CHAPITRE VIII
nls qui se produisent dans l'administration du Mont-Cassin. ^foncière ambitieux et guerrier de plusieurs abbés. — Les pre- ■itt croisés au tombeau de saint Benoit. — Correspondance de l'em - FWurAIeus Comnène avec l'abbé Odérise. — La vision du moine Altëric et la Divine Comédie. — Pierre Diacre et les religieux du modère à la conférence de Lago-Pesole. — Exploits de l'abbé Roffredo, et son zèle intéressé pour la maison de Souabê. — Situation critique de l'abbaye pendant la minorité de Frédéric II. — Le grand sénécbal toiwald et le comte Gauthier de Brienne. — Intervention du pape Innocent III. — Son voyage au Mont-Cassin. — Réforme donnée par * pontife aux moines de l'abbaye.
Jusqu'à présent nous avons suivi dabs sa marche
ascendante l'histoire du Mont-Cassin, et nous nous
sommes arrêtés plus longtemps sur l'administration de
Didier, parce qu'elle marque l'époque la plus glorieuse
desannales de l'abbaye. Nous allons entrer maintenant
dans une autre période. Au développement régulier
d'une fortune légitimement acquise, à la juste influence
que donnent le mérite et la vertu, vont succéder les
discordes intérieures et les luttes soutenues au dehors
contre les princes du siècle. Des abbés, laissant la crosse
et la mître pour prendre Tépée et le haubert, peront à guerroyer sans cesse dans le bul d'assu élection, de repousser les Empereurs ou les Noi de prendre des forteresses et d'augmenter le < de saint Benoit. Quelquefois môme il arrivera religieux, dont les intérêts se rattachaient ni ment à la cause du saint-siége, prendront part le pape, et ne craindront pas d'arborer sur 1< de l'abbaye la bannière impériale d'Allemagn renversement de principes et d'habitudes s'expliquer que par l'esprit militant et désord» l'époque, le trouble profond où les événemei rieurs jetaient les consciences et surtout par gâtions féodales qu'imposait aux abbés l'cxerc vent abusif du pouvoir temporel. En vain, pi que leurs prédécesseurs, quelques hommes a gouverner le monastère, voudront réagir coi cnlraincinents aussi opposés à la discipline tique qu'aux prescriptions fondamentales du C nédiclin. Leurs efforts seront souvent inutil pourront ni prévenir ni réprimer les abus que tôt ou lard, dans une corporation vouée à la p la séduction presque inévitable exercée par une et une puissance excessives.
A la mort de Victor III, l'abbé Odérise prit < administration de l'abbaye. Issu de la fan comtes des Marses, il était entré fort jeune î Cassin, et plus tard il avait été nommé prieur nastère, quand l'abbé Didier fut élevé au p( Après avoir contribué activement à l'élection i Urbain II, qui avait été moine bénédictin à Qui rise s'empressa de revenir au Mont-Cassin, 01
ices corporelles pussent y recevoir les soins in- £ des religieux. En même temps, pour que les i visitaient l'abbaye y fussent accueillis et traii les généreuses prescriptions de la règle béné- I éleva un autre corps de logis tout spécial près un placé devant l'église. Il fut secondé, dans j charitables, par de nombreuses donations, quelles il faut citer celles de Robert Guiscard emme Sigelgaïte, qui fit présent à l'abbaye du de Cetraro qu'elle possédait en Calabrc. A ces ; se joignirent de nouveaux privilèges concé- Jrbain II, dont une bulle inédite et fort cule le Père Tosti nous a fait connaître, montre >ntife était toujours resté, par le cœur, un véifant de saint Benoit.
e document, daté de Capoue el conservé en iux archives de l'abbaye, le pape raconte qu'à lune récente visite au Mont-Cassin, il fut at-* iolemment de douleurs auxquelles il éjtëlt 'il crut toucher à sa dernière heure. Comme ir d'échapper au mal lui semblait enlevé et que il, égaré par de justes alarmes, avait, conçu s sur la présence réelle du corps de saint Be-
assuré, voici la preuve manifeste que tu en recevras au premier signal que la cloche donnera de l'ofGc nocturne, tu seras guéri du mal dont tu souffres. Poursuivant son récit, le pape ajoute qu'à l'heure mai quée, ses douleurs disparurent, et qu'après en avoî remercié Dieu et son fidèle serviteur saint Benoit il put, avec les cardinaux et les évèques présents, céM brer dignement la solennité du jour. Aussi, pénétré d reconnaissance pour le pieux fondateur du monastère il veut, par le présent acte, confirmer aux religieux l libre possession des privilèges, biens et donations qu'il ont pu recevoir des papes, des empereurs, des rois e autres bienfaiteurs de l'abbaye.
En admettant comme vraie cette bulle d'Urbain II ne serait-ce pas un trait singulier des mœurs religieuse du siècle, qu'une telle confidence faite par un souve rain pontife, dans un acte émanant de la chancelle» romaine, au sujet des soupçons *que lui inspira l'authenticité de reliques trop lentes, au gré de son impa tience, à opérer une guérison vivement attendue? h désespoir causé par un mal réputé incurable, l'exaltation résultant de la violence même de la douleur, l'apparition de saint Benoit, qui vient mêler le surnaturel aux tristes réalités de la souffrance physique, enfin h foi dans l'intercession des saints raffermie et payant si dette de reconnaissance, rien ne manque pour rendit dramatique la scène racontée par Urbain II1. Peu de
1 Nous ferons remarquer que ce document, dont la singularité m&w peut rendre l'origine suspecte, n'est pas un diplôme conlirmatif de privilèges, mats une bulle destinée à établir, par le récit d'un fait arrivtf au souverain pontife lui-même, la présence des reliques de saint Benoit au Mont-Ca*sin, reliques autrefois transportées en France, au monastère de Fleury-sur-Loire, et qu'on prétendait y être restées. Do
temps après, le munie pape, s'étant rendu en France pour y prêcher la croisade, montrait encore sa bienveillance pour les religieux du Mont-Cassin, en statuant par une décision rendue à Saint-Martin de Tours, que le monastère de Glanfeuil-sur-Loire continuerait de I» rester soumis. La sentence pontificale que consacra plus tard une bulle datée de Terracine, rappelle que ce monastère, fondé par saint Maur, disciple de suit Benoit, avait été placé sous la. dépendance du fcnt-Cassin , dont la juridiction avait été confirmée »os ce rapport, au temps de l'abbé Théodomarc, par le pape Adrien et Charles, roi des Francs '.
Cependant l'appel adressé par Urbain II, siégeant au concile de Germon t, pour exciter les fidèles à la délinancedes lieux saints* avait retenti dans toute la chrétienté. L'immense mouvement des populations marchant à la croisade se fait sentir en Italie aussi bien qu'en France, et après Rome le Mont-Cassin est comme la seconde étape où s'arrêtent de préférence les pèle-
«oiain nombre de chartes de l'époque carlovingienne. désignées par h ««ce diplomatique sous le titre de Notitûv, renferment des coniWationsde faits, ce qui est facile ù concevoir dans des actes purement privés. Mais au onzième siècle, un document de la nature de «toi qui vient détre cité serait, en cas de parfaite authenticité, une pièce aussi rare que curieuse, comme acte public et ofGciel. venant Mrtout de la cliancellerie pontiiicale. Dans la Vie du pape Urbain II, dam Thierry Ruinart dit que cette pièce, considérée comme vraie par quelqnes érudits, a été rejetée par d'autres, et qu'il éprouve lui-même certains doutes, à cause du style, de la date et de la hardiesse du récit. 1 L'original de cette bulle portant la daie de 1007, et qui a été pu- Nié> par les pères Mabillon et Gatlola, est partie comme le document cité plus haut, dans larcliivium du Mont-Cassin. Outre le sceau en plomb qui s'y trouve attaché par un cordon de soie, on y voit un sceau beaucoup plus grand, dessiné au bas du parchemin, et portant pour légende:
RE3EDICTVS DEYJ ET PATEK DOMIM S0?TR1 JESV CIKUSTI.
rins armés qui se dirigent vers Jérusalem. A la fou innombrable des chevaliers qui ont pris la croix môle un pieux corlége formé d évoques, de prêtres de moines, prêts à partager les périls des soldais « Christ, à prier pour eux pendant qu'ils combattrai et à mourir à leurs cotés, martyrs de la mêmecao* Avec les sentiments religieux qui ranimaient, ufl armée ainsi composée devait faire de la croisade w long pèlerinage, et chaque sanctuaire vénéré deveoai un lieu de station où tous, séculiers ou ecclésiastiques sempressnient d'acquitter leurs vœux.
