier de se rendre près du grand homme de Dieu, Schnoudi. Si Schnoudi consentait à intercéder pour lui près fin créancier, pensait-il, celui-ci ne refuserait pas de l'élargir. Le geôlier fit ce qu'on demandait de lui, et Schnoudi, « par la miséricorde ce Dieu qui le remplissait et la pitié qu'il avait de tous les

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o-ens en détresse, » écrivit au riche en le priant d'élargir sou débittnir, s'il voulait que Dieu lui pardonnât ses péchés. Mais le geôlier était un méchant homme : il avait vu que la femme du prisonnier était désirable et il lui dit : « J'ai rempli près de l'homme de Dieu la mission dont tu m'avais charo'é : si tu veux maintenant que je t'accompao-ne chez le riche, sois à moi et satisfais mon désir. » La femme était honnête, point passionnée et elle aimait son mari. Elle pleura beaucoup et dit à l'infâme geôlier : « Comment leferais-je? jamais homme ne m'a connue que mon mari ! >> et elle alla raconter le tout à son mari. Celui-ci vit la chose d'un autre œil : « 0 ma sœur, dit-il, ne vois-tu pas dans quel état je suis ? fais ce qu'il te demande. » La pauvre femme, tout en pleurs, se livra au geôlier en disant : « Fais de ^ moi ce qu'il te plaira, mais élargis mon mari. » Le geôlier satisfit sa passion, fit élargir le prisonnier" et eut l'audace de retourner annoncer à Schnoudi que son ordre avait été entendu. Mais Schnoudi savait déjà ce qui s'était passé : « Et quel salaire as-tu pris ? » lui demanda-t-il. Et dans sa colère : a Qu'au nom du Seigneur qui jadis ordonna à la terre d'engloutir Dathan et Abiron, elle t'engloutisse comme eux, fils de perdition. » Il n'avait pas achevé sa menace que la^ terre s'entrouvrit devant tous les assistants et Ton ne vit que les cheveux du damné s'enfonçant dans l'enfer. Nous apprendrons bientôt, de la bouche môme de Schnoudi, que la terre ne s'entrouvrait

pour engloutir ses victimes, que lorsqu'il les avait préalablement assommées de son bâton.

A une certaine époque de sa vie sa charité eut lieu de s'exercer sur la plus vaste échelle. Une peuplade sauvage dont les auteurs grecs et latins nous ont laissé une description pleine d'horreurs, les Blemmyes, aidés de la tribu nubienne des Bouga, ^ avait quitté les déserts et avait ravagé FEgypte. Sans cesse ils rôdaient autour de la vallée du Nil, mais ils n'osaient que de temps en temps, quand ils croyaient l'occasion favorable, faire de véritables incursions sur la terre qui leur semblait à raison le grenier de toutes les abondances. D'autres fois ils n'avaient guère dépassé Tabennîsi ; mais, à cette époque, ils portèrent leurs ravages jusqu'aux environs d'Akhmim et établirent leur quartier général près de la ville de Psoi ou Ptolémaïs. Les populations épouvantées avaient partout cherché un refuge qu'il ne leur était pas donné de trouver : Schnoudi dans un de ses écrits, rappelant les lamentables souvenirs de cette invasion féroce, disait à ses enfants : « N'avez-vous pas vu ou entendu raconter ce qu'ont fait les barbares à des communautés semblables à la vôtre, aune ville voisine de vous, à d'autres villages et en tous lieux ? La désolation, la ruine et la dévastation qu'ont causées les bar-

l.On a cru pouvoir identifier les Blemmyes avec les Bouga ou Boudja : la mention de cette peuplade à côté des Blemmyes donne raison à Letronne qui n'avait pas admis cette identification.

bares aux oiil'anls de l'Eglise sullisent pour corriger le cœur des sages, s'ils considèrent surtout le nombre des hommes qui ont péri. Estce que vous ne savez pas quelle grande multitude s'est noyée dans le fleuve, qu'une foule d'autres sont morts dans les montagnes, qu'un nombre considérable ont été réduits en esclavage, qu'on a violé les vierges, incendié des églises, pillé les autres, qu'on a fait en un mot une foule de maux à nos compagnons et à nos frères ? » ^ Les désastres avaient réellement été immenses, caries Blemmyes et leurs alliés semblent être demeurés assez longtemps sur le territoire de Ptolémaïs. Après être venus d'abord du Nord, avoir pillé la ville elles bourgs environnants, ils s'étaient dirigés vers le Sud, puis tout à coup avaient reparu devant Ptolémaïs et annonçaient l'intention de descendre plus au Nord vers Akhmim. Cette nouvelle jeta la désolation dans toute la province d'Akhmim : sans doute on pressa Schnoudi de faire usage de son éloquence et de sa puissance merveilleuse pour détourner le fléau prêt à tomber sur le pays et auquel son monastère ne devait pas échapper selon toute probabilité. Il se résolut à tenter un effort desespéré, traversa le fleuve et se rendit au camp des barbares, déterminé à racheter les prisonniers et à détourner l'orage qui le menaçait lui-même. A son aspect les barbares furent saisis

