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ORDRE DIBRANCHIAUX

Caractères : deux branchies; huit à dix bras munis de ventouses ; entonnoir entier; une poche à encre; des cœurs branchiaux ; des glandes salivaires; cristallin ; ganglions cérébroïdes volumineux; coquille interne quand elle existe ; coquille enroulée sur la face ventrale quand elle est tur.binée.

1er Sous-Ordre

OCTOPODES !

Caractères: huit bras longs ; ventouses molles, sans crochels; ventouses sessiles ; pas de nageoires; coquille rudimentaire ou absente ; entonnoir sans valvules ; foie, pancréas et glande du noir réunis ; sinus veineux dorsal; deux paires de glandes salivaires.

Ocropus.— Nous connaissons déjà l'anatomie du Poulpe. Nous empruntons à M. P. Fischer les renseignements suivants sur la biologie du Poulpe :

« Les Poulpes vivent dans les anfractuosités des rochers. et placés de telle sorte que les bras touchent le fond parleurs ventouses, touten se recourbant en arrière, et que le sac, infléchi d'avant en arrière, décrit un are à concavité inférieure. Lorsqu'ils progressent lentement, ils élèvent leur sac, et avancent en paraissant marcher sur la pointe des bras à peine recourbés. Mais, placés dans de grands bassins, ils nagent avec la plus grande aisance. La natation rapide est toujours rétrograde, le corps et les bras étendus sont alors compris dans un plan horizontal; à chaque instant une nouvelle impulsion donnée par l’entonnoir accélère la natation. Cet acte peut s'effectuer aussi en avant, mais les bras réunis en deux faisceaux symétriques sont rabattus d'avant en arrière par la résistance de l’eau. La voracité des Poulpes est extrême. Ceux qu'on conservait à l’aquarium d'Arcachon étaient nourris avec des Cardium edule, qu'ils saisissaient et maintenaient au voisinage de leur bouche ; après un temps variable qui ne dépassait pas une heure, ils rejetaient les valves ouvertes et ne renfermant plus que quelques débris de Mollusques Lamellibranches ; ces

1 Comme le mot Décapode est äéjà employé dans les Crustacés, on donne quelquefois aux deux sous-orcres de Dibranchiaux les noms de Décapides et d'Octopides.

valves étaient d’ailleurs parfaitement intactes. Je leur ai donné des Pectuniculus vivants, de grande taille, qu'ils ont vidés en trois quarts d'heure sans trace de fracture du bout des coquilles. Mais les Crabes paraissent être leur aliment préféré. Dès que le Poulpe voit un de ces Crustacés s’approcher de sa retraite, il se précipite sur lui, le couvre complètement de ses bras étendus et de sa membrane interbrachiale ; les bras se replient autour de la victime qui, saisie de toutes parts par un corps qui s'attache et se moule à ses téguments, ne peut plus exécuter de mouvements défensifs. Pendant une minute le malheureux Crustacé agite faiblement ses membres maintenus dans la flexion, puis les laisse retomber inertes. Alors le Poulpe emporte la proie dans son abri. Là il fait prendre au corps du Crabe différentes positions dont on peut juger par la forme des saillies de la membrane interbrachiale, mais il ne l’abandonne jamais, et une heure après en rejette les débris ; les viseères et une portion des muscles des pattes sont dévorés. Plusieurs fois j'ai fait lcher prise aux Poulpes qui avaient saisi des Carcinus depuis une ou deux minutes, mais ceux-ci étaient déjà morts, sans présenter à l'extérieur aucune lésion apparente. Quand le repas du Poulpe est terminé, il laisse les débris accumulés devant son refuge, et quelques-uns lui servent de clôture ou de bouclier ; il saisit par les ventouses de la base de ses bras des carapaces de Crustacés ou des coquilles vides, et les maintient au-devant de son corps ; ses yeux seuls apparaissent au-dessus de cet abri et guettent de nouvelles victimes. La retraite des Poulpes est indiquée par les accumulations de coquilles. Sur le littoral de l'ile Herm, dans la Manche, Jeffrays a trouvé un amas de deux mille coquilles. Aristote connaissait cette particularité. Jeannette Lower, qui avait une très haute idée de l'intelligence du Poulpe, a vu un de ces animaux transporter un fragment de pierre entre les valves entre-bâillées d'une Pinna nobilis qui a été dans l'impossibilité de les refermer. Le Poulpe a pu alors dévorer sa proie facilement. »

Lorsqu'un animal cherche à saisir le Poulpe dans sa tanière, 1l présente sa bouche avec son bec entouré par la couronne, et alors des bras couverts de ventouses, en même temps que sa couleur devient foncée etse couvre de papilles hérissées. Son aspect est véritablement effrayant.

