‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 7 sur 28 · COMMENT LA FLIPOTE MÉDECINAIT LES PAUVRES GENS · texte numérisé non relu

COMMENT LA FLIPOTE MÉDECINAIT LES PAUVRES GENS

'est avis que le médecin Joseph Du chesne, qui, dans son temps fut très illustre, apprit ses plus notables secrets de guérison à Técolc des sorcières, car le grand Paracelse lui-même, prêt à brûler ses livres de médecine, a confessé publia quement qu'il tenait ses remèdes de l'expérience des bonnes femmes. Aussi, par reconnaissance, nomma-t-il « belle dame et bonne dame » certaines plantes, dont les sorcières tiraient parti pour le bien des malades.

La Flipote avait acquis une grande renommée de médeciner congruement toutes les espèces de maladies, et bien d'autres encore. Elle savait réconforter, par ses drogues, les pages^ varlets, gens de guerre et un tas de pauvres gueux qui

rencontraient plus souvent des ribaudes périleuses que des vierges délectables, qui sont de rares oiseaux, comme on sait. Et, par ces accointances, les coureurs de guilledou se trouvaient parfois cruellement punis de l«urs péchés, car les Espagnols avaient naguère découvert les Indes- Nouvelles, où gisait plus de mal que de bien.

Ces fâcheux dommages n'échéaient pas aux seuls ribauds et gens du commun , mais les seigneurs et gens d'église les plus huppés en pâtissaient comme les autres, car ils trouvaient les meilleures et pires choses sous les nobles vertugadins, parce que le malheur des temps le voulait ainsi.

De fait, et contrairement aux vigpaerons, qui demandent une belle vendange, les paillards sont toujours exaucés dans leurs souhaits, lorsqu'ils disent : « Dieu nous garde du mal », vu qull leur en est gardé, et du plus fin de Naples. Voire même il en reste toujours pour qui ne le demande, et en suffisance pour tenir en joie tous les médecins et apothicaires du monde.

Adonc, aux gens de guerre molestés pour leur paillardise, la Flipote venait en aide avec un sien onguent, dit du saint homme Job, patron très illustre de ces pauvres hères ; et elle leur rfeboutait la santé mieux que cinquante médecins d*eau bénite qui, avec leur latin de cly stère, laissaient

- as -

mourir les rois et les papes, et restaient a quia devant la maladie en ordonnant, pour toute invention, de chanter des messes et des libéra nos.

Ainsi réconfortés, les hallebardiers, escopettiers, bombardiers, pétardiers, et tous les chercheurs de horions, achetaient à la Flipote une drogue spécifique pour guérir les coups d'arquebuse, estocades et taillades qui les attendaient dans le choc des batailles.

Ce remède de la bonne femme, plus recherché que les électuaires de Mesué, Manilius et Montanus, était fait de pyroles séchées à l'ombre, sauterelles prises en pleine lune, yeux d'écrevisses, lièvre brûlé, consoudes, pivoines cueillies au décours de la lune, dans le signe du lion. A cela était ajouté un grain, et peut-être deux, de raclure de corne de licorne, d'os de cœur de cerf, de crâne humain, et finalement la très excellente momie, pour parfaire la vertu de la drogue, ainsi que le rapporte Joseph Duchesne, qui a consigné cette recette dans son livre.

Page 1