KWE ET DÉVELOPPEMENT DUNE COMMUNAUTÉ MONASTIQUE
""»« de l'histoire du Mont-Cassin. — Première destruction du molaire.— L'abbé Pétronace ie relève de ses ruines. — Retraite de totaran et du roi Ratchis au Mont-Cassin. — Visite deCharlemagne. — 'Sièges tcoordés par ce prince, par les empereurs germaniques et fasouwains pontifes. — Administration de l'abbé BcrUiaire. — Seconde destruction de" l'abbaye. — Les religieux quittent leur asile de
Tôdo pour revenir au Mont-Cassin. — Le cardinal de Lorraine, abbé
<to monastère, est remplacé par Didier. — Élection des abbés du
lont-Cassin, confirmée par le pape.
Si, dans les chapitres qui vont suivre, nous prenons l'histoire du Monl-Cassin comme une sorle de type auquel se rapporte celle de la plupart des grandes abbayes tënédiclines, c'est que ce monastère illustre fut longtemps le centre et le modèle vers lequel gravitèrent les autres communautés monastiques. Outre l'importance te faits historiques et littéraires dont il fut le théâtre, il nous offre encore un intéressant sujet d'études, en ce que nulle part ailleurs l'esprit bénédictin ne se montra plus vivace, plus persistant, malgré les rudes épreuves qu'il eut à subir. Dans les annales du Mont-
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Cassin nous trouvons donc comme un tableau fidèle où pour nous, vient se reproduire Tune des plus curieuse perspectives de l'histoire monastique. Ces annales, qi s'ouvrent à la mort de son fondateur, peuven! se résume en quatre époques bien distinctes, auxquelles viennei correspondre tour à tour les première développement de l'abbaye, sa grandeur morale, et enfin sa puissanc matérielle suivie d'une décadence progressive.
Pendant la première période, qui s'étend jusqo l'avènement de l'abbé Didier, on voit le nouveau mona 1ère sortir triomphant des plus cruelles épreuves, ï relever plusieurs fois de ses ruines, et répandre au loii avec l'influence de sa Règle, l'éclat d'une juste renoc mée. Dans sa chronique, Léon d'Ostic rapporte que sai Benoit, avant de mourir, avait eu en songe la révél tion de toutes les vicissitudes réservées à son abbaj et qu'il avait annoncé aux religieux que deux fois la maison serait détruite. Cette prédiction devait bienl s'accomplir. En 589, Zoton, premier duc des Lombar Bénéventins, ayant pris et saccagé le monastère de foi en comble, les moines furent contraints de se retirei Rome, où le pape Pelage leur donna, près de la bai lique de Saint-Jean-dc-Latran, une demeure qu'ils co servèrent jusqu'au commencement du huitième siècl Toutefois, ce long exil des religieux du Mont-Cassii loin d'arrèler la propagation de l'ordre, contribua i contraire à en faciliter le développement. Le papeGr goire le Grand donna son entière approbation à la rèf de saint Benoit *, et il choisit même, parmi les réfugi
* Ce que ce grand pai»c admirait surtout dans cette Règle, c'était esprit de sagesse <>t de modération : a Scripsit monachorum Regm discretionc prxcipuam. » Dialoç. Pnefat , lib. II, cap. xxzvi.
D'DK 8 COMMUNAUTÉ MONASTIQUE. 217
de Saint-Jean -de-La Iran, les missionnaires qui devaient aller porter dans la Grande-Bretagne les bienfaits de la civilisation chrétienne. De l'Italie, le code bénédictin se propagea donc dans les autres parties de l'Europe, pendant le cours des trois siècles suivants, après s'être d'abord uni en France aux préceptes de Cassien, et plus tard à ceux de saint Colomban *. Mais à la suite de cette première fusion, il finit par remplacer toutes les autres régies monastiques, et c'est ce qui explique comment ddlede saint Benoit, à dater du septième siècle, est la seule qui soit citée comme modèle dans nos conciles nationaux.
Déjà cent trente années s'étaient écoulées depuis que les moines du Mont-Cassin avaient été chassés de leur demeure, lorsqu'un riche et noble personnage de Breseia, nommé Pétronace, entreprit de rebâtir leur monasftre à ses frais. S'associant à cette œuvre réparatrice, ftrife, duc de Bènévent, rendit aux moines tous les tons que Fun de ses prédécesseurs leur avait enlevés, ety ajouta un grand nombre de. donations nouvelles, accompagné de Scauniperge, sa femme, il vint, en 744, îisiter le monastère à peine relevé de ses ruines, et, témoin de la vie exemplaire qu'y menaient les religieux sous la conduite de l'abbé Pétronace, il fut porté à être d'autant plus libéral envers leur communauté. Nous ne rapporterons pas ici les noms des domaines considérables qu'il' leur concéda, et qui, relatés dans trois di-
1 Flodoart rapporte que saint Nivard, archevêque de Ileims, donna la terre d'Autivilliers-sur-Marne à l'abbé Berehaire, pour y vivre avec srs religieux sous la règle de saint Benoit et de saint Colomban. De son cfté, D. Luc d'Achery cite aussi plusieurs monastères où cette fusion desdeux Règles eut lieu, notamment celui de Luxeuil— Flodoard, 1. II. c VII; d'Achery, Spid/eg., t. X. p. 09.
plûmes cités par Léon d'Ostie, comprenaient les châleaux, églises et habitations s'étendant entre Frosinonc, le Giirigliano et l'un des chaînons de l'Apennin. Que de tels actes de munificence prodigués si largement à des moines par un prince barbare ne viennent pas trop nous surprendre, ni nous choquer dans nos idées modernes. Bien qu'on ne fut pas encore parvenu à la moitié du huitième siècle, les Lombards de cette époque n'étaient déjà plus ceux du temps de Zolon. Dompte et adouci parla loi évangélique, leur esprit, naguère en* core si farouche, était dans la première ferveur du zèle religieux, et ils croyaient ne pouvoir mieux assurer leur salut qu'en comblant de biens ceux qu'ils regardaient comme de puissants intercesseurs auprès de Dieu l.
