CHAPITRE VII
taetére et gouvernement de l'abbé Didier. — Ses relations intimes me les cardinaux Damien et Hildebrand. — Reconstruction du mowtere et de l'église du Mont-Cassin. — Correspondance du pape fttywre VU avec l'abbé Didier. — Lutte du Sacerdoce et de l'Empire. - Prudence et habileté de l'abbé du Mont-Cassin. — Sa comparution devant l'empereur Henri IV. — Il détermine Robert Guiscard à «courir le souverain pontife. — Grégoire VII au Mont-Cassin. — Didier, après avoir refusé le pontificat, accepte enfin dans l'intérêt do relise. — Son retour et sa mort à l'abbaye du Mont-Cassin.
t Au moment où Didier prenait le gouvernement de
l'abbaye du Mont-Cassin, l'Église et l'Italie ressentaient
déjà les symptômes annonçant la prochaine explosion
de la guerre des Investitures. Dans la lutte terrible qui
«liait s'engager entre le Sacerdoce et l'Empire, le rAle
des hauts dignitaires du clergé monastique, comme
celui des évoques, était tracé à l'avance. En dehors des
prélats et des abbés simoniaques qui devaient leurs
bénéfices aux brigues et à la faveur des princes, tous
ceux qui avaient charge d'âmes étaient prêts à soutenir
b cause pontificale. Cependant, au milieu des incidents
divers de ce grand conflit qui occupa et passionna tour
à tour les esprits les plus éminents de l'époque, la situation allait parfois devenir difficile, périlleuse même, pour lej chefs des communautés les plus importantes. Si leur conscience leur faisait un devoir de se rallier au pontificat romain, défendant alors, avec l'indépendance de l'Église, les droits sacrés de la morale et de la justice, d'un autre côté, la reconnaissance et le désir de sauvegarder les intérêts qui leur étaient conGés les portaient à user de ménagements envers les représentants de la puissance impériale.
N'était-ce pas, en effet, aux donations et aux privilèges accordés par la munificence des Empereurs que les abbayes étaient, en grande partie, redevables de leurs richesses et de leur prospérité? Les nombreux domaines reçus de la générosité de ces princes et des seigneurs leurs adhérents n étaient-ils pas de véritables fiefs établissant un lien féodal entre les donateurs el les abbés qui les acceptaient au nom de leur communauté? Et Si ■' les administrateurs des monastères, obéissant au chef de l'Eglise, refusaient de se soumettre aux ordres contraires du chef de l'empire, ne s'exposaient-ils pas à être traités en sujets félons, et à voir leurs terres, leurs maisons et leurs forteresses livrées aux ravages de 1* guene? La position n'était donc pas sans danger, et pour s'y maintenir une extrême prudence était nécessaire, surtout quand on se trouvait placé, ainsi que l'abbé du Mont-Cassin, entre les convoitises des princes de l'Italie méridionale, les exigences des empereurs allemands et le respect dû aux droits du saintsiége. A travers tant décueils, Didier sut régir sa barque d'une main ferme et habile, et par son caractère naturellement pacifique, il parvint à concilier tous
les intérêts, sans jamais dévier de la ligne du devoir. Pendant ce temps, à Nicolas II qui avait consacré Tibbédu Mont-Cassiu, avait succédé Alexandre II, que le crédit du cardinal Ilildebrand, joint à celui de Didier, et de Robert Guiscard, duc de Pouille, fil élire pape g 1061. Animé du désir sincère de remédier aux abus ■traduits dans l'Église, le nouveau pontife pria l'abbé èMont-Cassin de lui désigner, parmi les religieux de F M monastère ou d'autres communautés bénédictines, [ des sujets dignes par leur mérite d'être nommés aux hèchès et abbayes qui viendraient à vaquer. C'est ainsi pe, sur les indications de Didier, le pape manda sucossWement auprès de sa personne un certain nombre de personnages distingués par le savoir et la piété, et dont Use servit pour coopérer à l'œuvre de régénération qu'il avait entreprise sous l'influence de l'archidiacre Ifildebrand. Déjà plusieurs religieux avaient été appelés, sous le pontificat précédent, à remplir les plus hauts emplois ecclésiastiques. Parmi eux, il suffira de citer Tadino, fils d'un comte des Marses, élevé au cardinalat par : Nicolas II, Aldémar de Capoue, le maître du chroniqueur Léon dOstie, nommé abbé de Saint-Laurentbors-des-murs , et cardinal du titre de cette même église: Ambroise de Milan, sacré évoque de Terracine, et Milon, prieur du monastère de Capoue, èvêque de Sessa; enfin Pierre, qui fut ensuite créé cardinal, élu abbé de Saint-Benoît de Salerne.
Mais au-dessus de ces hommes appartenant tous à l'ordre monastique, il en était deux autres, élevés également dans l'enceinte du cloître, et que leur zèle ardent pour la réforme de l'Église avait portés à nouer des liens plus intimes avec l'abbé du Mont-Cassin
C'étaient l'archidiacre Hildebrand , ancien moine d Cluny, et le cardinal-évêque d'Ostie , Pierre Damien religieux de Fonte- Avellana. Outre l'esprit de corps c un sentiment de fraternelle charité, une certaine cou munauté de vues, et surtout le ferme désir de con battre la simonie et la violation du célibat ecclésitf tique, avaient de bonne heure rapproché ces trois a prits d'une nature si différente, mais bien faits poe se comprendre et s'apprécier. Enseveli au fond de soi désert de l'Apennin, connaissant peu les hommes don il s'était tenu éloigné, Pierre Damien ne voyait, dan sa vertueuse indignation, que les vices de son siècle et avec la hardiesse éloquente d'un prophète, il « poursuivait à outrance l'extirpation complète jusqu'à! sein de la cour pontificale. Hildebrand, ancien prieui du monastère de Cluny qui possédait tous les droit d'une seigneurie temporelle, doué d'un génie supé rieur et fécond en ressources, était surtout né poui commander aux hommes, et songeait moins à purifie les îimes qu'à soumettre les esprits à son inflexible vo lonté. Quant à Didier, placé entre ces deux caractère absolus, et dégagé par ^on éducation princière de instincts démocratiques que chacun de ses amis gardai sous sa robe de moine et de cardinal, il usait de s parole persuasive pour tempérer ce que leur zèle avai de trop ardent, car il avait fait l'expérience qu'on n ramène point ses semblables au bien en heurtant d front leurs vices ou leurs faiblesses.