C'est ainsi que le Mont-Cassin reçut la visite de nom breux croisés qui, sous les ordres de Hugues, frère di roi de France, de Robert, duc de Normandie, et d'En» tache, frère de Godefroy de Bouillon, traversèren l'Italie pour aller s'embarquer à Brindes. Suivante roule de Céprano, ils campèrent au pied de la montagft où est assise l'abbaye, et de là ils vinrent prier auto© beau de saintBenolt, avant d'aller combattre et vaincr pour délivrer le tombeau du Sauveur. Après s'être ap nouille devant l'autel élevé au-dessus des reliques i saint qu'il invoquait, chaque chevalier touchait dèv tement l'autel de la pointe de son épée, comme poi puiser dans ce contact la force et la foi qui rendent i vinc-ibles. Beaucoup de religieux du Mont-Cassin, e traînés par cet exemple el saisis à leur tour d'un géc reux enthousiasme, eussent voulu partir avec 1 croisés ; mais aucun passage des annales du mont 1ère n'indique que celte intention ait été réalisée leur part. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'ils aecomp gnèrent de leurs vœux et de leurs prières les champio de la croix, el de curieux documents, faisant pari
DES ABBÉS DU M ONT- CAS SI If. 287
sor historique de la communauté, attestent que ûdérise ne s'en tint pas là, mais qu'il eut renne action plus efficace.
lit combien les dispositions de l'empereur Alexis te s'étaient montrées peu favorables aux croiind ce prince avait vu ses provinces inondées égions des guerriers venus de l'Occident. Sans 3r nullement de la loyauté du prince grec, Je France, en quittant le Mont-Cassin, avait été juer pour Durazzo ; mais à peine entré dans e, il avait été retenu prisonnier et envoyé ù iuople, où il n'avait dû sa délivrance qu'à la e intervention de Godefroy de Bouillon. Afin de re une malveillance et une jalousie qui devaient re au succès de la croisade, l'abbé du Montrai devoir écrire à l'empereur, pour l'engager "favorablement les croisés, en lui promettant communauté ne cesserait d'intercéder en sa uprès de saint Benoit, dans lequel le prince ) confiance toute particulière. En réponse aux îs de l'abbé Odérise, Alexis lui adressa trois uccessives qui sont les documents dont nous plus haut, et dont la première surtout, datée de juin 1097, montre que les pressantes sollide l'abbé avaient été bien accueillies à Consle. Dans cette correspondance, ignorée des hisle la première croisade, l'empereur témoigne Uions les plus bienveillantes, et si ses actes été conformes à ses paroles, les chevaliers . latins auraient eu bien moins à se plaindre de actions à la foi jurée.
as avons pris connaissance, disait l'empereur,
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des lettres que vous nous avez écrites, vénérable obbè et très-sage serviteur de Dieu. Ces lettres, aussi honorables que glorieuses pour notre personne impérial, avaient pour objet d'attirer sur nous et nos sujets te secours et les bénédictions sans nombre du Seigneur tout-puissant. Ainsi que tous les hommes bons et vertucux, vous me jugez favorablement, cl votre charité me prêtant, à moi pécheur, des vertus que je n'ai pas, ' me comble déloges dont je suis peu digne. En outre, par vos lettres, vous me priez avec instance de porter aide et secours à l'armée des Francs. Que Votre Révérence soit convaincue que nous avons pris toutes le» mesures en notre pouvoir pour leur donner les conseils et l'appui qu'on a droit d'attendre, non pas d'an ami ou d'un parent, mais bien d'un père. Et si notre assistance n'était venue, après celle de Dieu, les aider dans leur entreprise, quel autre que nous eût été « mesure de les secourir ? Nous ne nous repentons p* de ce que nous avons fait pour eux, et, grâce à Dieu, ils poursuivent maintenant avec succès une expédition qu'ils conduiront laborieusement à son terme, s'ils sont toujours guidés par les bonnes intentions qui les animent. Déjà beaucoup d'entre eux, cavaliers et fantassins, sont partis pour les demeures éternelles, les uns tués par le fer, les autres morts de maladies. Bienheureux sont-ils, puisqu'ils ont donné leur vie pour une bonne cause. Aussi ne devons-nous pas les regarder comme morts, mais comme vivants, car ils n'ont fait que passer à une autre existence, incorruptible et sans fin. En terminant cette lettre, nous vous envoyons une pièce de l'étoffe précieuse semblable à celle du manteau que nous portons, pour vous donner un gage de
m el de notre bienveillance envers votre monas- - Écrit au mois de juin, indiction sixième de la oie ville de Constanlinople1. »
Doins zélé pour les intérêts particuliers du sainte pour ceux de la chrétienté tout entière, l'abbé -Cassin sut se maintenir en bonnes relations leux Roger, l'un duc de Pouille, l'autre grand Sicile. Par cette conduite habile, il seconda la toute prévoyante clu pape Urbain II, qui cspéles conquêtes des Normands, réunies bientôt seule main, constitueraient, sous la suzerai- Église romaine, un État dont la puissance cernerait un jour celle des empereurs d'Allemagne lie supérieure. Malheureusement avecOdérise, •t en li05, la concorde et la discipline semparaitre de l'abbaye. Des troubles violents «lire les moines au sujet de l'élection d'un )bé. Deux partis se forment entre les anciens 1ère, ou seniores, qui désirent nommer un • de mœurs austères, et les plus jeunes, dont noins soumis à la Règle, aspire à un régime inmodant. Pendant ce temps, le siège pontiit venu à vaquer, par la mort d'Urbain 11^ son successeur, se rend au Monl-Cassin, d'où le au concile de Bénévent Brunon, évêque , qui avait été élu abbé du monastère, en
I, à la suite de nouveaux décrets rendus ouverain pontife au sujet des investitures, :uresc manifeste encore une fois entre l'Em-
Petr. Diac. n° iili.— V. Storia. dell. Bad. di Monte Cassin. im.
pire et le saint-siége. Rome, envahie par le impériales, est livrée à tous les excès de la so allemande, et Pascal II, surpris par Henri 1 prisonnier avec un grand nombre de clercs et < dévoués à sa personne. Sous la pression des qui lui sont faites, il se laisse arracher, par Henri IV, ce droit d'investiture, cause de tan glantes discordes. Aussitôt l'Église se trouve d'un schisme par l'effet de celte concession qu seule avait pu obtenir de l'un des succcsseui goire VII, et qui est condamnée ouvertement réunion de cardinaux, d'évéqueset d'abbés1, de ces ardents défenseurs des privilèges du romain se distinguait Brunon, abbé du Moi qui, s'étanl concerté avec d'autres prélats, instamment le pape de révoquer la bulle quoi fait signer, et de frapper l'Empereur dcxcoi tion \ Comme d'autres conseillère du saint-j tendaient, au contraire, qu'il fallait soutenir pape avait cru devoir faire, pour épargner à à l'Église les plus grandes calamités, Brune avait accusé auprès du pape d'être l'auteur vision qui pouvait devenir dangereuse, lui ces termes, pour se justifier :
« Mes adversaires, en vous disant que j aime pas, et que je parle mal de vous, pro mensonge. Je vous aime comme mon père et gneur, et je ne veux point reconnaître, tant vivrez, d'autre pontife que vous, ainsi que je fait la promesse avec d'autres prélats. Mais je
