CHAPITRE IX
Nouvelles vicissitudes du Mont-Cassin sous le règne de rempereorMdéric II. — Les moines de l'abbaye appelés i l'université de Rt* pies — L'abbé- Stelano au concile de Lyon. — Le gouvernement à& l'abbaye offert par le pape à saint Thomas d'Aquin qui le réfute. — •* Administration de l'abbé Bernard. — Sa conduite dans la hitle oflr* Charles d'Anjou, Manfred et Conradin. — Missions accomplies par c«f abbé en Hongrie et à Conslantinople. — Le Mont-Cassin perd on* partie de ses domaines et de ses privilèges. — Administrai ion temporaire des évéques-abbés. — Établissement du régime de la Gmdmende. — Les cardinaux Louis Scarampa et Jean de Médicis.— Victoire de Gonialve de Cordouc sur l'armée de Louis XII. — Unkft di ^ Mont-Cassin à la congrégation de Sainte-Justine de Padoue. — Lakbaye pendant le cours des deux derniers siècles. — Occupation de l'Italie méridionale par les troupes de la République française. — I*. général Ghampionnet et l'abbé du Mont-Cassin. — Etat de l'abbip depuis le commencement du siècle. * -
L'administration du belliqueux abbé RofTredo devait ^
avoir pour le Mont-Cassin les plus funestes con^Jf •:
quences. L'exemple qu'il avait donné trouva inalhen- j
reusement plus d'un imitateur, et quelques-uns des .
abbés qui le remplacèrent, eurent, comme lui, le tort ^
grave de dépenser sur les champs de bataille uneacti- ^ vite que saint Bernard et Picrrc-lc-Vénérable avaient appliquée à de tout autres combats. Sous le gouverne-
«s successeurs, la lutte violente qui s'engage, ontificat d'Innocent III, entre le saint-siége et ts de la maison de Souabe, réagit nécessaire- • l'abbaye du Mont-Cassin. Toutefois, avant m de cette lutte, le monastère semble traité ment par Frédéric II. En 1220, l'abbé Stefano 1 couronnement de l'Empereur à Rome, et en du droit de juslice criminelle, ou jus sanguinis, isent à résigner, il obtient successivement la m des domaines enlevés à l'abbaye et le droit sans appel toutes les causes civiles. Dans les suivantes, l'Empereur Tait défense de porter atîx privilèges du monastère, et confirme, après , tous ceux dont il jouissait sous Guillaume le ous Henri VI.
bientôt entre la papauté et l'Empire, dont les s ont commencé, le Mont-Cassin est occupé par pes de Grégoire IX, qui défend aux religieux de bs collectes réclamées, au nom de Frédéric H, bvenir aux frais de la croisade. Au mois d'avril abbaye, qui est rentrée sous l'autorité impéîçoit une amnistie complète ; mais la garde en iée au grand-maitre de l'ordre Teutonique, qui llicité le pardon des religieux, de concert avec l'Autriche. Ce prince étant mort à San Germano, aes, par reconnaissance, lui firent de magnifiques lies dans l'église de l'abbaye où sa chair et ses les furent inhumées, tandis que ses os furent >rtés en Allemagne. Peu après, la paix ayant été dans cette môme ville de San Germano entre le t l'Empereur, l'abbé Landenolfe prend part à cet tant traité, et il est remis en possession des forte-
Zil DÉCADENCE DT!î GRAND MONASTÈRE.
resses du domaine de saint Benoit sur lesquelles li terdit impérial avait été lancé. A la suite d'une nouvel rupture qui éclata entre les deux puissances, ces rnèo forteresses virent encore flotter sur leurs remparts bannière de la maison de Souabe, el l'abbaye ressert en particulier les plus fâcheux effets du voisinage! troupes qui, sur les flancs mêmes de la montagne, oco paient le château de Kocca-Janula.