Quelles que fussent les différences de leur caractèn une sincère affection, fortifiée par l'estime, les unissa tous trois, et ils s'en donnèrent toujours les témoigna ges malgré les vicissitudes d'une existence fort agité
adresser des félicitations que de lui signaler les s et les périls de la charge qui lui était imposée. A »nse de son ami qui rengageait à venir lui-même • au Mont-Cassin l'exemple des vertus monas- Pierre Damien répliqua par une seconde lettre it son embarras en présence des obstacles et des |ui entraînent sa volonté vers deux directions les. Il est curieux d'entendre ce rude athlète de ence, pliant sous le poids des années et des mais, recourir, pour exprimer ses regrets, à des ions tendres et à des figures empruntées aux rs mythologiques.
\ appels réitérés et les doux reproches qu'on rtede ta part sont, dit-il, autant de flèches et de [ui me percent le cœur. Dans cette situation, je urne un malheureux navigateur placé entre le de Charybde et celui de Scylla. D'un côté, si 1e rends pas au Mont-Cassin, je me prive du r de visiter le lieu consacré par saint Benoît, irticiper aux prières de votre pieuse commu- De l'autre, si je me décide à partir, la faiblesse !, des infirmités accablantes et la longueur de !, qui est de quinze journées de marche, m'exli rester et à mourir en chemin *. » Nonobstant cultes, le saint cardinal fmil par quitter sa soli-
254 f ABBÉ DIDIER.
du Mont-Cassin, édifiant de ses exemples les religiei qu'il raffermit sur plusieurs points de discipline m nastiquc , et pour lesquels il composa son traité l laude flagellorum. A son retour, il ne cessa d'entretenu comme l'atteste sa correspondance, les relations k plus affectueuses avec Didier, qui, par reconnaissais établit qu'après la mort de son ami un service 9 lennel et anniversaire serait perpétuellement céléb en son honneur.
Se livrant ensuite tout entier à l'administration son monastère, l'abbé du Mont-Cassin profita des boni dispositions de Richard Tr, prince de Capoue, pourfti de ce seigneur normand un zélé défenseur du pat moine de saint Benoît. Après l'avoir reçu en gri honneur au Mont-Cassin, il obtint de lui la cession plusieurs châteaux forts qui, par leur position, pi vaient servir à protéger les domaines de l'abbaye. Bi tôt môme, grâce à de nouvelles libéralités de Richi et aux économies qu'il avait faites personnelleme Didier put entreprendre et mener à bonne fin la réé ficalion du monastère et de son église. Depuis longten les bâtiments élevés par l'abbé Richer menaçaient rem la demeure abbatiale était aussi incommode que i construite, et les cellules des religieux étaient obscro étroites et dans l'état le plus misérable. Il était d urgent de tout reconstruire de fond en comble. Didier, que ses goûts, aussi bien que les habita de sa jeunesse, portaient à aimer ce qui était béai grand, ne recula pas devant cet immense travail. I dant ses voyages à Rome, la vue des édifices on la capitale du monde chrétien n'avait fait qu'encourt ses projets de restauration, et il s'était décidé à
isfruire son abbaye sur un plan nouveau el d'après proportions plus vastes.
luis ce but, il acheta et transporta, à grands frais t fcords du Tibre à Gaëte, de précieux matériaux, tels colonnes, chapiteaux et fragments sculptés provcde monuments antiques. Remontant de là le cours iarigliano, ces masses de pierre arrivèrent ensuite, "ce de bras, jusqu'au sommet du Mont-Cassin. En ijues années, Didier parvint à terminer l'œuvre enïse, et à élever une abbatiale nouvelle, des bâti- Is claustraux fort étendus, une bibliothèque, une capitulaire, et l'église dont nous avons donné prernment la description !. La dédicace de cette basi- \ fut faite solennellement, en 1071, par le pape andre H, assisté des cardinaux Hildebrand et Pierre ien, de dix archevêques, de quarante-trois évoques une foule d'abbés, de clercs et de laïques accourus mis les points de l'Italie. Au nombre des seigneurs plus illustres, on distinguait Richard, prince de me, Jourdain, son fils, et son frère Rainulfe, Gisulfe, ce de Salerne, et les deux Sergius, l'un, duc de es, l'autre, duc de Sorrente *. Ce fut, sans contredit, [rand et singulier spectacle présenté par la nouvelle lique du Mont-Cassin, que cette réunion de chefs bards et normands, représentant deux peuples qui tant pesé sur les destinées de l'Italie, et dont le nier voyait tomber sa puissance, tandis que le >nd commençait à élever la sienne. En ce jour, on le reconnaître, l'abbaye renfermait dans son enite la plupart des personnages qui, selon leurs
oir le chap. !•*.
*on. (ht. Chrtm. Cas*. — Amal. llist. des Non».
vocations diverses, étaient appelés à remplir le sife du bruit de leur nom.
