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Ce monastère a sans doute disparu

ilISTOlllE DE SCHNOIJDI J91

OU sur lu situation et la valeur des femmes des idées que ne lui avait point léguées sa race. Un samedi, le bac qui traversait le fleuve près d'Akhmim était pesamment chargé. Parmi les passagers qui désiraient passer sur la rive gauche, se trouvait un jeune homme riche et pieux, fort connu dans la contrée. Chaque samedi, il se rendait au couvent de Schnoudi avec l'un de ses domestiques portant son oil'rande. Or, ce jour là, un vent violent soufflait et agitait le fleuve : la barque eut beaucoup de peine à traverser le Nil et l'on ne put accoster assez près de la rive pour y descendre à pied sec. Il fallut monter sur le bord de la barque et sauter. Les passagers étaient habitués cà cet exercice, tous descendirent aisément ; mais une jeune fellaha n'eut pas le même bonheur. Au moment où elle était sur le point de s'élancer, un violent coup de vent souleva sa robe : elle n'avait que ce seul vêtement. Les yeux du jeune homme la virent et son cœur la désira. Aussitôt qu'il sentit ce désir, il prit à part son domestique, lui ordonna de l'attendre, et luimême il se hâta de repasser le fleuve pour éteindre dans les embrassements permis de son épouse le feu qui s'était allumé dans son cœur. Il repassa de nouveau sur la rive gauche du fleuve, retrouva son domestique, et tous deux ils se rendirent au monastère ; mais, au lieu de porter lui-même son offrande au moment solennel, il envoya son serviteur à sa place et se tint dans un endroit écarté de l'église. Le lendemain matin, Schnoudi le ren-

contra : u Pourquoi n'as-tu pas présenté toi-même ton otTrande, » lui dit-il. — « 0 mon père, lui répondit le jeune homme, tu sais bien ce ([ui m'est arrivé. » Schnoudi, avec un sourire qu'il est dilHcile d'expliquer, lui dit pour le consoler : <( Tu es heureux, ô mon tils ; tu as suivi le chemin des rois, tu as marché dans la bonne voie. Tu as donné à boire de ta source, ' et Dieu a accepté ton offrande avec plaisir. »

L'adultère, on le croira facilement, produisait une sorte de cauchemar pour Schnoudi dès qu'il en était question devant lui. Sans pitié pour l'honneur des familles, il dénonçait lui-même les femmes à leurs maris et, quand sa patience était poussée à bout, il châtiait les coupables de sa propre main. Il refusait même de prier pour ceux qui avaient commis de trop grands crimes et de les secourir dans leurs maladies. Un jour-, on lui amena un prêtre cassé de vieillesse et hydropique. La maladie était arrivée à son dernier période, la peau ne retenait plus le liquide, une eau fétide suintait de tout son corps et à chaque instant il fallait veiller aux ordures du malheureux. Schnoudi s'aperçut au premier coup d'œil que la guérison était impossible : il avait prié Dieu, dit-il. mais une voix lui avait répondu que le malade ne guérirait pas. <' Tu dois avoir

1. CeUe expression arabe sigiiifio simplement fan-e ce que Ton peut. Ce trait de la vie de Schnoudi me semble lort curioux et donne a son caractère une teinte que l'on n'observr que dans ce passage

commis quelcjue grand crime, dit-il au malade: apprends-moi maintenant ce que tu as fait alin ([lie je puisse trouver un moyen de prier pour toi ; car tu le sais, il est écrit : Confessez-vous vos péchés les uns aux autres. » Le prêtre, qui vit dans cette invitation un dernier espoir de salut, répondit ; « En eilet, j'ai commis plusieurs fautes !» — « N'aie pas honte ! repartit Schnoudi ; nous sommes tous pécheurs et chacun de nous pèche plusieurs fois par jour. » Et le prêtre confessa ses quelques péchés : il avait fait un faux témoignage qui avait causé la mort d'un homme, il avait assisté à Fexécution du malheureux, il avait vendu les vases de l'église et s'en était approprié le prix, il avait commis l'adultère dans tous les coins de l'église et jusque près de l'autel, il avait en tin emporté les vases sacrés dans les maisons des courtisanes et s'en était servi pour ses orgies. Les oreilles de Schnoudi durent tinter en entendant de telles horreurs : « Levez-vous, dit-il aux gens qui avaient apporté le prêtre, prenez cet homme et reconduisez-le dans sa maison. » [ Deux jours après, le cadavre vivant était rendu à la mort.