Jusqu'alors, malgré le tumulte de la guerre, 1 sciences et surtout les hautes études théologiques ni vaient cessé d'être cultivées au Mont-Cassin. Créta parmi les religieux de ce monastère qu'avaient été cho sis les plus savants professeurs destinés à occuper 1 chaires principales de l'université de Nnplcs, nouYeUi ment créée par Frédéric II1. Quelques années apri quand Rainald, duc de Spolèle et vicaire impériale puisa du royaume plusieurs docteurs de cette unta site, qu'on accusait d'avoir pris parti pour le pape,l professeurs et les élèves réunis s'étaient encore adfl ses à l'école du Munl-Cassin, pour remplir les chair devenues vacantes. Une lettre fort intéressante, ccf à cette occasion à Krasme, moine de l'abbaye, aile quelle confiance tout le corps universitaire avait da la science profonde de ce religieux. « Maintenant, dû
• Ce fut en 12*21 que Frédéric II fonda l'université de Kaplos, | empêcher la jeunesse siliciciine de fréquenter les célèbres k de Bologne où elle puisait <!es idées puelfcs et des opinions démo© ques en désuccord avec les principes d'une royauté étrangère et ■ lue. Pierre d Isernia, savant docteur en droit, fut placé à la lète < nouvelle uni \ersi té. et recul un traitement annuel de douze onces (717 fr. -H c). Pour attirer les élèves, l'autorité impériale garanti la sûreté de leurs personnes et de leurs effets, tant dans la ville sur les routes, pendant qu'ils se rendaient à Naples, ou qu'ils ret liaient chci eux.
h lettre, que s'est fermée pour nous la source d'eau me où se puisait la science des choses sacrées, nous Avons plus personne capable de nous dévoiler le sens ■ptiquedes saintes Écritures... Nous vous supplions * èie,wus que nous connaissons comme le plus savant Wogien, de nous apporter le secours de vos lumières, «Tenant remplir à Naples le vide laissé dans notre cn- «jpemenl. » Quelques années plus tard, l'université fc Naples eût bien vainement demandé à l'école du hMÎassin des professeurs experts en théologie. L'abhjeet les forteresses voisines ayant été occupées miterement par les troupes impériales, la communauté «trouva presque entièrement dispersée. L'école fut fente, et dans l'enceinte du monastère transformé en rtenal, la fabrication des machines de guerre, le bruit barmes et le chant des soldats remplacèrent lespaisWfs travaux de la science. Moins scrupuleux que tors confrères, quelques moines, dévoués en apparence K parti de l'Empereur, consentirent néanmoins à detofcrer sous ces cloîtres déshonorés par toute sorte
L'abbé Slefano, deuxième du nom, élu au milieu de ta circonstances critiques, essaye inutilement de reliera l'état de désolation où il trouve son monastère, * fe tenir une balance égale entre les deux puissances pi se combattent plus violemment que jamais. C'est à *labl:éqiic Frédéric II écrit pour déplorer la mort de ** fils Henri, et réclamer les prières de la religion en foeurde ce fils ingrat, mais trop aimé, qui s'était towlu coupable de rébellion envers l'autorité pater- ^ Après la déposition solennelle de l'Empereur au incite de Lyon, on retrouve encore l'abbé Stcfano parmi
les prélats chargés d'examiner le prince sur son orthodoxie, cl qui vont à Lyon en présenter un rapport favorable au pape Innocent IV. Cette démarche fut mil accueillie du pontife, qui ne voulut pas même admettre la députalion en sa présence. Par reconnaissance pour cette intervention officieuse, qui sans doute l'avait an peu réconcilié avec les moines, le prince excommunié se montre dés lors plus prodigue de ses faveurs enfers l'abbaye du Mont-Cassin. Pendant les dernières années de son régne, il veille à ce que ses officiers ne s'en* parent plus, comme précédemment, des biens dépefr danl delà mense conventuelle. Il renouvelle ces mêma défenses qui devaient être souvent violées, et dans s» actes diplomatiques il ne cesse d'appeler ses fêw1 {fidèles) le petit nombre de religieux restés au monastère. Quoi qu'il en soit, durant un espace de vingt-sû années qui précédèrent et suivirent la mort de Frédéric II, l'abbaye demeura à la merci des défenseurs di parti gibelin. Ils commirent tant d'excès, tant de ra pines dans l'intérieur du monastère et ses alentour que, selon le dire de l'abbé Rernard, adversaire déclari il est vrai, de la maison de Souabe, ils firent alors i la maison de Dieu une véritable caverne de voleurs1. La lutte qui se poursuit entre les derniers prina souabes et les souverains de la famille d'Anjou, conl nue de troubler violemment l'abbaye et tout son ten loire. L'abbé Stefano étant mort en 1251, le pa] Alexandre IV, qui déplorait l'état de déchéance où monastère se trouvait alors réduit, voulut en confl< l'administration à saint Thomas d'Aquin, autrefo