À la suite de cette dédicace , le pape Alexandre
donna, en faveur des religieux du Mont-Cassin, dei
nouveaux diplômes qui témoignent de son affectiu
particulière pour leur communauté. Au bas de l'un d
ces documents conservés aux archives du monastère
nous avons cherché et lu avec intérêt la signature A
trois témoins intervenant dans l'acte, c'est-à-dire celle
de l'abbé Didier, de Pierre Damien et du cardinal Hit
debrand. La première de ces suscriptions autographes,
formulée ainsi : Ego qui supra Desiderius abbas, ed
accompagnée de ces longs traits verticaux ou arrondis
qui distinguaient certaines lettres de l'écriture conte»
poraine. Les mots tracés par Pierre Damien, Ego Pdm
peccator hoslienm episcopws, sont écrits en caractère
beaucoup plus simples, et ils semblent indiquer ave
la profonde humilité du moine, une main encore ferme
bien qu'affaiblie par l'âge. D'un caractère plus fin i
Irès-neltemenl accusé, la troisième suscription, Eg
Yldepramlus cardinalis subdiaconus sancte romane En
clesie, montre bien la sûreté de coup d'oeil et la roideu
inflexible de celui qui , plus que jamais , allait èti
appelé à défendre cette Kglise romaine qu'il avait serti
comme cardinal avant de la gouverner comme souverai
pontife. En effet, à la mort du pape Alexandre II, doi
il était le conseiller intime, lui-même fut élevé au siéj
apostolique par l'unanime acclamation du clergé etd
peuple de Rome réunis dans la basilique de Saint-Piern
aux-Liens. Telles étaient la confiance et l'affection qi
rattachaient à l'abbé Didier, que, dès le lendemain d
son'électionqui eut lieu au mois d'avril de Tannée 107?
t» L'ABBÉ DIDIER.
me protègent du moins au milieu du péril quett n'ont pu me faire éviter. Quant à toi, qe manque pi de venir vers nous au plus vite, puisque ta n'ignon pas combien l'Église romaine a besoin detesconsei et quelle foi elle a dans ta prudence. Salue de net part l'impératrice Agnès et le vénérable Raynal. è de Corne, et supplie-les instamment de notre | nous montrer maintenant toute l'affection qu'iÏËI portent. — Donné à Rome, le vingt et unième joi d'avril, onzième indiction. »
L'impératrice Agnès, dont il est fait mention dans! lettre pontificale, était la mère de l'empereur Henri II car cette princesse, fatiguée du monde et mécontent de la conduite de son fils, s'était alors retirée prèsdl tombeau de saint Benoit, en compagnie de Tévôq» Raynal, qui avait toute sa confiance. Après un séjour! six mois, elle combla l'abbaye de ses bienfaits, et à soi exemple, la grande comtesse Malhilde voulut aussi grt lifier d'un diplôme les religieux du Mont-Cassin. Cetf charte, dont nous avons vu l'original muni de W sceau, leur accordait certains privilèges relatifs à de achats sur les marchés de Pise et de Lucques. Cepef danl le pape Grégoire Vil l, désirant se concilier l'appi des princes normands dans la lutte qu'il supposait di voir s'engager entre le saint-siége et l'empereur d'Alk magne, était venu faire un voyage dans l'Italie nu ridionale. A son retour de Capoue, où il n'avait J obtenir de Robert Guiscard qu'il renouvelât son se ment de fidélité envers l'Église romaine, il s'arrêta i Monl-Cassin, ainsi que l'atteste la lettre qu'il écrii
1 Labbe. ColL Conc. — E;>ist. Greg., pnp. 1, lib. I.
tioa l'anathùmc contre Robert Guiscard qui, ses promesses antérieures, persistait à refuser Age au saint-siége.
npture bien autrement grave ayant enfin éclaté pape et l'empereur Henri IV, l'abbé du Montqui avait tout fait pour prévenir les actes hostiles mesures pacifiques, tourna d'un autre coté ses dans \e but de continuer son œuvre de conci- Comme les secours prêtés si virilement à par la comtesse Mathilde ne pouvaient guère îuls avec avantage contre toutes les forces milie l'Empire, Didier crut devoir s'appliquer alors run rapprochement entre les princes normands ards dont l'alliance combinée devait produire ersion si favorable à la cause pontificale. Emxs princes d'épuiser dans des guerres intestines ources propres à venir bientôt en aide au saintsoutenir les derniers représentants de la puisombarde dans l'Italie méridionale, afin de ne. urer aux Normands une prépondérance trop ree, et d'amener peu à peu ces ambitieux seià prendre en main la double défense du palriie saint Pierre et de celui de saint Benoit, voilà que se proposa l'esprit à la fois habile et moî l'abbé du Mont-Cassin. La tache était difficile,
Loin de réussir dans ses projets de conciliation, ptf fois il encourut les reproches et la censure du pari dont il soutenait les droits, en s'exposant à la colère è aux vengeances du parti contraire. C'est ainsi qu'aprè avoir voulu empêcher la chute complète de Gisolfej prince de Salernc, alors attaqué par Robert Guiscarde Richard de Capouc, il attire sur le Mont-Ca forces réunies de ces deux princes , qui se dirig vers l'abbaye à la tête d'une armée considérable. Soi habileté détourne momentanément cet orage. Il désann le prince normand, et le réconcilie bientôt avec Joui dain, fils et successeur de Richard de Capouc, aloi que tous deux s'apprêtaient à se combattre. Mais, a moment où il s'applaudit de cette victoire pacifique, u événement inattendu fait jeter l'interdit pontifical si l'église et la communauté du Mont-Cassin. L'évéquei Rosella, s'élant retiré pendant quelque temps en cet abbaye, y avait mis en dépôt une forte somme d'argç pour la soustraire à la rapacité des Normands qui soi vent envahissaient son diocèse. Jourdain, prince < Capouc, ayant eu connaissance de ce dépôt, envoya d hommes d'armes pour s'en emparer. En vain les rçl gicux déclarèrent que l'argent était confié à sai Benoit, cl que, placé dans le sancluaire, il ne sert livré par eux à nulle personne au monde, si toutefois en était d'assez téméraires pour vouloir y porter ui main sacrilège. Les hommes d'armes ne tinrent auci compte de la protestation des moines, et s'emparent i trésor, ils le portèrent à leur maître.