1. Ce passage se trouve reproduit dans le texte et traduit par Zoëga : Cat. Cod. Cop. p. 393.

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(le crainte : à mesure ([u'il passait devant les groupes, ces cœurs farouches se calmèrent et ne se sentirent pas le courage de frapper un homme (ju'ils savaient entouré d'une grande vénération et doué d'une merveilleuse puissance. Leurs bras se levèrent prêts à le frapper de leurs lances, dit le panégyriste Visa, mais leurs mains se desséchèrent aussitôt : le même prodige se répéta pour tous les guerriers qui se trouvèrent sur son passage jusqu'à ce qu'il fût arrivé en présence du chef de la nation barbare. Le chef, comme ses hommes, fut frappé de sa grandeur d'àme et de sa noble apparence : s'il eut un moment décolère, les prières de ceux qui Tentouraient le ramenèrent bientôt à la clémence : d'ailleurs Schnoudi guérit en un instant tous ceux dont sa vue avait paralysé les bras. Le chef voulut lui offrir des présents pris sur le butin ; ils furent refusés. « Donne-moi seulement, dit Schnoudi, les prisonniers que tu as faits. » Le barbare lui donna plus encore, car il remit une partie des dépouilles à ceux qu'il avait dépouillés et ne porta pas plus loin ses ravages. Schnoudi se mit à la tète de la multitude lui fit traverser le lleuve ^ et la conduisit joyeuse à son monastère. Il amenait avec lui vingt mille hôtes, sans compter les femmes et les enfants. - Dès son arrivée il don-

1. Ce passage montre que Ptolémaïs était située sur la rive opposée au monastère de Schnoudi. De même chaque fois que Schnoudi se rend à Akhmim il doit traverser le fleuve.

2. Ce chiffre est donné par le panégyriste : il doit être un peu forcé : vingt mille personnes en comptant les femmes et les enfants durent amplement suffirent pour consommer les

na les ordres les plus minutieux aux frères afin qu'on servît les malheureux : il fit venir sept médecins pour soigner les malades, des chirurgiens

pour guérir les blessures faites par les flèches : cinquante mille drachmes passèrent en salaire pour les médecins et les chirurgiens. ' Cette multitude passa trois mois au couvent de Schnoudi : il lui fallait sans doute se remettre de ses fatigues et attendre que les derniers barbares eussent disparu. Pendant tout ce temps, elle fut à la charge du monastère et des frères, u II en mourut quatrevingt-quatorze qui furent enterrés près du monastère, dit le panégyrique, et il naquit cinquante deux enfants. On dépensait par semaine vingtcinq mille drachmes pour acheter des légumes, les assaisonner et faire cuire la viande, sans compter tout ce qu'il fallait pour faire la cuisine, cent cinquante bouteilles d'huile par jour et dixneuf ardebs- de lentilles, outre ce que Ton préparait pour nous. Quatre fours cuisaient le pain : un jour on fit dix-huit fournées, un autre jour dixneuf, un autre vingt, un autre encore seize et un dernier dix-sept. ' Afin de rassasier tout ce peuple, on ne laissa rien manger de tout cela aux frères.

provision? ëniimérée^ plus bas. Il o?t d-ailleurs vraisemblable aue le< uus rotournèrent à leur? villages avant le? autres.

1 La drachme valait à peu près 0.90 ceiitmies de notre monnaie, La dépense totale repré?eute environ deux cent trente huit mille cinquante franc? eu mettant la drachme a

U.90 centime?. . . ^ t.

"> L'ardeb mesure un peu mom? de deuxhectolltre^.

i! Ce? détails se comprendront fi Ton se reporte à la règle de la boulaneerie.

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Je ne compte pas le grand nombre des bestiaux, chameaux, vaches, chevaux, ânes, moutons, chèvres, dont nous prenions soin pourl'amourde Dieu. Nous demandâmes à Dieu de bénir le puits, afin que Teau n'y tarît point, et ainsi nous nous chargeâmes de ce soin, nous nous occupâmes d'eux tous, je veux dire les prisonniers faits par les Bouga ; je ne compte pas les dépenses de la porte, ni celles nécessitées par la réception des hôtes qui venaient nous visiter les jours où Ton faisait l'oblation, ^ et de ceux qui nous apportaient leurs offrandes. Nous leur donnâmes de For, de l'argent, des vêtements, des souliers, des tapis, des chiffons, des linceuls, des brebis, du pain, de l'orge, des grains, des semences, du vinaigre, du vin, des œufs, du fromage, des volailles, des pigeons, de la farine, de l'huile, du raisin, des fruits, et tout ce dont les malades ont besoin. Tout ce que nous dépensâmes pour eux s'éleva à la somme de deux cent soixante cinq mille drachmes, sans compter le blé et le pain, soit huit mille cinq cents ardebs ; quant à l'huile, ce qu'on dépensa pour eux, s'éleva à deux cents ardebs d'olives non pressées. Quant aux légumes et aux racines, je n'en peux dire le nombre. » Schnoudi, ce jour là, comprit bien la charité chrétienne, il fut utile à son pays : c'est la plus belle page de sa vie.