1 Paschal. pp. Epitt., ap. Baron, ad ann. ilil. * Chrome Cassin, IV, c. 41.
cure plus aimer celui qui nous a créés, vous et moi. Aussi je n'approuve point ce pacte si honteux, si contrtireà la religion, que vous avez signé forcément, et 4k Tous-même, d'après ce qui m'est rapporté, vous l'approuvez pas davantage. Qui pourrait donner son •sentiment à un traité qui viole la foi, abolit le sacerfcce, détruit la liberté de l'Église, et, fermant Tunique parte par laquelle on y peut entrer, en ouvre cent autres fiory admettre les intrus et les voleurs?... Pour moi, ■e fondant sur les règles canoniques et les constitutions potiGcales qui défendent aux laïques de disposer des Églises, je fais peu de cas de rengagement que vous «opris, et quand vous l'auriez rompu, je ne vous en «rais pas moins soumis. »
Mécontent de la hardiesse d'un tel langage, bien fhu fond il approuvât, comme les événements le fctttvoir, les principes que l'avaient dicté, Pascal II ifcolut d'enlever à Dru non l'abbaye du Mont-Cassin, jrilui donnait une trop grande influence. Il le prévint .toc qu'il ne pouvait pas le laisser plus longtemps cwnuler les fondions d'évêque et d'abbé, et enjoignit i h communauté de procédera l'élection d'un nouveau wpèrieur. Se conformant aux presciptionsdu souverain ïtolife, l'abbé du Mont-Cassin réunit le chapitre et proposa pour lui succéder un de ses compatriotes, qui &il religieux du monastère. Les moines lui répondifent qu'ils étaient prêts à lui obéir comme à un père, tot qu'il voudrait les gouverner; mais que s'il les Citait, il devait respecter le premier de leurs privilèges en leur laissant une complète liberté d'élection. Irrité de l'opposition qu'il rencontrait, Brunon lit venir des hommes d'armes, qui, surprenant les religieux
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au moment où ils se rendaient à l'office, leur dèrent, d'un ton menaçant, quels étaient a osaient résister à leur abbé. A cet acte de viol communauté entière, soulevée d'indignation, efforts pour se délivrer de ses agresseurs, et lui-môme, revenu à des sentiments plus cal sembla de nouveau ses frères, et leur dit: < ne plaise que je sois la cause d'un scandale en et l'Église romaine ; c'est pourquoi, résignant n lions, je vous rends aujourd'hui le bâton past< vous m'avez confié. » Immédiatement il le dé l'autel de saint Benoit, et prenant congé des m retourna à son évéché de Segni qu'il gouvern pendant quatorze années.
Plus tard, à la suite du concile de Latran, cal II révoqua les concessions faites à l'Empt prince ayant marché sur Rome, le pape, qu't vclle sédition avail chassé de sa capitale, crut c retirer encore une fois au Mont-Cassin. Il y fu tement accueilli par Gérard, élu abbé après h de BruiiQu, et sur sa demande et celle de toute munaulé, il rétablit Landulfe, archevêque de B qui avait été déposé au concile de Céprano. • Gérard, tout préoccupé du soin de défendre son temporel, ne cessa, pendant les onze années c son administration, de guerroyer avec les seig voisinage. Continuant les relations de ses prédi avec les souverains de Constantinople, il c riches présents d'Alexis Comnènc, en remerc la bonne réception qu'il avail faile à l'ambas les Romains venaient d'envoyer à cet emperc
1 Cette ambassade avait pour objet de répondre aux ouv<
de temps après, Pascal II étant mort, une autre dépu- Ution se présenta au Mont-Cassin, pour y chercher le adinal Jean de Gaêle, religieux de l'abbaye, que les ardioaui alors réunis à Rome priaient de se rendre immédiatement auprès d'eux. Sans savoir pour quel wlifil était ainsi appelé, il s'empressa de répondre à tordésir, et dès le lendemain de son arrivée, il fut & et intronisé pape sous le nom de Géfase II.
Cette série continue de souverains pontifes pris ûdosivement dans Tordre de Saint-Benoit et surtout pmni les religieux du Mont-Cassin , nous fait voir Radies étaient, à celte époque, la sève et la fécondité de h famille bénédictine. Dans la situation périlleuse où l'Église se trouvait placée depuis le milieu du onzième «érle, ceux qui avaient pour mission de lui donner un chef crurent sans doute que, pour remplir ce poste difficile, il fallait choisir de préférence les hommes qui, w s'imposant les épreuves d'une servitude volontaire, sciaient préparés à subir celles du souverain pontificat, ksactes d'Etienne IX, de Grégoire VII, de Victor III et d'Urbain 11 avaient déjà témoigné hautement que le cloître était une bonne école pour former, dans l'étude d la méditation, des esprits d'élite capables de régir un jour les destinées de l'Église. Gélase H, sorti égalent de cette école, vint en fournir une nouvelle preuve.
fex«K qui. voulant profiter des sanglantes divisions survenues entre IXmpire et la papauté, avait fait demander pour lui, ou pour son fils Joûi la couronne d'empereur d'Occident.
Dus son enfance, il availélé présenté à l'abbé du Mo Cassin par ses parents qui tenaient un rang dislingu Gaéte, et s'était fait bientôt remarquer par ses prog dans les sciences cl son exactitude à suivre la Rég Appréciant tout son mérite, le pape Urbain II, l'ant même de son avènement, lavait tiré du Mont-Cas pour le créer d'abord cardinal diacre, puis ensa chancelier de l'Église romaine.
Comme il était fort versé dans les lettres et qu'il éc vait et parlait facilement en latin, le pontife le mit à lùte de sa chancellerie, afin qu'il y pût rétablir, sel un auteur contemporain1, l'ancienne élégance du st] qui s'y était presque entièrement perdue. N'élait-cep une intention vraiment digne d'un pape bénédictin, fion moins digne d'être réalisée par un autre disci| de saint Benoit? A la mort d'Urbain II, le cardinal Je de Gaéte continua ses fonctions de chancelier sous pontificat de Pascal II, le soutint dans toutes ses tri! lations, et rendit moins lourd à sa vieillesse le farde du gouvernement de l'Église. Voulant reconnaître son tour, les services de ceux qui l'avaient aidé di ses immenses travaux de chancellerie, il fit élever cardinalat plusieurs des scripteurs du saint-siége, I que Pierre de Pise, Hugues d'Alalri et Grégoire Gaéte. Enfin il ne cessa de faire preuve de libèraï en décorant celte charmante basilique romaine, ( de Sanla-Maiïa in Cosmcdin, dont il portait le titre, en comblant de bienfaits son ancienne abbaye, où persécutions qu'il endura l'obligèrent à venir cherc un asile.
Tandis que le MQnt-Cassin, en abritant d'illustres
« Pandolfe d'Alain, Sup. L. LXIII. >'. 41, 4S.
DES ADBÊS DU MONT-CÀSSIN. 295
fcrlunes, ressentait le conlre-coup des événements du tiède, des calamités d'une autre nature répandaient fats son enceinte le trouble et la terreur. En Tannée W7, un violent tremblement de terre avait ébranlé talel'Italie. Des villes et des châteaux avaient ressenti ' les désastreux effets de cette commotion, et sur les douces de l'abbaye beaucoup d'habitants avaient péri ans les ruines de leurs demeures. Ainsi qu'il arrive tajours dans les malheurs publics, l'imagination populaire en fut vivement frappée, et ne manqua pas d'y wirun signe de la colère céleste. On parlait dune apfirition de saint Benoit qui avait recommandé expresséwatde redoubler de prières et d'actes de pénitence, p«r désarmer le courroux de Dieu et arrêter les fléaux fi menaçaient les hommes. Les religieux donnaient le lignai d'expiations Solennelles, et, suivis d'un nom- Iwox cortège de populations frappées de stupeur, ils allaient visiter processionnellement les principales Églises du patrimoine de saint Benoit.
An retour de ces pieux pèlerinages, les esprits, surtteités par les impressions qu'ils avaient ressenties au dehors, se complaisaient en merveilleux récils qui bien- W,pour les plus exaltés d'entre eux, étaient suivis k visions et d'extases. Que la froide raison de notre siècle ne prenne pas trop en pitié l'entraînement d'àmes Rentes qui, en un (emps de grandes calamités, se précipitaient vers le surnaturalisme, pour oublier dans les *esd'un inonde idéal les irrémédiables douleurs de la rie réelle. Ne soyons pas si prompts à blilmer ces naïves d crédules illusions qui, autrefois, consolèrent la pauvre humanité à ses heures de souffrance. Respectons ce qui fa l'objet de la foi et de la vénération de nos pères, en
n'admettant toutefois que les faits reconnus com certains par la critique historique. D'ailleurs, rem. quons-le, pour s'élever, même en songe, dans c régions supérieures où la pensée seule peut planer, faut une certaine puissance d'imagination : ne panier pas si haut qui veut. Ne nous bornons donc pas in voir dans ces conceptions parfois étranges, il est mi que les produits de cerveaux en délire. Cherchons-] plutôt les traces de la pensée et des croyances conte© poraines, ainsi que les premiers germes des grande créations qu'enfantera le génie des siècles suivants.