Ces donations du duc de Bénévent furent solennellement confirmées, aussi bien quo celles de Tertullus, par les bulles des souverains ponlifes. Le pape Zacharie, qui portait surtout une grande vénération à la demeure de suint Benoit, se plut à combler son monastère de témoignages d'intérêt et d'affection. Après avoir aidé puissamment l'abbé Pétronace dans son œuvre de restauration, il vint consacrer en personne la nouvelle église aussit •! qu'elle eut été rebâtie. A la suite de celle dédicace, qui se lit avec une pompe remarquable et au milieu d'un nombreux concours d'assistants, le pape voulut remettre aux mains des religieux le manuscrit autographe de la règle de saint Benoit. 11 y joignit le
• Les diplômes originaux contenant les donations de Gisulfe ont été perdus; mais ils sont mentionna dans In chronique de Léon d'Ostie, et le témoignage de o«t annaliste du Mont-Ca>sin estconfini:é par l'autorité de Baronius. d l'glielli et de Mabillon, qui ne mettent pas en doute l'authenticité des pièces dont il s'unit.
tel &\
5 * arikl
poidsetla mesure indiquant la quantité de pain et devin lue leur pieux fondateur leur avait permis de consomtterchaque jour. En outre, il confirma la possession des biens et privilèges antérieurement accordés au monastère1, déclara tout le patrimoine du Mont-Cassin indépendant de la juridiction épiscopale, en établissant que Ithbé, désormais investi de cette juridiction, aurait le panier rang, après les évoques, dans les conciles et bautres assemblées publiques. Dans un diplôme resté hogtemps inédit, et que le père Tosti a tiré de la poussière des archives, il est touchant de voir comment k souverain pontife raconte sa visite au Mont-Cassin, k bonheur qu'il eut d apporter ses offrandes à la basilique nouvellement reconstruite, et de contempler dans birs tombeaux les corps intacts de saint Benoit et de «mte Scliolaslique, sans oser toutefois, par respect, les tacher de sa main.
Ce qui atteste d'ailleurs que, fidèles à l'esprit de cette Règle dont le précieux autographe leur avait élé rendu, les moines ne s'enorgueillirent point alors ni des faveurs pontificales, ni de l'accroissement de leurs domaines, c'est qu'ils continuèrent de se livrer au rade travail des mains et aux prescriptions les plus austères du code monastique. Telle était leur ardeur à en remplir scrupuleusement tous les devoirs, que l'abbaye fut bientôt regardée partout comme une «de de perfection morale, et qu'il n'était point de communauté récemment établie qui, à ses premiers débuts, ne voulût la prendre pour modèle. Ainsi, en 744, saint Slurme ayant jeté les fondements du célèbre monastère
1 y Pièces justificatives, A.
ses restes mortels, placés dans une urne d'or, furen selon sa volonté dernière, rapportés au Monl-Cassii où ils reposent encore aujourd'hui.
Par une coïncidence singulière, six années aupan vant, Ratchis, frère et prédécesseur d'Aslolphe, ara suivi l'exemple de Carloman, et quitté le manteau roji des princes lombards, pour prendre aussi la robe i moine à l'abbaye du Mont-Cassin. D'abord duc deFrioal puis élu roi après la déposition d'Ildeprand, il avai rompu tout à coup les bonnes relations suivies pendan vingt années avec l'Église romaine, et, se jetant suri Pcntapole, il était venu mettre le siège jusque devan Pérouse. Dans cette extrémité, le pape Zacharie, qu occupait alors le trône pontifical, n'eut pas le temps A s'adresser à Pépin le Bref, son allié, et préféra se r» dre immédiatement de sa personne au camp du pria» lombard. Plus heureux dans ses négociations que» devait l'être le pape Etienne, son successeur, Zacha rie parvint, grûce à l'éloquence de sa parole et ai prestige de son caractère religieux, à fléchir le cœur A Ratchis, qui consentit à lever le siège et à quitter le terri toire de Rome. Peu de temps après, poursuivi par lesoo venir des pieuses exhortations du pape, le roi des Lofl* bards prit en dégoût les intérêts de ce inonde, et tounM sérieusement sa pensée et ses vœux vers le séjour pat sible du cloître. Ayant déposé la couronne entre te mains de la nation, il se rendit d'abord à Rome, a© compagne de sa femme Tasia et de Rattrude, sa fille auxquelles il avait fait partager ses goûls de retraite, « tous trois y reçurent du pape la consécration monas tique.
Suivant lés conseils du pontife, Ratchis se retira ai
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d'Ostie nous a conservée. La correspondance conti longtemps entre le restaurateur de l'empire d'O . dent et le simple moine du Mont-Cassin : noble c merce épislolaire, renouvelé plus lard par deux gra rois, François Yr et Louis XIV, dans leurs lettres ad sées aux célébrités littéraires de tous les pays. C dans cette correspondance que se trouve l'épitre d nous avons cité précédemment quelques vers, et don texte, conservé aux archives de l'abbaye dans un i nuscrit du douzième siècle, renferme un envoi j nous croyons également devoir traduire ici :
« Ya, dit l'Empereur en s'adressant à sa lettre, prends ton vol le plus rapide, et, franchissant fon collines et vallons, arrive jusqu'à la sainte deme du bienheureux Benoit. Là, un repos assuré ath tous ceux qui y viennent pleins de fatigue; là, Tétr ger trouve en abondance pain, légumes et poisson Présente mon salut au père abbé ainsi qu'à ses r gieux, et, portant à mon cher Paul mes plus tend enibrassements, offre-lui mes bons souhaits plusie fois répétés '. » Le témoignage sincère que Charlei gne rend encore dans un autre passage en faveur l'état florissant du Mont-Cassin et de son influence ligieuse et littéraire, prouve qu'à cette époque l'abb était comme un point central, une sorte de congrès p
1 Cette lettre en vers, de Charlemajjne, a été imprimée, mais d' manière incomplète, par Mabillon et Muratori. Les vers omis sonl nombre de seize, et dans le manuscrit des archives du Mont-Cassin se terminent ainsi :
I'ro me, proque meis visitata relinque silentes.
L'épitre entière, composée de vingt-cinq vers hexamètres, a été pub par M. de Mont rond dans le t. I de la Bibliothèque de fÉcolt Clartés, p. 305, 1840.