Un autre prêtre se trouva fort mal de n'avoir pas écouté les conseils de Schnoudi. Il ne s'était jamais marié, et, quoique déjà avancé en âge, les aiguillons de la chair se faisaient toujours sentir à lui. La passion, selon l'expression du texte, le poursuivait. Schnoudi qui le connaissait lui répétait souvent : « Marie-toi, ou n'exerce plus les

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tonctions sacerdotales, car le Seigneur n'accepte pas l'oUVande de la main des adultères. » Le prêtre n'écouta pas ces sages paroles, il ne se maria pas. Un jour il vit venir à lui une femme dont le mari, ayant eu maille à partir avec de grand personnages, avait été par eux dépouillé de tous ses biens et jeté en prison. « Viens avec moi, lui dit-elle, allons trouver notre père apa Schnoudi et tu lui demanderas de me faire miséricorde. » Le prêtre menait une vie d'apparence fort honorable ; mais, au témoignage de Visa, c'était un loup revêtu de la peau d'une brebis. La femme était simple et ignorante : on lui mit quelques conditions à la démarche qu'elle demandait, elle les accepta. Quand Schnoudi les vit venir à lui, il dit au prêtre : *< Sûrement, tu ne l'as pas amenée ici sans te faire payer ! » Cependant il se rendit aux [)rières qu'on lui adressait et il obtint l'élargissement (lu prisonnier. Mais, quand le mari et la femme revinrent le remercier de sa bonne action, quelques paroles lui sufïirent pour gâter son bienfait. « Tu m'as fait une grande miséricorde, lui dit le mari, car j'étais tombé malade dans la prison par suite des mauvais traitements que l'on me faisait endurer. » Schnoudi lui donna quelque argent, lui fit plusieurs recommandations sans doute sur la conduite à tenir envers ses persécuteurs, et il ajouta : « Surtout ne t'irrite pas contre ta femme, car tu dois bien penser qu'on ne l'a pas amenée ici pour rien. » Malgré ces paroles assez claires, le mari ne comprit pas ou ne voulut

pas comprendre, il protesta de ses bonnes dispositions avec serment: « Sois sûr, ô mon père, dit-il, qu'il n'est pas resté la plus petite haine en mon cœur. » Ces choses continuèrent dans le même état pendant un an : le prêtre, selon notre auteur, accumulait péchés sur péchés dans son âme avec cette femme. Schnoudi, à chaque visite qu'il en recevait, ne lui épargnait pas les avertissements : (( N'exerce pas les fonctions sacerdotales, lui disait-il, autrement Dieu ne t'accordera pas de délai. » Cependant à une certaine époque les deux pécheurs voulurent se convertir, mais les liens de l'habitude les reprirent de nouveau. Un jour qu'il y avait grande fête et grande foule au monastère, le prêtre et la femme vinrent assister à la cérémonie pieuse : et toutes les fois qu'ils allaient au monastère, c'était pour eux une occasion d'adultère. Schnoudi en les voyant fut exaspéré : il était sulToqué (( par l'odeur de l'adultère. » La fête finie, il prit la femme à part comme elle quittait le couvent : « Combien t'a-t-il payée aujourd'hui, » lui demanda-t-il. La femme nia le péché, et le prêtre qui était survenu s'écria : « Il n'y a entre nous que l'amitié du frère et de la sœur. » Alors, dit le panégyriste, Schnoudi se rappela les terribles jugements que, sur le mont Sinaï, le Seigneur avait ordonnés à Moyse d'exécuter : de son bâton il frappa la terre qui s'entrouvrit et les deux criminels furent engloutis vivants, c'est à dire que de ce bâton miraculeux Schnoudi les assomma. Tous les assistants furent pénétrés d'horreur ;