Pour moi, j'avoue avoir étudié avec intérêt, sor tout au point de vue psychologique et littéraire, les ré cits en vers ou en prose de ces ravissements extatiques qui charmèrent les imaginations au moyen âge, etqN Dante aimait à relire, après s'être pénétré des inspira tions de Virgile et de saint Thomas d'Aquin. Outre te curieux détails qu'elles renferment sur les croyances les mœurs cl les connaissances cosmographiques à l'époque, ces relations singulières ont presque toute une grande portée morale. Du monde invisible où i avait été transporté en esprit, et dont il venait ensuit dévoiler les mystères redoutables, le moine visionnait rapportait toujours d'excellentes leçons données au vivants par les morts. En désignant nominativement 1( âmes dont il avait tour à tour contemplé les joies etl souffrances temporaires ou éternelles, le narrateur s rendait l'organe de l'opinion publique sur certaii personnages, et faisait ainsi redresser ou approuv dans le ciel les jugements portés sur la terre l.
1 La vision du moine Vétin. religieux de l'abbaye bénédictine deR cbenau, dan» Je diocèse de Constance, est surtout curieuse à ce d
DES ADDÉS DU HONT-CASSIN. 297
Parmi les récits se rattachant au genre merveilleux, Je plus célèbre, sans contredit, est la vision d'Albéric, moine du Mont-Cassin, qui, atteint jeune encore dune maladie de langueur, demeura comme privé de vie dumi neuf nuits et neuf jours consécutifs. Dans cet état, iransportéà travers l'espace sur les ailes d'une blanche colombe, il visita d'abord l'enfer, sous la conduite de sud! Pierre et de deux anges, nommés Ilélos et Emmanel. Après avoir été témoin des tourments infligés aux tonnés qu'il classe d après les crimes dont ils se rendirent coupables, il arrive au purgatoire dont il décrit également les châtiments divers. Enfin, toujours accompagné de saint Pierre et de ses deux autres guides, 1 franchit les cercles successifs qui, au nombre de «pt, composent le ciel, et, parvenu au sommet de Tempérée, il se trouve devant le trône de Dieu, autour dufiel les séraphins font etitendre l'immortel Hosannah. fine telle vision, on le comprend, dut produire, au douzième siècle, une grande sensation dans le monde. Racontée avec une incroyable bonne foi par Albéric luimême, comme s'il eût clé véritablement transporté dans kssphères célestes, elle fut de plus écrite de sa main,
■w point de vue. Vétin, qui mourut en 82i, après avoir enseigné avec !°ttès dans l'école de son monastère, rêva qu'il était transporté par un ?°# près d'un grand fleuve de feu, où étaient plongés une multitude ^faie de personnes. Il reconnut plusieurs d'entre elles, et il cite nomment des évoques simoniaques, des prêtres incontinents, surtout Mpand prince, naguère souverain d'Italie et de Rome, et qu'il fut fotsurpris de voir condamné à de telles peines. Alors l'ange lui exffyua que les bonnes œuvres de ce prince n'avaient pu racheter les k°tes nombreuses qu'il avait commises contre la pureté des incrurs. Telle était donc l'opinion que les contemporains deCharlernagnc avaient *pr 11 question du salut de son àme, dix années après sa mort. La viàto du moine Vétin, après avoir été écri'.e en prose, sous sa dictée, P^Heiton, abbede son monastère, fut rédigée en vers par Walafrid Stabon, religieux de la même abbaye.
en l'année 1127, d'après Tordre de l'abbé Gérard ef sous la surveillance du chroniqueur Pierre Diacre. Du Mont-Cassin elle se répandit dans loute l'Italie, où elle devint bientôt très-populaire, ainsi que l'avait été précédemment en Allemagne et en France la vision du moine Vétin. Entre quelques parties de la légende d'Aïbéric et plusieurs passages'de la Divine Comédie, des rapprochements ont été faits par des critiques et des savants italiens, et celte comparaison, qui met en regard des images, des figures et des descriptions presque semblables, tendrait à prouver que, dans la conception de son œuvre immortelle, Dante ne puisa point exclusivement aux sources d'Homère et de Virgile. Ce qu'il est au moins permis de croire sur cette question tant controversée, c'est qu'au nombre des récits qui bercèrent son enfance, le poète florenlin distingua surtout U vision d'Albéric. Or, plus tard, lorsqu'il visita to Mont-Cassin, comme semble l'indiquer ce passage du XXIIe chant du Paradis:
Quoi monte, a cui Cassino..
il put trouver dans le manuscrit môme du moine visionnaire quelques détails dont il se servit pour son poème1*
1 Le manuscrit n° 2Ô0, renfermant la vision d'Albéric, et regardé comme autographe, est écrit sur parchemin, en caractères du douzième siècle. Divisé eu cinquante chapitres, ayant chacun leur titre, il est précédé d'une lettre servant de préface, et adressée par l'auteur luimême à la communauté du Mont-Cassin. Après avoir exposé comment les diverses circonstances de si vision ont été complètement dénaturée» dans la relation que Gui, religieux du monastère, en a faite par les commandement de l'abbé Gérard, il relève une partie des erreurs commises, et dit en terminant : « Nous stipulons donc tous les enfants de l'Eglise catholique, aux mains desquels Tiendra ce livre, de le confronter avec les exemplaires originaux et authentiques, afin que notre vision ne soit plus falsifiée à l'avenir. »
[ju lis soutiennent contre leurs propres moines eigneurs des environs. Inutilement le pape Ho- H veut contraindre les religieux du Mont-Cassin éter serment de fidélité, et à recevoir un abbé choix; ils s'y refusent obstinément, et bientôt ent Rainald de Toscane, qui se déclare pour ipe Anaclet et pour Roger II, alors en guerre saint-siége. La nomination de cet abbé, partiin prince qui venait de faire envahir et piller e par son grand chancelier Guérin, amena de es divisions parmi les religieux dont quelquesdurent se rallier à la cause pontificale. Sur ces ites, l'empereur Lothaire II étant venu en Italie utenir le parti d'Innocent H, le duc Henri, son , accompagné du pape, pénétra en Campa nie, et a jusqu'à San Germa no. Il fit demander à l'abbé I s'il voulait le recevoir dans son monastère et litre en même temps le pontife légitime ; mais I, qui s'était donné à l'anti-pape et au roi Roger, un refus formel et chassa même le chapelain al, porteur du message. Toutefois, quelques près, ayant réfléchi sur les effets de.sa résistance, soumission au duc Henri, et la bannière impéit arborée sur les murailles du monastère, ut peu de temps après qu'eut lieu, à la confé-
soumises par l'Empereur, et le pape, qui avait rejoi xil ce prince à son camp de Lago Pesolc, avait mandé à l'abbé du Mont-Cassin de se rendre au parlement q mji devait s'y tenir à la lèle de saint Pierre de Tannée Mol1. A la suite d'ordres plusieurs fois réitérés, Raïnald se décida enfin à partir avec plusieurs de ses religieux, au nombre desquels se trouvait Pierre, diacre et bibliothécaire du Mont-Cassin. Quand ils furent arrivés prés du camp, le pape leur envoya dire qu'avant d'y entrer ils devaient venir, nu-pieds, accomplir devant lui leur acte de soumission, témoigner leur repentir d'avoir adhéré au schisme, et enfin lui jurer personnellement foi et obéissance. Surpris de ces injonctions inattendues, l'abbé Rainald en appela aussitôt à l'Empereur, qui voulut bien accepter le rôle d'arbitre entre le pape et la communauté du Mont-Cassin.