D'UNE COMMUNAUTÉ HOMASIIQUE. m
manent, où l'Orient et le monde germanique se donnaient rendez-vous. On y échangeait des idées et des connaissances sur les questions contemporaines. Les découvertes importantes y étaient mises en commun ; te divers points de l'Europe on y envoyait tel ou tel manuscrit retrouvé dans les débris d'un monument «tique, et ces vastes relations étaient sans cesse entretenues par des colonies de moines infatigables qui, sortis du Mont-Cassin, adressaient à la maison mère le tribut de leurs travaux.
Sous (administration de l'abbé Gisulfe, successeur fc Théodemare, et l'un des membres de la famille des princes de Bénévent, Paffluence des moines fut si grande au Mont-Cassin, qu'il fallut étendre encore la communauté nouvelle qui, dès le temps de l'abbé Pétonace, avait été fondée au pied de la montagne. Près de ce monastère qu'il agrandit, Gisulfe réédifia une église d'autant plus curieuse à étudier que, datant des premières années du neuvième siècle, elle est encore aujourd'hui la collégiale de San Gcrmano. Après avoir affermi le sol auquel des eaux stagnantes avaient enlevé toute consistance, Gisulfe voulut donner des proportions aussi simples que belles au nouvel édifice qu'il consacra, comme le monastère, sous le vocable du saint Sauveur. L'intérieur avait quatre-vingt-dix coudées de 'ong sur quarante de large, et vingt-six d'élévation, ïingt-quatre colonnes de marbre, fort élégantes, s'éle-
vaient jusqu'à un entablement formé de bois de cyprè*, et les parois des murs étaient ornées de figures peintes qui, au dire du chroniqueur, jugeant il est vrai, selon le goût du onzième siècle, étaient d'une exécution fort remarquable. Le pavé de l'église était formé de morceaux de marbres de couleurs différentes, et les murailles du chœur étaient aussi revêtues de marbres précieux. En avant de la basilique régnait un vaste atrium de quarante coudées de profondeur, et formant un portique soutenu par seize colonnes d'un beau travail.
La description de ce monument, sur laquelle nous avons cru devoir nous arrêter ici, montre que, malgré la barbarie de l'époque, la culture de l'art était loin de s'être perdue dans l'Italie méridionale. Quoi qu'il en soit, cette curieuse basilique , après avoir heureusement échappe aux dévastations des Sarrasins, s'était conservée intacte jusqu'à la lin du dix-septième siècle; mais elle subit alors, sous l'influence des idées du temps, les plus fâcheuses transformations. Ce changement déplorable, accompli sous prétexte de restauration à la moderne, prouve une fois de plus que partout les monuments des vieux âges ont eu moins à souffrir des ravages du temps et de ceux des Barbares, que des actes de vandalisme exercés par le mauvais goût.
Pendant la première partie du neuvième siècle, d'au» 1res églises et d'autres établissements monastiques sont encore fondés par les abbés du Mont-Cassin. Posses» seurs de domaines considérables dans la vallée arrosée par le Garigliano, ils chargeaient un certain nombre de leurs moines du soin de remplir les fonctions sacerdotales auprès des populations répandues dans cette
partie si fertile de la Campanie. Selon les besoins du culte, l'administration de l'abbaye employait une partie du revenu de chaque domaine à y bâtir une église, une chapelle ou un simple oratoire, près desquels s'élevait en même temps une cella, ou sorte de prieuré devant servir d'habitation 5 chaque religieux. Bientôt on voyait se grouper autour de ce centre les colons du voisinage, tous vassaux du monastère. Comme dans ce temps de troubles il fallait pourvoir à leur sécurité personnelle aussi bien qu'au salut de leurs âmes, près du bourg qu'ils avaient formé, on construisait souvent un château ou une tour fortifiée où ils pussent se réfugier «cas d'invasion. Sur ces fiefs monastiques, les habitante des campagnes s'attachaient d'autant plus volontiers que le donjon n'était pas une perpétuelle menace suspendue au-dessus de leurs têtes, car il était là, non pour les opprimer, mais pour les défendre, eux, leurs biens et leurs familles. Dans l'ordre économique et matériel, comme sous le rapport moral et religieux, le monachisme continuait donc alors de prendre la direction de la société chrétienne qui, sous l'aile tutélaire de l'Église, trouvait des garanties et une sécurité Qu'elle n'eût pas rencontrées ailleurs.
L'abbaye du Mont-Cassin ne cesse de prospérer et de grandir pendant le gouvernement des abbés Apollinaire, Bassace et saint Berthaire. Français de nation cl remarquable par l'élévation de son esprit, la prudente fermeté de son caractère et la culture dune intelligence versée dans les sciences sacrées et profanes, Berthaire fut un homme supérieur pour son temps, si un le juge d'après ses travaux personnels et ses actes administratifs. Malgré la douceur naturelle de ses mœurs, il fut en-
traîné par la force môme des circonstances où il était placé a prendre le commandement des milices de l'abbaye pour combattre surtout les Sarrasins qui s'étaient jetés sur l'Italie méridionale. Il n'est pas sans quelque intérêt pour nous de voir un Français ouvrir, dans les annales du Mont-Cassin, la série de ces belliqueux abbés qui, échangeant la crosse pour la lance, guerroyaient sans cesse avec les princes du voisinage, sans avoir pour excuse, comme Berthaire,de ne prendre les armes que contre les ennemis de la foi chrétienne. D'ailleurs, si cet abbé, n écoutant que son zèle religieux, poussa trop loin l'ardeur militante, il l'expia saintement et glorieusement, comme on le verra bientôt, eu mourant martyr de la fureur sacrilège des Sarrasins.
On doit reconnaître aussi qu'exposée, non-seulement aux attaques des infidèles, mais encore au contre-coup des guerres que se faisaient entre eux les princes ou seigneurs deCapoue et de Naplcs, de Salerne et deBénèvent, l'abbaye avait alors besoin, pour maintenir ses droits, d'être régie par un esprit ferme et énergique. Parfois même il advenait que ces luttes violentes dont elle avait eu tant à souffrir et dans lesquelles ses abbés intervenaient comme médiateurs, finissaient par tour: ner à son profit. C'est ainsi que sous Berthaire, un sefgneur de Pontecorvo, après avoir été renversé et jeté en prison par un de ses concurrents, vint demander à l'abbé du Monl-Cassin la tonsure monacale pour échapper aux rigueurs d'une nouvelle captivité. Or, ce fait devait avoir pour conséquence d'amener ultérieurement l'annexion du territoire et de la ville de Pontecorvo aux domaines déjà si étendus de l'abbaye.