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ce lut à (jui s'enfuirait au plus vite. La nouvelle do cette exécution se répandit rapidement dans le pays ; soit que le prêtre fût connu et aimé, soit (jue la famille de la femme fut puissante, pendant (jue Schnoudi. au milieu de ses moines, se félicitait de cette action et laissait déposer son bâton près de l'autel, comme une relique égale à la verge d'Aaron, les évéques. les prêtres et un grand nombre de personnages du pays environnant ne virent dans ce fait qu'une occasion pour le perdre. Tous ces « hérétiques >^ avaient été souvent réprimandés par Schnoudi qui voulait leur conversion, u car il aimait toutes les créatures de Dieu ; » ils se rendirent près du duc dAntinoë et accusèrent le moine d'Athribis dun double meurtre : « En un seul jour, dirent-ils. Schnoudi a tué un homme et une femme. » Schnoudi affecta d'abord de mépriser cette dénonciation, puis il se montra prêt à subir toutes les conséquences de son acte, car il avait (^ un vif désir d'être martyr •> ; mais quand il reçut du gouverneur d'Antinoë l'ordre d'avoir à comparaître devant son tribunal, il commença de concevoir quelques craintes et ne crut pas inutile de se faire accompagner des plus riches habitants d'Akhmim. Leur témoignage, pensait-il, contrebalancerait la dénonciation, et leur or viendrait à bout de la justice du gouverneur. Mais ce gouverneur était « un homme violent, sévère : il ne voulut pas se laisser corrompre et élargir Schnoudi. » Lesriches habitants d'Akhmim ne virent plus alors qu'un moven de sauver Schnoudi. ce fut daflirmer

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que son action n'était niillomont criminelle et qu'il n'y avait là rien qui méritât la mort qu'on réclamait. Ce ne fut pas l'avis du gouverneur : « Combien de fois as-tu dépassé tes droits, dit-il à Schnoudi? Combien de meurtres as-tu commis? Qui es-tu donc, pour tuer en un seul jour un homme et une femme ? » — « J'ai fait comme Samuel en priant Dieu ; il tua Agag roi des Amalécites, et cette action lui fut comptée comme une bonne œuvre. Quant à toi, fais de moi ce que tu voudras. » En présence de la justice séculière, Schnoudi n'avait plus recours à de misérables subterfuges, il ne mettait plus le ciel en avant, il avouait ; mais il justifiait son crime par l'exemple de Samuel. Que pouvaiton reprocher à Samuel? Rien évidemment. Et que dire à un homme qui avait agi comme Samuel ? Ce qui avait été louable en Samuel ne le serait-il pas en Schnoudi ? Le malheureux ne réfléchissait pas que les temps étaient changés et que la barbarie des juifs n'était pas à imiter : son esprit était faussé par la méditation étroite de Thistoire du peuple hébreu. Le gouverneur le lui fit voir en le condamnant à mort. Ses ennemis triomphaient ; « Il est condamné, disaient-ils, que va-t-il faire maintenant? » Malgré eux, ils redoutaient encore la puissance surnaturelle que l'on prêtait à Schnoudi. Le bourreau leva son épée : il se tint prêt à trancher la tète du moine sur un signe du gouverneur. Que se passa-t-il alors ? Il nous est impossible de le savoir d'une manière précise. Sans doute les moines et les partisans de Schnoudi

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(Miipoclioreiit l'exécution de la sentence. La légende nous appi'end seulement qu'au moment oii le bourreau tirait son glaive, deux anges descendirent du ciel sur une nuée lumineuse, enlevèrent Schnoudi et dans l'espace d'une heure le transportèrent à sa montagne. Les assistants furent éblouis d'un pareil prodige : « Vraiment s'écrièrent-ils, tes œuvres sont grandes, ô Dieu ! » Les frères de leur côté, en apprenant ce qui s'était passé, furent « stupéfaits des miracles qui avaient eu lieu. »

A l'époque où nous arrive ce récit nous partageons aussi la stupéfaction des moines de Schnoudi ; mais non pour la même raison. Le vice de Téducation qu'avait reçue Schnoudi nous apparaît ici sous le jour le plus frappant. Son esprit étroit, pour employer une expression vulgaire, n'y allait pas par deux chemins et n'admettait pas deux poids et deux mesures. Ce qu'il voyait loué dans l'Ecriture, il l'imitait, fûtce même en commettant un crime. Les distinctions subtiles que nous avons imaginées depuis ne s'étaient pas un seul moment présentées à son esprit. Le Dieu qu'il adorait se plaisait encore aux victimes humaines : quoiqu'il les rappelât quelquefois, il oubliait dans sa passion ces simples, mais admirables paroles : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. Les paroles de Jésus-Christ si pleines de douceur et de mansuétude n'avaient aucun sens pour lui : il ne voyait que les foudres et les éclairs du Sinaï,

