‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 24 sur 28 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

COMMENT LA FLIPOTE FUT CTTERCHEE ET RENCONTREE

|RÈs" glorieux de leur prouesse, Tinquisiteur et ses hommes d'armes sortirent du château et, suivis d'un grand nombre de gens du village, prirent le chemin des bois, pour se rendre à la Roche-qui-Tourne. La Flipote n'ayant pas été trouvée dans sa caverne, plusieurs archers et badauds envoyés à sa recherche, battirent la forêt en tous sens, comme des veneurs en quête de gibier.

Cependant l'inquisiteur commença à inventorier sur parchemin l'état du logis de la bonne femme» afin de corroborer par toute espèce de preuves Taccusation de sortilège.

Ayant donc fait un beau relevé de toutes les choses qui gisaient en la cabane, mcssire Savini

consigaa par écrit que au vu et su de tous les assistants, un gros chat noir était sorti d*UB bahut en soufflant dans ses babines, comme un diable en furie ; que ledit chat, dépité de voir un tel concours de bons chrétiens, avait couru dans la cabane en faisant des sauts prodigieux et en menaçant de ses griffes ceux qui voulaient le saisir, et que, finalement, il avait déguerpi par la cheminée, comme font toutes les bêtes au service des sorcières.

En outre, l'inquisiteur recueillit en les coins et recoins de la caverne adjacente, maints flacons, vases et autres objets pleins de drogues, qui furent réputés matières de cuisine diabolique, vu que leurs propriétés étaient inconnues aux assistants.

Sur ces entrefaites, les gens d'armes et les manants qui avaient longuement tracassé dans la forêt, arrivèrent en traînant, avec de grosses harts de coudrier et de manciane, le corps de la Flipote qu'ils avaient trouvé dans la Mare au Diable, où la pauvre femme s'était noyée en ramassant des herbes.

L'inquisiteur ressentit un grand déplaisir dans son âme de bon dominicain, car il augurait que cette malencontre diminuerait d'autant le triom*» phe de l'Eglise, la Flipott ne pouvant désormais être convaincue publiquement, ni faire amende honorable au pied du bûcher.

Mais, dans sa prud*homie de docteur « m utroque jure, » il considéra que tout mal n'allait jamais sans quelque bien et il estima que le trépas fortuit de la Flipote devait être regardé comme un jugement de Dieu et comme preuve probante que l'accusation était aussi juste que bien opportune.

Partant, il n'était plus besoin de monitoires, interrogatoires, compulsoires, déclinatoires et « suppositoires » juridiques, toutes choses retardant Tissue des procès et très coûteuses à la justice quand il s'agissait dj gens sans sou ni maille, tels que la Flipote.

De plus, par un syllogisme de grippeminaud, messire Sa vin i concluait que le crime de la Clau dette était suffisamment démontré, vu qu'étant fille de sorcière, elle ne pouvait être raisonnablement que sorcière : Nam sequitur leviter filia matris iter, dit l'Ecriture. Ergo il n'était plus nécessaire de poursuivre l'enquête et il fallait brûler la Claudette sans autre forme de procès.

Mais l'inquisiteur n'avait pas qualité suffisante pour décider de l'affaire sans l'autorité de l'évèque et la sentence des juges, si mauvais qu'ils fussent, ce dont il était bien fâché dans son zélé de recors.

Adonc toute la troupe revint au village et l'inquisiteur fit enterrer dans un champ le corps de la Flipote pour le brûler, à l'issue du procès, avec

toutes les choses prises dans la tanière et qui ne pouvaient être vendues à l'encan pour payer les frais et dépens de Taflaire, parce qu'elles sentaient l'hérésie.

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