Vers le même temps, l'empereur Louis II, fils de
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mes dans une maison où affluait un si grand nombre d'illustres visiteurs, les Sarrasins résolurent d'envahir le Mont-Cassin, et l'attaquèrent à l'improvisle, en prenant, la nuit, des chemins détournés dans les montagnes. Les moyens de défense réunis par Berthaire du coté de la plaine étant par là devenus inutiles, l'abbé du Mont-Cassin ne fut averti de la prise et de l'incendie du monastère que par l'immense lueur des flammes qui dévoraient tous les bâtiments. Bientôt, quelques moines, qui avaient échappé au fer des infidèles, tinrent se réfugier au monastère de Saint-Sauveur, racontant, les larmes aux yeux et la terreur dans l'âme, le faits douloureux dont ils avaient été les témoins. Seul dans cette cruelle extrémité, Berthaire ne perdit ni soi sang-froid ni son courage. Comprenant aussitôt que toute défense était impossible, il voulut mourir en martyr, puisqu'il ne pouvait plus combattre en chevalier. Calme et résigné au milieu 'de ses moines tremblants et abattus, il chercha d'abord à les relever de leur découragement, en ranimant au fond de leurs cœurs twrie l'énergie du sentiment religieux.
« Mes frères et mes enfants, leur dit-il, la main de Dieu s'est appesantie sur nous et sur notre maison; soumettons-nous à sa volonté , et tenons-nous prêts comme des victimes qui marchent à la boucherie. Si depuis tant d'années vous vous êtes disposés, par uw vie toute de pénitence, à franchir ce terrible passage pourquoi cette pâleur sur vos fronts, ces plaintes su vos lèvres et tant de signes de désespoir? Votre constei nation, vos gémissements me brisent le cœur et m semblent plus durs que la mort. Ouoi! pour sauve une âme immortelle, chacun de vous s est endurci dar
DUNE COMVRAUTÉ MONASTIQUE. 231
SI« combats de l'esprit contre la chair, et aujourd'hui rotre courage faillirait devant les souffrances réservées ion corps qui n'est qu'une poussière périssable? Rassorez-vous donc, ô mes frères, et, soutenus par votre confiance en Dieu, ceignez vos reins pour entrer hardi- ■eut dans cette lice où des milliers de martyrs ont combattu et triomphé des ennemis de la foi. Ce son^ ussi des infidèles qui s'apprêtent, le glaive en main, à r * trancher le peu de jours qui vous restent, et le sang de *» frères qu'ils ont déjà répandu vous trace la voie qn'il faut suivre pour mériter, comme eux, une couronne éternelle. »
Après avoir, par ses paroles et son exemple, rafferniî* le courage des religieux, l'abbé Berthaire, qui venait d'apprendre la retraite momentanée des Sarrasins, fapprêta à remplir un pieux et funèbre devoir. Précédé fcberoix, il gravit les pentes escarpées du Mont-Cassin, ^compagnie d'un long cortège de moines qui, graves et tristes, chantaient la lente psalmodie de l'office des morts. Quand ils eurent franchi la voûte ténébreuse qai sert d'entrée au monastère, ils furent saisis d'horreur à la vue des ruines et du sang répandu qui frappèrent soudain leurs regards. Cherchant au milieu des cendres et des débris les corps des religieux qui avaient été massacrés, ils les recueillirent avec soin, et tour à tour priant et pleurant sur eux, ils leur donnèrent la sépulture. Étant redescendus ensuite à San Germano, ils y rencontrèrent un grand nombre d'autres moines, venus des communautés les plus voisines, et qui, sachant que le monastère de Saint-Sauveur avait été fortifié par Berthaire, croyaient y trouver un refuge assuré. Mais les Sarrasins n'avaient Abandonné leur proie que
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pour la ressaisir bientôt, et comme ils en voulaient — surtout à la vie du courageux abbé qui plus d'une fois les avait combattus, ils se mirent en marche pour le surprendre à San Germano.
- A cette nouvelle, Berthaire, toujours inébranlable, ne voulut point quitter son monastère. Prenant en pitié le sort de tant de malheureux moines accoums autour de lui, il ne garda auprès de sa personne que ceux qui, è son exemple, se sentaient le courage d'affronter la mort. Quant aux autres, il leur dit de partir, en leur remettant les bulles, les diplômes, la Règle écrite de la main de saint Benoit, et d'autres objets précieux qu'ils emportèrent à Teano, où ils s'établirent sous la conduite d'Angélaire. Cependant les Sarrasins étaient arrivés au monastère de Saint-Sauveur, et, brisant les portes de l'église, ils y trouvent Berthaire entouré des moines qiff lui étaient restés fidèles. Kn ce moment, selon la tradition, il célébrait le saint sacrifice à l'autel de saint Martin, voulant pour la dernière fois honorer l'apôtre et le patron de la France. Rendus plus furieux à l'aspect de celui qui avait pris une part active aux expéditions de Tannée impériale , les infidèles commencent par l'accabler d'outrages. Debout et immobile sur les marches de l'autel et montrant, selon l'expression de son biographe, la confiance et l'intrépidité d'un lion, Berthaire ne répond qu'enlevant les yeux au ciel. Puis, au moment où les ennemis s'approchent pour le frapper, il dit : « Seigneur, je rçjnets mon âme entre vos mains, » et, sinclinant, il tend lui-pnème la tête au fer de ses meurtriers. Les moines présents subirent tous le même sort, et le monastère fut ensuite saccagé et détruit complètement. «
Au récit de cet épisode de l'histoire du Monl-Cassin^ peut-être les esprits indifférents ou sceptiques seront-*., ils touchés médiocrement de la mort de ce saint moine, qui, pouvant sauver sa vie, aime mieux périr que d'abandonner le monastère et l'église dont la garde lui aéléconfiée par le libre choix de ses frères. Pour nous, en lisant dans une vie manuscrite de l'abbéBerthaire les détails de cette mort héroïque dont la- date remonte 5 prés de mille années1, nous nous sommes senti vivement ému. Outre l'intérêt particulier s'attachant à l'histoire d on compatriote qu'on aime à retrouver, sur une terre lointaine, mourant ainsi à son poste avec foi et honneur, nous n'avons pu refuser notre admiration à cet abbé intrépide qui, après avoir combattu pour ses foyers, tient tomber près des autels qu'il a tenté, mais en «in, de défendre.