En apprenant celle spoliation, Grégoire VII fut aui ému qu'indigné. Il fit aussitôt cesser la célébration d offices au Mont-Cassin, et ordonna que les autels, mî
rerf, seraient dépouillés de leurs croix et des des saints. Le pontife adressa en même temps à il à ses religieux une lettre où il leur reproche réme négligence et leur coupable pusillanimité, lavais été retenu, dit-il, par l'affectueuse cham'a toujours uni à vous, j'aurais sévi plus forxmtre votre communauté. Il est plus tolérable,
d'abandonner au pillage les villages et les : du domaine de saint Benoit, que d'exposer à is tellement ignominieux un lieu saint, aussi ans toute la chrétienté. » En outre, le pontife lourdain lui-même une lettre fort énergique, et
dans le synode alors tenu à Rome le décret : « Si un Normand ou tout autre personne
des biens du Mont-Cassin, ou emporte injustielque chose de ce monastère, sans le restituer îx ou trois avertissements, il sera pour ce fait 'excommunication. » A cette menace, nonit le prince de Capoue s'empressa de restituer i qu'il avait fait enlever, mais encore il fit de ésenls à l'abbaye, en réparation de sa faute !. ix moines, ils reçurent à leur tour une noure pontificale par laquelle Grégoire VII leur e, prenant en considération l'approche de la
de l'Ascension, et ne voulant pas en une i fêle laisser leur communauté sans offices et res, il consentait à lever l'interdit jeté sur leur
< tiens. Chron. Cass. III, c. xlvi.
x lettres écrites à cette occasion par Grégoire VII aux refont-Cassin, et conservées dans le Regestrum de Pierre i les n" 31 et 35, ont été publiées textuellement par le
Cependant d'autres difficultés encore plus sérieuse
allaient surgir pour l'abbé du Mont-Cassin. L'emperem
Henri IV, désirant faire reconnaître l'anti-pape Guiber
pour recevoir ensuite la couronne de ses mains, se&
posait à venir encore une fois assiéger Rome. Bien qui
vaillamment soutenu par la comtesse Mathildc, Cri
goire VU sentait plus que jamais la nécessité de rallie
à l'Eglise l'appui des forces normandes. Il écrivit don
à l'abbé Didier pour l'engager à sonder habilement k
intentions de Robert Guiscard, et à savoir quelle cm
duile il voulait tenir définitivement envers le sain
siège. Cette lettre, où se dévoile bien la politique pe
sistante du souverain pontife, ne tarda pas à être sur
d'une autre également adressées Didier. Elle était di
tinée à l'avertir des menées de Henri IV qui, pc
attirer à son parti ce moine duc Robert, tentait d'amei
un mariage entre son fils Conrad et la fille du prii
normand. « Nous avons été prévenu, disait le pont
de toutes ces intrigues par la comtesse Mathilde; e
mémo en a été instruite par quelques familiers du
de Germanie qui donnerait la Marche au duc de Poui
comme prix de l'union projetée. Par l'affection c
fidélité que tu portes à la sainte Eglise, ta mère, n
te prions donc, ô frère bien-aimé, de nous faire c
naître au plus tut à quel point en est venue cette ail
que ta prudence, qui veille toujours, ne manquera
de soumettre à un diligent examen. Apprends (Taille
que les Romains et ceux qui se tiennent autour
wos, sont toujours, prêts à donner fidèlement leur vie por notre service et celui de Dieu. »
Tandis que Didier, conformément à ces instructions, «tachait à agir sur Robert Guiscard qui guerroyait «tes contre l'empereur d'Orient, le pape, assiégé de tturfflu dans sa capitale par l'armée de Henri IV, se tairait exposé au plus grand péril. Les habitants de tone, sur la fidélité desquels il comptait tant, s'étaient hissé séduire par l'or et les promesses de l'Empereur, et montraient moins d'ardeur à se défendre , après aroir plusieurs fois engagé le pontife à traiter avec le terrible adversaire de l'Eglise. Retiré au château Saint- Ange avec ses partisans les plus dévoués, Grégoire VU mit convoqué un nouveau synode, en attendant que ks négociations ouvertes avec le duc Robert eussent décidé ce dernier à quitter le siège de Durazzo, pour tenir au secours de Rome. Malgré la nouvelle déception ffil ressentit à la vue du petit nombre d'évèques qui, a raison des obstacles et des circonstances, avaient pu seuls répondre à son appel, le pontife ne se laissa point Attire, et sa parole, d'accord avec sa contenance, ne se montra jamais ni plus énergique ni plus entraînante.
Comme s'il eût pressenti que c'était la dernière fois que sa voix allait se faire entendre en faveur delà cause jnsle et sacrée dont il était le défenseur, le jour de la troisième session, il ?c leva, grave et plus attendri que de coutume , au milieu des prélats qui eux mêmes fiaient tristes et silencieux. Il parla delà force dame et «le la constance nécessaires dans la persécution présente en termes si pathétiques, que son langage, dit le narrateur de celte scène, parut être celui non d'un homme,
mais d'un ange, et que toute rassemblée se répand en pleurs et en gémissements '. Ralliés de nouveau pa tant de magnanimité au parti du souverain pontife, le Romains avaient rompu avec l'Empereur, et celui-ci, pour enlever des partisans à son adversaire, s'était décidé à employer la corruption ou la terreur contre les prélats et les abbés restés fidèles à Grégoire VII. Quittant donc les environs de Rome que ses troupes avaient changés en désert, il s'était dirigé vers 1 abbaye de Farfa, et y avait mandé l'abbé du Mont Cassin, sans loi faire connaître pour quels motifs il l'appelait auprès de lui.
En recevant celte invitation par l'entremise du comte des Marses, Didier fut jeté dans un trouble extrême, el ne sachant avec quel titre il aborderait le prince m communié, il refusa d'abord de comparaître. À la suifc de nouvelles lettres de plus en plus menaçantes, ri l'Empereur lui laissait le choix entre la dévastation (h son monastère ou une comparution immédiate, Didier plus perplexe que jamais, résolut de consulter le pape Mais le pontife ne lui fit aucune réponse, car dans un lettre précédente il lui avait tracé la ligne qu'il dora suivre, en lui proposant sa propre conduite pour m dèle. « Tu sais bien, lui avait-il dit, que si l'amour < la justice et l'honneur de l'Église ne nous retenais pas, et que nous eussions voulu nous plier aux volonl perverses et à la méchanceté du roi et de ses partisai nous en aurions reçu des honneurs tels que nos préc cesseurs n'en reçurent jamais ni des rois, ni des arcl véques. Mais comme nous méprisons ses menaces et
* Labbe, Collect. ConciL, t. X, p. 402.
