Zoëga. op. cit. p. 38o-4H
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dans ce qui l'avait nourri : le repos l'avait fui pour jamais, la mort seule devait faire cesser ses luttes et ses souffrances. Ces luttes et ces souffrances avaient été tellement vives qu'il semble avoir luimême craint pour sa raison. Son tempérament passionné, ses colères impuissantes, d'autant plus que l'âge l'appesantissait davantage, le spectacle de ses ennemis riant de ses menaces vaines ou peu effectives, tout devait contribuer à le pousser au paroxysme de toutes ses passions. Et cependant on ne peut s'empêcher d'être ému quand on l'entend dire qu'il n'était pas né pour des œuvres de violence, mais pour des œuvres de douceur. Il sut trouver des accents qui vont encore au cœur. Mais si le cœur était chaud, l'esprit était trop borné, trop étroit et ruinait tout l'édifice qu'il avait assis sur des fondements peu durables : les eaux de l'imperfection humaine battaient son œuvre, et cette œuvre s'écroulait parce qu'elle était bâtie sur l'orgueil, sur les petitesses de l'homme aussi mouvantes que le sable de la mer.
Nous sommes arrivé au point culminant de la vie de Schnoudi: quoique nous ne puissions donner aucune date fixe, il est évident d'après l'analyse des œuvres qui précèdent que le moine d'Athribis descendait le dernier versant de la vie. Certes le temps avait marché depuis l'époque où, dans sa caverne au désert, il pensait avec un mélancolique regret à la verdure des champs, à la richesse des aires chargées de blé et au fleuve sacro-saint qui apportait périodiquement l'abondance à sa patrie. Le temps avait marché et le cœur de Schnoudi s'était entièrement fermé à toutes les joies humaines. La contemplation de la nature n'avait plus pour lui le moindre charme ; la verdure ne reposait plus ses yeux ; les champs de blé ne lui
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rappelaient plus son heureuse enfance sous la tendresse vigilante de sa pieuse mère ; le Nil n'était plus pour lui le lleuve poétisé et chanté par les beaux esprits des temps pharaoniques, il n'était que Tinstrument des célestes vengeances dont lui-même se faisait le ministre. Tout avait disparu en lui et pour lui, afin de laisser place au fanatisme farouche qui s'était emparé de ses pensées. Lorsque le soir arrivait, le soleil, se couchant dans sa gloire derrière la montagne d'Athribis et inondant l'horizon de toutes les couleurs du prisme à la fois, n'attirait pas le moindre de ses regards : ni la nuit s'étendant rapidement sur la terre et faisant apparaître ces myriades de mondes lumineux qui rendent en Orient la nuit plus belle encore que le jour, ni la lune faisant son entrée dans le ciel au milieu d'un éclat admirable, ni le silence solennel qui enveloppe le monde et rend perceptibles les moindres bruits des plus petites créatures, rien ne pouvait le charmer ou l'émouvoir. Sa poitrine ne s'ouvrait pas à ces fortes haleines du désert qui nourrissent autant que les aliments les plus substantiels et que ses ancêtres avaient nommés les souffles vivifiants du Nord, désirant les respirer dans la vie d'outre tombe, comme ils les avaient respires sur la terre d'Egypte ; si les fonctions de l'organisme humain se faisaient en lui comme en tout autre être vivant, il n'y apportait aucune conscience : il ne goûtait rien et usait de peu. Il ne connaissait plus cette intime joie de savourer la vie dans le contentement du corps et de l'esprit.