1 Itegeët. tient, abbat.
pape Urbain IV ne tarda pas à le déposer, parce ait prêté serment au roi Manfred, et appelant wye provençale de Lérins un bénédictin franmmé Bernard, il le fit reconnaître par la comé. Ancien chapelain d'Alexandre IV, Bernard homme de mœurs pures, d'une instruction sojui tenta de rendre au monastère son ancienne ar. Les bonnes intentions de l'abbé du Montencontrèrent d'abord les plus grands obstacles. noine de saint Benoit était complètement occupé allemands de Manfred, renforcés des milices de le et des Sarrasins de Lucera. Afin d'arrêter d'Anjou, prêt à envahir le royaume, et de cououe et Naples, l'abbaye du Monl-Cassin, le chu- Rocca-Janula et San Germano avaient été mis formidable état de défense. Outre la garnison de protéger cette place à l'intérieur, un corps rable d'archers et de cavaliers arabes s'était a dehors sur les flancs de la montagne, et resolidement derrière les murailles de l'amphiromain dont les débris subsistent encore, à peine la bannière parsemée de fleurs de lis paru sur les bords du Garigliano, que le comte
prince. Le 4 février 1266, Charles d'Anjou planta se
lentes sous les murs de San Germano, et le corabf
s'engagea, dès le lendemain, aux bords du Rapido, toi
rent dont le cours, enflé par les pluies précédentes, si
parait les deux partis. A travers une mêlée furieux
Bouchard, comte de Vendôme, et Jean, son frère, firei
merveilles parmi les chevaliers français, qui s'eflb
çaient de pénétrer dans la place. La bataille fut flp:
et dure, selon le témoignage du chroniqueur Guillaun
de Nangis. Les deux frères se jetèrent entre leurs c
nemis, « aussi comme li sangliers eschauffez entre 1
chiens ; ils féroient à destre et à senestre si grai
coups, qu'ils abatoient à terre quanque ils enco:
troient1. » D'un autre côté, Pierre de Vico tentait d'(
calader les remparts, à la tète des Romains qu'il coi
mandait; mais il eût succombé avec sa troupe sansl
renforts qui lui vinrent du camp. Alors, dit l'un d
historiens de cette grande lutte du Sacerdoce et de l'Ei
pire, « l'affaire devint générale. Les assaillants, plei
d'ardeur, allaient à l'attaque avec l'impétuosité fra
çaise; un même esprit les animait, tandis que ceuxi
dedans étaient divisés, et que la veille une lutte sa
glaiile avait eu lieu entre des chrétiens et des musi
mans. La porte fut çnfin forcée. Un écuyer du cont
de Vendôme planta son étendard sur la tour la pi
voisine, et les assiégés croyant que la ville était au pc
voir de l'ennemi, prirent la fuite ; quelques-uns c
lièrent dans la citadelle; plus de mille furent masi
crés. On ne fit point de quartier aux Sarrasins, et lei
corps laissés sans sépulture devinrent la proie des c<
1 Guill. de Nangis, Vie de saint Louis.
beaux; ceux qui parvinrent à s'échapper portèrent à Manfred lavis de ce nouveau désastre1. »
A la suite de ce brillant fait d'armes, le frère de saint Louis se rendit au monastère pour remercier Dieu, sur le tombeau même de saint Benoit, du succès qu'il venait d'obtenir. Ce prince, toujours si dur et si hautain, combla l'abbé Bernard des marques de sa bienveillance; il lui promit aide et secours, et réclama les prières de la communauté pour le triomphe de sa cause. Comme Bernard, au temps où ses fonctions Pa Hachaient à la personne du pape, avait été initié aux plans delà cour romaine, il connaissait les motifs et l'intérêt poissant qui lui avaient fait opposer Charles d'Anjou à Manfred. 11 se dévoua donc corps et à me à la réalisation d'une œuvre politique qui alors semblait une question de vie ou de mort pour la puissance temporelle, aussi bien que pour l'influence morale de la papauté. Si sa qualité de religieux lui faisait un devoir de seconder de tous ses efforts le chef de l'Kglise, son origine provençale ne le portait pas moins à soutenir ardemment l'entreprise d'un prince français. Son «le pour le parti de Charles d'Anjou explique la confiance dont ce souverain lui donna une preuve éclatante eo déposant entre ses mains l'original de la bulle par laquelle le pape l'investissait du royaume de Sicile.