L'ABUÈ DIDIER. SC5
forair,çucnoussommesprêt à marcher au-devant de la sort plutôt que de nous soumettre à ses projets impies. & d'abandonner la justice, nous te prions et t'exhortons 1 rester, ainsi qu'il Je convient, étroitement uni à noire dose, pour le plus grand honneur de l'Eglise romaine foi a tant de confiance en toi. »
Quoique ces dernières instructions du pontife fussent kn suffisantes pour suppléer à son silence, Didier n'en demeurait pas moins dans un embarras inexprimable. Comment ne pas hésiter, en effet, devant la dure altcrulive d'être excommunié s'il entrait en rapport avec un prince chargé d'ana thèmes, ou de s'exposer à subir la captivité et à voir la ruine de son monastère, s'il perulait dans ses refus. Enfin, après avoir dit à ses moines des adieux qui pouvaient être les derniers, et leur noir promis que jamais, même au péril de ses jours, il M souillerait l'honneur de l'Église, il se mil en route, apnt eu soin de prévenir le pape de son départ. En se nndantà Albano, pour négocier d'abord avec Jourdain, pince de Capoue, il rencontra sur son chemin beaucoup d'évèques, de personnages considérables, et même fe chancelier du roi; mais il s'abstint de leur donner le baiser de paix, de prier ou de manger avec eux. 11 demeura ainsi toute une semaine à Albano, refusant de paraître devant le roi de Germanie qui le pressait avec menaces de lui prêter serment de fidélité et de recevoir en retour l'investiture de son abbaye. Didier s'y refusa obstinément, et le roi en éprouva une si violente colère, que l'abbé n'aurait pu se soustraire à ses mauvais traitements, sans l'intervention du prince de Capoue. Par l'entremise de ce dernier, Didier ayant enfin consenti à être présenté au roi, répondit à ses
nouvelles instances au sujet de l'investiture : « Quai vous serez couronné empereur, alors je la recevrai c vos mains, si je le trouve conforme à mes devoirs, a bien je me démettrai de mon abbaye. »
Après s'être tiré d'embarras par cette réponse qu n'engageait point l'avenir, l'abbé du Mont-Cassin pa» encore quelques jours à Farfa, où il ne cessait de d» culer sur les droits du saint-siége avec les évêqucj partisans de Henri. Il soutint même une controve» sur le décret de Nicolas H, relatif à l'élection des papes avec l'évoque d'Ostie, zélé défenseur de la cause ponti ficale, et que, pour ce motif, le roi de Germanie rete nait prisonnier. Ce prélat affirmait qu'un pape ne pou vait être élu sans l'approbation de l'Empereur, et et faveur de cette opinion il alléguait le décret A Nicolas II, rendu avec l'assentiment de cent vingt-cifl évéques et de Hildebrand lui-même, alors archidiacr de l'Église romaine. Didier prétendait au contraire qo ni pape, ni évoque, ni cardinal archidiacre, ni aucu homme vivant n'avait le droit de faire validemei un tel décret. L'évoque d'Ostic ayant répondu que les évéques des pays au delà des monts entendais ses paroles, ils se réuniraient tous contre lui, Didi répliqua vivement : « Quand même ceux dont voi parlez, mais encore le monde entier se réuniraie contre nous, ils ne pourraient nous faire chang d'avis sur ce point. L'Empereur parviendra pei êlre pour un temps, si Dieu le permet, à prèvah et à faire violence aux droits de l'Eglise, mais il n'au jamais la puissance de nous arracher notre consc lement. »
Curieuse controverse qui nous montre à nou
tommes du dix-neuvième siècle, si fiers de ce droit de discussion que nous croyons avoir conquis, quelle fierté de pensée et de langage les esprits les plus sérieux apportaient, il y a huit cents ans, à débattre fa importantes questions agitées par leur époque. Ici, «marquons-le, ce ne sont pas deux personnages dévoués, l'un au Sacerdoce, l'autre à l'Empire, qui soutiennent chacun l'opinion de leur parti, mais bien deui dignitaires ecclésiastiques attachés à la cause du ainl-siége, et discutant en toute liberté sur l'origine même et les privilèges plus ou moins étendus de la puissance pontificale. Si le débat entre l'évoque d'Ostie et l'abbé du Mont-Cassin portait sur des principes si différents, combien la lutte ne devait- elle pas être plus animée, quand ce même Didier avait à combattre les prélats ralliés au parti de Henri IV, et surtout l'archevêque Guibcrt de Ravenne, dont ce prince avait feitun anti-pape? Avec quelle énergique indignation le défenseur de l'Église romaine ne lui reprochait-il pas d'avoir voulu, du vivant de Grégoire VII, usurper le siège apostolique, dans le but doublement coupable chez un archevêque, de satisfaire à son ambition personnelle, aussi bien qu'aux prétentions arrogantes du pouvoir séculier ?
Quoiqu'il en soit, l'abbé du Mont-Cassin ^ malgré la fermeté de sa tenue et de son langage, fut libre de retournera son monastère, et même il obtint de Henri, selon la chronique de Pierre Diacre, une bulle d'or confirmant la possession de tous les biens du domaine de ttint Benoit l. Peut-cire la concession de cet acte
1 1'etr. iiiac. Citron. Cassin.
n'était-cllc qu'un habile et dernier moyen employé pur le roi pour se rendre plus favorables les dispositions de Didier; mais ce fut peine inutile, car celui-ci ne cessa jamais de conformer sa conduite à ses paroles. Malheureusement pour le pape, les seigneurs romains, moins constants dans leur fidélité, se laissèrent gagner tout à fait par les riches présents de Henri IV, et le jeudi avant la fêle des Palmes de Tannée 1084, ils lui ouvrirent la porte de Latran. Le dimanche suivant, l'archevêque Guibert était sacré souverain pontife sous le nom de Clément, dans la basilique de Saint-Pierre, et huit jours après, le roi, accompagné de Berthe, sa femme, recevait au Vatican, des mains de l'anti-papc, la couronne impériale avec le titre de Patrice des Romains. Tandis que le nouvel Empereur jouissait pleinement des premiers enivrements de son triomphe, Grégoire VII, abandonné de ses défenseurs, se tenait renfermé au château Saint-Ange, sans désespérer un instant de sa cause, et toujours soutenu par une inébranlable coniiance en Dieu. Dans la cruelle extrémité où l'avaien réduit la trahison des Romains et la supériorité des forces allemandes qui venaient de lui enlever une der nière forteresse dont la garnison avait opposé une ré sistance opiniâtre1, le pontife attendait avec résigna tion le résultat des démarches faites auprès de Rober Guiscard par l'abbé du Mont-Cassin.