Au lieu cradmirer la beauté des œuvres de ce Créateur qu'il prétendait servir et qu'il servait en ell'et à sa manière, il n'avait de désir et d'aspirations que pour la lutte et ses émotions. Le soir venu, fatigué qu'il était de la tension d'esprit et de corps dans laquelle il vivait, quand tous ses moines s'étaient retirés dans leurs cellules jusqu'au moment où la cloche les appellerait à la prière, il allait seul s'asseoir sur le fût d'une colonne brisée dont il n'avait pu trouver l'emploi dans la construction de son église et de son monastère et qui, maintenant encore, est le témoignage de son fanatisme et des ruines qu'il a amoncelées. Là il rêvait, mais non aux choses terrestres et humaines ; il rêvait et ses rêves comme ses veilles étaient peuplés d'esprits bons ou mauvais : il parlait avec le lils de Dieu, ses prophètes, ses apôtres, tous ses saints, ou il luttait contre les esprits infernaux, combattait corps à corps avec Satan, lui infligeait de cruelles tortures, désirant l'anéaniir sans le pouvoir. S'il avait trop souffert du poids lu jour et de la chaleur, il cédait à la fatigue du orps et s'endormait, et les rêves de son sommeil n'étaient pas différents de ceux qui formaient sa yie éveillée. Jamais il ne pensa à l'histoire du pays bu'il habitait: il n'eût aucune pitié pour ces monuments témoins grandiose d'une grandiose histoire. Jl ne connut les Pharaons que pour les maudire. De >on temps, comme de nos jours, l'imagination 3opulaire devait se plaire à rattacher à ces intiques possesseurs de l'Egypte toutes les
merveilles qu'elle ne pouvait pas s'expliquer ; elle devait trouver une douce jouissance à redire alors, comme aujourd'hui, les récits poétiques, les contes fantastiques dont les antiques habitants de la terre noire nous ont laissé des spécimens charmants. Si son oreille en fut bercée pendant son enfance, son âge mûr les oublia ou ne voulut plus les connaître. Des différents noms sous lesquels ses ancêtres avaient adoré la divinité suprême et unique, il [ne retint que certaines appellations qu'il couvrait de ridicule parce quelles lui semblaient odieuses ; dans les symboles sous lesquels ils avaient voilé avec amour et poésie les mystères qui ne devaient pas être le^ partage de tous, il ne vit qu'une idolâtrie fantastique, horrible. Aussi tous ses efforts au dehors de son monastère devaient converger vers ce seul but, l'extirpation de l'idolâtrie dans la Haute- Egvpte, du moins dans ce pays d'Akhmim qu'il remplissait du bruit de ses mortifications extraordinaires, comme du bruit de ses violences intempestives et immodérées. Tout le pays qui entourait son monastère était couvert de monuments qui, si l'on en juge par les débris qui ont échappé aux dévastations des hommes plus encore qu'aux secousses de la croûte terrestre, devaient être des chefs-d'œuvre admirables. Pour lui, les œuvres d'art n'existaient pas. L'art lui-même n'était pas. Il n'avait jamais réfléchi que l'art est l'une des faces de la vérité, l'une des marques de la posession de cette vérité qu'il croyait tant aimer et cher-
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chait à laire régner autour de lui. La vérité n'a- ' vait qu'une face pour lui : il fallait croire comme il croyait, ou mourir. La raison humaine dans ses plus splendidcs manifestations ne trouva pas grâce devant lui. D'ailleurs connut-il jamais cette raison qui brille en l'homme d'un éclat si admirable (\UQ Dieu est dit l'avoir faite son image et ressemblance ! On ne trouve pas un seul mot, dans ce qui nous est rapporté de lui ni dans celles de ses œuvres que nous connaissons, qui puisse faire supposer qu'il reconnut des droits à la raison humaine. Il n'agit jamais d'après les calculs ou les conseils de cette raison : la passion, sous quelque forme qu'elle se présentât, fut toujours la maîtresse absolue de son esprit, l'impératrice de ses pensées, le moteur de ses actions. Il ne sut jamais distinguer entre des choses qu'il est cependant facile de distinguer: 'tout ce qui de près ou de loin touchait ou pouvait toucher au polythéisme, ce grand ennemi, devait être sacrifié et détruit. Aussi tout ce qu'il put saisir de sa main nerveuse passa à la destrucdion. Quand ses forces se trouvèrent impuissantes •devant la masse étonnante des monuments, il ]respecta les pierres, mais les figures furent toutes ^salies, martelées ou détruites. Que la statue fut le ■portrait d'un roi ou la représentation de la divinité, peu lui importait ; il n'y regardait pas de si ■près. Voilà pourquoi le voyageur moderne qui vient contempler les monuments que le temps a respectés avec ses révolutions et ses tempêtes,