La réunion convoquée pour juger ce différend fut aussi nombreuse que solennelle, et Lolhairc, qui la présidait, commença par examiner sérieusement l'affaire, assisté de l'archevêque d'Aquilée, ainsi que de plusieurs évêques et de hauts dignitaires du clergé monastique. Du côté du souverain pontife étaient le chancelier du saint-siège, trois autres cardinaux, un certain nombre de prélats et l'oracle de l'Eglise de France, Saint Bernard, qui avait de nouveau passé les Alpes afin de défendre les droits du pontifical romain. Pour les religieux du Mont-Cassin se présentaient Henri, duc de Bavière ; Conrad, duc de Souabe; plusieurs autres princes et seigneurs, avec les évêques de Bàle et de Ralisbonnc. Les orateurs chargés de porter la parole dans celle sorte de parlement moitié ecclésiastique, moitié sé-
* Petr. Diac. Chron. Cassn. IV, c. 108.
, coKer, furent choisis ensuite, et Ton désigna le cardinal Gérard pour défendre les intérêts de l'Église romaine, d Kerre Diacre pour soulcnir ceux du Mont-Cassin. Prenant le premier la parole, le représentant du «nl-siége dit, en s'adressant à Lothaire dont les dispositions secrètes étaient favorables aux religieux de l'abbaye : « L'Église qui vous a sacré, très-invincible Empereur, s'étonne avec raison que vous ayez reçu près Awusdes hommes frappés de ses anathèmes. » Le prince ayant répondu que la question ù juger était précisément celle de savoir si Tabbé et ses moines étaient bien excommuniés, le cardinal ajouta : « L'Église leur a ordonné, cl ils s'y sont refusés, de prêter serment d'obéissance au pape Innocent. » Sur quoi, Pierre Wacreayant opposé la défense de jurer, qui était faite à tous les fidèles par l'Évangile, el aux moines en particulier par la règle de saint Benoit, défense qu'avaient confirmée Charlemagne et ses successeurs, Lothaire, après avoir pris connaissance de ces décrets impériaux, fit prier le pontife de ne pas contraindre les religieux à y porter infraction.
U seconde séance fut non moins orageuse, et Pierre Macre, au reproche fait à ses confrères d'avoir abandonné la cause du pontife, ne craignit pas de répliquer que c'était le pape Innocent qui, comme un pasteur infidèle, avait délaissé son troupeau pour s'enfuir en France. Loin de désapprouver ces paroles hardies, l'Empereur ajouta : « Ce moine fait voir que si les ouailles ont failli, ce n'est pas leur faute, mais celle de leur Pâleur. Qu'il les absolve donc comme nous-mème nous leur pardonnons ce qu'ils ont fait contre nous. » Dans les séances suivantes, Lothaire, fidèle à son rùle de
502 ROLE POLITIQrE
pacificateur, soutint qu'il s'agissait seulement de rappr^>cher d'un père mécontent des enfants égarés, et comme l'orateur ]M)ntifical exprimait la surprise éprouvée pair le pape eu voyant que 1 Empereur ne s'unissait pas à lvii, pour exiger le serinent des moines: « Et moi, je im'étonne, répondit le prince avec vivacité, quc*le pontife ne veuille pas céder à mes prières, quand depuis quatorze mois, je suis en campagne, employant les armées et les trésors de mon empire pour le rétablir sur le saint-siège et lui concilier tous les peuples d'au delà les monts. » Puis, après avoir fait ressortir avec avantage l'importance et la dignité de l'abbaye du Monl- Cassin, il conclut en disant: « Ou l'Église romaine ouvrira les bras pour recevoir ce monastère, ou l'Empire se séparera de l'Église romaine. »
Malgré de nouvelles difficultés soulevées au sujet de l'élection de Rainald, le pontife finit par céder aux instances de l'Empereur, et consentit à pardonner aux moines et à l'abbé du Mont-Cassin. En conséquence, te dix- huitième jour de juillet, fête de sainte Symphorose, martyre, Lothaire envoya le duc Henri de Bavière, son gendre, avec un cortège de seigneurs et de prélats, pour accompagner Rainald et ses religieux à l'audience pontificale. Quand ils furent arrivés devant la lente du pape, plusieurs cardinaux vinrent les recevoir, et firent d'abord prononcer à l'abbé un serment par lequel il s'engageait à renoncer au schisme, à Tanti-pape Pierre de Léon et à Roger de Sicile, en jurant, de plus, obéissance à Innocent et à ses successeurs. Les moines appelés à jurer, ù leur tour, ayant encore fait des objections contre ce serment, Rainald les y obligea au nom de la soumission qu'ils lui devaient. Relevés aussitôt
I de l'excommunication, ils entrèrent nu-pieds sous la lenle, et, s'étant jetés aux genoux du pontife, ils furent idmispar lui au baiser de paix. Quant à l'abbé Raiaald, conduit ensuite en présence de l'Empereur qui, jusque-là, s'était abstenu de le recevoir, il fut accueilli roc grand honneur par ce prince, qui le nomma son dupelain. De là, en compagnie de ses religieux, l'abbé wrint à son monastère où l'attendaient d'autres épreuwsbien méritées, du reste, par sa conduite peu loyale. Telle fut la célèbre conférence de Lago Pesole, que Kerre Diacre, dans son récit, présente naturellement tww des couleurs favorables à sa cause, mais dont fmlhenticité, bien que contestée pour ce motif par des «rtorilés graves, peut être admise quant au fond1. Malteureusement la solution pacifique du différend ne ïiœena point la tranquillité au Mont-Cassin. Si lcsrclipeomaient été sincères dans leur acte de réconciliation «ec le chef de l'Église, il n'en était pas de môme de leur incorrigible abbé qui, à peine rentré au Monfkssin, prit de nouveau parti pour le roi Roger, et rassembla des troupes avec l'intention de combattre l'Empereur. Averti de ses préparatifs hostiles, le prince le fit arrêter, et, s'étant rendu au Mont-Cassin, il procéda à sa déposition, de concert avec saint Bernard et Àiroery, chancelier de l'Église romaine. L'éloquent abbé deClairvaux ayant pris la parole devant les moines
1 Baroniiis et Pellegrini croient que les dé! ails racontés dans la chroniqne de Pierre Diacre sur l'entrevue de Lago Pesole, ne sont pas de cet knrçin, mais ils supposent qu'ils ont été ajoutés ultérieurement par ^«lque moine schismatique. Dans le livre LXXV1 des Annales bénédiv- '•««. MaMIlon s© nient, de son côté, malgré les ol.jections faites conliv w récit, que la ton exagéré et le langage parfois déclamatoire du naJnteur ne sont pas en désaccord avec l'esprit ardent de Pierre Dia- *** et son penchant à se mettre en scène.
301 IlOLE POLITIQUE
réunis en chapitre, l'élection de Rainald fut dècla* nulle, et, en présence de Lothaire, des cardinaux et d seigneurs, il fut contraint de déposer sur le tomber de saint Benoit, la crosse, l'anneau et le livre de Règle, signes extérieurs de sa dignité1. L'élection * Guibald le Lorrain, ancien moine de l'abbaye de St velot, fut encore suivie de troubles suscités par IL ger H, qui refusa de reconnaître un abbé choisi sov les auspices de l'Empereur. Durant la réunion qui et lieu à Salcrne, dans le but de rendre la paix à l'Église saint Bernard usa vainement de son influence pour Al lâcher le prince normand de la cause du schisme, c lui persuader de traiter avec plus de ménagement l'abb du Mon t-Cassin. Roger II jura que si Guibald tombai entre ses mains il le ferait pendre, et le pauvre abbé craignant d'attirer de cruelles persécutions sur soi monastère, en partit secrètement et fut remplacé pa Rainald de Collemazo, auquel Roger voulut bien accoi der une trêve \
Celte trêve ne fut pas de longue durée. Le nouve abbé du Mont-Cassin, qui était fermement attaché à I cause pontificale , employa d'abord tous ses soins ramener l'esprit cfe soumission parmi les religieux mais d'autres orages menaçaient encore l'abbaye. I pape Innocent II étant venu à San Germa no pour négi cier la paix avec Roger, fut retenu prisonnier par < prince, et contraint de signer le traité qui lui accoi dait l'investiture du royaume de Sicile, sous la sux< raineté du saint-siége. Non content d'avoir couronn d'un si brillant diadème les glorieuses aventures d<
1 Cliron. Cassiu. c. 118, 119, 120 et 121. * Chron. Ca.ssin. IV, 127.
cheraliers normands, le neveu de Robert Guiscard voulut puoir l'abbé du Mont-Cassin de la fidélité qu'il avait montrée au souverain pontife, et remplir en même temps son trésor épuisé par de longues guerres. 11 enuhit donc l'abbaye, s'empara des vases sacrés, des ofcjels précieux et de tout l'argent composant le trésor de l'église, et partit laissant les moines épouvantés de soq odieux attentat. Les mauvais jours continuent parle Mont-Cassin, et l'abbé Rainald II, même après h mort du roi Roger, eut encore beaucoup à souffrir te nouveaux débats qui s'élevèrent entre le saintf siège et les princes normands.
