Zoëga. Ca(. Cod. Copt. p. 451-4ol
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autour do Sc'hnoudi. Un jour voyani la nuiltiludc qui s'attachait à cet liomme de malédiction, comme nous l'apprend le titre de l'un de ses discours, il prononça l'une de ses plus violentes diatribes, « afin que cet homme fiit averti de ce qu'il disait de lui et que les autres se gardassent de ses œuvres. » Ce qu'il voulait surtout, c'était détacher le peuple de Gésios, et avant tous les autres, les chrétiens qui étaient au service du riche païen .
Mais ces païens d'Akhmim. il n'y avait rien à espérer d'eux, ils étaient inconvertissables et ne causaient que du scandale. Maintenant que tous étaient avertis, le temps était arrivé de passer de la parole à l'action. Schnoudi se jeta dans cette œuvre d'intolérance et de destruction avec toute l'ardeur malsaine de son tempérament. Ici encore nous n'avons que peu ou point d'indices chronologiques : aussi nous devons nous borner à raconter les faits et les légendes dont on les a entourés, dans une sorte de suite logique dont nous ne pouvons garantir l'exactitude. La ville d'Akhmim, le centre de l'idolâtrie et de la richesse, dut attirer sur elle les premiers coups ; et parmi les habitants de cette ville Gésios fut tout d'abord désigné à la haine vengeresse du moine.
L ne nuit. Schnoudi. accompagné de son secrétaire Jusab et d'un autre moine nommé Akhnoukh, sortit en secret de son monastère. Montés sur leurs ânes, les trois fanatiques se dirigèrent en silence vers la ville d'Akhmim afin de mettre à
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exécution un projet longtemps caressé : il ne s'ao;issait rien moins, que de pénétrer dans la maison de Gésios, de lui enlever ses idoles ei de les anéantir. Sans doute le maître était absent du logis et Schnoudi avait su se ménager des intelligences dans la place. Tout avait été préparé d'avance pour que l'expédition fût tenue secrète et s'accomplit le plus vite possible. Les trois voyageurs parvenus au fleuve le traversèrent sans encombre et pénétrèrent dans la ville. Arrivés devant la maison de Gésios, ils virent s'en ouvrir les portes, entrèrent en silence, firent main basse sur tous les objets d'art ou les statuettes religieuses que renfermait la maison du riche païen, les portèrent au fleuve, et là se livrèrent à toute leur rage de destruction . De chaque objet enlevé ils en firent deux, comme le dit ironiquement le texte, puis ils lancèrent le tout dans les eaux. Ils traversèrent de nouveau le fleuve et, avant que le matin eut paru, ils étaient de retour au couvent. Schnoudi raconta le lendemain matin son équipée à ses moines ravis ; naturellement les plus petites circonstances étaient tournées au miracle : on avait traversé le fleuve sans barque ni batelier, ainsi que Pierre avait autrefois marché sur les eaux, et, chose étonnante ! pendant toute la nuit^ aucun des ânes n'avait fait entendre le plus petit braiement. N'était-ce pas là un signe évident que Dieu avait béni cette noble entreprise ?
Le succès encouragea sans doute Schnoudi, mais les choses ne se passèrent pas toujours aussi
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pacifiqiK^ment qiio dans cette expédition nocturne. Ln jour, il se rendit à Akhmim pour v apostropher un païen dont on s'était plaint près de lui. Cet homme violentait les pauvres et leur faisait subir toutes sortes d'exactions : Schnoudi se devait à lui-même de l'aller trouver, de lui reprocher son injustice face à face et de l'avertir des maux que sa conduite allait lui attirer de la part de Dieu. Il trouva dans la rue l'homme qu'il cherchait : aussitôt il l'apostropha avec violence ; mais son adversaire n'était pas patient, il leva une main criminelle, bien digne d'être coupée, comme le souhaitait Visa, et souiïleta Schnoudi comme il eût fait d'un esclave. Il s'ensuivit sans doute une lutte corps à corps. La légende atfirme qu'à peine le païen eut souffleté Schnoudi un homme à l'air respectablcj portant les insignes des magistrats royaux, s'approcha du païen, le saisit par les cheveux, et le mena par les rues de la ville, le souffletant sans cesse jusqu'à ce qu'il l'eût conduit sur les bords du fleuve. Une multitude immense s'était amassée à ce spectacle, et en sa présence, le mystérieux personnage se précipita dans le Xil entraînant avec lui l'infidèle qu'on ne revit plus. A cette vue. la foule saisie de frayeur ne sut que rendre gloire à Dieu : certainement c'était un ange qui était venu punir l'athée de ses injustices. Peut-être serons-nous plus près de la vérité en pensant que l'un des moines de Schnoudi ou l'un de ses partisans, sinon Schnoudi luimême, se fit le vengeur du moine offensé.