En effet, à son retour de l'entrevue de Farfa, considérant les périls qui menaçaient le chef de l'Église, et sassociant à de justes alarmes, Didier avait vive-
* C 'était le château do Septisolium ou Septisonium, situé dans une forte position, et où l'un des parents de Grégoire VII, nommé Rusticus, s'était enfermé avec un certain nombre de soldats résolus.
L'ABBÉ D1DIEB. S59
amleidlé le prince normand, qui se trouvait dans la ftaflfc, à marcher à la délivrance de Grégoire VII. En apprenant quelle était la détresse du pontife, à la suite k b prise de Rome, Robert s'était empressé de se diriger sur cette ville, avec des forces considérables, dl'abbé du Mont-Cassin avait aussitôt annoncé au pape, ftr on message secret, la prochaine arrivée d'un «ours. Une autre lettre, écrite en même temps par lui, prévenait l'Empereur de la marche de l'armée normande. À cette nouvelle inattendue, ce prince, malgré k violent dépit qu'il* ressentait de laisser son œuvre «achevée et de fuir devant son adversaire, s'était vu contraint de quitter Rome, ainsi que l'anti-papc Clément. A peine était-il parti, que Robert Guiscard pénétrait de force dans la ville dont les habitants lui avaient fermé les portes, et rétablissait le pontife en son palais de Lalran. Dans la capitale du monde chrétien ainsi reconquise, le chevalier aventureux qui était parti autrefois d'une province de France, dominait alors, selon kbiographe de Grégoire VII. comme le plus glorieux des triomphateurs '. Mais on sait comment une révolte te habitants contre la violente occupation de celte ville, irrita le duc Robert et jusqu'à quel point il souilla œt acte de généreuse intervention par les horribles ttcès qu'il laissa commettre à ses Normands ainsi qu'aux Sarrasins dont il était accompagné \
! r»din.4rag. yn. Gregor. Y II * krtliold. Lon>t. Ann. 1084.
A la suite des événements qui précédent, l'abbaye * Mont-Cassin devait être bientôt témoin d'une scène l*J torique d'un haut intérêt. Grégoire VII n'avait pur^J sans une vive douleur, Home livrée au pillage etàT* cendic, et il avait tout fait pour metlre un terme à < si cruelles dévastations. Ne pouvant plus d'ailleUi compter sur la fidélité des Romains qui l'avaient trab et qui, de leur côté, attribuaient au pape les excès cofl mis par ses alliés, il résolut d'abandonner celte vil' indigne et vénale, comme l'appelait encore, ainsi qu'au temps antiques, un auteur contemporain *. Après avo: renouvelé l'anathème contre Henri, contre Fanti-paj cl contre tous leurs partisans, il sortit de Rome, e corté du duc Robert, et de ceux qui lui restaient att chés dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.
Quelques jours après, au moment où l'abbé du Moi Cassin s'entretenait avec ses religieux des faits impe tant» qui s'étaient accomplis à Rome, un bruit inaece tumô d'armes et de chevaux se fit entendre à l'enti extérieure du monastère. Didier s'informe, et surp d'apprendre qu'un cortège nombreux se présente a portes pendant que toute une armée de Normands déploie sur les lianes de la montagne, il attend dcvi son église et à la tête de ses moines, l'arrivée deshô que la Providence lui envoie. Mais de quels senlimei n'est-il pas agile, quand au milieu des cardinaux^ <
Gaufrcd. Ma la 1er. Met. Sic. III, 58.
styles el des hommes d'armes, il reconnaît son ami
e| son souverain, le vénérable chef de l'Église romaine.
^ était, en effet, Grégoire VII qui , de nouveau fugitif de
** capitale, venait demander l'hospitalité dans cette
*htoje où plus d une fois déjà il avait cherché le recueil-
femenl nécessaire à la conception de ses vastes desseins.
Didier, dont l'âme noble savait s'élever à la hauteur d'une
•' grande infortune, accueillit le pontife avec tous les
Kœoignagcs de respectueuse sympathie que méritaient
»o caractère et ses malheurs. Bientôt il eut appris de
h louche même du pape comment, à la suite de sa
tëlirranoe et de la retraite de l'Empereur, une sédition
populaire ayant éclaté contre les Normands, il avait dû
fritter sa capitale, à la lueur de l'immense infeendie
allumé par les ordres de l'impitoyable Guiscard.
Après avoir entendu ce récit, Didier prodigua à son kôfe toutes les consolations que lui inspirait un cœur plein de charité, et il agit de môme envers les cardinaux elles prélats qui, à l'exemple de leur chef, souffraient pour la cause de la justice el de 1* Eglise. « Je ne connais pas, dit le père Tosti, dans les annales de notre monastère, un fait méritant mieux de couvrir d'une gloire perpétuelle l'abbaye du Mont-Cassin, que d'avoir ainsi ouvert un asile au souverain pontife, alors que là ■" tyrannie d'un prince étranger, la faiblesse coupable de certains évoques et la honteuse rébellion de ses sujets, avaient réduit le saint-siége à une situation désespérée. La pieuse hospitalité exercée si généreusement par les religieux du Mont-Cassin à l'égard de Grégoire VII et d'autres pontifes romains, porta le pape Urbain H à exprimer, dans un diplôme donné par lui à ces mômes religieux, cet éloge si honorable : « Outre la pratique
