CHAPITRE IX
COMMENT LE MOINE SYLVAIN PROMIT DES INDULGENCES A LA CLAUDETTE, QUI EN EUT GRANDE AISE ET JOYEUX S6ULA8.
ur la fin de la semaine, la Claudette, ayant mis ses beaux accoutrements, vint en la chapelle du prieuré de Saint-Vincent, comme il avait été convenu. Alors, s'étant agenouillée devant le moine Sylvain, elle éplucha sa conscience et fit rinventaire de ses péchés, dont elle sollicita humblement la rémission. Cependant, le moine Sylvain s'échauffait à la vue de cette belle fille, qui frappait à coups de poing son mignon bréchet, pour faire sa coulpe. Et le bon confesseur pensait qu'il eût mieux valu caresser doucement ce joli corsage, plutôt que de le battre comme une bourrique entêtée, pour quelques péchés de
mouche vierge, car il y a de par le monde bien des méchantes femmes, qui ne témoignent le quart de cette repentance pour leurs grosses félonies. C'est pourquoi frère Sylvain, ayant dit le» saintes paroles d'absolution, se complut à ajouter au texte une pan crée de fleurettes liturgiques, afin de jeter sùrem2nt en ses rets la naïve chambrière.
Il lui remontra donc qu'elle était digne de grâces toutes spéciales, à cause de sa grande vertu, si rare en sa condition, et il lui promit certaines indulgences de Jubilé, dont, par bref du pape, tout moine de Saint-Vincent était dispensateur.
Puis, le galant, assuré de l'issue de sa fourberie, persuada à la Claudette de venir recevoir secrètement les faveurs monastiques, et il lui assigna la poterne des Graviers pour le lieu de la rencontre, après la ronde des archers du guet.
La Claudette accepta volontiers la proposition du moine, tant elle avait grand désir d'être sanctifiée par les indulgence;-; puis elle sortit de la chapelle en faisant ses plus belles révérences à MM. Saint Vincent et Saint Clément, exposés en leurs châsses.
A l'heure dite, frère Sylvain attendit à la poterne la avenue de la Claudette qui, ayant choisi
le moment opportun, accourut en toute hâte»
comme une mésange à la pipée^
Par prudence, ils se cachèrent ensemble dans une saulaie, pour n'être pas aperçus par les archers, qui faisaient le guet dans les créneaux du château, car la lune, étant en son plein, éclairait toute la campagne.
A donc, s^étant assis l'un près de l'autre, le moine prit les mains de la Claudette, les mignota et tâtonna doucement en les grattant du doigt au mitan de la paume, comme font tous les amoureux, pour inciter leurs belles au déduit. Puis il attira sur son cœur la gentille paysanne, et l'adjura, par les plus mielleuses paroles, de n'aToir aucune crainte, car il avait pour elle un grand amour en Dieu, lequel, dans sa sainte loi, commande à chacun d'aimer et de servir autrui en toutes occureoces.
Au demeurant, messire Sylvain de Rufiémont était un beau bailleur de balivernes et très expert à sophistiquer Tentendement des filles par ses galants propos de dévotion. C*est pourquoi la Claudette, à ce discours, percevait de célestes délectations et s'abandonnait aux folâtres entreprises du moine, croyant, en toute humilité, être bien indigne de cette révélation de joies inconnues.
Peu de temps après, le moine accola tendre-
ment la belle fîile, et lui donna maints baisers à la façon des colonibes, car ces baisers, qui sotit les meilleurs truchements d'amour, font flamber le coeur de chaleurs nonpareilles et jettent l'esprit dans un délicieux émoi.
•'Par toutes ces mignotises, la Claudette fut bientôt ravie en une douce extase, et resta quasi pâmée dans les bras du moine, qui eut, à son bon plaisir, gorgerette, corsage et tout, dont il advint ce qui est d'usage en tels pourchas, car, dit un vieux proverbe de paillard :
Bouche baisée, et... turlututu C^est tout un pour la rertu.