X PREFACE
tice d'inventaire. La seconde catégorie on le comprendra facilement est d'une valeur inappréciable en Tespèce. Il en est de même de quelques œuvres similaires de Tun des disciples de Schnoudi, Visa. Si ces œuvres ne comprennent pas le récit suivi de la vie de Schnoudi, on y trouve à chaque instant des allusions à des faits passés et la mention de certains actes que les panégyriques des autres auteurs avaient omis. Si nous ne possédions que la première catégorie de renseignements, nous nous ferions une idée tout à fait fausse de ce que fut ce moine extraordinaire : la seconde catégorie nous permet de compléter ces renseignements, de les vérifier, et de connaître comment les auteurs coptes comprenaient rhistoire.
Dans l'introduction placée en tète des monuments que j'ai publiés, j'ai discuté et cherché à établir la valeur de chacun des textes que j'ai traduits. Ce n'est pas ici le lieu de refaire cette introduction, mais il sera bon de dire quelques mots de la manière dont un auteur copte composait un ouvrage et des idées qui présidaient à cette composition.
J'ai comparé ailleurs les œuvres coptes aux chansons de geste ; plus je me suis avancé dans l'étude de la littérature copte, plus j'ai vu que ma comparaison offrait de points de rapprochement. Si l'on ne faisait attention qu'à la forme des œuvres coptes, elles n'offriraient qu'une ressemblance très éloignée avec les chansons de ges-
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te : leur forme ressemble bien plus à la forme des antiques contes d'Egypte, et l'on retrouve dans les écrits chrétiens la même manière de raconter, souvent les mêmes, expressions que dans le conte (les Deux Frères ou dans celui du Prince prédestiné. Mais il n'y a pas que la forme du récit dans la chanson de geste, il y a encore et surtout le but cherché par l'auteur, la conviction intense qui remplit son àme et la trame merveilleuse des faits : sous ce multiple rapport les Vies écrites par les moines égyptiens se rapprochent de très près des u'uvres produites par les trouvères de notre moyen-àge. Le but cherché est le même, la glorili cation du héros, de la religion au lieu de la patrie ; la conviction est aussi intense dans l'àme de Fauteur copte que dans celle du poète français, je dois (lire qu'elle est môme infiniment plus intense parce que cet auteur ne se laisse pas la ressource de la réflexion pour se convraincre du jeu de son esprit : ce qu'il écrit, il le croit parce qu'il écrit dans un état de perpétuelle exaltation mentale ; enfin la trame merveilleuse est la même, elle enserre un seul individu à la louange et à l'apothéose duquel concourent tous les faits incroyables qui constituent le récit. Je sais bien que l'unité doit régner dans toutes les composition littéraires ; mais l'enthousiasme qui divinise tous les traits du tableau donne, dans la vie du moine copte, qu'il s'appelle Schnoudi, Pakhôme ou Macaire, un tout autre tour à la peinture et la hausse jusqu'à la peinture épique. Il n'est pas jusqu'à la manière
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dont ces œuvres devaient être lues aux moines qui ne rappelle la chanson de geste : car ceux qui les lisaient n'étaient pas des anagnostes, des lecteurs ordinaires, mais des chanteurs comme l'indique le nom copte de ceux qui faisaient la lecture aux frères assemblés. Les notes manuscrites ajoutées à la fin d'un grand nombre d'œuvres coptes, notes qui sont sans doute le prototype de celles que l'on trouve dans les manuscrits de notre moyen-àge, énumèrent souvent les noms des chanteurs qui ont récité le livre aux frères : u Souvenez-vous de moi, écrivait un chantre à la tin de l'une des œuvres que j'ai publiées, souvenez-vous de moi, le pauvre, le pécheur, Victor iils de mon père Isaac, le psalmode et le chantre du seigneur abba Macaire, de son père selon la chair et de son frère Michel, afin que le Seigneur leur fasse grande pitié en ce monde et qu'il leur donne, lorsqu'ils en seront sortis, le repos pour leurs âmes ; » et ailleurs : « Souvenez-vous de nos frères qui ont chanté le livre de mon père Sarapion, de mon père le diacre Mina fils de Pidjol et de mon père le diacre Mina de la grande cellule. Que le Seigneur leur fasse grande miséricorde en cette vie et la future: Amen. » Je crois en effet que la lecture dont il s'agit se faisait comme celle de nos aèdes antiques ou comme celle des récitateurs arabes modernes ; je n'oserais affirmer qu'on s'accompagnât d'un instrument quelconque, car je n'ai jamais rencontré une allusion à pareil fait. mais, tout au moins, le lecteur copte récitait son