PIED
Le pied est cet organe musculeux qui se trouve inséré sur la masse viscérale. On peut le considérer comme l’aboutissant de fibres musculaires qui sont à la surface de la masse viscérale.
1° Sa carACTÉRISTIQUE. — La forme du pied des Acéphales est caractéristique de ce groupe: il est en effet aplati latéralement. Il n’est pas aplati dorso-ventralement, comme chez les Gastéropodes. Il n'y a que quelques exceptions à signaler, ce sont les Nucules (fig. 17), les Triggonies, etc., dont le pied présente une face plantaire.
2° SES FORMES. — Quant à ses variétés de formes, elles sont extrémement diverses.
Chez la Cythérée il a la forme d'une hache; chez les Solen, c'est un cylindre renflé à son extrémité libre; chez les ZLucina, il Fro. 17. — Mucula nucleus. P €St Vermiforme (fig. 48), etc.
Fic. 18. — Pied de ZLucina.
pied. SP sole plantaire. m C PCs : ie We
muscle. p palpes labiaux. ap Le pied n'existe pas chez tous les Acéphales. appendice inférieur du palpe. Br . CEE Re . EME
Res JM dOIE CU Très développé chez les Solen, il diminue chez la
Cytherea, devient encore plus petit chez les Mollusques à moitié fixés, comme les Moules, et enfin disparaît complètement chez les formes tout à fait fixées, comme les Huîtres ou les Anomies. Cependant, chez ce dernier type, il y a un rudiment de pied. 3° STRUCTURE. MusCLES ET Tissus ÉRECTILES. — Le pied est presque en entier composé par des muscles dont les fibres disposées dans différents sens peuvent le faire allonger ou raccourcir à volonté. Ce sont les muscles intrinsèques du pied. Mais l'allongement du pied peut aussi être produit par un autre mécanisme. À son intérieur se trouve en effet un üssu érectile qui, grâce à un mécanisme que nous décrirons plus loin, à propos de l'appareil circulatoire, peut se remplir de sang très rapidement
et produire une véritable érection du pied. Cette érection est si volumineuse et si rapide que l’on croyait autrefois que les cavités internes Communiquaient directement avec l'extérieur par de petits orifices dont on avait signalé la présence à la surface du pied. C'eût été alors l’eau extérieure qui, en pénétrant rapidement, aurait produit l'érection. Mais des recherches nombreuses, celles de Barrois en particulier, ont montré que les orifices extérieurs conduisaient, en réalité, dans de petites glandes terminées en cul-de-sac.
Il n’y a pas que les muscles intrinsèques et le tissu érectile qui font mouvoir le pied, il y a aussi des muscles extrinsèques. Il y en a ordin airement deux groupes : l'un, antérieur, qui part du pied pour aller s’insérer sur la coquille près du muscle adducteur antérieur ; l’autre, postérieur, qui va s'attacher près du muscle adducteur postérieur.
Lorsque le pied est pourvu d'un byssus, c’est à lui que les fibres de la deuxième catégorie vont se fixer, en totalité ou en partie (fig. 19).
4 FonNcrions DU PIED. — Souvent, comme cela a lieu chez les Moules, le pied ne sert qu'indirectement par l'inter-
db ' Fic. 19. — Schéma montrant la disposition des fibres muscumédiaire du bvssus qu’il porte. laires du pied de la A/odiola modiolus. MAJ1 muscles ad- £ dl q P - ducteurs antérieur et postérieur. P pied. B byssus. AA
En général, lorsqu'il est bien museles antérieurs. A/ZP muscles postérieurs (imité de
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développé, il sert à la locomo-
tion. Et cela de deux manières : ou bien l'animal s’en sert pour marcher à petits sauts dans l’eau ambiante, c’est un cas assez rare (Cardium); ou bien, et c'est le cas le plus fréquent, il sert à l’animal pour se frayer un chemin dans le sable ; tel est le cas du Solen, vulgairement appelé couteau, qui s’en sert en outre comme moyen de protection: en effet, lorsqu'on essaye de le saisir dans le sol où il se trouve, il gonfle son pied extrèmement vite et il devient impossible de l’extraire.
5° Locomorrox. — Beaucoup d'Acéphales vivent fixés pendant toute leur vie (Æuitre) par leur coquille ou leur byssus aux rochers. Chez d’autres, les Moules par exemple, cette fixation est plus ou moins temporaire. Beaucoup (Solen, Cythérée) vivent dans le sable et alors se déplacent au moyen de leur pied. D'autres, enfin, vivent d'une manière plus ou moins libre.
Dans ce cas, ils peuvent se mouvoir de diverses manières : les uns, en se contractant (Sol/enomya) brusquement, chassent l’eau par leur siphon ; les Pecten nagent en écartant leurs valves, puis en les refermant brusquement, ce qui a pour résultat d'expulser l’eau et de faire avancer l'animal par un brusque saut qui, chose remarquable, se fait en avant. Le cas le plus curieux est celui de la Lima hians dont les deux valves peuvent s’écarter beaucoup plus que chez les autres Acéphales : c'est au moyen des battements rapides de ces valves que l'animal nage avec une grande rapidité et une allure saccadée, à la manière des papillons.
6° ACÉPHALES PERFORANTS, — Au pied, au manteau et à la coquille se rattache une question, non encore très bien résolue, celle des Acéphales perforants. On trouve en effet de nombreux Acéphales, les Pholas (fig. 20), les Saxicava, les Teredo, etc., qui vivent à l'intérieur de trous de même forme que leur corps et ouverts dans l’eau ambiante par un orifice par lequel passent les siphons. Ces trous se rencontrent dans des roches extrêmement dures, telles que le calcaire, le cranit, le gneiss, etc. Comment ces Mollusques arrivent-ils à produire ces cavités ?
Les uns admettent, sans en démontrer l'existence, que l'animal sécrète un acide qui attaque la roche. Mais cette explication, que rien ne justifie, d’ailleurs, serait admissible pour le calcaire, mais elle n’explique pas les trous dans le granit ou dans les roches siliceuses.
D'autres auteurs (Buonnani, Bomme et surtout F. Cail-
laud) attribuent la perforation du trou à une action méca- Poe On nique de la coquille. Le bord épais de la coquille agirait
à la facon d’une lime par le va-et-vient de l'animal. Aussi, en examinant des Pholades en train de creuser, on les voit contracter leurs siphons, écarter leurs valves, se fixer par le pied, puis faire marcher la coquille soit à droite soit à gauche, ce qui a pour effet de faire frotter les épines des valves contre les parois. Mais cette explication ne peut s'appliquer à tous les Acéphales perforants, car il en est, comme les Zifhodomus et les Pericola, dont la coquille est absolument lisse et ne peut faire par suite l'office de râpe.
L'hypothèse la plus vraisemblable est celle de Hancock qui fait jouer un rôle actif au pied. Cet auteur a en effet découvert sur le pied des Pholades une multitude de petits cristaux probablement constitués par de la silice. Cet instrument peut, on le voit, être comparé à du papier de verre. Ce serait par la friction de son pied contre le rocher que l'animal percerait un trou. Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que, chez un Gas-
téropode perforant, la Patelle, on retrouve sur le pied et sur le manteau des cristaux analogues à ceux du pied des Pholades.