Zoëga, op. cit. p
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des paroles de Schnoudi. Sans doute le disciple était surpris des actions du maître. Désormais Schnoudi restait en possession du champ de bataille, il avait anéanti ses ennemis, et il n'aurait plus à se phiindre près des gouverneurs des tracasseries des païens d'Akhmim ; désormais les gouverneurs n'auraient plus à lui reprocher de toujours parler de ses ennemis, comme Favait fait Elien ; les hostilités étaient bien linies à Akhmim. car la partie opposante avait été anéantie. Il semble même qu'après ce grand massacre Schnoudi n'ait plus pris qu'une part indirecte aux destructions du voisinage. Au terme de sa vie, il retrouva cependant encore assez de forces pour envoyer quelques-uns de ses moines porter secours à l'évéque de Tkôou ^ que les lauriers de Schnoudi empêchaient sans doute de dormir et qui brûlait de marcher sur ses traces.
Cet évêque, dont le nom fut célèbre, se nommait Macaire. D'un esprit très borné, d'un fanatisme ardent, ne connaissant que ce qu'il avait pu comprendre de la doctrine chrétienne et ignorant complètement la langue grecque, il était le type de ces évêques portés sur un siège épiscopal dans un moment d'exaltation populaire. Il avait conçu contre les païens, qui semblent avoir été nombreux dans son diocèse. Tune de ces
1. Aujourd'hui Qâou-el-Kebir au ?ud d'Assiout^ sur la rive gauche du Nil.
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haines farouches auxquelles les croyances religieuses servent de prétexte. Le temple païen qui se trouvait encore dans son diocèse et où les pompes de la religion grecque se déployaient fastueusement lui paraissait une honte pour son pays 11 nourrit sans doute longtemps le désir de h' ruiner ; mais du désir à Faction il y avait loin, et sa ville n'était pas éloignée d'Antinoë où siégeait le gouverneur de la Haute Egypte. Réduit à ses seules forces, Macaire n'eut peut être pas songé à se faire l'exécuteur d'une œuvre de destruction ; mais le monastère de Schnoudi n'était pas loin et le moine d'Athribis pouvait envoyer ses enfants au secours de leurs frères de Tkôou. L'empereur Théodose le jeune n'était pas mort sans doute à cette époque, ouMarcien venait à peine d'être choisi pour époux par Fimpératrice Pulchérie. Les pieux empereurs étaient favorables à la religion : Schnoudi jouissait de leur faveur. Macaire pouvait donc avancer sans crainte. C'était en l'année 449 ou 450. La vieillesse accablait Schnoudi ; lorsque Tévêque de Tkôou lui fit appel, il était malade. Les envoyés de Macaire avaient été précédés par Jésus Christ lui-même; il n'avait pas dédaigné d'apparaître à Schnoudi pour lui recommander d'envoyer ses moines au secours de Macaire qui se trouvait en danger. Schnoudi n'avait eu garde d'y manquer, et, si la vision est légendaire, la destruction est bien historique.
Le temple dont la vue était un scandale pour Macaire était situé dans un village sur la rive
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occidentale du llouve et était dédié à Kotlios. ' La statue du dieu était placée au fronton du temple, dans une niche élevée. Quiconque entrait saluait de la tète le dieu et sa statue. Une collégiale de prêtres était attachée au service du temple et leur chef se nommait Homère. Entre le sacerdoce chrétien dont l'intolérante puissance s'affermissait chaque jour davantage et le sacerdoce païen agonisant la lutte ne pouvait manquer d'être vive. La calomnie, arme toujours chère au fanatisme, fut employée avec amour. Les prêtres chrétiens accusèrent les païens des plus noires horreurs. S'il fallait en croire l'auteur du panégyrique apocryphe de l'évêque Macaire, panégyrique attribué au patriarche Dioscore, les prêtres de Kothos auraient été surpris en flagrant délit et convaincus de leurs crimes par leur propre aveu. On les accusa du moins d'enlever les jeunes enfants en leur présentant des morceaux de pain et d'autres bonnes choses. Les enfants qui ont toujours cédé aux friandises suivaient les prêtres qui les faisaient entrer dans le temple, les cachaient dans des chambres souterraines d'oii Ton ne pouvait entendre leurs voix plaintiyes, puis les immolaient à leur dieu Kothos. On se servait à deux fins de ces jeunes victimes : des intestins les prêtres païens faisaient des cordes pour les lyres sur lesquelles ils chantaient leurs
1. Je ne sais à quelle divinité du panthéon grec correspond ce Dieu.
HISTOIRE DE SCHNOUDl 331
(lieux ; des chairs et des ossements réduits en
[ cendres on tirait parti pour découvrir les trésors.
La recherche des trésors a toujours été à l'état
. endémique dans le pays d'Egypte : maintenant
'• encore cette maladie exerce de cruels ravages.
Les prêtres païens de Kothos au cinquième siècle
répandaient une grande (juantité de cendres
produites par la combustion des petites victimes
sur le lieu où ils soupçonnaient qu'un trésor était
l enfoui, sur leurs cithares aux cordes humaines ils
chantaient un hymne sauvage à la divinité
protectrice des trésors cachés ; aussitôt la terre
s'entrouvrait et les chercheurs d'or contentaient
I leur soif de richesse. Tous ces détails furent
I avoués parles prêtres eux-mêmes, lorsqu'ils eurent
! été traduits devant le magistrat grec. Leur aveu.
