‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 6 sur 28 · DE L*£XCELLEKCE DB L* AMBRE GRIS · texte numérisé non relu

DE L*£XCELLEKCE DB L* AMBRE GRIS

ertesy ils doivent être bien perclus, bien refroidis ou en terrible nécessité de procréation, les pauvres hères qui prennent de tels médicaments, et qui se ruinent ainsi toute la fressure.

Mais il faut les excuser, car les joies du déduit sont si plaisantes, que Ton cherche, par tous les moyens, à rebaudir un tantinet, bien que Theure du couvre-feu soit déjà sonnée à Thorloge de la braguette.

£n vérité, il vaudrait mieux, pour ces chevaucheurs aux abois, se servir du remède dont usait le bon roi David sur ses vieux jours, à savoir : de la peau fraîche d'une très jolie fille. Mais c'est un remède royal plus difficile à trouver qu'une racine de satyrion dans un jardin de nonnes, ou qu'une

douzaine de lièvres dans un pays de foups, et même en notre Lorraine.

Certains galants, qui ne se sentent Tappélit bien ouvert pour la drogue de la Pharmacopée^ préfèrent avaler deux ou trois grains d'ambre gris, et assurent qu'ils en deviennent plus gaillards et plus habiles à rompre une lance en l'honneur de leurs dames. Ils ne seraient peut*ètrepas si affamés de cette préparation s'ils considéraient que ledit ambre gris, encore qu'il fleure très bon^ n*est autre chose que du bran de baleine ; partant» c*est un méchant régal, du même sac que le inusc» la civette et le castoreum.

Cependant, suivant la sagesse de» Anciens, il ne faut disputer des couleurs ni des goûts, car tel qui aimera mieux sentir L'ail et l'oignon que la rose ou le muguet n'en sera pas moins homme de bien. Et cela parait aussi par l'exemple de cette résine assa fœtida, que nous nommons le bran du diable, stercus diaboli, tant elle déplaît au nez des bons chrétiens, mais dont les Persans et autres Asiatiques sont si friands qu'ils en assaisonnent tous leurs mets et la nomment le manger des dieux. Et, certes, on ne peut douter qu'il n'y ait de très honnêtes gens parmi les Persans, en dépit de leur cuisine.

Quant à l'ambre gris, n*est-il pas étonnant qu'une grosse vilaine baleine, qui ne mange que

de3 harengs et des sardines pendant toute sa vie, puisse alambiquer cette pâture de façon à produire le plus fin et le plus estimé des parfums, comme font aussi les civettes, les fouines et autres bètes sauvages. Ce beau privilège, que les brutes tiennent de la nature, est vraiment fâcheux pour notre gloriole, car il j a de par le monde moult de galants hommes et de belles dames mignonnes et délicates, qui ne vivent que des meilleures choses, et qui, à leurs heures, voudraient bien être baleines, ou pour le moins blaireaux et fouines. Tel devait être aussi le sentiment du prophète Ezéchiel, lorsqu'il prit; par ordre de Dieu, le piteux déjeuner dont il est fait mention dans les saintes Ecritures. Mais, trêve de propos hérétiques; citte matière est réservée aux théologiens.

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