Ce village est appelé en arabe Banouit
contre les crocodiles, les serpents, et en général contre tous les tléaux qui fondent sur la pauvre humanité, viendraient à bout d'un simple moine. ( h', un jour, Schnoudi monta sur son àne et se mit en marche vers Pleuit. Son chemin fut facile, dit son panégyriste ; lorsqu'il arriva à l'endroit où les écrits et les recettes magiques avaient été enfouis, l'àne s'arrêta de lui-même et se mit à creuser la terre de son sabot. Le domestique qui accompagnait Schnoudi, selon la méthode ordinaire, se mit à frapper la pauvre bète pour lui faire continuer son chemin : « Xe le frappe pas, dit Schnoudi, il sait ce qu'il fait. » Bientôt, sous le sabot de l'àne, rouleaux et recettes apparurent : « Prends tout cela, dit le moine à son domestique, et nous le pendrons au cou de ces in fidèles violents. » Bientôt après il entrait dans le village. A sa vue les païens furent déconcertés : comment leurs livres enchantés et leurs recettes infaillibles avaient-ils ainsi pu tomber aux mains des chrétiens et manquer leur elTet? Chacun s'enfuit au plus vite et se cacha. Schnoudi s'avança résolument vers le temple, y entra et mit les idoles en pièces. Après cette première destruction, il voulut essayer sur ses adversaires TefTet de son éloquence: mal lui en prit. Pendant qu'il parlait, les païens se rallièrent et l'entourèrent menaçants : bientôt des pierres furent lancées de toutes parts. Mais Schnoudi n'était pas venu seul, et il y avait sans doute à Pleuit un parti chrétien. Aussitôt la mêlée devint générale, « mais le Seigneur donna la force
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aux Pôros saints (jui rui'ont victorieux des idolà- Irt's el leur frappèrent la tête à coups de pierres, si bien (|iie Icni' sang coula. » Maîtres de la victoire, ces saints hommes détruisirent le temple de tond en comble et se félicitèrent d'avoir exécuté To'uvre du Seigneur.
Dans le canton d'Aktimim se trouvait un autre village nommé Pihamaloli, c'est à dii'e le pressoir (lu raisin. Les vignes y devaient être nombreuses, el peut-être les habitants en buvaient-ils le vin |)lus que de raison. On les accusa près de Schnoudi (le comuK^tre d'horribles péchés. Le moine eut bien vite pris son parti : il livra le village aux llammes : ainsi aucun des hypocrites n'y pourrait ])lus habiter. En effet depuis ce jour le village disparut avec ses habitants : et tout cela, ajoute le naïf Visa, fut fait pour la glorification de Dieu.
Il ne faudrait pas croire cependant que toutes ces horreurs n'aient soulevé aucune j)rotestation. Les habitants encore païens d'Akhmim et de Pleuit se plaignirent aux dépositaires de l'autorité impériale : ils se rendirent à Antinoë près du duc gouverneur de la Haute Egypte et accusèrent le violent Schnoudi d'avoir brisé leurs idoles et détruit leurs temples. Le duc d'Antinoë dut se trouver dans un assez grand embarras : le vent n'était plus au paganisme agonisant, et, si Schnoudi osait se livrer à une pareille débauche de fanatisme, il devait se sentir soutenu non seulement parla foule qui le suivait, mais encore par une puissance plus élevée. Le gouverneur était
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tioiu" [)or|)loxo : mais los délits étaient si manii'cstos cl le ci'imo si gTand (jull envoya chercher Schnoudi pour le juger. Le moine d'Alhribis dut se soumettre îi Tordre du gouverneur et partir pour Antinoë. Peut-être, en descendant doucement le lleuve, son esprit se reporta-t-il à cette autre comparution au tribunal du gouverneur, à la condamnation à mort qu'il avait encourue et à la(ju('lle il n'avait échappé que par Tintervention de la foule ! Peut-être en repassant près du village où s'était écoulée son enfance en revit-il les jours heureux et le souvenir de sa mère traversa-til son esprit I La chose est peu