Sonsuccesseur Roffredo est le véritable type de l'abbé diplomate et guerrier, tel qu'on peut se le figurer au douzième siècle. N'ayant d'autres mobiles que le maintien et l'extension de son temporel, il négocie avec habileté quand il y trouve plus d'intérêt qu'à combattre, nais 0 ne recule nullement devant la guerre, ni même devant les atrocités sanglantes autorisées par les mœurs cruelles de l'époque. Afin de se mcltre à l'abri des persécutions que son prédécesseur avait supportées de la port des Normands, il commence par prêter serment à Tancrède, comte de Leccc, et soutient sa cause contre cdledelempereur Henri VI. Mais ce prince arrive bientôt dans le royaume des Deux-Siciles, y fait reconnaître son autorité, et oblige l'abbé du Monl-Cassin à lui jurer fidélité et obéissance. En outre, pour rattacher à son parti les religieux du monastère, il leur confirme les privilèges autrefois concédés par l'empereur Lolhaire et les autres Césars germaniques, en indiquant par la teneur même du diplôme impérial, que ces souverains, depuis les conquêtes de Charlemagne, n'avaient jamais
cesse de prétendre à des droits sur les provinces de Fouille et de Sicile, a Qu'on sache dans le présent et dans l'avenir, porte ce document, qu'étant venu avec notre armée vers l'église du Mont-Cassin, pour prendre possession du royaume de Sicile et de Pouille, .lequel, par un ancien droit de l'Empire et par la succession échue à Constance, notre illustre épouse, doit être soumis à la puissance impériale, nous avons reçu en notre obéissance ladite église, avec tous ses châteaux et domaines. Comme il est à notre connaissance que cette môme église du Mont-Cassin a été favorisée d'un grand nombre de privilèges par les empereurs romains, et notamment parle 1res -glorieux Lothaire, augusteempereur de Rome, usant de noire clémence impériale, Jjj nous croyons devoir confirmer spécialement la charte J accordée par ce souverain, notre prédécesseur1. »
Malgré ces liens, qui devaient, autant par intérêt que par reconnaissance, lui rallier l'abbé Roffredo, Henri VI n'élant pas encore certain de sa fidélité, voulut remmener comme otage en Allemagne. Pendant son absence, Aténolfc de Casertc, doyen et administrateur temporaire de l'abbaye, continue de soutenir la cause impériale. 11 reprend les terres enlevées par le comte dWcerra, lieutenant de Tancrède, défend courageusement la place de San Germano qu'il a enlevée aux troupes normandes, 1 1 de concert avec les chefs allemands, il maintient le parti de Henri VI dans tous les domaines et châteaux du Mont-Cassin. Cette active intervention du doyen de l'abbaye en faveur des droits impériaux contre ceux de Tancrède que soutenait alors la politique pontificale, ne larde pas à exciter au plus « Gattola, lliêt. Cauin.
faut point le mécontentement de la cour romaine. Comme Âténolfc, toujours sur la brèche, ne cesse de eoobaltre les seigneurs attachés au parti normand, le ppeCelestin lance l'excommunication contre lui et les religieux, et jette en même temps l'interdit sur tous fe domaines du monastère. Mais l'Empereur s'empresse d'envoyer une ambassade et d'écrire au souvent pontife, pour le prier instamment de lever la sentence d'analhème, en lui représentant qu'on ne doit pspunir les moines du Mont-Cassin de la fidélité dont, en qualité de feudataircs, ils ont fait preuve envers l«r souverain légitime. « En apprenant cet acte de rijncur, est il dit dans la lettre impériale, notre surprâea été d'autant plus grande, qu'il est notoirement «taMi par les privilèges des Empereurs et des rois, nos prédécesseurs, que l'église du Monl-Cassin nous appartient et relève directement de l'Empire. » La décode de Henri VI, énergiquement soutenue par ses flwyés Berlrann, évoque de Metz et le jurisconsulte fcnridc lluneburch, reçoit un accueil favorable du towerain pontife qui consent à révoquer l'excommuriation et l'interdit*.
'taiocttOHiimmic-iion ilr§ moines du Mont-Cassin et l'intervention ^e fleuri VI auprès du saiiit-Méjje sont deux laits importants pour uVistoiiv ftu îiionaMêre. Ils avaient écli:.ppé à la plupart des annalistes ^latlaye. peu'-frrf» parce qu'un intérêt facile à comprendie aura ^*t il sfiaraltrc autrefoi> une partie des pièces probantes, l.e I». To^ti ■ttlioane, il e<t \rai, l'anatlièine sur lequel il passe légèrement, et ^pi'iJ pu'-teiid a\nir été bienUV Ii-vé, à la prière du cardinal Jean, anfwi religieux du Mont-Ca-sin; mais, il ne parle pas de l'ambassade w-jé* au pa]tf\ en \VM, par rcinpereur d'Alleinufiic. Quant à la ^niard.fî et à la lettre de ce prince, la connaissanc nous en a été nWc jmr un documei.Piiiédi», inséré dans les lîoulraux deCluny, et W doit être publié par M Huillard-Iiréholl s dans les Mémoires de r.ludwe û's Inscriptions et Belles lettres.— V.P ixe> jusliiicativcs. E.
Cependant, revenu d'Allemagne, l'infatif fredo n'en continue pas moins de poursuivre à avec les milices de l'abbaye, tous les adverse cause dont il s'est porlé le défenseur. Contre lui opposent une plus forte résistance, il us( blés représailles. Il ne laisse pas même une punie, comme à la prise de Sant'Angelo in dont il traita si durement la population c murailles, pour se venger d'une allusion i ses actes de violence. D'un autre côté, quand bout par la tyrannie impitoyable de Henri VI tants des provinces siciliennes se soulevèrent joug odieui, l'abbé du Mont-Cassin ne manc] prêter secours au prince allemand qui étai pour satisfaire sa vengeance. Après lavoir re baye, il le suivit dans son expédition, fit i villes de la Calabre sous son obéissance, e le détroit, il contribua par ses efforts à lui portes de Messine et de Païenne.
En récompense de tant de services, Roi comblé de biens et d'honneurs par Henri VI, le droit de haute justice sur tous les domain baye, lui donna les terres de Malvilo, d Al Rocca Guglielmo. Ces donations intéressées i de rendre l'ambitieux abbé linslrument p cruelle politique de l'Empereur. Ainsi, en 1 voit s'unir à l'évéquc de Worms pour punir Capoue de leur rébellion, en détruisant les foi de ces deux puissantes cités. D'autres exécu glantes commises au nom d'un souverain et devaient pas tarder à être punies, car, Tannée une mort aussi mystérieuse qu'inattendue i
DES ABBÉS DU MONT-CASSÏN. 3tO
; Ijran de la Sicile, et vengeait les victimes de ses fu-
reurs.