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et, comme il le disait lui-même, de sa montagne d'Athribis il voulait faire un autre Sinaï, dût-il épouvanter ses compatriotes comme Moyse avait terrifié les Juifs. L'étude des livres de l'Ecriture l'avait amené à ce point d'exaltation et de fanastime : elle nous aurait conduits à une folie semblable, si le bon sens de l'Occident n'avait eu raison du sentiment religieux mal compris.

Ce ne fut pas la seule fois que Schnoudi eut à redouter la justice des gouverneurs grecs ou romains. Nous le retrouverons plus loin dans une situation à peu près semblable, tenant tête aux magistrats, s'entourant d'une foule nombreuse et défiant leur justice. Si nous avions quelque point d'appui chronologique, peut-être pourrionsnous affirmer avec quelque assurance que les gouverneurs de la Haute Egypte avaient peur du terrible moine. Ces gouverneurs ne furent pas tous en odeur de sainteté près de Schnoudi, peutêtre même quelques-uns furent-ils payens. C'était pour le moine d'Athribis un crime impardonnable. On trouve dans ses œuvres les noms de plusieurs des magistrats de son temps : pendant la longue vie et le long gouvernement du moine d'Athribis, un assez grand nombre de préfets durent se I succéder dans les villes d'Alexandrie et d'Antinoë. Les préfets aiigustaux résidaient dans la ville d'Alexandrie, ils avaient le gouvernement général de l'Egypte, la charge de l'administration particulière de la Basse Egypte et quelquefois aussi l'administration spéciale de la Haute Egypte était

entre leurs mains ; mais le plus souveni, un gouverneur spécial était donné an Sa'id et résidait dans la ville élevée à la mémoire du favori de Hadrien. Les uns et les autres furent, selon les circonstances, les amis ou les ennemis de Schnoudi ; les premiers l'allaient visiter dans son monastère, les autres le citaient à leur tribunal, comme nous l'avons vu ; tous semblent avoir compté avec lui. Le moine aimait à citer ceux qui avaient été ses amis, Dioscoritès, Héraclamon, Théodore, Spoudasios, Elien, le comte André. Leur passage dans la Haute Egypte lui avait laissé des souvenirs bien doux à sa vaniteuse mémoire : il les rappelait avec orgueil, et ne craignait pas de donner les éloges les plus exagérés à ceux qui lui plaisaient, même en leur présence. Le comte Jovien se trouvant un jour au monastère, Schnoudi en prit occasion pour lui faire entendre quels étaient les devoirs d'un gouverneur, tels qu'il les comprenait. Gomme il commençait son discours en disant : (( Considérez la manière dont Dieu vous a honorés, glorifiés et élevés : vousmêmes honorez-le, glorifiez-le, exaltez-le tant et plus, en gardant ses justices et ses lois î » le comte Chosroas qui accompagnait Jovien avec tous ses soldats, s'écria : « C'est le diable qui nous fait obstacle et cause notre chute : il ne nous laisse rien faire de cela et nous retient dans ses œuvres. » Schnoudi lui répondit aussitôt avec force que le diable n'avait rien de commun avec l'homme : que l'homme même, de son propre gré,