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Ainsi Schnoudi ne reculait pas devant le meurtre pour satisfaire ses haines religieuses. Il ne recula pas davantage devant la dévastation du pavs. Le territoire d'Akhmim était alors, comme aujourd'hui, d'une grande fertilité. Les riches hahitauts de la ville avaient lait servir cc^ttc i'ertilité à leurs plaisirs comme au bien être de leur vie. Dès ce temps des jardins luxurieux entouraient la ville et fournissaient à leurs heureux possesseurs toutes les bonnes choses qui font les délices des disciples d'Epicure. Nul endroit n'était mieux fourni de jardins et de vignes qu'une île située en face de la ville et nommée île de Panéhîou. Elle fournissait de ces vins succulents dont Schnoudi aimait à tirer ses comparaisons. Elle était tout entière la propriété de riches païens d'Akhmim, qui la faisaient cultiver par de pauvres fellahs chrétiens. De tout temps les fellahs ont été maltraités : ceux de Panéhîou n'échappèrent pas au destin de lem^ race. Les propriétaires de l'île, s'il en faut croire ' Visa, imaginèrent de les payer en nature et de leur donner comme salaire tous les vins avariés dont ils ne pouvaient ni user ni se défaire. C'était une criante injustice. Les fellahs eurent recours à Schnoudi. Il commença par faire aux païens des admonestations dont quelques-unes nous sont déjà connues ; mais comme les reproches et les menaces n'avaient rien produit, il prit le parti de passer à l'action. S'il fallait en croire son panégyriste, les choses se seraient ainsi passées. Pendant
une miil léiiébrouse, Sclinoudi se rendll à celte lie; du bâton (juil (enait à la main. 11 frappa un palmier (jui se dressait superbe au milieu d'un jardin, et s'écria : « Je te le dis, ô îlede Panéliiou, transporte toi au milieu du tleuve, submerge-toi poui' l'éternité, et ne sois plus à ces misérables une occasion de faire souffrir les pauvres et les malbeureux. » A l'instant même, l'île avec les jardins et les habitations qui la couvraient se déplaça, alla se plonger au milieu du tleuve et fut recouverte par les eaux. Le matin n'avait pas encore paru que les mariniers naviguaient sur remplacement de cette ile, la gloire et la richesse du pays d'Akhmim. Evidemment la destruction ne se fit pas de la sorte : sans doute les eaux du Nil montaient et la rupture soudaine des digues au milieu de la nuit suffit à submerger l'île entière ; peut-être même la disparition de l'île ne fut-elle que l'effet d'un de ces caprices soudains dont le fleuve d'Egypte a donné tant d'exemples. Aujourd'hui encore, le souvenir de l'île disparue est resté vivant chez les indigènes. Si la catas-' trophe fut purement accidentelle, les moines de Schnoudi surent, on le voit, en tirer parti ; mais il est bien plus probable, qu'en cette occasion, les rancunes et les haines du moine vinrent en aide aux forces aveugles de la nature. Quoiqu'il en soit, la disparition d'une cause de scandale, la punition des riches païens achetée même au prix d'une foule de vies humaines et d'un crime que les plus antiques habitants du pays regardaient
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(li'jà comme énorme,^ c'était plus qu'il n'en fallail à Schnoudi j)onr croiiM^ (ju'il avait servi d'instru- MKMil à la justice divine.
En si l)eau cliemiu, it n'avait garde de s'arrêter. Non loin d'xVkhmim se trouvait un bourg nommé Pleuit. " Les païens y étaient encore nombreux et disposaient de la richesse du pays. Les persécutons dont leurs frères d'Aklimim étaient l'objet (le la part de Schnoudi leur avaieut fait prendre en haine le moine et son fanatisme. Sansdoute, ils avaient annoncé qu'il ne se laisseraient pas maltraiter comme les Grecs d'Akhmin et qu'ils sauraient bien arrêter en chemin le fougueux destructeur Os paroles rapportées à Schnoudi ne firent qu'exciter son ardeur et il ne cacha pas qu'il allait se rendre à Pleuit pour détruire les temples et les dieux des idolâtres. A cette nouvelle, les habitants du village menacé eurent recours à un moyen tout égyptien : sur des rouleaux de papyrus ils écrivirent les incantations magiques en si grand honneur dès les temps les plus reculés de l'histoire égyptienne, ils composèrent des recettes dont ils avaient le secret et ils enfouirent le tout dans le chemin que devait suivre Schnoudi. Il n'y avait ])asdix chemins pour entrer dans leur village, et ils étaient bien sûrs que les charmes qui jadis avaient eu tout pouvoir contre Set, le mauvais principe,
1. Parmi les crimes que ràmo d'un Egyptien on présence rl'Osiris devait déclarer n'avoir pas commis se trouve la ru/jtuve desdif/ues.