Le Poulpe est employé à la pêche comme appât. Dans le Midi de la France, et particulièrement en Espagne, on mange le Poulpe conjointement avec la Seiche, assaisonné de différentes façons, et avec addition de safran. Son goût tient le milieu entre celui du poisson et de la Moule cuite. En général il plaît peu aux palais parisiens.

Il paraît que sur la côte méditerranéenne les pêcheurs mangent les Poulpes tout crus.

Ecenoxe. — L'EÆledone moschala est très voisine de l'Octopus. On la

reconnait facilement en ce que ses bras ne portent qu'une seule rangée de ventouses, tandis que les bras des Poulpes en possèdent deux. Elle dégage une odeur musquée qui n’a rien d’agréable. Il paraît probable que l'Ambre gris (concrétions intestinales de cachalots) doit aux débris d'Eledones son parfum caractéristique.

Comestible en Italie.

Cirroreurais. — Comme les Décapodes, ils n'ont qu'une seule paire de glandes salivaires. Les bras, égaux, sont réunis par une membrane formant ombrelle, et atteignant presque leurs extrémités.

ArGonauTE. — L'Argonaute est un animal très curieux qui depuis la plus haute antiquité a intéressé les chercheurs. Encore aujourd’hui il reste

A PPPAA nt TK —

bien des points obscurs dans son anatomie et dans sa biologie. La femelle et le mâle sont très différents l’un de l’autre. Examinons-les successivement.

La femelle (fig. 325) a la partie postérieure de son corps enfermée dans une coquille tur-

binée, et les bras de la première paire sont

ss...

secs *

transformés en vastes lames {fig. 326), appliquées contre cette coquille. Nous empruntons à M. P. Fischer l’histoire intéressante de ces bras et de cette prétendue coquille qui, disons -le tout de suite, n’est rien autre qu'un organe protecteur des œufs : « L’antiquité

nous avait légué des fables qui ont été acceptées sans contrôle par les auteurs, et qui nous représentaient ce Céphalopode se servant de ses bras palmés comme de véritables voiles avec lesquelles il dirigeait sa D D de du Re fragile nacelle flottant à la surface des mers. DPARAN EE PERS TPE SSRSE

