Zoëga. op. cit. p. 494-49G
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surtout, ot de tout le reste. » Il avait même dit : « Dieu, Dieu, je l'en prie de tout mon cœur et de toutes mes pensées, si c'est moi qui ai commis ces violences qui brisent en vain mon àme en moi, si c'est moi qui les hais et non eux qui me haïssent, comme ils le disent, que toute tristesse, toute affection, tout opprobre tombent sur moi, car c'est tout ce dont je suis digne si, au lieu d'aimer ceux qui m'approchent, je ne les en hais que davantage. Mais, si je ne leur ai fait aucun mal, comme tu connais toutes mes paroles, instruis-les dans le deuil, les gémissements, la tristesse, dans des soufTrances et des afflictions sans relâche. » Aon pas qu'il parlât ainsi parce qu'il les haïssait, à Dieu ne plaise, mais parce que son àme était pleine d'angoisse à la pensée que Dieu était irrité contre de pareils récalcitrants. Souvent il avait pris la résolution de manger son pain dans la solitude, de se retirer dans le désert et de ne plus reparaître au monastère, de travailler seul à son salut ; mais il avait craint le scandale, il avait craint surtout de contrister les cœurs fidèles dont il connaissait l'affliction et la compassion à son égard et que pas une de ces paroles ne pouvait consoler. Que de fois au milieu de son discours la vue des pécheurs l'avait-elle mis hors de lui-même et lavait-elle emporté aux violences de la parole ! Souvent il avait pris la résolution de chasser ces infidèles de l'église, afin de ne pas donner les choses saintes à des chiens, mais tout avait été vain. Il avait passé les nuits et les jours à parler
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sans discontinuer, à instruire, à consoler, à réprimander, à bénir et à maudire : ses paroles avaient été tour à tour douces et sévères, tristes et joyeuses, bienveillantes et menaçantes, il n'avait pas même reculé devant la plaisanterie, quoiqu'il ne fût pas convenable pour lui de rire et de jouer. Il avait été surpris dans ces interminables discours, au milieu des larmes de rage et de colère, par ceux ([ui le regardaient comme un ange; des étrangers, bien malgré lui, avaient été témoins de la division intestine qui régnait dans sa famille. Que pouvaiton donc lui reprocher ? Ses paroles dures ? mais il en avait dit de bien douces. D'avoir puni, d'avoir frappé des mains et du bâton ? mais n'avait-il pas frappé ceux qui le méritaient, qui enflammaient sa colère. C'était plus fort que lui, il ne pouvait voir verser en sa présence des larmes hypocrites de pénitence par des gens qui le couvraient ensuite de crachats, qui se disaient justes etn'étaient qu'impies, qui se rassasiaient du miel tombant des lèvres d'une prostituée. Il avait tout employé pour les retirer de leurs péchés : tout avait été inutile. Aussi il ne lui restait qu'une chose à faire, les livrer à la vengeance divine. Oh ! que sa vie avait été malheureuse ! Souvent il n'avait pas même pu recevoir ses visiteurs, tant il était furieux ou affligé, il avait dû envoyer quelques frères à sa place. Etait-ce donc pour obtenir ce beau résultat qu'il avait tant travaillé ? ses enfants le haïssaient, et il ne trouvait d'affection et de respect que chez les étrangers. Les autres ordres réussissaient
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admirablement, le sien seul ne progressait pas. S'il en avait chassé quelques-uns, c'était à cause de leurs iniquités et non pour une autre raison. Peut-être Dieu leur ferait-il miséricorde, quoiqu'ils se fussent moqués de lui et de ses frères : il l'espérait, mais Dieu serait-il miséricordieux à ce point ? *
Ces paroles nous font comprendre à quel point la discorde était montée dans la communauté de Schnoudi. Schnoudi avait abusé des menaces et des violences en paroles et en actions : à chacune des scènes trop violentes qui avaient eu lieu, il avait amoindri le prestige de son autorité et agrandi le nombre de ses ennemis. Si son idéal de la vie monacale était élevé, celui de ses moines était beaucoup plus grossier : ils n'entendaient pas qu'on fît de leur vie une vexation continuelle, qu'on les maltraitât, qu'on les tuât même pour la moindre peccadille. La rébellion s'insinua sans doute peu à peu et se cacha longtemps dans les cœurs, mais elle finit par éclater. On se moqua de lui, on lui fit sentir qu'il ne lui était pas permis de manquer à la règle plus que les autres, on murmura contre ses Davids apocryphes, ses saints de contrebande. Finalement il se forma contre lui un parti puissant d'autant plus nombreux que Schnoudi eut davantage recours à la violence pour le faire disparaître. On ne craignit bientôt plus de s'attaquer à sa personne : une nuit, à l'heure de se