Aa moment où le jeune Frédéric II commençait, sous la puissante tutelle du pape Innocent III, un règne si feond en événements remarquables, le royaume de Sicile se trouvait dans un état d'agitation dont le Montûssinse ressentit nécessairement. En deçà comme audrfàdu Phare, les excès du parti allemand avaient soukfé l'indignation publique, et l'impératrice Constance, gageant l'aversion de ses compatriotes, avait ordonné l'expulsion des chefs de ce parti. Le plus puissant de tas, le grand sénéchal Markwald d'Anneweiler, n'avait ps, malgré cette réaction violente, abjuré ses prétentions ambitieuses. Aussi, quand la mort de Constance wt rendu vacante la régence du royaume, il ne craignit pas de la disputer au souverain pontife lui-môme. Au milieu de ces circonstances difficiles, le successeur dcCéleslin 111 répondit à l'appel patriotique des populations qui, avant tout, demandaient à être délivrées de ladomination étrangère. Comprenant tout le parti qu'il pouvait tirer de l'abbé du Mont-Cassin et des ressources militaires dont celui-ci disposait, il pensa que l'épée qui avait si activement combattu pour l'empereur i Allemagne était capable de rendre au saint-siége des services plus méritoires. Au nom du sentiment religieux et national, il réclama donc et obtint de Roffredo le serment d'obéissance, et l'employa immédiatement à rétablir dans le royaume l'autorité du roi, son pupille. En agissant ainsi, le pontife n'avait pas
r,!0 ROLE rouTiorE
seulement considère les avantages que lui offrait la coopération d'un puissant feudataire, à la fois homme d'église et homme d'action. Dans l'abbaye même du Mont-Cassin, il avait aussi voulu s'assurer un point militaire et un centre publique fort importants où s'agitaient alors, selon le mot d'un contemporain, beaucoup de craintes et d'espérances.
En effet, Markwald furieux de l'opposition qu'il rencontrait partout, s'avançait à la tête d'une armée d'Allemands qui se signalait par les plus affreuses dévastelions. Ayant requis l'abbé Roffrcdo de le reconnaître pour régent du royaume et de lui jurer fidélité, il reçut une réponse négative qui ne fit qu'enflammer davantage son ressentiment. Pour repousser un si formidable adversaire, InnocentlII s'adresse tour à tour aux seigneurs, aux évéques, aux populations des provinces envahies par ces bandes des soldats étrangers. Dans ses lettres pleines de force cl de chaleur, il invoque ce queThomme a de plus cher, la patrie, la famille et la religion, pour appeler le peuple aux armes et le porter à délivrer le sol italien de la tyrannie allemande. C'est ainsi qu'il écrivait aux habitants de la Campanie : « Les oppresseurs de voire pays veulent vous forcer à plier sous leur joug; cessez aussitôt toule querelle, afin de défendre en commun voire liberté. Pour vous affermir et vous porter à affronter virilement vos ennemis, il suffit de représenter à votre mémoire le souvenir des injures passées. Rappelez-vous les plus nobles barons du royaume dépouillés de leurs biens, envoyés en exil, ou condamnés à une mort cruelle, et songez qu'il n'est aucun de vous qui, dans sa personne ou sa fortune, dans ses parents ou ses amis, n'ait souffert quelque violent dommage des Aile-
uc i diiciuii puni uiiperiui, ici» que isiepnoiu IcLaviano, avait occupé le comté de Molise, la abour, et envahi le patrimoine de saint Benoit [il s'était plu à déchaîner toutes les Fureurs de
A son approche marquée par la flamme des
les populations fuyaient épouvantées, et les rillages, abandonnés de leurs habitants, étaient lement saccagés et détruits. Le septième jour
de Tannée H 99, il se présenta devant San et dressa son camp au pied du Mont-Cassin. 3 monastère, situé sur une haute montagne les vallées du Volturne et du Garigliano, comi route de Rome à Naples, il désirait vivement
d'une position qu'il eût pu rendre inexpuais l'abbé Roffredo qui voulait demeurer fidèle •ain pontife, rejeta toutes les propositions ild. 11 fit donc ses préparatifs pour se défendre îment avec cinq cents hommes de troupes ts et une compagnie d'arbalétriers que com- .andone, proche parent d'Innocent III.
ité de milices venues de Capoue, ce petit mée s'enferma dans la ville de San Germano, Mark w a ld vint sommer la place de se rendre, nfs et la garnison répondirent d abord qu'ils t, plutôt que de se soumettre, s'ensevelir sous
lint pas devant l'arrivée soudaine d'un renfort de troupes nombreuses que Diephold amena, dès le jour suivant, à son allié Markwald. À cette vue, tous les boa» mes d'armes, ainsi que la population, abandonnèrent h ville en désordre, et se dirigèrent vers les hauteurs de l'abbaye dont les fortes murailles leur promettaient un refuge plus assuré. Mais ayant été poursuivis de près pur les Allemands, beaucoup d'entre eux furent pris dus l'étroit et tortueux sentier conduisant au monastère, et mis aussitôt à la chaîne pour être vendus comme esclaves. Quant au petit nombre d'habitants qui, espérant obtenir grâce de Markwald, n'avaient pu se décider à quitlcr leurs demeures, ils durent se résigner à racheter leur vie au poids de l'or, ou à périr dans d'affrew supplices.
Enhardi par ce succès, le chef des Allemands comptait pouvoir enlever l'abbaye de vive force; mais ilrea contra une telle résistance de la part de l'abbé et* ceux qui s'y étaient renfermés sous ses ordres, qu'ilrê solut de les réduire par la famine. Déjà, depuis deu mois, il tenait le monastère étroitement bloqué, et* défenseurs, pressés par la soif et la faim, n'atlendaiei plus leur salut que d'un secours inespéré, lorsque jour de la fête de saint .Vaur, le ciel jusque-là serc s'obscurcit tout à coup. Il s'éleva bientôt un ouragi terrible qui, s'aballant du côté desassiégants, renver leurs tentes, dispersa leurs troupes, et par suite le camp tomba au pouvoir des soldats pontificaux qui pillèrent. Le grand sénéchal n'était pas homme à laiss un tel affront sans vengeance. 11 incendia plusieu bourgs dépendants du domaine de saint Benoit, détrt sil les remparts de San Germano, et livra cette place
une complète dévastation. Gorgés de butin, ses farouées Allemands n'épargnèrent pas même les églises, panant les pieuses images et les vases sacrés, et sebob chronique locale, se livrant à d'horribles outrafes envers Dieu et envers ses saints. Les religieux de hhbaye déplorèrent ces actes sacrilèges; mais du moins leœonastère et son église furent préservés, grâce à Péaergique altitude de l'abbé Roffredo, des excès de la kolalité tudesque. Toutefois, pour débarrasser le territoire du Mont-Cassin de la présence de Markwald et de fc bandes, il fallut lui payer une contribution de trois «rts onces d or, et lui laisser, en outre, les places de htfecorvo, de Termini et de Castelnuovo, qui appartenait à l'abbaye, et qu'il fit occuper par les troupes de Keptold.
la prise et la destruction de San Germano inspirèrent Me vive douleur au pape Innocent III qui regrettait tes la perte de celte ville la clef des États pontificaux *t do royaume de Kaples. Dans la crainte que cet événement ne décourageât les populations des autres provinces, il écrivit aux barons et au- peuple de la Fouille et kbCalabre, que l'occupation de San Germano devait treattribuée, non pas à la valeur de Markwald, mais au dé&ot de courage des habitants qui avaient déserté la fille1. Une nouvelle diversion opérée par le chef du Frti allemand allait bientôt justifier les prévisions du pontife. Après avoir poursuivi ses ravages dans la Cam- P&nieelPAbruzze, Markwald avait passé tout d'un coup 60 Sicile, et mis le siège devant Palermc ; mais il en Hait été repoussé à la suite d'une brillante victoire emportée sur lui par les troupes royales. Pour tirer
1 % Eput. Innoc. III.