272 L'ABBÊ DIDIER.
des devoirs généraux de la charité, outre la sirv^v. lière prérogative dont jouit votre monastère d'être placé à la tôte de toutes les communautés de l'Occident S convient de signaler un autre titre qui nous oblige a une grande reconnaissance. C est la magnifique libéralité avec laquelle votre congrégation s'est toujourt empressée, surtout dans l'âge présent, de porter secours à l'Église romaine. En effet, cette pieuse maison n'a cessé de nous offrir un soulagement dans nos tribulations, un refuge dans nos exils, et un lieu de repos constamment ouvert aux fils dévoués du siège apostolique, qui vinrent s'y consoler de leur chute. »
Une tradition rapporte que la nuit même qui suirit son arrivée au monastère, Grégoire VU voulut rester auprès du tombeau de saint Benoit, dans la seule compagnie de l'abbé du Mont-Cassin. Durant cette étrange veillée entre l'ardent défenseur de la suprématie pontificale et celui qui devait bientôt le remplacer sur le saint-siége, que de confidences durent être échangées! Combien d'événements accomplis depuis que le moine Hildcbrarul avait quitté son paisible cloître de bénédictins, jusqu'à ce jour où il revenait chercher, presses reliques du fondateur de son ordre, asile, repos et consolation ! Sans doute, dans la paix profonde de ce lieu» „ l'ancien religieux de Cluny fit plus d'un triste retout sur cette vie si pleine de troubles dont la perspective) au moment de ceindre la tiare, l'avait fait reculer d'épouvante, et qu'il n'avait acceptée que pour répondre à l'impérieux appel de sa conscience et du devoir l. Peut-
1 Sur les appréhensions de Givgoirc VII, après son élection au son* 'veratn pontificat, ou pont consulter, outre ses lettres à Didier ei à Guiberl de Havenne, celle qu'il écrivit à l'abbé de Cluriv.
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une voix secrète, sortie de ce tombeau sur naît s'incliner et prier, l'avertit-elle que sa lit remplie, et qu'après de si violentes l'Eglise réclamait le gouvernement d un ponl'un saint esprit de conciliation. Aussi, à la nuit qui pour lui avait été d'un si grave en- , le pape, regardant le vénérable Didier dont lui inspiraient la plus haute confiance, dit mant les mains : « Abbé du Mont-Cassin, m successeur. »
te s'était écoulée à peine, que Grégoire VII ns l'exil à Salerne, auprès de l'archevêque par les soins les plus touchants, consola les ira de celui dont il avait précédemment cé- Mre dans ses vers. Quant à l'abbé Didier, nouveau par le pontife expirant aux futurs es cardinaux, il était, en 1086, élu pape sous ftetor III, après avoir longtemps, mais vainc- $é le lourd héritage de son illustre prédécesoire de la lutte opiniâtre soutenue par l'abbé ssin contre la volonté non moins persistante i désiraient le donner pour chef à l'Église, traits les plus caractéristiques de cette vie mte dont nous allons bientôt clore le récit. me fois de plus jusqu'à quel point un esprit nciliant peut avoir ses heures de résistance été inébranlable, quand il s'agit de ce qu'il accomplissement d'un devoir.
e mourir, ainsi que nous l'avons dit, Gréivail indiqué, parmi les trois sujets les plus i lui succéder, l'abbé du Mont-Cassin, comme s préféré aux deux autres. En môme temps,
se tournant vers son ami le cardinal Didier, qui ét*'< venu pour l'assister à son lit de mort, le pontife A" avait annoncé qu'il n'aurait pas la triste consolation <k recevoir son dernier soupir. En effet, rappelé prestjw aussitôt au Mont-Cassin par la nouvelle que les Normands avaient attaqué la forteresse protégeant somn^ nastère, il était parti, afin de pourvoir à sa défense Quand le pape fut mort, les cardinaux, les évoques d les laïques qui lui étaient demeurés fidèles, se constfl" tèrent pour lui donner le successeur que lui-mêtf** avait présenté à leur choix. Mais Didier répondit à cetf * qui lui offraient la liarc, qu'il ne voulait point absolument l'accepter, bien qu'il fût disposé d'ailleurs 4 rendre à l'Église romaine tous les services qui seraient en son pouvoir. Il fil part en même temps aux évêqu^s des conversations particulières qu'il avait eues avec 1^ pape défunt louchant l'ordre à mettre dans le gouvernement des affaires ecclésiastiques. Puis il sollicita 1*5 zèle des princes normands cl lombards en faveur des intérêts du saint-siége, et fit prier la comtesse Malhilde de presser le départ des prélats qui devaient se réunir à Rome pour l'élection d'un nouveau pontife.
Après avoir pris tous ces soins, Didier ayant soupçonné que lui-même n'était instamment appelé dans la capitale du inonde chrétien , que parce que les princes et les cardinaux voulaient l'y contraindre i prendre le pontificat, refusa de quitter la Campanic cl alla s'enfermer au Mont-Cassin. Une année se passa dans ces incertitudes, et comme l'anti-pape Guiberlse prévalait de la vacance du sainl-siégc, vers les fêles de Pâques, une nombreuse réunion de cardinaux et d'évèques lut de nouveau convoquée a Rome. Didier,
le revêtirent de la chape rouge, l'un des insignes de dignité pontificale. Quatre jours après, le nouvel éh abandonnant Rome, dépouillait à Terracine les on) ments du pontificat, et, redevenu libre, il allait de noi veau se retirer dans sa chère solitude du Mont-Cassii Mais comme le schisme continuait avec la vacance d saint-siége, et qu'un grand préjudice en résultait poi toute l'Église, la comtesse Mathilde se dirigea sur Rom avec une armée, et de là elle pria instamment Kdfc de ne pas lui refuser la consolation de le voir et A l'entretenir. Vaincu enfin par l'imminence des péril auxquels des refus plus prolongés exposeraient 1 siège apostolique, il répondit aux instances de Ml thilde, et, remis en possession de sa capitale par le troupes de cette princesse, il prit en mains le goûter nail de l'Église.