probable ; cependant il conçut quelques craintes. Avant d'arriver à Antinoë, ses gardes s'arrêtèrent au soir près d'un village pour y passer la nuit ; non loin des rives du ileuve se trouvait une vigne sous laquelle Schnoudi obtint de prier pendant que la navigation n'était plus possible. Sa prière fut fervente, il avait besoin que Dieu le gardât et le fortiliàt : n'était-ce pas pour Dieu seul qu'il avait agi et qu'il avait suscité contre lui l'inimitié et la haine des hommes? Les actions méritaient récompense et non punition. Comme il priait^ raconta-t-il ensuite, l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « La paix soit avec toi : ne crains rien ; au lieu de parler au gouverneur sur terre, tu lui parleras du haut des airs ! » Une pareille promesse devait sans le moindre doute tranquilliser Schnoudi. Lorsque le matin parut, on poursuivit le voyage et bientôt la barque abordait à Antinoë. Sur le champ on
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conduisit l'accusé au prétoire du gouverneur, au milieu du camp de ses soldats, et on le lit comparaître au tribunal du magistrat suprême. La \ ille entière d'Antinoë était accourue pour voir ce (|ui allait se passer: les païens pour fournir les preuves de leurs accusations et être témoins du châtiment infligé à leur ennemi ; les chrétiens pour se tenir prêts à poi'ter secours à leur champion en cas de besoin. Le gouverneur adressa aussitôt la parole à Schnoudi : au témoignage du disciple de Schnoudi, ses paroles furent grossières et pleines d'orgueil ; comme il parlait, Schnoudi fut soulevé en l'air par les anges du Seigneur jusqu'à une hauteur d'où il pouvait encore se faire entendre. A la vue d'une telle merveille, la foule ne put contenir ses sentiments de joie et de vénération: « Il n'y a que le Dieu de notre père^le saint anba Schnoudi, » criait-on de toutes parts. Le thaumaturge resta ainsi suspendu dans les airs au-dessus du tribunal du gouverneur pendant assez longtemps ; puis il redescendit peu à peu, et à peine eut-il touché la terre que la foule le chargea sur ses épaules et le conduisit en triomphe vers une église située près du Nil. Tous, hommes, femmes, enfants, vieillards, se pressaient autour de lui pour le toucher et recevoir sa bénédiction. Une fois encore il venait d'échapper à la justice humaine, grâce à l'intervention de cette foule qu'il avait su fanatiser. Son àme en fut remplie d'orgueil. Quand il fut de retour à son monastère, il hiissa déborder les sentiments (jui remplissaient
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son cœur ; son discours l'ut un chant de triomphe contre les idolâtres et leurs faux dieux : (( Dieu, s'écria-t-il en commençant, Dieu a fait gronder son tonnerre du haut du ciel, et sa voix s'est élevée ! » Malheureusement ce discours est perdu, et nous sommes ainsi réduit aux éléments légendaires du récit, sans avoir la possibilité de savoir ce que cachent cette fantasmagorie et cette mise en scène théâtrale.
Cette impunité (|ue lui assurait la foule dut être un puissant excitant pour son ardeur déjà si grande. Juscjuici il ne s'était attaqué qu'à de simples particuliers ou à des villages sans grande importance : la ville d'Akhmim restait toujours le boulevard du paganisme et rien ne serait fait tant que les temples païensy demeureraient debout. Cette pensée le poursuivait, il en devint obsédé. Dès lors les monuments de la ville d'Akhmim étaient condamnés. Le récit de cette œuvre de destruction est l'un des plus curieux que nous ait laissés Visa, le disciple chéri du moine destructeur. 11 sera bon de le citer presque en entier afin de donner une idée de l'exaltation religieuse qui régnait à cette époque ])armi les moines de la Thébaïde et de la manière dont ils ont, sans scrupule, voilé l'histoire sous des apparences merveilleuses.