Ce ne fut pas seulement à rétablir l'ordre, la discipline et la prospérité matérielle de son monastère que s'appliquait l'activité de l'abbé Bernard. En 1267, après la défaite et la mort de Manfred, il fut chargé par le pape
lBist. de la lutte des Papes el d s Empereurs de ta maison de Sxfibe, par C. de Charrier, membre de l'Institut, tom. III, liv. IX, p 1*7.
de réduire les Sarrasins de Lucera, cette étrange colonk mahométane qu'avait fondée Frédéric II, et où ce prince transportant en Italie les mœurs de l'Orient, avait foi bâtir un palais avec un harem, des mosquées et de bazars. C'était derrière les murs de cette ville ton! sarrasine qu'Hélène, femme de Manfred, avait d'abqr cherché un refuge. Il importait donc de détruire u centre de rébellion occupé par des ennemis nombreui aussi hostiles à l'Église que dévoués à la maison d Souabe; mais Lucera, malgré les attaques dirigées cor tre ses remparts, ne devait être réduite qu en 1268 Quand le jeune Conradin vint revendiquer son héritage Pabbé Bernard prit parti contre lui, et après la sas glante bataille de Tagliacozzo, il fit prisonnier Hem de Caslille, qu'il livra à Charles d'Anjou, mais à la con dition expresse que la vie du captif serait respectée Charitable et généreux compromis inspiré par un sen timent chrétien qu'on aime à retrouver en ces temp de cruelles discordes, et que la religion seule pouva imposer à celui qui devait être le juge et le bourrea de Conradin !
Cependant, toujours zélé pour la cause angevia l'abbé du Mont-Cassin voulut punir les vassaux de.la baye, et même quelques religieux qui s'étaient déd rés en faveur du dernier représentant de la maison € Souabe. Envoyé bientôt comme ambassadeur au pa lement de Crémone, pour y traiter de la soumissic des villes lombardes à l'aulorité du roi de Sicile, se rend ensuite à Venise dans le but d'y former, a nom du même prince, une ligue dont l'objet éta de rétablir Beaudoin II, son parent, sur le trône c Constantinople. Comme Charles d'Anjou désirait, (
outre, se ménager une autre alliance propre à seconder ses projets ambitieux sur l'empire d'Orient, Bernard reçoit ejicore de lui une mission plus difficile et plus lointaine. Il s'agissait de négocier le mariage de Charles, fibainéduroi, avec la princesse Marie, fille du roi de longrie, Etienne V. Dans une série de lettres adressées lia communauté pendant le cours de son périlleux wjage, l'abbé diplomate expose les diverses phases de • mission, et donne de curieux détails sur les lieux, les personnages et les incidents dont il fait mention tara tour. Par cette correspondance, surtout par la lettre écrite de Zara1, au mois de décembre 1270, on donnait quelle importance l'ambassadeur de Charles d'Anjou attachait au succès d'une négociation qui allait mûr la nouvelle dynastie de Sicile à une famille souvenue, régnant sur un État puissant, et dont un prince toaitplus tard, mais pour son malheur, s'asseoir lui- Rêroe sur le trône de Naples.
De retour à Viterbe, à la fin de Tonnée suivante, 1 abbé Bernard, après avoir rendu compte de sa mission a& pape Grégoire X, rentra dans son monastère. 11 y employa tous ses soins à ranimer chez les religieux le ^Miment de leurs devoirs, en composant à leur usage k Spéculum monachorum. L'inventaire qu'il fit aussi dresser des terres, églises, châteaux, droits et revenus de l'abbaye et intitulé Reyestrum Bernardi abbatis. Dons apprend à connaître quelle était à la fin du treizième siècle la constitution foncière, économique et seigneuriale d'un grand fief monastique dont le titulaire, investi des plus hautes prérogatives, exerçait une
1 ï- pièces justificatives, F.
juridiction temporelle très-étendue, et disposait <te iorces militaires considérables. En même temps, sur h demande de saint Thomas d'Aquin, avec lequel il était en relations d'amitié, il fondait à San Germano in couvent pour les frères prêcheurs, ordre militantqu'il avait en estime toute particulière, à cause de son lèlc pour la défense du siège apostolique. Mais une nouvelle mission, d'un caractère à la fois politique et religieux, allait encore enlever l'abbé du Mont-Cassin à ses occupations administratives.