Si avec saint Berthaire l'abbaye du Mont-Cassin semblait avoir succombé, l'espérance de la voir se relever un jour ne cessait de vivre dans le cœur des moines réfupes au monastère de Teano. Et cependant de nouvelles calamités étaient venues les atteindre dans leur dernier
'Ce manuscrit, conservé dans les archives de l'abbaye, porte le n°570. îjonlora que la vie de l'abbé Berthaire qui, à cause de son glorieux Martyre, a été placé au nombre dos saints, se trouve dans l'avant-der- »»r volume des Acta Sanrtorum, publiés par les Pères Bollandistes, l*juel volume forme le tome IX du mois d'octobre. Selon le témoitoa?e de Dom Gattola, c'est un moine de l'abbaye, appelé Ignace, qui wivit. au commencement du quinzième siècle, la vie de saint Ber- Uaire. II en recueillit l»is faits principaux dans Y Anonyme du Mont- C^sin. qui était contemporain des événements, et pour le reste il mit à firfitit les Chroniques d'Erchempert, de Léon d'Ostie et de Pierre Kiciv. Le corps du saint abbé, dont la fête se célèbre le 22 octobre , fot transféré, en 1513, de l'église de Saint-Jean-Baptiste dans celle de **iti1 Benoit; mais après la reconstruction de cette dernière basilique, 'I a été déposé dans la chapelle qui lui est dédiée, et que le pape fcitfit Xîll consacra en 1727.
•27,i ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT
jisilc. Après les plus pénibles épreuves, un incendi Vivait dévasté la maison qu'ils habitaient, et ils avaiei *eivla douleur de perdre, avec un grand nombre d^cU originaux renfermant leurs privilèges, lexemplaii autographe de la règle de Saint-Benoit. Par surcroit d malheur, les religieux, en perdant ce livre, guide pri cieux de-leur conduite, n'avaient pas tardé à perdr aussi l'esprit de discipline que les abbés, successeur de Berthaire, avaient cherché à maintenir parmi eux Enfin le pape Agapit essaya de remédier au mal a adressant une lettre sévère au duc Landolfe, qu avait contribué, pour sa part, à augmenter le scandai donné par les moines dont un certain nombre étaien venus alors se retirer à Capoue. Interprète des senti ments du pontife qui se plaignait de ce que des reli gieux , habitués à vivre sous la règle bénédictine erraient dans les châteaux, et que les pierres du sanc tuaire étaient ainsi dispersées sur les grands chemins l'abbé Aligerne, élu en 949, résolut de ramener se frères au Mont-Cassin, après en avoir relevé les ra« railles. II fit rebâtir les lieux claustraux, renouvela en lièrement la voûte et une partie des travées de l'églis* et en décora richement l'intérieur de peintures et i mosaïques. 11 s'occupa non moins activement d'étaH dans la communauté la stricte observance de la Règl* et de rendre à ses religieux ce souffle de vie morale q anime et soutient tout établissement monastique.
En même temps, Aligerne faisait valoir les titres • l'abbaye pour rentrer dans la possession des domain qui avaient été usurpés. 11 rappelait les colons sur I lerres demeuréesjongtemps sans culture, et répand; le mouvement, le travail et la fécondité dans un ps
fie les Sarrasins avaient changé en désert. Aussi, surent une seconde fois à sa ruine, le Mont-Cassin redevint bientôt plus florissant que jamais , grâce à la ■onificence des empereurs d'Allemagne qui, à partir de celte époque, apportent souvent au tombeau de saint Benoit leurs hommages et leurs donations. Parmi ces princes, Othon le Grand, dans une charte dont les irchives conservent l'original, renouvelle les privilèges p'après lui Othon II vient étendre et confirmer l. Plus tard, dans une visite qu'il fait au Mont-Ca&in , l'empereur Henri II, guéri tout à coup d'une cruelle maladie |» l'intercession de saint Benoît, donne à l'abbaye les plus riches présents, entre autres un missel tout brilbntd'or et de pierreries. Enfin Conrad II et Henri III, tes leurs pèlerinages successifs au Mont-Cassin, ajoutai encore de nouveaux privilèges à ceux qui avaient Wdéjà concédés par leurs prédécesseurs.
La prospérité de l'abbaye , depuis l'administration d'Aligerne, ne cesse daller en croissant ; mais on voit se mêler à son histoire, durant cette période, des événements tragiques qui font ombre au tableau. Ce triste dixième siècle, tant décrié pour la grossière ignorance qu'on lui reproche, doit exciter une répulsion bien plus vive à cause de la dissolution et de la cruauté des mœurs contemporaines. Suivant l'exemple des petits despotes que le système féodal avait multipliés partout,
