‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 5 sur 28 · COMMENT LA FLIPOTE VINT EN AIDE A LA DAME · texte numérisé non relu

COMMENT LA FLIPOTE VINT EN AIDE A LA DAME

DE NAVRÉCHAMPS

algré les avis des sorcières, qui usaient de pratiques très efficaces pour empêcher l'enflure de neuf mois, la Flipote ne voulut pas faire tomber son fruit, qui fut la Claudette. Et, certes, U lui était loisible de choisir dans l'arsenal magique les plus puissantes drogues et les plus sûrs moyens dont moult d'autres, avant elle, s'étaient bien trouvées. Car il est constant que jamais femme, qui assista au sabbat, n'en revint enceinte contre son gré, bien que toutes et chacune y fussent très duement accoléas par leurs compères.

Par cette sûreté et sauvegarda de leur ceinture, maintes femmes et filles, voire des plus nobles et des plus belles, étaient bien incitées à venir* s-'é-

battre leur benoit soûl dans les nuitées du diable. Et il appert, de tous les procès de sorcellerie, qu'elles y allaient bravement par l'attrait d'une si grande liesse, et qu'elles s'en donnaient comme si la race des hommes était près de faire défaut.

La Flipote, ayant donc accompli sa gésine, aima la Claudette autant qu'elle en détestait le père, car la nature a mis au cœur des mères une constante affection pour leur géniture. Et la pauvre femme fut sans cesse réconfortée, dans son infortune, par les mignotises de son enfant, qui allait toujours croissant en beauté.

Vers la un de sa quinzième année, la Claudette fut rencontrée par la dame de Navréchamps, qui la trouva de bonne mine, et la prit pour chambrière en son logis.

Peu de temps après, la Flipote fut aussi mandée au château par ladite dame, qui bréhaignc de sa nature, et bien fâchée de cette griève maladie, voulut obtenir de la bonne femme quelque remède ou quelque talisman, pour empêcher la noble lignée des Navréchamps de s'éteindre.

Les secrets de la Flipote opérèrent si bien, que la châtelaine enfanta deux bessons, ce dont elle fut très heureuse, et, pour ce bon office, elle récompensa largement la pauvre femme et lui promit son aide et protection. De ces bessons, l'un devint brave capitaine sous le duc de Guise,

et défendit glorieusement la ville de Meti: pendant te siège de Tan 1552; l'autre, par son équité et sa grande sapience, fut très illustre en le conseil des Treize de ladite ville, et fut plusieurs fois élu maître échevin.

D'aucuns supposèrent que la Flipote avait prescrit à la dame de Navréchamps d'aller, en l'absence du châtelain, chercher des œufs de coucou en compagnie d'un beau page, et de les couver dans son giron» ce qui l'arguait malignement de déloyauté envers son mari. Mais les propos contraires à l'honneur des dames ne sont jamais dignes de foi, surtout à l'égard de la dame de Navréchamps, qui était entre toutes la plus belle et la plus vertueuse.

Et, si véritablement la Flipote lui avait conseillé de faire éclore des œufs de coucou, ce que nul ne sait pertinemment, rien ne prouve que la dame de Navréchamps ne l'eût fait en tout bien et tout honneur pour avoir une assurance de progéniture. Car Pline, qui ne ment jamais, nous apprend que les dames romaines, dans le temps de leur grossesse, avaient coutume de tenir sur elles un œuf de poule, qu'elles se complaisaient ainsi à voir éclore pour en tirer un augure sur le sexe des enfants dont elles étaient enchargées. Aussi leurs amis les nommaient-ils plaisamment poules et poulettes, à cause de la gentillesse de cette pratique,

A cette heure, sans plus parler des œufs de

coucou, qui sont souvent très efficaces, il faut considérer que la Flipote, connaissant des drogues pour clore les ventres, devait aussi posséder quel • que bonne recette pour faire élargir la ceinture jUsques au neuvième mois.

De fait, en maintes occurences, elle conseillait d'user d'un remède admirable qui est enseigné dans la Pharmacopée du très docte Joseph Duchesne, médecin du roi, lequel atteste, non le roi mais le médecin, avoir expérimenté heureusement les effets dudit remède.

C'est pourquoi, bien que le monde soit déjà assez peuplé, la recelte devrait en être baillée ici, pour l'utilité et profit des gens qui, n'ayant jamais assez de tribulations, veulent avoir des enfants par douzaines. Mais, par révérence des dames, ces choses, comme d'autres plus excellentes, ne peuvent être dites qu'en mots hébreux ou sarrasins, et j'en suis dépourvu. Je dirai seulement, avec l'autorité du sieur Duchesne, qu'avant de rendre le devoir « il est nécessaire aux époux de prendre plusieurs fois d'un extrait composé de satyrion, de marjolaine, de matrice de lièvre et de l'arrière-faix d'une femme fertile, vu que cette préparation est très efficacieuse pour faire fructifier les matrices stériles, et restituer l'impuissance de l'homme en sa première vigueur ». « Phar.

Dog^n.y ch. VIII ».

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