Il y avait dans la ville d'Akhmim une grande statue de bronze dressée au milieu du marché. Satan voyant que la ville entière allait se convertissant, grâce aux prédications de Schnoudi et de ses moines, en conçut un violent dépit. Il résolut
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d'employer les grands moyens et jeta dans la ville une foule de diables de toute forme et de toute liginc, ^ pour séduire les pauvres humains et les détourner de la foi sainte. Le chef de cette troupe établit son quartier général dans la statue : par la bouche de la statue il rendait des oracles fallacieux et disait à la foule : « Je suis lange de Dieu et je suis venu pour garder votre ville. » De leur côté, les simples démons entraient dans le corps des habitants de la ville, y importaient avec eux toutes les maladies et toutes les inlirmités, puis disaient aux malheureux : « Allez à la statue, elle vous guérira. » Et effectivement les malades qu'on portait à la statue étaient guéris. Une trame si savamment ourdie ne pouvait manquer d'avoir de solides résultats ; d'autant plus que, par la plus insigne fourberie, les démons en vinrent bientôt à dire aux malheureux qu'ils trompaient : « N'allez plus à Schnoudi, à ce moine qui vous séduit par ses paroles. » Et alors les habitants d'Akhmim cessèrent de se rendre à l'église pour adorer Dieu et retournèrent au culte des idoles. Mais l'archange Gabriel veillait. Un soir que Schnoudi était à l'autel, Gabriel lui dit : « Paix à toi, ô homme bien aimé ! Lève-toi, entre dans la ville d'Akhmim et fais-y cesser j)ubliquement, devant les hommes, cette action détestable. » — « Je ferai avec joie ce (|ue tu m'ordonnes, » répondit
1. Parmi ces diables le texte mentionne les marids, sorte de diables longs d'après les croyances populaires de l'Etjypte.
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le iiioino. — L'arclianij:o reprit : (* l*roiids avec tei quelques frères, entre dans la ville d'Akhniini, avance-toi vers la statue de bronze ([ui est dans le marché, cause de cette grande fourberie. Tienstoi del)()ut. prie et tu verras la gloire de Dieu qui t'apj)araitra bientôt. Pour moi, j irai en avant atin (|ue tu exécutes ce que je t'ai ordonné de la part de Dieu. l*aix à toi : n'aie pas peur. » Dès que la prière du matin fut terminée^ Schnoudi, sans le moindre retard, prit avec lui quelques frères vénérables et se mit en marche vers la rive du lleuve. Il vit bient(M larchange dabriel qui le précédait sous une apparence humaine ; il dit alors aux frères : <( Précédez-moi à la ville, je vous rejoindrai sans retard. » Puis il s'approcha de Tarchange et lui dit : « Que ton arrivée soit la bienvenue. » Alors l'ange, lui ayant appris ce qu'il devait faire, entra avec lui dans la ville. Schnoudi avait pris un déguisement et personne ne le reconnut. Quand les deux saints personnages furent arrivés près de l'idole, Gabriel prit Schnoudi sur ses ailes, l'éleva au-dessus de la statue et de la foule, et lui dit : « N'aie pas peur de ce démon, ni de l'abondance de ses paroles, car il ne peut pas sortir de la statue. Pour toi, trouve un moyen ^ de faire sortir ce Satan, car les œuvres du Seigneur s'accompliront par ton entremise, atin que les habitants de la ville soient persuadés que les (euvres de Satan sont des tromperies sans réalité. Quand sa faiblesse et son impuissance seront reconnues, je t(' fei'ai appa?'aître aux yeux des babi-
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tants de cette ville alin qu'ils te voient : ne crains rien, car le Seigneur est toujours avec toi. Pour le moment, fais venir un menuisier qui perce le talon de la statue : à l'instant où il sortira j'irai et le brfilerai d'un grand feu et Satan s'écriera, disant : Voici que nous sortons à cause du fils de L Dieu que tu adores ; puis il se montrera à la foule qu'il a séduite. » Ayant ainsi reçu les instructions de l'archange, Schnoudi étendit les mains en forme de croix et se mit à prier à haute voix : « Exauce-moi, s'écria-t-il, ô mon Seigneur, quand aujourd'hui je te prie et t'implore pour les habitants de cette ville, afin que tu leur accordes un cœur nouveau et que tu les rendes à leur commencement. Fais briller sur eux avec abondance ta lumière, c'est-à-dire ta foi sainte que Satan leur a fait renier ! » Ces paroles parvinrent aux oreilles de la foule toute surprise d'entendre parler et de ne pas voir celui qui parlait. Schnoudi entonna alors le psaume : « Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés : que ceux qui lui désobéissent s'affaiblissent et se dispersent comme s'évanouit la fumée, qu'ils fondent comme la cire devant le feu: ainsi ils fondront devant le visage du Seigneur. » ' Quand le diable caché dans la statue entendit ces paroles du saint anba Schnoudi, il ne put y tenir, il se mit à proférer (les discours que Ton ne peut répéter et dit: ' Va-t-en, Schnoudi ; tu ne peux pas me vaincre,