1 I'. Pièces justificatives C.
des membres du haut clergé dans lequel la si mon faisait alors entrer tant de sujets indignes, ne reculaiei souvent devant aucun excès pour satisfaire leurs mau vaiscs passions. L'histoire des démêlés de Manson, abk du Mont-Cassin, et d'Albéric, évoque desMarses, en offre la preuve la plus déplorable. Cousin dePandolfe, prince de Capoue, Manson avait été promu à la dignité abbatiale bien plus par l'influence de son parent que parte consentement des moines. Quelques-uns d'entre eux, protestant contre sa nomination, avaient mieux aimé se retirer en Lombardie pour y fonder de nouveaux monastères, que de consentir à vivre sous sa direction. Préoccupé surtout du gouvernement temporel de l'abbaye, Manson s'appliquait'à en augmenter les revenus, et, cédant à l'appât des jouissances matérielles qui lui étaient rendues faciles par une immense fortune, 0 menait la vie d'un grand seigneur bien plus que celle d'un moine. Il entretenait à son service de nombreux domestiques vôtus de soie, ne* marchait qu'escorté d'un brillant cortège de cavaliers, allait souvent à la chasse et fréquentait volontiers la cour de l'Empereur. Ui jour, saint Nil, pieux anachorète du voisinage, ètani venu le voir en son monastère de San Germano, qu était dans une situation charmante avec des eaux e des ombrages délicieux, le trouva sortant du bain e prêt ù se mettre à table. Le solitaire, ne voulant pa entrer dans la salle du festin, se rendit à l'église pou y attendre l'abbé, quand tout à coup ses oreilles furen frappées des sons d'une harpe qui lui arrivait de l pièce où se donnait le repos. Aussitôt saint Nil, indi gné, se tourna vers ses compagnons et leur dit : « Quit Ions celte maison, mes frères ; car la colère de Diei
« lardera pas à tomber sur ceux qui l'habitent. » l'année ne s'était pas écoulée que la prédiction du ainl avait reçu son accomplissement. En ce moment 'éféque Albéric, qui avait cédé son siège épiscopal à raffls né d'une unioh illégitime, désirait s'approprier , «compensation, la riche abbaye du Mont-Cassin. Il s'entendit donc avec des habitants deCapoue, qui étaient itontents de ce que Manson avait élevé une forteresse sur leur territoire, et leur promit cent livres d'argent, monnaie de Pavie, s'ils le rendaient maître du Mont-Cassin, après avoir arraché d'abord la vue à Manmd. Par cet horrible marché, il s'était engagea payer la ■ottié de la somme comptant, et l'autre moitié quand ks complices lui mettraient dans la main les yeux de 1ibbé. Ayant eu recours à un indigne subterfuge, ils ittirèrent leur victime dans l'église de Saint-Benoît de ipoue, et, après lui avoir crevé les yeux, ils les retirèrent de leurs orbites pour les remettre, soigneusement mreloppés dans un linge, aux gens de l'évèque qui Rendaient à la porte l'issue de l'exécution. Mais, comme eux-ci faisaient diligence pour retourner auprès de fur maître, ils apprirent d'un passant qu'il était mort ubHement, à l'heure même où avait eu lieu l'attenlal xécuté par ses ordres. Voyant là un châtiment de Dieu, s enterrèrent sur le lieu môme le gage sanglant qu'ils ortaientavec eux, et, remontant à cheval, ils 'se dirigent vers la maison d' Albéric, où les détails donnés urle moment précis de sa mort leur furent pleinement confirmés l.
1 Aunt la chronique de Léon d'Ostie, une lettre du cardinal Pierre ■mien rapporte cette tragique histoire de l'abbé Manson et de l'cqueilbéric. — iVtr. Dam. lib. IV, Éptit. 8.
r* ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT
Détournons les regards de ces tristes scènes pour les reporter, par opposition, sur des tableaux d'une nature toute différente que nous offre, peu de temps après, b suite des Annales du Mont-Cassin. C'est d'abord le sage gouvernement de l'abbé Jean II, vieillard d'une sainteté exemplaire, appelé à régir l'abbaye après la mort de Mon son, et qui sut y rétablir une exacte discipline. Pendant son administration, les moines de Farfa, déai-ant se réformer, envoient d'abord étudier les coutumes de leurs confrères du Mont-Cassin, tandis que les religieux bénédictins de la Germanie s'adressent également à eux, pour les consulter sur certaines observances monastiques. La réponse écrite aux bénédictins allemands, qui nous a été conservée , et qui remonte à l'année 997, est un curieux monument des relations que la science et la charité établissaient alors, d'une extrémité à l'autre de la chrétienté, entre les membres des communautés religieuses. Ensuite nous voyons k pape Benoit VIII qui , accompagné de lempereù Henri 11, vient confirmer personnellement l'élection de Théodebald, religieux de mœurs pures et d'uni grande fermeté, que les moines avaient nommé à h place d'Aténolfe, successeur de Jean II. A l'avénemenl de Manson au siège abbatial, Théodebald avait été Tue des moines qui s'étaient élevés contre sa nomination, et, après avoir quitté l'abbaye et fait un pèlerinage i Jérusalem, il avait reçu la direction d'un monastère, où il s'était appliqué à réunir de précieux manuscrits.
Ce fut en 1022, pendant qu'il gouvernait le Mont- Cassin, que le vénérable Odilon, abbé de Cluny, visita avec respect l'antique demeure de saint Benoit, et ] donna un bel exemple d'humilité. Comme Théodebald,
p Irait reçu avec de grands honneurs, désirait lui Be remplir les fonctions de célébrant dans un office ibad, Odilon s'y refusa modestement, malgré toutes (avances qui lui furent faites. Il ne voulut même i accepter la crosse pastorale qu'on lui présentait rentrer au chœur, en disant : « Comment un abbé iiger oserait-il porter celte crosse, en présence du ire de saint Benoit, de celui qu'on appelle l'abbé des Se? » Plus tard, ces paroles de saint Odilon furent cnt invoquées comme témoignage confirmatif du t de préséance que le pape Zacharie avait accordé abbés du Mont-Cassin sur les chefs de toutes les munautcs monastiques. Dans les années qui sui- , d autres privilèges sont encore ajoutés par le : Léon IX, qui, avant d'aller combattre les Normands h PouiUe , s'arrêta plusieurs jours à l'abbaye. ■e l'abbé Richer, qui l'administrait à cette époque, montré beaucoup de zèle pour arrêter les menaçants lés de ces mêmes Normands, le souverain pontife fautant plus généreux dans ses concessions. Outre mfirmation générale des biens possédés par l'abi, il lui accorda une pleine juridiction sur l'église ainl-Étienne de Terracine et sur le monastère de le-Croix de Jérusalem, à Rome. De plus, il affrande toute redevance ceux de ses navires qui entrent au port d'Ostie, privilège attestant que l'admiration du Mont-Cassin envoyait alors ses vaisseaux îles ports de la Méditerranée, pour y porter ou pour cevoir des chargements de toute nature.