I fait remarquer l'auteur copte, fut obtenu sans
j torture : mais, comme les juges étaient cupides, ils
I renvoyèrent indemnes les accusés. Sans doute il
|i n'y avait là qu'une de ces calomnies que les
I confessions religieuses se renvoient l'une à l'autre
dans la réciprocité et l'ardeur de leurs haines.
Quoiqu'il en soit, le fougueux Macaire prit cette solution de l'affaire comme un déni de justice. Il résolut d'en finir et envoya demander secours à Schnoudi. Le vieux lutteur, nous l'avons dit, ne désirait rien tant que concourir au succès d'une telle œuvre, quoiqu'il fût lui-même dans l'impossibilité de prendre part à la lutte. Il envoya Visa, son disciple chéri, accompagné de quelques moines. Macaire n'avait pas attendu leur arrivée
pour ongagor les hostilités : il s'était rendu à cinq milles au Nord de sa ville épiscopale avec trois compagnons, et là le temple s'était tout-à-coup dressé à ses yeux dans son imposante et sévère beauté. Deux de ses compagnons elTrayés voulurent s'enfuir : « Mon père, dirent-ils à l'évéque, allons loin d'ici, car on va nous tuer. » — « Vive le Seigneur, répondit Macaire^ dusssent-ils me tuer, je ne m'en irai pas que je ne sois entré. » 11 se dirigea aussitôt vers la porte, et dès qu'il parut, au dire du narrateur, l'idole Kothos s'écria du haut de sa niche : « Venez, venez chasser Macaire de ïkôou, sa voix nous fait trembler et, s'il reste encore une heure en ce lieu, nous nous en allons pour ne plus retourner. » A ces paroles les prêtres, les armes à la main, sortirent en toute hâte avec leurs femmes et montèrent sur la terrasse du temple d'oii ils faisaient pleuvoir une grêle de pierres sur leurs adversaires, en criant: « N'est-ce pas toi qui est ce malfaiteur, Macaire de Tkôou ? Que veux-tu? Notre Dieu n"a cessé de nous avertir de ta haine contre nous ; qu'as-tu à faire avec nous ? » — « Si je n'ai rien à faire avec vous, répondit Macaire, qu'avez-vous à faire avec les enfants des chrétiens que vous immolez à vos idoles ? » — « C'est un mensonge, >> répondirent unanimement les prêtres. — « Si ce n'est pas vrai, laissez-moi entrer que je regarde dans votre temple. » — u Entre, » répondirent-ils. Les deux prêtres, compagnons de Macaire, remplis de frayeur, ne voulaient point entrer ; mais soudain
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la porte s'ouvrit et les viugt prêtres de Kothos entourèrent les quatre audacieux, les iirent entrer de vive force dans le temple et leur dirent : (( Votre vie est Unie en ce jour : c'est ici le lieu de votre mort ! » Aussitôt ils garrotèrent les "prisonniers et se mirent à faire les apprêts du sacrifice : les femmes accouraient joyeuses et s'écriaient : « Nous allons aujourd'hui fêter notre Dieu avec ces malfaiteurs de chrétiens. » Mais le grand-prêtre, nommé Homère, était absent : sa présence était nécessaire pour que tout se passât dans Tordre, et, sur l'observation du premier des prêtres, on envoya quelqu'un le chercher.
I Cependant Macaire avait le loisir de réfléchir sur les inconvénients de son zèle prématuré. Malgré l'horreur de sa position, il n'avait pas perdu tout espoir^ et sans doute l'idée du martyre le rassurait. Son diacre Pinoution lui dit alors : u Resteras-tu sans prier et nous laisseras-tu mourir, car l'heure de notre mort est proche sans aucun doute ? » — « Pinoution, mon fils, dit Macaire, ne crains rien et le Christ nous secourra. »
II parlait encore que Visa à la tête de onze moines frappait à la porte en criant de l'ouvrir. Les prêtres de Kothos se gardèrent bien de le faire, mais celui qui avait ouvert les portes de la prison devant Tapôtre Pierre ne pouvait manquer de faire tomber les serrures devant les défenseurs de son nom. Visa n'eut qu'à prier et la porte fut ijientôt enfoncée. A la tète de ses onze moines, il se précipita comme un torrent, et en le voyant.
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les païens demeurèrent muets de stupeur, « comme des pierres sans àme. » ^ Le premier soin des nouveaux arrivants fut de délier leurs amis. Les deux partis étaient alors presque d'égale force ; seize chrétiens contre dix-neuf païens. Mais soit que les prêtres de Kothos fussent en effet paralysés par la crainte, soit que les moines de Schnoudi plus habitués à de semblables expéditions fussent supérieurs en force ou en adresse, la lutte ne semble pas avoir été longue. « De deux choses l'une, cria Visa à Macaire, ou prie pendant que je mettrai le feu, ou mets le feu pendant que je prierai. » — « Non, répondit Macaire, prions debout et le feu du ciel descendra de lui-même. » Ils n'avaient pas achevé ces paroles que déjà le feu était aux quatre coins du temple : à peine les envahisseurs eurent-ils le temps de s'échapper. Les prêtres et leurs femmes périrent dans les llammes, jusqu'au bout fidèles au Dieu qu'ils avaient servi. Bientôt il ne resta plus du temple que des fondements calcinés. Macaire, debout sur les ruines, semblable à l'ange dévastateur, trouva encore la force de maudire l'emplacement désert : (' Que nul arbre, dit-il, n'y produise d'ombrage, que nulle semence n'y pousse, qu'il soit la demeure des bêtes sauvages et des reptiles de la terre î »
Cette scène de sauvage destruction n'avait j)u se passer sans attirer l'attention des habitants du