reste muet de colère devant les profanations qu'accomplit un fanatisme aveugle. Non pas qu'il faille dire que Ton doive imputer à Schnoudi toutes les profanations sur lesquelles on gémit depuis Akhmim jusqu'à Tîle de Philée ; mais nous savons avec certitude que, si dans les environs du pays qu'il habitait, il ne reste plus un seul monument, c'est à lui que nous le devons ; et ce n'est pas une témérité de penser que son influence poussa d'autres fanatiques, moins coupables que lui sans doute, à l'imiter. D'ailleurs son panégyriste nous apprendra que s'il ne pouvait lui-même prendre part à ces pillages et à ces dévastations, il y envoyait ses moines qui ne savaient rien de mieux à faire que d'imiter leur père. Peut-être se justifiait-il sa conduite en prétextant le décret de Théodose ? Mais ce décret établissait diverses sortes de catégories parmi les monuments consacrés au polythéisme, comme nous le verrons bientôt, et Schnoudi ne fit aucune distinction. Son esprit était incapable d'en faire, il ne regardait jamais que devant lui^ car ses yeux étaient attachés sur un point fixe dont ils ne se détachèrent jamais. On a dit que les hommes qui ne lisaient qu'un livre étaient à craindre ! bien plus à craindre sont ceux qui n'ont qu'une seule idée petite ou grande, car c'est le propre du fanatisme. Le fanatisme n'aspire qu'à faire passer son idée dans la catégorie des faits : pour arriver à cette fin tous les moyens lui sont bons, car pour lui la fin sanctifie les moyens. Erreur profonde et
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néfaste (jui a perdu el perd encore l'Orient ! Si le Christianisme ne s'était pas attaché les races jeunes et vigoureuses ([ui commençaient alors à envahir l'empire romain, s'il s'était contenté de se cantonner en Orient, iJ auiait dévoré ses enfants, comme l'antique Saturne, ou pour mieux dire encore ses enfants se seraient détruits ciix-mémes a[)rès avoir détrôné leur père, (^hose étonnante et curieuse ! le même sort aurait été réservé à rishimisme si, aux époques critiques de son histoire, alors que ses divisions intestines semhlaient lui présager une mort imminente, il n'avait pas à propos reçu une nouvelle et vigoureuse vie par l'entrée en son sein de peuples nouvellement arrivés à la puissance politique.
Il serait assez difficile d'indiquer avec précision à quelle époque de sa vie, Schnoudi commença détre possédé de l'idée d'anéantir le polythéisme autour de lui. D'après les règles ordinaires du développement de la pensée dans l'esprit humain, cette obsession dut être le fruit lentement éclos de ses pensées et de ses colères. Sans doute, dans sa jeunesse, il put ressentir une haine vigoureuse contre ceux qui ne partageaient pas ses croyances, qui écrasaient sa race et s'enrichissaient de la j sueur de ses frères. Mais, avant que cette haine intime pût éclater à l'extérieur, il fallait des circonstances de temps et de personnes qui ne durent se présenter qu'à une époque déjà avancée de sa vie. Si Schnoudi n'avait pas été entouré duiie sorte d'auréole mystérieuse, si le bruit de ses
actions de pénitence ou de son administration intéri(?ure n'était pas sorti de son monastère pour se taire entendre dans tous le pays environnant, s'il neùt pas su se faire un parti de fanatiques toujours pr(Ms à le suivre et à agir selon ses indications, si surtout il ne sefiit pas assuré l'impunité, sa fureur eût été impuissante et les éclats en eussent été comprimés dès le premier accès. Pour en arriver à réunir toutes les conditions nécessaires à son succès, il lui fallut du temps : nous ne croyons donc pas nous tromper en reportant aux quarante, peut-être même aux trente dernières années de sa vie, la guerre impitoyable qu'il lit aux adorateurs des idoles.
Au commencement du cinquième siècle, le pays d'Akhmim était encore couvert de temples oi^i se continuaient les sacrifices aux dieux de l'antique Egypte accommodés au goût de la mythologie grecque. La population grecque de ce canton de l'Egypte était encore considérable : la plus grande partie était restée attachée au culte des dieux de son pays. Les païens grecs avaient en main la richesse, par conséquent la puissance ; le pouvoir, les charges administratives étaient souvent le partage de leur éducation et de leur savoir: rieurs et sceptiques, ils ne pouvaient voir SUIS gaieté Torgiti religieuse, qu'on nous pardonne cette expression, à laquelle l'Egypte se livrait alors dans la ferveur de son nouveau culte. Ils prenaient la vie en amateurs et s'efforçaient de n'en goûter que les charmes et n'en de respirer que les roses.