armi les personnages accompagnant Léon IX dans isîte au Mont-Cassin se trouvaient Godefroy, duc mraine, qui avait amené un corps de troupes auxi-
liaires au pape, et Frédéric, son frère, chancelier à souverain pontife. Versé dans les lettres sacrées, et fer habile dans les négociations diplomatiques, Frédéric de Lorraine fut chargé de missions importantes par h cour de Rome ; mais, ayant excité par suite les susceptibilités jalouses de l'empereur d'Allemagne, il prit en aversion les affaires du monde, et entra comme religieux au monastère du mont Cassin. Quelque temps après, en 1057, le pape Victor II, craignant que ta * nomination du nouvel abbé, qui venait d'y être élu, ne fût entachée d'irrégularité, envoya le légat Humberl pour procéder sur les lieux mômes à une information canonique. 11 parait qu'au onzième siècle, comme dan* les temps plus rapprochés de nous, le droit d'électwfc l'un des plus précieux que puisse revendiquer II liberté humaine, devenait parfois au Mont- Cassin, ail» que dans d'autres communautés, une cause d'excitatki et de troubles où la passion des uns était aux prias avec la conscience des autres. Quoi qu'il en soit, il éhî un point fondamental sur lequel tous les religieux A l'abbaye montraient un accord unanime, c'est qu'i nulle puissance n'appartenait le droit de s'immiscei dans leurs élections, et que chacun d'eux, sous ce rap port, ne relevait que de sa conscience. Aussi, quand k légat llumbcrt se présenta dans la salle du chapitre pour s'informer si la dernière nomination avait éti faite régulièrement, il lui fut répondu par les Ancien du monastère que, d'après les constitutions de la Règl et un privilège du siège apostolique, l'élection des abbé du Mont-Cassin ne ressortissait de personne au monde excepté de la libre volonté des religieux. Us ajouterai que d'ailleurs le choix qu'on avait fait de l'abbé Piern
s'ébil accompli d'une manière conforme aux prescrirons canoniques, et qu'il était pleinement justifié par ' te mérites de celui qu'avait proclamé la voix unanime de ses frères.
.I celle déclaration formelle, le légat du saint-siége «leva en silence, et, à son exemple, rassemblée capitefaire se retira. Mais voilà qu'en ce moment même un pand tumulte se fait entendre, et une troupe de vas- Mnxdu monastère se présente en armes, proférant des duneurs et des menaces et manifestant l'intention de fart an mauvais parti à l'envoyé de la cour romaine. Cette démonstration violente était le résultat des instaurions de quatre moines qui, supposant que le légat mdait déposer l'abbé de leur choix, étaient sortis teerètement de la maison pour exciter un soulèvement n dehors. Comprenant jusqu'à quel point de tels actes pouvaient le compromettre, l'abbé Pierre s'empressa diccourir pour calmer l'excès de zèle et la colère de se* parlisans; puis, après avoir chassé les quatre moines auteurs de la sédition, il présenta, au nom de la communauté, des excuses au représentant du saintsiége. Toutefois, quelques jours après, comme il sentait «conscience troublée par tous ces événements, il résolut d'abdiquer ses fonctions, et se rendant à l'église, «a présence de ses frères, il déposa sur l'autel le bâton pastoral. Ce fut alors que, se réunissant de nouveau en dapilre, les religieux, d'un consentement unanime, Aobirent pour abbé Frédéric de Lorraine.
A peine élu, Frédéric de Lorraine se rendit auprès dapape, qui se trouvait alors à Florence, pour recevoir, selon l'usage, la consécration abbatiale. Après avoir obtenu, en outre, du souverain pontife, la dignité de
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cardinal-prêtre du titre de Saint-Chrysogone, l*ai du Monl-Cassin revint à Rome, où il devait pren possession de son église. Il n'y était pas arrivé dep un mois, quand l'évèque d'Albano apporta la nouve que le pape Victor II, à son retour d'Allemagne, vem de mourir, en Toscane. Aussitôt une députatiorn clergé et de la population de Rome vint trouver le ca dinal Frédéric, dont la prudence était fort connue, al de le consulter sur le choix qu'on allait f ire d'un no veau pontile. Il leur désigna cinq sujets qu'il croy être les plus dignes d'un poste si élevé, et parmi L quels étaient Humbert, évoque de Sainte-Rufine, et célèbre cardinal Hildebrand. Les députés lui répom rent qu'aucun de ceux qu'il avait nommés ne le paraissait aussi convenable que lui-même, et qu1 conséquence ils le voulaient élire pape. Comme l'ai du Mont-Cassin résistait, ils vinrent, dès le matin jour suivant, le prendre de force à Saint-André de P lare où il habitait, et, le conduisant à l'église de Sai Pierre-aux- Liens , ils le proclamèrent souverain ponti sous le titre d'Etienne IX, à cause de la Tète du sa pape de ce nom, qui se célébrait ce jour-là.
Les premiers soins donnés aux affaires de l'Église, nouveau pape alla passer deux mois au Mont-Cass et s'appliqua à y extirper l'abus de la propriété in viduelle qui, contrairement aux défenses sévères de Règle, s'était peu à peu introduit dans ce monasté Il désirait garder le titre d'abbé ; mais vers les fêles Noël étant tombé malade, et craignant de mourir, il procéder aussitôt à une élection, et Didier fut prom la dignité abbatiale, dans les premiers jours de Y\ née 1058. Le pape approuva sa nomination, et oom
Santaro, dont il reçut l'habit monastique. Sa mèi inconsolable de cette fuite, lit faire d'activés rechercha et quelques-uns de ses parents l'ayant découvert da: sa retraite, l'enlevèrent de force, après avoir accablée coups le malheureux cénobite, comme coupable c complicité rfvec le jeune fugitif.
