‹ Les mollusquesChapitre 12 sur 91 · TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

TUBE DIGESTIF

Le tube digestif présente, à très peu de chose près, la même constitution chez tous les Acéphales.

La bouche n'est pas portée sur une tête, car, comme l’on sait, celle-ci n'existe pas. Elle est située à la base de la masse viscérale, au-dessous du

cope le mouvement des cils vibratiles. Pour cela il suffit d'ouvrir une Moule, en recueillant les quelques gouttes de liquide qui découlent de son corps. On arrache avec une pince quelques filaments branchiaux et on les examine au microscope dans le liquide recueilli. Si on les mettait dans de l’eau douce, les mouvements s’arrêteraient.

1 Recherches sur la circulation des Lamellibranches marins (thèse de Paris, 4890).

? PELSENEER, Les Pélécypodes sans branchies, Comptes rendus, 3 avril 1888.

muscle adducteur supérieur des valves, quand celui-ci existe. C’est un simple orifice à grand axe transversal. Sur le bord, il porte quatre patpes labiaux plus où moins allongés et striés transversalement, ce qui leur donne l'apparence de branchies. Les formes des palpes sont très variables ; ils sont habituellement triangulaires. Leurs dimensions sont aussi très variables : très réduits chez les Chama, ils deviennent énormes chez les Tellina, où ils atteignent la même dimension que les branchies.

Quant à l’orifice buccal, 1 ne présente aucune formation particulière. Il n'y a ni màchoires ni radula. Cette absence de radula que l'on rencontre chez tous les autres Mollusques est l’une des meilleures caractéristiques des acéphales.

L'æsophage, auquel donne accès la bouche, est excessivement court. Presque aussitôt il se jette dans un es{omac globuleux et à parois très minces. Dans presque tous les Dimyaires, et très rarement chez les Monomyaires, l'estomac émet un appendice plus où moins long qui se termine en cul-de-sac. L'intérieur de ce cœcum, tapissé par un épithélium vibratile, est rempli par une baguette transparente comme du verre et de la consistance de la gélatine. Cette Zige cristalline, c'est ainsi qu’on l'appelle, vient faire saillie dans la cavité stomacale, et en ce point elle présente des traces évidentes de corrosion. Sa structure est absolument anhyste et montre, sur une coupe transversale, des couches concentriques. C’est évidemment une matière sécrétée par l’épithélium du cœcum. On a émis beaucoup d’hypothèses sur les fonctions de cette tige cristalline, mais aucune d'elles n’a encore été démontrée. On l’a considérée autrefois comme un appareil copulateur, mais cette opinion est évidemment fantaisiste. D'autres y ont vu un appareil de soutien, mais sa position montre qu'il n'en est pas ainsi. On a émis aussi l’idée que c'était peut-être une radula très déformée, mais cette hypothèse est tout à fait gratuite ; d’ailleurs, il ne semble pas en être ainsi, car, d’une part, elle devrait être placée tout à fait à l’origine du tube digestif, ce qui n’est pas, et, d'autre part, elle est d'origine endodermique, tandis que la radula est d’origine ectodermique. Certains savants, la voyant déboucher dans l'estomac, ont cru qu'elle servait à brasser les aliments qui y sont contenus. Mais on se demande où seraient les muscles qui la font mouvoir. Enfin, beaucoup de zoologistes la considèrent comme une matière de réserve. En effet, lorsqu'on examine un Acéphale de nos eaux douces, l'Anodonte, on voit la tige cristalline présenter un maximum de développement pendant l'automne. En hiver, pendant que l’animal hiberne, elle diminue peu à peu etenfin au printemps on n'en trouve plus trace. Mais si l’on s'adresse aux Acéphales marins, on voit que les choses ne se passent pas de même et que la tige cristalline ne change pas de volume pendant toute l’année, L'opinon la plus

vraisemblable semble être celle qui la regarde comme un suc digestif, sécrété par le cœcum radulaire, et qui, au lieu d’être liquide, comme la plupart des sues digestifs, se présente ici sous une forme solide. Elle se dissoudrait dans l'estomac au fur et à mesure des besoins digestifs.

La tige cristalline ne se présente pas toujours dans un cœcum spécial, comme nous venons de le décrire. Chez quelques espèces, en effet, 1l ny a pas de cœcum, et la tige cristalline est plongée dans l'intestin lui-même ; du moins, telle est la description ancienne. Mais, récemment, M. Barrois a montré que, dans ces cas, si l’on fait une coupe transversale de la région en question, on observe les faits suivants : l'intestin est étranglé en deux cavités, l’une petite, qui est la cavité digestive proprement dite et -qui est bourrée d'aliments, l’autre plus large, qui contient la tige cristalline et dans laquelle il n’y a jamais de matière alimentaire. La tige n’est donc pas, à proprement parler, dans l'intestin, mais à côté ; les choses se passent comme si le

cœcum s'était appliqué contre l'intestin et que la cloison mitoyenne se soit Fic. 36. — Coupe schématique résorbée en partie (fig. 36).

dans la région initiale de 1 : Tr Fic. 37. — Cell'intestin d'un Acéphale sans Dans l'estomac viennent aussi débou- lules intestina-

. CT cavité intesti- . ; - les de l'Anonale. PC Üigecristalline, Cher les conduits excréteurs du foie, FOR à

organe volumineux, de couleur brune, qui forme une grande partie de la masse viscérale. Le foie est une glande acineuse composée extérieurement d'une fine membrane conjonctive et intérieurement d'un épithélium de cellules à contenu pigmenté. L'estomac aboutit à un éntestin en général très long, à parois minces, et enroulé sur lui-même. Il serpente ainsi au milieu du foie et des organes génitaux et enfin sort de la masse viscérale. Alors il présente une disposition extrémement curieuse. À peu d’exceptions près, en effet, le rectum traverse le ventricule du cœur. Enfin il passe derrière le muscle adducteur postérieur et vient déboucher à l'anus, lequel est toujours placé à la partie inférieure du muscle adducteur inférieur et souvent porté sur une petite papille (fig. 2).

Les cellules de l'intestin sont allongées, cylindriques, et garnies de cils vibratiles (fig 37).

Il faut signaler enfin que le tube digestif ne présente pas de glandes annexes autres que le foie.

Chez les espèces dépourvues de siphon, les particules étrangères sont apportées ordinairement à la bouche par les cils vibratiles que nous avons signalés sur le bord libre des branchies. Chez les espèces à siphon, le courant d'eau amené par le siphon ventral apporte avec lui les particules

nutritives. Les Acéphales se nourrissent ainsi d'Infusoires et de Diatomées. Mais il en est, comme les Mulettes, qui s’attaquent à la viande. La

F16. 38. — Schéma du tube digestif d'un Acéphale. 471 muscle adducteur supérieur.

B bouche. P palpes. £ estomac. ư foie. C cœcum.

TC tige cristalline. Z intestin. V ventricule. M muscle adducteur inférieur, À anus,

Cyclas cornea s'attaque même à des animaux vivants, comme des écrevisses ou des grenouilles.

Les produits, une fois digérés, sont expulsés par l'anus, lequel vient déboucher chez les Siphonés dans le siphon dorsal par où, comme nous l'avons vu, sort le courant d'eau expirateur.

Page 1