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Sans doute leur foi dans les dieux de leur panthéon n'était (jue médiocre; mais leui' esprit restait malgré tout attaché à ces mythes gracieux et |)oétiques où le «énie grec a souvent caché un sens profond et dont il a quelquefois voilé des idées grossières. En face de la nouvelle religion qui aspirait à détrôner la leur, ils avaient resserré leurs rangs et la conscience du danger qu'ils couraient les avaient peut-être raffermis dans un culte dont ils devaient au fond se soucier peu. La vue des mortifications monacales les faisait sourire, tout en les effrayant parfois, (piand ils réfléchissaient aux suites qui pouvaient en résulter pour (Mix : leurs hères railleries pleuvaient sans cesse sur ces moines à la ligure érnaciée, aux habits sales, vivant dans d'horribles trous^ sous prétexte d'honorer Dieu. 11 était plus facile d'honorer leurs dieux à eux: les Amours, les llis, les Jeux et les Grâces se montraient d'un accommodement plus facile que le Dieu des Chrétiens. Fidèles au culte de l'art qu'ils avaient apporté de leur patrie, ils avaient su orner leurs maisons d'œuvres délicates, de statues en tout genre et de toute forme : raffinés dans leurs goûts, ils trouvaient que la vie ne vaut pas la peine de vivre, si l'on ne sait pas l'embellir de tous les agréments que l'esprit conçoit et que la nuiin exécute. S'ils se laissaient aller au courant du lleuve, leurs barques étaient pavoisées, richement ornées de tentures et de tapis, la proue était une œuvre d'art; s'ils donnaient un festin, les mets
exquis ne le cédaient quau charme de la musique et à rivresse des parfums ; le vin coulait à Ilots et la joie ruisselait avec le vin. La poésie venait se joindre à la musique et à la danse. Leur société était lettrée : peut être fut-elle la j)remière à entendre les uuivres de Nonnus. ^ Ils aimaient le théâtre avec passion, et ils étaient assez amateurs de honne et ancienne comédie pour faire jouer sur le théâtre de Panopolis les Oiseaux d'Aristophane. Les bruits de ces fêtes parvenaient jusqu'à Schnoudi : plus d'une fois dans sa caverne du désert, la brise du soir dut lui porter les refrains anacréontiques ou bachiques des chants qui plaisaient à ceux qu'il regardait comme ses ennemis. 11 voyait, avec une haine d'autant plus violente qu'il était obligé de la concentrer davantage, la félicité matérielle de ces joyeux viveurs, pour lesquels la vie ne semblait avoir que des joies. Sa colère s'exaspérait quand on lui annonçait que ces misérables païens venaient de détourner (juelque chrétien du culte du vrai Dieu pour le faire tomber devant d'impures idoles. (]ette vie heureuse qui trompait les simples lui était odieuse, il se promettait bien de voir le jour de la vengeance et de s'en faire lui-même l'instrument. 11 trouva un puissant auxiliaire dans la
1. Ceci n'est qu'une conjecture : M. de Marcellus a donné de bonnes raisons pour démontrer que Noanus était de Panopolis. mais rien ne peut èive affirmé en plus. La If^ttre de Synésius sur les fils de Nonnus ne saurait prouver, ainsi que l'a insinué M. Revillout, que Nonnus aurait été dépouillé et mis à mort |)ar Si'hnouili.
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iiianioro dont los riches grecs traitaient les pauvres fellahs. Sans doute, il n'entra dans les cœurs des (Irecs de Panopolis aucun sentiment de dureté et (Tégoïsme de propos délihéi'é : ils se contentèrent de traiter le fellah comme il a toujours été traité dans la terre d'Kgypte, où on le regarde comme j)liis (pi'une héte et moins qu'un homme. Les nialhciirs des temps, les famines, les inondations iiisuflisantes lui furent un secours, car il en ht retomher la responsahilité sur ces païens qui souillaient la terre sainte et qui forçaient Dieu à })unir ses enfants ahn de les punir eux-mêmes. On comprend d'ailleurs parfaitement que les Grecs aient réservé leurs secours pécuniaires pour leurs frères ou leurs corréligionnaires et qu'ils ne se soient que médiocrement soucié des Chrétiens et des moines. Malgré les foudres et les prédictions de Schnoudi, longtemps leur vie fut calme et tranquille : rien ne vint troubler le pur plaisir de leurs fêtes et de leurs chants. Cette persistance d'un bonheur qu'il croyait immérité était un vrai scandale pour le moine d'Athribis. Le retour de presque toute la ville d'Akhmim au paganisme lui porta le dernier coup et il résolut de se servir de toutes les forces qu'il avait péniblement amassées pour livrer un dernier combat à ses ennemis et sortir victorieux de la lutte.