Ramené à Bénévent dans la maison maternel Didier y fut étroitement gardé pendant un an; mais parvint à s'échapper encore, et alla cette fois demande un asile à son parent Guaimar, prince de Salerm « Souffrez, dit-il en se présentant devant lui, que me fasse moine ici, sous votre protection, puisque je i puis l'être dans mon propre pays.» Guaimar ne pi s'empêcher d'admirer la résolution de ce jeune homm< et, selon la promesse qu'il lui avait faite d'accéder à 9 désirs, il lui permit d'entrer au monastère de la Cavi près de Salerne. Toutefois, comme la mère de Didii persistait dans sa volonté d'avoir son fils auprès d'elli le prince de Bénévent vint lui-même le chercher à 1 Cnva, et lui persuada de revenir dans sa ville natale, la condition qu'il aurait la liberté de vivre aumonastèi de Sainte-Sophie, voisin de cette même ville. Là il et l'occasion de se faire apprécier du pape Léon IX et c son chancelier, le cardinal Frédéric de Lorraine, qi lappela auprès de lui, lorsqu'il fut élevé, à son toui au souverain pontificat. Didier se rendit à cet app< d'Etienne IX, en compagnie de son ami Alfano, qui fi depuis archevêque de Salprne, et tous deux y vécurei dans une grande familiarité avec le pape. Mais Didiei trouvant bientôt qu'un séjour trop prolongé à la cou pontificale ne pouvait convenir à des religieux, engirge Alfano à se retirer avec lui au Mont-Cassin, pour y vivr
double autorité, spirituelle et temporelle, qu'il av^a exercée au nom de la communauté, retournait de pl^^j droit aux mains des religieux dont il avait été le m^ j dataire. Pour eux, le prieur était chargé de l'adi%* nistration des affaires de l'abbaye, qu'il dirigeait pec
'daul la durée de la vacance. Mais, afin de rappeler cju< le gouvernement qu'il représentait par délégation étajf, non pas une constitution monarchique, mais une sorte de république chrétienne, la crosse pastorale et le manuscrit de la Régie, symboles du pouvoir, étaient déposés sur l'autel de saint Benoit et y restaient jusqu'à la nouvelle élection. Les funérailles de l'abbé défunt ayant été célébrées, les religieux s'assemblaient au rhapitre, et le prieur, après avoir notifié officiellement le décès du chef de la communauté , engageait ses frères à lui donner un successeur. Dans le but d'éviter tout désordre pouvant accompagner une élection faite par un grand nombre de moines, la congrégation entière, di\iséepar ordres particuliers de prêtres, de diacres, de sous-diacres, d'acolytes et de laïques, désignait au scrutin trois religieux auxquels était confié le soin de choisir un abbé. C'était, on le voit, le principe du vote à deux degrés, principe qui, dès ce temps-là, semblait une sage garantie prise contre les entraînements et les erreurs possibles de la multitude. Le choix des trois délégués accompli, une formule spéciale d'ana thème était prononcée contre celui d'entreeuX qui, au lieu de consulter l'amour de Dieu et le bien de la communauté, subirait la sacrilège influencé de la
. simonie ou de tout autre intérêt humain.
A la suite d'une longue et mure délibération, le plus Agé des trois délégués, s'étant prosterné d'abord devant
* s*fye abbatial, proclamait à haute voix le nom de ^Ui qui avait été choisi, en faisant rénumération des !aaljlé$ propres à justifier cette préférence. Aussitôt ' aPrès, s adressant à son tour aux moines, le prieur feail : c Je vous en conjure, mes frères, au nom de 'Wre jugement étemel, au nom des lois divines et burines et de la foi que vous devez à Dieu, au baptême et *$ainlBenoit, déclarez-nous les empêchements, si vous ^connaissez, qui s'opposent à celte élection. » Si aucun des assistants ne prenait la parole, lç prieur ajoutait immédiatement à haute voix : « Vous le voulez donc? Ce choix vous agrée?» Et l'assemblée, en masse, lui répondant : «Oui, nous le voulons ; cet abbé nous convient. » -~«Eh bien! acceptez-le donc, © disait le prieur en terminant par là l'élection. Alors le nouvel élu, enlonfentrhvmne de saint Ambroise, se rendait de la salle Opitulaire à l'église, et, après s'être prosterné devant laulel de saint Benoit, il recevait la crosse pastorale et k livre de la Règle des mains du prieur, qui prononçait Une formule solennelle à la remise de chacun de ces °bjejs. Ensuite il conduisait l'élu au siège abbatial, l'y frisait asseoir, et se prosteruantâ ses pieds, il se relevait pour demander le baiser de paix que tous les religieux tenaient recevoir de môme, chacun selon son rang. Enfin le prieur attachait autour de l'abbé une ceinture destinée à renfermer l'argent qui devait être distribué vu pauvres, lui remettait les clefs de l'église, de la bibliothèque et des autres bâtiments du monastère, et aussitôt chacune de ces mêmes clefs était donnée aux Afférents moines que leur office en rendait les gardiens. Après que l'abbé avait été ainsi élu et mis en posses-
sion de son gouvernement, la communauté du M Cassin adressait une lettre au souverain pontife, ] lui annoncer les résultats de la nomination qui ve d'être faite, et que confirmait la signature des mo ayant concouru à l'élection. Sur la réponse et l'a] du pape, le nouvel abbé et un certain nombre de i gieux se rendaient à la cour pontificale. Ils étaient troduits solennellement devant le saint-père qui, a sur son trône, posait d'abord aux moines électeurs série de questions sur la manière dont la nomina s'était accomplie. Puis, s'adressant à l'abbé, le pape mutait d'autres demandes relatives à la ferme vol< que devait avoir le nouvel élu de bien remplir lou: devoirs de sa charge. Quand à chaque demande il i répondu : je le veux, le pape prononçait uneallocut et conduisait l'abbé devant l'autel, où commençait sitôt la célébration de la messe pontificale. Après l'ép et quelques prières récitées par le pape, l'abbé se h et jurait devant Dieu et les saints de maintenir la st observance de la Règle, de ne prendre nulle m€ répressive contre aucun de ses moines sans une i information de ses fautes, et de ne rien dislraii aliéner du patrimoine de l'abbaye. Ce serment i le pape lui imposait les mains sur la tête, et lors lui avait remis, en signe d'investiture, le livre c Règle, la crosse et l'anneau, il le faisait asseoir un siège élevé, ayant à ses côtés les religieux pn et diacres qui l'accompagnaient. Quand la messe terminée, l'abbé présentait au pape deux couroi avec deux cierges allumés, et se retirait, après i ainsi obtenu la confirmation et la bénédiction poi cales.