On a voulu sur cet épisode de la vie de Schnou-

1. C'est à dire les jours où l'on célébrait la messe, les samedis dimanches et à certains jours de grande fête.

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di bâtir tout un système de chronologie : niallieusèment les faits ne nous permettent pas de l'adopter. On a reculé cette invasion des Blemmyes dans le nome de Ptolémaïs jusque vers les années 449 et 4r)0. Procope raconte en eiïet une expédition que le général romain Maximin fit contre ces barbares vers cette époque. Le panégyriste de Schnoudi raconte de son côté qu'un gouverneur lui demanda sa bénédiction avant de les combattre : on avait cru que ce gouverneur était Maximin ; mais un fragment des textes se rapportant à la vie de Schnoudi nomme ce gouverneur, et il s'appelait Héraclius. Ce fait détruit toute la chronologie éditiée avec tant de peine. D'ailleurs il n'était guère vraisemblable que Schnoudi en 450, âgé de cent dix-sept ans^ pût faire des courses comme celle que nécessita cet événement de sa vie. Quoiqu'il n'y ait aucun ordre chronologique dans les monuments coptes, il y a cependant une sorte de gamme ascendante des faits, et l'épisode des Bouga se trouve raconté vers le milieu du panégyrique de Visa. Les détails si précieux conservés par cet ouvrage laissent en plus supposer un état extrêmement florissant pour le monastère de Schnoudi : or, vers la lin de sa vie, la disette semble avoir régné au couvent et l'on traversa de mauvaises années.

Le spectacle de cette charité dut encore augmenter la vénération qu'on avait pour Schnoudi et lui donna plus d'autorité pour réprimer les vices qu'il jugeait contraires à la doctrine qu'il

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professait. L'ancienne Egypte avait pratiqué les mariages entre frère et sœur : la légende dlsis et d'Osiris justifiait, dit-on, cet usage ; plus probablement le soin des intérêts particuliers le légitimait aussi. Rien n'était plus contraire aux idées juives adoptées par le Christianisme sur ce môme sujet : les mariages entre frères et sœurs, s'ils existèrent pour d'autres que pour les membres de la famille royale, furent sévèrement prohibés ; mais au temps de Schnoudi, pour ne pas diviser et trop morceler les propriétés, on mariait encore ensemble les oncles et les nièces. Un jour un homme fort riche de la petite ville de Bousch, ^ nommé Pierre, vint lui demander sa bénédiction. « Tu n'en es pas digne, répondit Schnoudi, car tu as fait un grand péché en épousant la femme que tu as épousée, puisqu'elle est la fille de ta sœur. Tu as ainsi désobéi aux canons. » — « Mes biens et tout ce que je possède^ plaida Pierre, sont mélangés avec les siens : je l'ai épousée afin qu'ils ne passent pas à un étranger. » — « Mais, répliqua Schnoudi, n'as-tu pas entendu ces paroles de l'Evangile : Que sert à l'homme de gagner le monde entier s'il perd son àme ? Que peut-il donner en échange de son âme ? » — « Ne me reste t-il donc aucun moyen de pénitence ? » implora le riche. — « Si, répondit, Schnoudi. » Pierre crut comprendre : il retourna vers sa mai-

1. Bousch est une petite ville qui se trouve dans la province de Benisouef et qui contient le second des couvents coptes encoiv (existants. Le premier est celui de Moharraq.

son, y prit cinquante dinars et les apporta à Schnoudi, lui disant : « Je te prie de les dépenser en aumônes pour le salut de mon âme. » — « Ce n'est point ici un lieu où Ton reçoit, répondit le moine par un reste de pudeur ; nous donnons au contraire aux pauvres et aux indigents ; mais va verslalaure d'apaKhaflou : peut-être y trouverastu quelqu'un à qui tu puisses remettre cette somme. Pierre se rendit à la laure d'apaKhaflou ; il y trouva apa Paul, supérieur de la laure de Boueit. ^ Apa Paul, à la vue de tant d'or qu'on lui offrait, pensa à la pauvreté de son couvent et il accepta avec remerciement ; « ïu as fait grand bien aux frères », dit-il à Pierre, et il lui donna sa bénédiction. Pierre, de retour en sa maison^ dit à sa femme : « 0 ma sœur, nous vivions dans le péché à notre insu : il nous faut nous séparer. » Et lorsqu'il eut raconté ce que lui avait dit Schnoudi, il laissa ses biens à celle qui avait été son épouse, lui dit adieu pour toujours et alla embrasser la vie religieuse près de celui qui lui avait ouvert les yeux.

Les mariages illicites ne faisaient pas seuls horreur à Schnoudi : il semble avoir eu une sorte d'horreur pour les femmes en général. Nonseulement il regardait l'œuvre de chair comme une imperfection, la plus basse de toutes les imperfections, et s'estimait heureux d'être audessus d'une telle faiblesse ; mais il paraît avoir

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