Dans l'espoir d'accomplir enfin la réunion de 1 Eglise grecque à l'Église latine, le pape Grégoire X avait ac cueilli favorablement les propositions faites à ce sujc par l'empereur Michel Paléologue, qui se décida à ei voyer des ambassadeurs au concile de nouveau coftV< que à Lyon. Là devaient se discuter les bases de la ré1 nion des deux Églises. Comme ce projet de réconcilî lion des Grecs contrariait les vues personnelles du t de Sicile, et que le pape avait lieu de craindre que < prince n'apportât des entraves au passage des envoy de l'empereur, Grégoire X chargea spécialement l'aM Bernard d'aller au-devant deux pour les accompagn et les protéger dans leur marche1. En outre, l'impc tante affaire de la réunion des deux Églises ne pouv être conduite à bonne fin, si Charles d'Anjou et Philip] souverain titulaire de Constanlinople, ne suspendait toute entreprise militaire contre l'empire grec. Le p< tife chargea donc l'abbé Bernard de la négociation d't) trêve entre Michel Paléologue et ses deux adversair Il le députa à la cour de Constanlinople, muni d'u
1 Consulter le texte de celle lettre de Grégoire X à l'abbé du 1l< Cassin dans VAmplissima collectio de Dom Martènc, t. VIII, col. 25t
l'Anjou.
sion confiée à l'abbé Bernard fut suivie d'un ces, car il obtint une suspension d'armes pour g,àla grande satisfaction du pape, qui dans une Iteuse lui en témoigna tous ses remerciments. i contraire, des résultats d'une négociation en d avec ses plans de conquête, Charles d'Anjou a colère contre l'ambassadeur, et l'enveloppa îaine qu'il portait à son ami saint Thomas d'A- 1 sait que le roi de Sicile, craignant que sa $ tyrannique envers ses sujets ne fût dévoimcile de Lyon par l'illustre docteur qui était Minière de l'Église, a été accusé par Dante de lit empoisonner au moment de son départ pour e. L'abbé Bernard pleura sincèrement la mort Thomas d'Aquin. S'il ne périt point lui-même i une aussi odieuse vengeance, ses jours furent par les chagrins que lui causèrent les persécul'implacable Charles d'Anjou. Dépouillé de pluhâteaux et domaines appartenant à l'abbaye, son droit de juridiction criminelle et de pluutres prérogatives féodales, il en ressentit tant sur qu'il en mourut au commencement d'avril i communauté perdait en lui un administrant de zèle ; l'Église et l'État un négociateur fort
lit de mort, déplorait amèrement l'ingratitu princes, le tocsin des Vêpres siciliennes retc dans toute la Sicile, et Charles d'Anjou expiait plus sanglante des représailles, l'injuste et cru pression qu'il avait fait peser sur son peuple.