Les observations précises de S. Rang démontrent que l'Argonaute embrasse

son test avec les bras palmés de la? première paire dorsale qui s'appliquent

sur presque toute sa surface, ne laissant à découvert qu'une portion voisine du bord de l'ouverture. Lorsque l'animal nage, il se sert de l’entonnoir normalement placé du côté de la carène; la natation est alors rapide, rétrograde, et les trois autres paires de bras sont rapprochées en un seul faisceau. Quand il rampe sur le fond du rivage, il porte sa coquille comme un Gastéropode, et il avance au moyen des bras non palmés; la mâchoire est alors tournée vers le sol. Gray, en examinant les animaux contenus dans les coquilles d’Argonaute, remarqua qu'ils étaient tous femelles. Cette observation a été confirmée ultérieurerement. Il restait donc à connaître les mâles (voir plus loin). Aristote avait constaté que l'animal n'est pas adhérent à sa coquille. Cranch, Eydoux et Souleyé ayant retiré des Argonautes de leur test affirment qu'ils n'en paraissaient pas incommodés et qu'ils continuaient leurs mouvements. Ils ont même recueilli en mer des individus sans coquille, et les ont conservés vivants pendant presque toute une journée. Adams nous apprend que les femelles peuvent abandonner spontanément leur coquille, et qu’elles n’ont pas la sagacité d’y rentrer. Ce fait et la différence de forme qui existe entre l’Argonaute et sa coquille ont donné à penser que le Poulpe de l'Argonaute est un parasite se logeant dans une coquille qu'il n'avait pas construite. Dans cette hypothèse, on appelait Ocythoe le parasite de la coquille Argonauta. Blainville s’est fait le défenseur obstiné de la théorie du parasitisme, battue en brèche par les observations de Jeannette Power et de Rang qui ont vu l'animal de l'Argonaute réparer rapidement sa coquille fracturée. Mais comment la coquille est-elle sécrétée ? J. Power admet que les bras vélifères sont employés à la construction du test, et Véramy a constaté que ces bras sont gorgés de granulations calcaires. Rang, d'autre part, remarque que les parties séparées de la coquille n’ont ni la texture ni la solidité du reste du test, et qu'elles ressemblent aux restaurations du test des Escargots, chez lesquels le bord du manteau ne joue aucun rôle lorsque la fracture est éloignée de l'ouverture. D'autre part, C.-B. Adams a vu une coquille d'Argonaute restaurée dans des conditions très remarquables. Une portion du test ayant été complètement détachée, l'animal l'avait comprise dans la partie réparée, mais de telle sorte que la face externe du fragment regardait l'intérieur de la coquille, et réciproquement. Le nouveau dépôt calcaire ‘qui le consolidait était intérieur ; par conséquent les bords du fragment empâté formaient saillie à l'extérieur. Il en conclut que dans ce cas la sécrétion de la partie réparée n’a pas été opérée par les bras véliformes dont le rôle s’est borné à retenir et entourer le fragment séparé. Il est donc probable que le bras et le manteau concourent à la formation de la coquille qui est composée de trois couches : l’externe et l'interne, formées de prismes à parois striées, et la

moyenne, fibreuse, dont la section transverse présente un aspect granuleux. La coquille se développe quelque temps après la naissance. H. Müller ne

l'a vue apparaître que lorsque les femelles avaient 1 pouce de lonœueur. Les œufs très nombreux sont unis par un réseau de filaments délicats, transparents, et forment une masse fixée au

voisinage de la spire. La FiG. 327. — Individu mâle d'Ar- partie postérieure du

gonauta Argo grossi deux fois Re tn corps de la femelle est en

contact avec ses œufs ; la

Fic. 328. — Le même individu, avec l’hectocotyle déroulé et le sac fendu.

coquille sert done de poche nidamentaire. Lorsque la femelle est cap-

turée, elle abandonne son abri et sa future progéniture, qui deviennent le jouet des flots.

Le mâle (fig.324) n'est pas moins intéressant que la femelle. IT a été longtemps inconnu; c’est H. Müller qui l’a découvert. Ces mâles sont dépourvus de coquille et de bras véliformes : ils ressemblent à de petits Poulpes. Ce qu’il y a de remarquable chez eux, c’est le bras hectocotylisé (fig. 328). Il est très allongé et percé à sa base d’une fente dorsale. À la suite de cette fente il y a une région couverte de ventouses. À son extrémité il est percé par un filament très grêle et très long (fig. 329). Le mâle dépose dans la fente basilaire un seul spermatophore de son bras. Celui-ci ressort par l’orifice terminal. Lors de l’accouplement cet organe se détache du mâle, et va se fixer sur les bras, l’entonnoir et la cavité branchiale de la femelle. En cet état il a été considéré comme un ver parasite appelé Triochocephalus acetabularis (Delle- Chiage), ou Æectocotylus octopodis (Cuvier), comme un spermatophore (Costa), ou même comme le mâle

FiG.329.— Argonauta Argo.

Schéma de l’hectocotyle. Æ fente basilaire. V ventouses.

O orifice terminal. f filament terminal.

de l’Argonaute. Il garde longtemps sa vitalité après sa séparation. Le bras, une fois détaché du mâle, se reproduit. Il se forme à sa place une grosse vésicule pigmentée, à l’intérieur de laquelle vient un nouveau bras :

celui-ci sort en dévaginant la poche à la manière retourne. C'est ainsi que se produit la fente basilaire se forme de la même façon une petite vésicule à

d'une bourse que l’on . À l'extrémité du bras l'intérieur de laquelle

pousse un long filament. Celui-ci sort de la même façon que le bras était sorti de sa vésicule, en laissant un orifice à sa base. C’est le maximum de complexité d'un hectocotyle.

2e Sous-Ordre.

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