Le pontificat de Victor III fut court, mais bien rem pli. Plein de zèle pour la défense de la foi et devançai la grande entreprise des croisades que son successeo devait si puissamment organiser, ce pape assembla un armée composée de troupes venues de toutes les parti* de l'Italie pour attaquer les Sarrasins d'Afrique. Réuni sous l'étendard de saint Pierre, celte armée traversai Méditerranée, s'empara de la ville maritime d'Almah dia *, et dans une grande bataille défit complétemei cent mille infidèles. Ensuite Victor 111 se rendit à Bén vent, et, au mois d'août 1087, il y convoqua un conci où il reproduisit les décrets portés contre l'anti-pa;
1 Celte ville, située sur la côte orientale de la Régence de Tunis, appelée aujourd'hui Africa, fut fondée en 915, sur les ruines d'Aphro siura, par Obeid-Allah-El-Mahdy, et devint la capitale des premi chefs fat imites.
après la clôture du concile, le pape, qui était nt malade, se fit transporter au Monl-Cassin, disait-il, y mourir parmi ses frères. Il s'emappeler les moines à la salle du chapitre, et >ir menacé de l'anathème quiconque d'entre e ses successeurs aliénerait la moindre partie ne de saint Benoit, il fit élire le cardinal Odeur du monastère, pour le remplacer dans la ibatiale qu'il avait conservée jusque-là. Ayant lésigné comme son successeur à la chaire de Te Othon, évoque d'Ostie, il le présenta aux l et aux évoques réunis autour de lui, en leur c Recevez-le et consacrez-le chef de l'Église je vous en donne tout pouvoir jusqu'à ce que siez consommer son élection. »
ns importants une fois accomplis, Victor III, it sa fin approcher, ne s'occupa plus que des le son dme. Ses derniers moments furent mplaires que l'avait été tout le reste de sa ntife, il ne cessa d'édifier les religieux dont 1 si longtemps comme abbé la direction spi- -c qui le consolait surtout à l'heure suprême, pensée qu'il mourrait dans la maison et près î qu'il avait élevées, et que la main pieuse )ines lui fermerait les yeux. Comme s'il eût
plus grande simplicité possible. L'espoir que ce ^ serait fidèlement rempli suffit pour répandre la se nité sur son noble visage, tant il désirait reposer api sa mort à l'abri du cloître bien-aimé, où il avait trou pendant sa vie ce calme inaltérable qui était pour I la douce, mais passagère image de l'éternelle paixl
Bien des siècles se sont renouvelés depuis que Tafi et le successeur du pape Grégoire VII trépassa sitrai quillemenl dans son abbaye du Mont-Cassin. La bas lique, les édifices claustraux, la salle capitulaire et tombe qui lui avait été consacrée dans cette salle, toi cela est tombé sous les coups du temps cl des revota lions qu'il amène. Excepté les portes de bronze formai la principale entrée de l'église, excepté encore quelque colonnes antiques provenant de Rome, et dont le grani aussi dur que le bronze, a échappé à une double ruiiw rien n'est resté debout du vaste monastère reconstru au onzième siècle par l'abbé Didier. Mais si ces moin ments périssables sont tombés , l'esprit qui les èhr leur a survécu. Planant au-dessus des débris accumi lés d'âge en âge, il n'a cessé de vivifier la maison où avait fait fleurir autrefois la piété, l'art et la scienc Aussi la mémoire de cet illustre abbé, déjà si vénér de ses contemporains, a continué d'être, de la part d moines de saint Benoit, l'objet d'un véritable cuit Depuis l'archevêque Alfano, qui, dans des vers sup rieurs à la poésie de son époque, célébra la restaurai du Mont-Cassin par Didier, son ami, jusqu'au sava religieux qui, de nos jours, a écrit l'histoire du m naslère, combien d'hommages n'ont pas été rendus celui qu'on a justement appelé le nouveau fondateur* l'abbaye? La pensée bénédictine, dont l'abbé Didier r
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Pendit Je souffle puissant autour de lui, respire donc toujours dans cette ancienne et célèbre communauté, où *°U| d'ailleurs annonce maintenant une si triste décadeoce.
Ce culte voué à une noble mémoire, et qui souvent console les misères du présent par la grandeur impérissable des souvenirs, je me suis plu à le constater pendant mon séjour au Mont-Cassin. Ainsi, je n'oublierai jamais qu'un matin, alors que le soleil , encore caché derrière les plus hauts sommets des montagnes voisines, n'avait point dissipé la brume légère enveloppant la masse imposante de l'abbaye, je me promenais, en compagnie du père Tosti, devant le parvis de l'église. Avec l'érudition de l'archéologue et le zèle d'un digne enfant de saint Benoit, il m'expliquait le plan et fe style de l'ancienne basilique construite par Didier, * regrettant non moins vivement que moi qu'elle eût été abattue au dix-septième siècle pour faire place à léglise actuelle. Eu môme temps, rappelant la grandeur de l'abbaye dans le passé et 1 influence qu'avaient eue sur son avenir l'administration et l'exemple de l'un «le ses plus nobles chefs, il esquissait, telle qu'il la comprenait, cette belle figure monastique qu'il animait des couleurs fournies par une vive imagination.
Comme nous examinions la porte où se trouve gravée en lettres d'argent la longue liste des domaines de saint Benoit l,et que le | ère Tosti disait être, selon le mol de Bessuet, le magnifique témoignage du néant de leur ancienne fortune, un rayon de soleil, traversant tout à couples vapeurs du matin, tomba sur la statue du pape
1 T. pièces justificatives, D.
Victor III, placée en ayant du parvis. Aussitôt lumineux, se projetant sur les autres statues et 1 d'alentour, s'étendit jusqu'à la grande façade de et vint dorer le bronze des vieilles portes byi « Quelle parole, me dit le père Tosti, saurai peindre l'éclat et la persistance des traditions 1 tant de générations de moines par une intellig< périeure, que ce trait de lumière traversant Te les obstacles pour arriver jusqu'à nous? Co: rayon venu du ciel, l'esprit du vénérable Didic avoir traversé aussi les ténèbres du moyen âge encore de ses inspirations les membres survr son antique famille. Un jour viendra où le peut reste de la partie matérielle de son œuvre aura ainsi que ce monastère, cette église et nos viei railles. Mais son œuvre morale, j'entends ce q\ a laissé de son âme, ne périra point, car le dei bénédictins, même après la ruine de. celte nu gardera le souvenir au fond de son cœur, »