‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 23 sur 28 · COMMENT L ENQUETE FUT ORDONNEE PAR L OFFICIAL · texte numérisé non relu

COMMENT L ENQUETE FUT ORDONNEE PAR L OFFICIAL

jous ces propos furent considérés comme des preuves évidentes contre la Flipote et la Claudette. Les gens du village commencèrent à les accuser hautement et à les menacer de la torture et du bûcher.

Les» enfants qui les rencontraient les pourchas saienten criant haro I les houspillaient à outrance, leur jetaient des pierres et ameutaient les chiens contre elles.

Les pauvres femmes avaient, un jour, failli périr sous les coups des mauvais gars, mais elles avaient été secourues par le seigneur de Navréchamps lui-même, qui revenait de la chasse et qui fît louetter, sur-le-champ, une demi-douzaine des plus acharnes.

A la suite de ces faits, la Flipote et la Claudette furent dénoncées à Monseigneur Jehan Léonbard, officiai deTévèché de Metz, et qui avait charge de toutes les affaires concernant la religion.

Mon dit seigneur Léonhard se complaisait à instruire force procès et à les vider à la plus grande gloire de l'Eglise. Il estimait qu'il n'y avait pas de plus sainte besogne, en ce monde, que le pourchas des hérétiques, blasphémateurs, alchimistes, sorciers, juifs, et autres suppôts du diable, tous du domaine de la justice et brùlables sansmerci.

Par le châtiment de ces pauvres hères, il cuidait acheter la rémission de ses rufflenneries et gagner la bonne affection de chacun. De plus, il y trouvait renommée et profit, car les lois ecclésiastiques ordonnaient la confiscation de tous les biens et richesses des gens condamnés ponr crimes envers la foi.

C'est pourquoi monseigneur Tofficial ne laissait pas chômer sa méchante écritoire et que sur le moindre soupçon dhérésie, il faisait appréhender au corps et aller de vie à trépas bien des pauvres gens de sa juridiction.

Aussi brùl ait-il dans ses bûchers quasi autant de bois que les boulangers de Metz dans leurs fours, assuré qu'il était, comme tout vrai grippeminaud, que la fumée d'un bûcher était plus agréable à Dieu que l'encens et la myrrhe.

Il ordonna donc d'appréhender la Flipote et la Claudette et de les enfermer dans un cachot du château comme étant véhémentement soupçonnées de sortilège et de participation aux crimes du sabbat, par quoi mort d'homme leur était imputée.

Puis il décerna un monitoire qui fut lu au prone, selon l'usage, pour enjoindre à toute personne ayant connaissance des faits relatifs aux prétendues sorcières, d'avoir à en témoigner par devant la justice, sous peine d'excommunication et de châtiments corporels.

L'enquête sur l'affaire fut remise au révérend pèra Nicolas Savini, de l'ordre dç Saint-Domique et inquisiteur de la foi à Metz, lequel, très versé dans l'un et l'autre droit, avait déjà fait mettre à la question, rouer, écarteler et brûler vifs un grand nombre de gens de Metz, de Woippy, de Ranguevaux et autres lieux.

L'inquisiteur, accompagné de vingt archers de l'officialité, se rendit sans retard dans le village d'Ancy à l'effet de jeter en prison la Flipote et la Claudette et de recueillir tous les indices relatifs à l'accusation.

De prime abord, il vint trouver b seigneur de Navréchamps et lui exposa qu'il eût à livrer la Claudette à la justice ecclésiastique s'il ne voulait être accusé de félonie, encourir les remontrances de révèque et perdre ses dignités.

Le seigneur et la dame de Navréchamps témoignèrent vainement de Tinnocence de la pauvre chambrière ; Tinquisiteur ne voulut rien entendre et les menaça d'un procès criminel, bien qu*ils fussent nobles et sous la protection des syndics de Metz.

Alors les archers s'approchèrent pour garrotter la Claudette et pour la maner dans la geôle du château. Tout affolée d*effroi, la malheureuse ûlle se jeta, en pleurant, aux genoux de Tinquisiteur, attestant Dieu et la vierge Marie, qu'elle avait toujours été bonne chrétienne et qu'elle n'avait jamais cessé de servir fidèlement la religion et ses maîtres, sans se rendre coupable des crimes qu'on lui imputait. Puis elle tendit les mains vers le seigneur et la dame de Navréchamps en les suppliant de ne pas l'abandonner dans son malheur et de prier Dieu pour elle.

Dans sa désespérance, la Claudette criait et pleurait à faire pitié aux cœurs les plus durs; saisie de convulsions, elle se mit à déchirer ses vêtements, à arracher ses cheveux et à grincer des dents ; et suffoquant de sanglots^ elle sursautait sur les dalles en se meurtrissant la tète et tout le corps par les plus rudes coups, comme les gens qui tombent du haut mal.

A cette vue, les archers de l'inquisiteur furent persuadés que la Claudette était possédée du démon.

Sur Tordre de messire Savini, ils la frappèrent sans pitié pour la contraindre à se relever et la poussèrent devant eux en criant qu'elle était une sorcière et qu'ils la jetteraient volontiers au bûcher, pour la gloire de r£glise et la confusion du Diable.

Ainsi dolente et cruellement navrée, la Claudette fut traînée en la geôle maigri les larmes et les supplications de la dame de Navréchamps, qui ne cessait dMmplorer la miséricorde de Tinquisiteur pour qu'il empêchât la fureur de ses archers.

Page 1