‹ Les moines égyptiensChapitre 17 sur 34 · C'est ù dire dan:^ sa vie précédente, selon son habitude · texte numérisé non relu

C'est ù dire dan:^ sa vie précédente, selon son habitude

HISTOIRE DE SCHNOUDl 247

lil j)ren(lro et ordonna de le jeter en prison jusqu'à ce que le malheureux eût rendu tout ce qu'il devait. Les assistants et le fils du roi se prosternèrent en disant : « Seigneur, soit ton j)laisir que la colère de ton courroux passe sur lui sans lui faire de mal. » A cause d'eux il lui lit du bien : il ordonna de le vêtir, de lui donner à manger, jusqu'à ce qu'il eût mis sa folie àl'épreuve. Après des jours et des joui^s, il se rendit au lieu où Ton instruisait les enfants du iils du roi avec quelques serviteurs : quand il en trouva l'occasion, il prit quelques-uns des enfants du roi et quelques petits esclaves qui le suivirent dans l'ignorance de leur jeune âge. Lorsqu'ils furent arrivés dans un lieu où personne ne pouvait les entendre, il violenta les petits innocents, il les étrangla, cacha leur corps et répandit de la terre sur leur sang. Tout d'un coup l'oeuvre de tristesse fut connue dans la ville, le roi l'apprit bien vite ainsi que son fils et ceux qui étaient près de lui : tous ensemble coururent et pleurèrent sur le meurtre : la ville entière fut émue. On saisit le coupable avec colère, car il était impossible de le soustraire aux mains du père des enfants morts : on ordonna de le jeter en prison, de lui faire souffrir la faim, la soif et d'autres tourments qui paraissent innombrables aux hommes, mais qui ne le sont pas pour Dieu. Après quebjue temps, on l'en fit sortir et lorsque le roi eut jugé le sang ^ de ses enfants et de ses

1. J'ai conservé cette image du texte qui se comprend assez facilement et qui est très expressive.

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serviteurs, il ordonna de l'emprisonner dans le désert alin (jiie personne ne le vît jamais plus en ce lieu. On lui lia les pieds et les mains, on le jeta dans une fournaise remplie d'un feu qu'on ne peut jamais éteindre ou diminuer, jusqu'à ce qu'il fût réduit en cendres, en punition du sang des jeunes innocents qu'il avait tués. Et celui qui vous tente à cause de ce discours, je vous dirai à qui il ressemble. Il ressemble à un homme insensé et infidèle qui a rencontré quelqu'un qui marche dans les conseils de Dieu. Il la tenté en disant : « Si tu sais la vérité, dis-moi ce qui est arrivé à ceux-ci et à ceux-là, ou comment je me trouve dans ma maison avec tout ce qui m'appartient. » Et l'homme fidèle, qui jusqu'alors était dans le calme, lui répondit avec colère et courroux : « Si la chose pour laquelle tu es venu ne te donne pas souci de repentir de ce que tu as fait, ^ je t'apprendrai à qui tu ressembles. Tu ressembles à un piège dont les filets sont nombreux, et ceux qui sont comme toi sont semblables aux oiseaux, en se laissant prendre à tes paroles. Tu ressembles encore à un énorme animal tout en vie : ceux qui te ressemblent sont comme des bêtes féroces qui se rassemblent autour de toi pour te déchirer. Lorsque tu seras devenu un immense cadavre, les oiseaux viendront aussi, ils te dévoreront, ils boiront ton sang et l'eau qui sortira de toi. Tu

1. Cela signifie si la simple pensée de ce que tu viens faire ne suffit pas pour te faire repentir.

ressembles à un grand oiseau, aux nombreuses impuretés provenant des nombreuses sortes de nourriture qu'il a absorbées : ceux qui te resseml)lent sont comme de vieilles semences jetées dans le désert : Fimpureté qui sort de toi découle sur tes semblables comme les excréments d'un oiseau sur tout ce qui est dans le désert. Celui qui est

tombé dans le précipice de , je dirai

à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui s'est couché près d'un endroit où coule beaucoup d'eau : il est tout près du précipice sur les bords duquel il s'est endormi : en se retournant, il a roulé dans l'eau. Et à cause de la force et de la violence du vent, les flots l'ont recouvert, il est descendu dans les profondeurs de l'abîme, l'eau l'a englouti et personne ne l'a cherché parce que chacun savait que l'abîme l'avait d'abord recouvert, lorsque son cœur s'était abimé dans les ténèbres après avoir reconnu la lumière. Ainsi il retourna dans les ténèbres dont il était sorti. J'aurais encore beaucoup de choses à dire ; mais je ne les dirai pas maintenant: il y a temps pour tout. H y a temps de dire ce qui est caché depuis le commencement du monde et restera caché jusqu'à la fin : il y a temps de cachei* ce qui est resté secret depuis l'origine du monde et restera secret jusqu'à la fin dernière de ce même monde. Il y a temps pour l'homme de manifester à ses frères, à ses compagnons, à ses voisins, toute œuvre, tout dessein de son cœur, tout conseil de son àme, avec sagesse et bonté : il y a

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temps pour riiomnie de ne mciiiifestcr à ses frères, à ses compagnons, à ses voisins, aucune œuvre, aucun dessein, aucun conseil de son cœur et de son Ame par sagesse et bonté. ^ »

(.e morceau révèle déjà certains traits de l'élo- (juence de Sctinoudi, traits qui ne feront que s'accentuer à mesure que nous avancerons dans la connaissance de ses œuvres : les bizarreries de la pensée et des images semblent faire place tout à coup à une soudaine explosion de colère, qui ne continue pas d'ailleurs. Cet homme dont on veut éprouver les paroles, c'est Schnoudi lui-même ^ ses ennemis ce sont ses moines révoltés, dont il fait un portrait si peu flatteur, ses envieux du dehors qu'il comblera plus tard de ses malédictions les plus eiîectives. C'est pourquoi un éclair de colère traverse soudain son esprit. Le courroux monte encore plus en lui, lorsqu'il parle des pauvres et des riches : tout en analysant assez finement les pensées de l'avarice et de la cupidité, il laisse éclater de soudaines amertumes, qui font présager la tempête comme des ratales annonçant l'orage. Il commençait d'abord par tourner ses contradicteurs en dérision, il finissait par les menacer des plus terribles châtiments. « L'âme de l'impie, disait-il, est charnelle, elle n'aime que le corps : ne portant sa vue que sur cela, elle ne voit rien, car en vérité c'est être au milieu des ténèbres que trop contempler ces choses. » Parmi

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