‹ Les moines égyptiensChapitre 19 sur 34 · I. Zoëga. Cal. Cod. Copf. p. (H)l · texte numérisé non relu

I. Zoëga. Cal. Cod. Copf. p. (H)l

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j)()rtabl(' sur les pauvres. L'hiver, quand ils allaient à la chasse dans les montagnes, poursuivant toute sorte de gibier, ils laissaient leurs bar- ([ues à la garde de malheureux qui devaient souiïrir toutes les intempéries de la saison ; ^ ils en faisaient courir d'autres devant eux pour prendre à la course des renards^, des chèvres sauvages et des bœufs. Moyennant ces durs services, on les nourrissait comme des esclaves. Au jour de leur naissance, au jour de la vendange de leurs vignes, ces riches faisaient des présents, mais à quel prix ? D'ailleurs à quoi bon cacher ce que chacun savait ? qui pourrait énumérer les violences dont les pauvres avaient été l'objet ? « Je connais, disait Schnoudi, nombre de gens qui ont conduit leurs bestiaux chez les boulangers, afin d'en dépenser le prix, parce qu'ils n'ont pas trouvé de nourriture pour eux, qu'ils n'ont point trouvé de paille, ou s'ils en ont trouvé, ils n'ont pas trouvé d'argent pour en acheter à un prix aussi élevé. Je ne vois pas qu'il reste autre chose à faire qu'à les réduire en esclavage, à les attacher au joug et à les presser deTaiguillon, aiin qu'ils tournent les machines pour puiser de l'eau et arroser leurs jardins. Qui ne sait que les nomes, pour ne pas dire le pays entier, sont pleins de cadavres et d'ossements d'animaux morts de l'épidémie que Dieu a envoyée sur

1 Ces intempéries sont relatives, mais réelles. Dans ce qu'on nomme le désert le thermomètre descend jusqu'à 1 degré an dessous de zéro. La ditiérence avec la température du jour est énorme de 20 à 30 degrés parfois.

nous pour nos péchés. Tombe co grand jugement sur ceux qui oppriment les pauvres, sur la réunion scélérate de ceux qui leur jettent du vin aigri et rempli de vers, car ce Dieu (|ui a donné son sang pour nous. Jésus, le fils de Dieu, ne force pas les hommes à faire des œuvres divines au-dessus de leurs forces, mais il veut qu'ils agissent selon leur puissance, sans pécher. Et ces hommes violents forcent les pauvres à travailler pour eux au-dessus de leurs forces ! Ceci durera seulement jusqu'à ce que Dieu brise la vie de ceux qui ne cessent d'opprimer les pauvres, jusqu'à ce qu'il les balaie dans le lieu où ils doivent aller, parce qu'ils ont non-seulement commis ces crimes dans une ville et non à l'écart, mais ils savent que celui-ci déchire ses vêtements et que ces autres déchirent quoi? Ce ne sera pas en vain, car il sait ce qu'il fait. Pour moi, je serais resté tranquille : mais vous, vous n'êtes pas restés tranquille. Ainsi vous vous êtes précipités de nouveau dans vos péchés, vous avez jeté aux pauvres toutes les mauvaises choses de Tannée, vous ne craignez pas Dieu et vous ne craignez pas les rois justes pour lesquels ceux qui exercent ces violences sont en abomination. Ordonnez donc de rendre l'argent du vin, puisque vous avouez les avoir entendus témoigner que vos œuvres ne sont plus bonnes. Et moi, je vous dis aussi : Ce n'est pas l'argent du vin que vous rendez, mais l'argent des vers. Les rois se réjouissent dans le Seigneur, car il est écrit : Le Roi se réjouira en Dieu ; mais vous vous réjouis-

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soz d'une vaine espérance, comme il est écrit : ceux qui se réjouissent en vain. En tout temps, Dieu donne la puissance à ceux qui espèrent en

lui, comme il est écrit ; mais pour vous, qu'il

rende vaine votre orgueilleuse puissance, ainsi qu'il est écrit : La puissance de votre esprit deviendra vaine et le feu vous dévorera. » ^ Il est visible que dans ce dernier morceau le ton se hausse et Pâme se courrouce : nous retrouverons plus loin ces hommes injustes qui vendent aux pauvres des vins de mauvaise qualité, qui spéculent sur les disettes et l'épizootie ; Schnoudi se chargera de les punir. En définitive, les discours où Schnoudi laissa paisiblement couler de ses lèvres des paroles douces, suaves, allant au cœur par le chemin des impressions délicieuses, furent rares : son àme fut trop souvent pleine de colère et de fiel. Dans de pareils moments, son esprit ne connaissait plus de règles, son imagination de frein, il se livrait à une sorte d'orgie intellectuelle et rien ne Tarrôtait plus. Son discours sur le glaive est le modèle de cette éloquence par soubresauts, ce fut un des morceaux favoris de Schnoudi un de ceux dont il se montrait le plus fier et qu'il aimait à rappeler. Il est impossible de savoir à quelle occasion il fut prononcé, car le copiste lui a seulement donné ce titre : Sur toutes les œuvres mauvaises qui se font sur terre, mais tel qu'il nous est arrivé, il est digne d'être connu, car

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