Cette résolution fut vraisemblablement l'acte des dernières années de sa vie : avant d'agir il avait longtemps parlé, menacé, conjuré, il semble même que tout d'abord les rapports qu'il eut avec
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cortains Grocs dv la ville (rAkhiniin funMil empreints (rune sorlo de modération. Quoiqu'il «Ml soit, il comnionça d'abord par discuter, répondant aux railleries par des railleries, aux sarcasmes par des sarcasmes, prononçant des discours où il réfutait selon l'inspiration du moment les doctrines j)olythéistes. Dans les fragments que nous avons cités de ses œuvres, ou simplement analysés, nous Tavons déjà vu décocher (juelques traits (ju'il croyait acérés contre les adorateurs des idoles, contre ces riches cpi il accusait de méchancetés voulues, d'oppressions, de vexations, de tous les crimes que l'argent peut inspirer aux grands contre les petits. Dans une foule d'autres endroits de ses œuvres il revient sur ce sujet et il nous faut, à nous aussi, revenir sur ses ouvrages afin de mieux connaître encore son éloquence et ses idées. Malheureusement nous sommes obligé de nous en tenir encore à des fragments, et nous n'avons même pas eu la possibilité de nous sentir de tous les fragments que nous savons exister.
Rien ne semblerait plus en dehors des habitudes d'esprit de Schnoudi qu'un traité didactique où il aurait réfuté ex p?'o/esso les erreurs qu'il combattait : il n'a de commun avec l'école des apologistes que la passion exubérante qui a toujours animé ces sortes d'œuvres, les a rendues éloquentes, mais trop souvent aux dépens du raisonnement. L'œuvre entière de Schnoudi est essentiellement oratoire : ses controverses avec les hellénisants de Panopolis ne diffèrent en rien
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des lettres ou des discours qu'il adressait à ses moines. D'ailleurs il est très probable que celles de ses œuvres oii il semble parler aux païens ont ^té prononcées devant ses moines : s'il interpelle directement les païens, les Juifs, les hérétiques, c'est par un tour oratoire dont il a usé et abusé. Il y a dans la passion qui l'anime contre les idolâtres une gradation continuelle : à mesure que Tàge avançait, son impressionabilité devenait plus orande, son exaltation augmentait et ses actions dépassaient toutes les limites du droit et de la justice. Tout d'abord il se borna à tourner en ridicule les dieux et les déesses du panthéon égyptien grécisé : il accompagna bien ses railleries de malédictions, mais Ton sent que ses malédictions sont encore anodines et qu'elles ne renferment que de vaines et sonores paroles. Il ne craignait pas d'introduire un Gentil dans l'église de son couvent et de lui reprocher ses idées peu orthodoxes sur la divinité. Ce Gentil qui se piquait de philosophie s'était fait accompagner de ses amis, tous personnages riches et puissants de la ville d'x\khmim et qui le tournaient linement en ridicule d'être venu écouter les divagations d'un moine. Schnoudi prit pour texte de son sermon ces paroles de l'Ecriture : « Le lion rugira : qui ne sera rempli de crainte ? le Seigneur a parlé, qui ne sera rempli de l'esprit de prophétie ? Le Seigneur a donné un ordre, ainsi que son Esprit, qui pourra cacher les choses qui sont utiles à Dieu ? » Puis il commença ainsi : « J'étais un
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jour assis sur la montagne : je vis (mi l'ali' un aninuil ([ui lultaK contre un autre animal se trouvant sur terre. Kl je fus bien joyeux, lors(|ue je visTois(vui sortir de la lutte, vaiiKjueur de celui qui foulait la lern^ aux pieds. Mais un moment après laninud terrestre se retourna contre Toiseau, le saisit et le vainquit. Que les sages reconnaissent en ces paroles les liéréti(|ues dont le co'ur est double. Il n'y a rien détonnant à ce qu'un Gentil, ou un bérétique n''ayaut pas la foi, soit admis dans l'église : souventes fois les oiseaux entrent dans l'église. Voyez ce paon et cette poule. Que si le Gentil et l'hérétique étendent les bras e,t lèvent les mains en simulant la prière, les oiseaux ne déploient-il pas aussi leurs ailes? ^ »
(i'est un spectacle curieux de voir ici Schnoudi se justifier devant ses moines d'entretenir des relations avec ces païens auxcjuels il devait bientôt faire une si rude 2:uerre. Sans doute son orgueil était llatté de voir qu'on le prenait au sérieux, qu'on ne dédaignait pas de discuter avec lui : les droits de Fhospitalité n'allaient pas jus- (ju'à lui faire une obligation d'introduire ses hôtes païens dans son église, mais sa vanité était contente de déployer devant eux toutes les richesses de son éloquence. Cette bonne entente ne dut pas durer longtemps. Dans une autre de ses allocutions, il prit directement à partie les