CHAPITRE X
Comment la Claudette sb lamenta après le déduit
outes ces choses avaient gentiment chassé la simplesse de ]a Claudette, . et ouvert son intellect à la compréhension des secrets de la nature, comme il advint à nos premiers parents par lé fruit de l'arbre de science. F.a Claudette, donc, connaissant l'effet des indulgences, pleura et se lamenta moult bellement en songeant qu'elle avait perdu son innocence et qu'elle encourrait la colère de la dame de Navrécbamps, qui la chasserait du château.
Et, dans ses doléances, la Claudette fut si bien disante, que le moine croyait avoir affaire, non pas à une pauvre iille serve, mais à quelque gente damoiselle instruite aux subtils propos des cours d'amour,. En écoutant les complaintes de b'amie,
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Ij moine ss S3ntait fâché d'avoir cueilli la précieuse fleur d3 vertu qui jamais ne revient en sa place, bien que Ton fasse tout pour la rebouter comme on Ta prise.
Aussi, frère Sylvain, étonné de ce charme soudain, demeurait-il coi et béait à la lune comme un écolier amoureux a*une noble dame, et qui se trouve à sa première rencontre. Dans son émoi, il chsrchait quelque moyen de cacher ses amours, et méditait la faite loin du couvent, pour vivre en franchise avec la Claudette, car il endèvait grandement à cette heure d'être enchevêtré par les vœux monastiques, plus faciles à faire qu'à rompre. De fait, chacun sait que le froc est comme la roba du seigneur Nessus, et qu'il adhère à la peau tant et si fort qu*il faut un sublime et héroïque courage pour l'arracher et le jeter aux orties, car il en cuit toujours à qui s'en est défait.
Toutefois, le moine Sylvain ne se lassait en ses caresses, baisers et tendres propos, afin de consoler la Claudette par l'assurance d'un long amour, car il n'était ruffien que par état, à ses heures, et par gloire de sa robe.
Mais, sous son froc se trouvait une âme d'homme de bien, comme souvent se cachent des choses excellentes sous des enveloppes et des apparences fàchauses. Tels sont les vins précieux
coBtenns en des flacons vieux, contrefaits et cou- Tcrts de toiles d*araignées; telles sont encore les faines, châtaignes et figues barbaresques, dans leurs écorces pleines d'aiguillons. Il faut aussi mentionner les truffes et quelques espèces de champignons, qui ont toute apparence de crottes de chien et de roussi n, ce qui n'empêche pas les docteurs en gueule de les regarder comme une céleste nourriture; ce qui confirme de rechef l'opinion du Concile de Trente sur les vertus monastisjues ; Habitus non facit ni07iach%im.
Le moine Sylvain, ayant donc juré sa foi à la Claudette, lui remontra qu'il était temps de finir cette belle nuitée et de déguerpir, de peur de surprise, car le coq avait déjà chanté matines pour quinauder les moines en leurs lits.
Alors, les deux amants délibérèrent de se rendre secrètement, toutes les nuits, dans la saulaie, afin de s'ébattre et de s'entrebaiser à leur plaisir et en sûreté.
Sur ce, la Claudette gagna prestement le logi?, sans être rencontrée par les gens du château; et, le moine, sautant comme un farfadet, dans le courtil du prieuré, alla chanter l'office du matin avec ses compagnons.
Depuis lors, frère Sylvain escampa chaque nuit, par une fenêtre du pressoir, dont il avait descellé les barreaux, et vint galamment deviser
avec la Claudette, qui s^accoutuma si bien au déduit qu'elle eût mieux aimé rester quatre jours sans pain que de passer une nuit sans pitance amoureuse. Et, certes, elle ne pignochait pas à la fête, et s'exerçait gentiment à gagner toutes les indulgences dévolues au bon moine; Toire même, elle eût parfois voulu les dérober toutes d*un même coup, ce qui est le propre de cette sainte pratique, car, disent les Ecritures, abyssus ahys- 9ion invocat.
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