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se faisait le compagnon de Satan en péchant : il est impossible à Satan, dit-il, de faire pécher l'homme, si l'homme n'entre pas tout d'abord en participation avec lui par quelque pensée ou désir mauvais ; de plus le Christ est tgujours prêt à secourir son disciple qui lutte. Après avoir longuement développé ses idées sur la liberté humaine, il revint à ses hôtes et dit à toute l'assistance : « La richesse n'a été donnée que pour exercer la miséricorde, la puissance pour la justice, les moines pour prier, la langue pour bénir, les pieds pour fouler le seuil de la maison de Dieu. Je n'ai point oublié ce que m'a dit quelqu'un : « C'est aux moines qu'il convient de jeûner. » Ordinairement, car ce sont eux qui ont Tespérance qu'ils considèrent dans les cieux ; mais sans doute cet homme a parlé en plaisantant, quoique la plaisanterie soit inopportune. Je lui dirai : Un homme avait deux fils ; il tua le veau gras. A l'un, il donna quatre parts ; il n'en donna qu'une seule à l'autre. Auquel des deux convient-il de faire F œuvre de son père, à celui qui a peu reçu, ou à celui qui a reçu beaucoup ? i\e m'accuse pas, je te dis la vérité ; car tu as p^ylé en riant, voulant sans doute me faire rire quand il est bon de pleurer, ou désirant me faire plaisanter avec toi ; moi, je te parle avec sagesse : si le moine jeûne, ne jeûne-t-il pas pour toi ? et si tu rends la justice, ne la rends-tu pas pour lui ? chacun ne lutte-t-il pas pour obtenir miséricorde près de Dieu ? Je dirai encore ceci ;

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comme nous allions commencer le jeûne du saint carême, un frère me demanda : Que dois-je manger en ce temps ? je lui dis : De quoi que l'homme s'abstienne, il recevra sa récompense, et notre gloire est près de Dieu ; mais je t'apprendrai qu'il y a quelque chose qui rend impur à l'excès, si tu n'en manges pas tu seras heureux. Il me répondit : Qu'est-ce donc ? du porc ? — Je lui dis : Non. — Il cita plusieurs autres choses, disant : i\ 'est-ce point cela ? — Je lui dis : Non — 11 me dit : Qu'est-ce donc ? — Je lui répondis : C'est le péché, abomination pour le Seigneur. Si tu t'abstiens de faire le mal pendant quarante jours, tu peux te dire : Donc, quoique je n'aie pas terminé ma vie, ni démon, ni esprit impur ne me contraindra à pécher. Vous croirez peut-être que je parle ainsi à cause du gouverneur qui se trouve près de nous aujourd'hui, parce qu'il jeûne chaque jour et surtout pendant le carême. Vraiment cette conduite est glorieuse pour lui ; mais il est encore plus honorable pour lui d'observer la justice, d'être miséricordieux et de juger équitablement, car quand même il a dit : « Je vis de la même nourriture que les moines pendant le carême, » il nourrit encore davantage son âme des justices du Seigneur. Il prend soin de ceci, et encore soin de cela ; il donne à Dieu ce qui est à Dieu ; il donne aux rois ce qui est aux rois, le tout avec sagesse, avec zèle et prudence. On désire le voir chez les pauvres, on l'aime chez les rois pieux. Trois fois on lui a conféré le commandement sans

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le lui avoir fait payer ; car lui aussi, c'est un homme pur. Quelle violence ou quel mal avonsnous entendu dire qu'il ait fait à son prochain ? Il n'a même pas maltraité ses ennemis. Il lutte pour le service des rois ; il lutte encore plus pour le service de Dieu. Il recevra des honneurs de la part des rois ; qu'il reçoive dès maintenant la bénédiction du Christ. On versait de l'eau sur les pieds d'un gouverneur un jour de jeûne à cause de la grande chaleur, ^ on le priait de manger et de boire, il protesta: a Quand môme je devrais en mourir, je ne mangerai rien avant l'heure » ; comme Fa témoigné un de nos frères hégoumènes. Gomment ne serait-il pas digne de toute gloire ? comment le Seigneur, le Dieu qui domine toutes choses, ne lui donnerait -il pas la puissance dans ses lois et ses commandements. Ces paroles et d'autres semblables, je les ai dites à Dioscoritès, le gouverneur, et à Héraclamon, son scholastique, ^ qui fut gouverneur après lui. Je n'ai rien caché de ce qui était dans mon cœur à Spoudasios^ le comte de la reine, et à son frère ; car c'étaient mes amis et des hommes aspirant ardemment vers Dieu, doux, miséricordieux, aimant les hommes, et surtout aimant les pauvres. J'en ai dit plus encore à Elien qui fut gouverneur de la Thébaïde et devint ensuite augustal d'xVlexandrie ; mais lorsqu'il entendit mes paroles, il crut que je lui

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