parli de ces avantages et relever encore mieux son autorité le pape avait confié le soin de la défendre au brave Gauthier de Briennc qui avait épousé la fille i de Sibylle, veuve du prince normand Tancrède, Leccc. Aux chevaliers français qui marchèrent sous h bannière du comte de Drienne, l'abbé du Mont-Cassu vint se réunir avec ses milices. Renforcés de quelques troupes du comte de Célano, ils allèrent attaquer Mephold qui, à la tète d'une armée plus considérable, les attendait prés de Capoue. Malgré leur infériorité numérique, les chevaliers français chargèrent l'ennemi avec leur élan habituel, et les auxiliaires de Brienne ayant suivi leur exemple, les Allemands furent mis complètement en déroute. Par suite de ce brillant fait d'armes, Capoue, Teaho et Venafre se rendirent aux Iroupespofr tificales, et l'abbé du Mont-Cassin usa également du secours de son intrépide allié pour reprendre Pontecorvo et d'autres forteresses du domaine de saint Benoit* Une seconde victoire remportée par Brienne dans les fameuses plaines de Cannes, au mois d'octobre 1203, vint donner au pape un nouveau gage de la confiance que devait lui inspirer le valeureux défenseur de la cause pontificale. 11 résolut donc de l'envoyer au delà du détroit, pour combattre Markwald qui avait mis dans ses intérêts le grand chancelier évoque de Troja, et s'était emparé de la personne du jeune Frédéric H. Aidé aussi du puissant concours de l'abbé Roffredo, que le pape lui avait adjoint comme légat du siège apostolique, Gauthier de Brienne entreprit une nouvelle campagne; mais au lieu de se rendre immédiatement en Sicile, selon les prescriptions de la cour romaine, il ne voulut pas quitter l'Italie avant d'avoir repris aux Allemands le comté
nprévues et contraires rendirent bientôt îrrépatrkwald étant mort soudainement en 1202, il sible de profiter de cet événement pour porter •coup à son parti que l'un de ses lieutenants, t Capparone, s'empressa de relever en Sicile, le titre de capitaine-général. D'un autre côté, de Brienne périt lui-même 5 Sarno, victime roique imprudence, et cette perte regrettable, ait au saint-siége son plus ferme défenseur, ape à chercher ailleurs une alliance et un conséquence il se montra favorable à un proiage entre Frédéric II et la fille du roi d'Arafiargea du soin de traiter cette importante ardinal abbé Roffredo qu'il savait aussi habile ^gociations que consommé dans le métier des liant, en outre, calmer les provinces de l'Italie le où Diephold et ses partisans entretenaient civile, il leva l'excommunication dont ils ppés, et les admit à se réconcilier avec l'Église, * reçu leur serment de fidélité.
ite dune dernière \icloire remportée par Hont-Cassin sur Conrad de Marlcy qui, du ; Sorella, dirigeait de continuelles incursions lomaines du monastère, le pape crut le temps omplir un projet longuement mûri. Dans le .
lui-môme à San Gcrmano. Ce voyage tant désiré fut pou Innocent III une véritable marche triomphale. Partout sur la route jonchée de verdure et de fleurs, les mon Lies du clergé avec les fidèles de leurs paroisses, k seigneurs bannerets avec leurs milices féodales, venais faire cortège au souverain pontife. Dans celui qui les ii sitait les populations ne saluaient pas seulement le eta vénéré de l'Église ; elles acclamaient surtout le ptdfi cateur du pays. Aux diverses stations où il s'arrêta, de fêtes splendides furent célébrées, notamment à Fosfl nova, monastère que, dans le même siècle, devaient il lustrer les derniers jours et la mort de saint Thomi d'Aquin. A San Germano la réception fut magnifique L'abbé Roffredo, qui était venu au-devant du pape il tête de tous ses religieux, défraya généreusement! cour pontificale pendant son séjour dans la ville eti Monl-Cassin. En effet, après avoir sagement pourvu,! concert avec les membres de l'assemblée, à l'administr tion et à la défense du pays, et interdit à l'avenir ton guerre privée aux possesseurs de fiefs, le pontife giï' la montagne pour prendre quelques jours de repa l'abbaye.
Satisfait des mesures par lesquelles il venait d'as rer la sécurité du royaume confié à ses soins, et pfa d'espoir en des jours meilleurs, Innocent III était h< reux de goûter, dans la paix du cloître, les joies in rieurcs qu'inspire à une grande âme la conscie . d'avoir fait le bien. Il signala sa présence au monasl par de nouveaux privilèges accordés aux religieux, et de riches présents qu'il fit à leur église. La sainteté ce lieu vénérable, la majestueuse beauté du site, 1 frais et pur qu'il y respirait, tout semblait engagei
nswick a la couronne a Allemagne. ttien que le en apparence, cet événement allait faire surnord des Alpes, de nouvelles difficultés pour • romaine, au moment même où sa politique et prudente venait de substituer, au sud de l'exercice d'un pouvoir régulier aux violences gime militaire et oppresseur. Aussi le pape qui, nouvelle, sentait plus que jamais la nécessité r une barrière infranchissable entre les Étals pire et le royaume de Sicile, s'empressa-t-il de assemblée réunie à San Germano, pour partir oe, accompagné de l'abbé du Mont-Cassin. yage d'Innocent III à l'abbaye ne fut pas sans is avantageux pour l'administration et la disciitérieures de la communauté. Quels que fussent ices rendus par l'abbé Roffredo, le pape n'en ts moins constaté, sur les plaintes même dis x, quels préjudices graves pouvait causer à aison un gouvernement bien plus féodal que que. L'abbé était accusé notamment d'avoir dôdes biens et revenus affectés à l'hôpital du mo- , et employé à la rédaction d'actes contraires irêts de la communauté, des notaires autres que li ne devait instrumenter qu'avec l'autorisation ines assemblés en chapitre. On lui reprochait
le pape adressa de sévères remontrances à l'abbé, dl mit en demeure de faire cesser el de réparer imméda tcment les abus de pouvoir dont on se plaignait ara raison. Plus tard môme, afin d'en prévenir plussùn ment le retour, il voulut, après la mort de Roflrefa donner aux religieux une réforme complète, ainsi qu'à le voit par un document fort curieux, daté d'Ànagni du mois d'octobre de l'année 1215.
Le pontife commence par établir que comme le membres d'un corps reprennent plus facilement h santé quand la tète est saine, et que les subordonné modèlent toujours leur conduite sur l'exemple de ko supérieur, il convient que l'abbé du Mont-Cassin snhfi fidèlement la règle de saint Benoit. Il doit surtoc l'observer pour ce qui concerne les habits, la nourri lure, les voyages, et s'abstenir de tout ce que cdl Règle défend. Les interdictions qui viennent ensoîl offrent de l'intérêt, comme peinture des mœurs cofl temporaines. II est expressément recommandé de n pas recevoir de baladins et de jongleurs dans le 0* nastère ou tout autre lieu où l'abbé se trouve poi prendre son repas. Que si quelques-uns d'entre ei y pénètrent indiscrètement, qu'on leur donne, poi l'amour de Dieu, la nourriture nécessaire, et en deho de la table de l'abbé; mais qu'ils s'en contentent et i soient, sous aucun prétexte, admis à faire montre i leurs tours ou mauvaises plaisanteries. Défense est fai aussi à l'abbé, comme à tout religieux, d'avoir d oiseaux et des chiens dressés à la chasse, d'cmploy plus de deux haquenées et de deux serviteurs, de fai usage de selles brillamment ornées et de brides eni chies d'or. Quand l'abbé, pour les affaires de s(
fc administration, est obligé de se mettre en voyage, il lui ' est permis d'avoir une suite honorable, mais modeste. ' ff3s'anête à San Germano, ou en toute autre résidence éêpendant de l'abbaye, il devra garder près de lui, tassa chambre à coucher, deux ou trois vieux moines ftne vertu irréprochable, pour servir comme de garfas à sa réputation.
D'autres défenses étaient également portées contre taie aliénation ou mauvais emploi des biens et revenus il monastère, selon le fâcheux exemple qu'en avait taoé l'abbé Roffredo. On y trouvait aussi la recora- Mûdation expresse de ne confier les églises et les mains du domaine de saint Benoit qu'à des préposés offrant toutes garanties, et capables de traiter avec une ^ ffk justice le pauvre et le riche, le faible et le puis-„ m M Enfin, il était enjoint à l'abbé d'user envers ses I nEgieux d'une autorité charitable et paternelle, mais [ fe punir, selon les statuts de la Règle, ceux dont la con- 1 Wte serait légère, insoumise ou dissolue1. Ces sages y* prescriptions, que rendait plus efficaces encore l'autorité du grand pontife qui les avait dictées, auraient dû suffire, sans des influences contraires, au rétablissement d'une exacte observance dans l'abbaye du Monl- &fcin. Malheureusement elles curent le sort de beaucoup d'autres réformes : l'effet qu'elles produisirent fctde courte durée. Sous la pression d'événements extérieurs qui viendront de nouveau rompre les liens de h discipline, nous allons voir cet important monastère Perdre peu à peu ce qui avait fait sa gloire et sa grandeur, cl marcher incessamment vers une inévitable décadence.
1 V. Pièces justificatives, F.