XXIV PRÉFACE
leurs neveux ont dii conserver les témoignages de cette grandeur locale : ce serait presque une vaine illusion. Un grand nombre dé bourgades célèbres ont disparu et ont emporté avec elles leurs trésors ; si quelques ouvrages ont échappé, ils dorment dans le fond de quelque église inconnue, de quelque monastère souvent inaccessible, sans que personne ait soupçon qu'ils sont là. ne demandant qu'à être lus et compris.
Pour les lire et les comprendre, je crois qu'il sera bon de faire le plus possible le vide en son esprit. Descartes le demandait au philosophe qui veut arriver à la certitude : il le faut aussi demander à quiconque voudra se rendre un compte exact de ce qu'il lira. Les événements sont si fantastiques, les idées si extraordinaires, tout le récit en un mot diffère tant de ce que nous sommes habitués à croire de l'Egypte chrétienne et monachique, que le lecteur européen sera dès le commencement sous un ciel aussi nouveau que nouvelle sera la terre. Il faut vraiment entrer en quelque sorte dans le royaume des Esprits, car ils parlent, agissent et vivent autant que les hommes. Aussi j'aurais pu inscrire en tête de ce volume Cœlum novitm, terram novam, comme a dit l'auteur de l'Apocalypse. Il appliquait ces mots à cette terre nouvelle, à ce ciel nouveau sortis de ses visions merveilleuses, qu'il était allé chercher en dehors de la réalité terrestre et humaine ; pour moi, je les appliquerais à une terre bien ancienne. Tune des premières civilisées par l'homme, à un ciel qui