Pendant une période de quarante années qui après la mort de l'abbé Bernard, les annales c Cassin n'offrent qu'une suite d'événements asi fus et sur lesquels peu d'indications sont foui les documents d'ailleurs si riches de l'histoin On voit alors le pape CélestinV qui, sorti d'un m bénédictin, avait fondé le nouvel ordre por nom, essayer de l'introduire au Mont-Cassin q venu visiter en 1292. Cette tentative ne réussit \ que la discipline à laquelle les moines s'étaien tairement soumis fût assez sévère pour que la qu'on leur proposait ne dût pas leur sembler goureuse. Par une de ces petites influences qui pèsent d'un grand poids sur les volontés indr ou collectives, l'obligation de prendre l'habit b portaient les Célestins fut un des motifs détei pour lesquels les religieux du Mont-Cassin re d'entrer dans un institut qui les eût obligés i leur robe noire. Mais bientôt, à la suite de la tion du saint-siège à Avignon, un changement l grave devait être apporté à la constitution moi communauté, aussi bien qu'à la situation de -<
kgouvernaient. Comme après la mort de l'abbé Isnardo, le siège abbatial avait vaqué longtemps, et que les moines se disposaient à élire enfin un nouveau supérieur, une bulle pontificale, datée d'Avignon et signée Aipape Jean XXII, vint leur apprendre qu'un ordre de choses lout différent se préparait pour eux. Afin d'honorer l'église vénérable que saint Benoît avait fondée et •^reposaient ses précieux restes, le pape déclarait vouloir ériger cette église en cathédrale, faire de l'abbé un [ értque, et des religieux un chapitre de chanoines.il ■ «hilslatué, en outre, qu'au décès de l'évoque, son suc- ! cesseur serait nommé d'après le choix et sur la présentation des chanoines, qui d'ailleurs continueraient daercer, ainsi que Tévèque, leurs anciens droits ^privilèges sur tout le domaine du Mont-Cassin. Apres ^gouvernement d'Odon dePise, qui administra provi- «oirement jusqu'à la nomination du nouvel évêque, ferégime introduit par Jean XXII commença en 1326. Gnq évoques d'origine française et quatre autres italiens se succédèrent ainsi, mais sans que le suffrage du chapitre intervint nullement dans leur promotion. Celle infraction aux droils du principe électif, base et garantie de Tune des libertés les plus essentielles de l'ancienne Église, et de plus l'inexpérience des prélats séculiers en ce qui concernait le gouvernement desaffaires monastiques, furent sans doute les principales causes qui rendirent la communauté du Monl- Cassin peu favorable au régime épiscopal. Ce régime y finit en 1566 avec Angelo 111, neuvième et dernier évêque, et il fut remplacé par l'administration des abbés réguliers, dont le premier, André de Facnza, prit la direction du monastère en 1570.
Ce rétablissement de l'ancien mode de gouvernement fui dû à l'initiative du pape Urbain V, autrefois abbé de Saint-Victor de Marseille, et qui, dans un voyage faitio Mont-Cassin, avait compris la nécessité d'y remettre et vigueur l'observance monastique. Devenu souverain pontife, il réalisa ce que sa conscience lui faisait regarder comme un devoir, et il envoya un certain nombre de religieux des abbayes de Farfa et de Catane, pour faire refleurir au Mont-Cassin la régie bénédictine. En même temps, le psautier romain y était remplacé parie psautier en usage dans l'Église gallicane, et cette substitution, ainsi que d'autres usages prescrits par la volonté expresse du souverain pontife, témoigne asseï des influences toutes françaises qui alors prévalaient à la cour des papes d'Avignon. En outre, comme laCaapanic était dévastée par les troupes de Louis de Hongrie qui était venu venger le meurtre accompli sur son frère André à l'instigation de la reine Jeanne deNaples,** que beaucoup de vassaux du Mont-Cassin profitaient des troubles du pays pour se rendre indépendants, le pape s'occupa de réparer les nombreux préjudices qui avaient été causés à l'abbaye. Son successeur Grégoire XI s'appliqua également à la restauration matériellcdu monastère qui, sous l'administration del'abW de Tartans, subit une complète rénovation. Cet abbé appela un certain nombre d'artistes fort distingués, parmi lesquels figure le Français Jean de Reims, et leur confia d'importants travaux à exécuter. 11 fit reconstruire un chœur qui fut orné de stalles richement sculptées, et dôcora l'église de bas-reliefs et de peintures monumentales semblables à celles qu'on admirait à la basilique de Latran.
it et par les guerres que se font les princes i maisons d'Anjou et d'Aragon. Une rupture até entre le pape et Charles III, roi de Naples, nommé grand chancelier du royaume l'abbé Cassin, ce dernier prend parti pour son souven est puni par une excommunication. Il n'en
5 pas moins, après la mort de Charles III, dans
6 envers la famille princière de Purazzo, et ifirmé dans ses fonctions de grand chancelier i Ladislas, qui comble d'abord l'abbaye de ses Mais Henri de Tommacelli, cousin du pape IXf ayant remplacé, en 1395, Pierre de Tarayant fait prévaloir sur les terres du Montsutorité pontificale, Ladislas s'en venge sur h1 ibbé qui est conlraint de fuir du monastère
grande partie des religieux. La reine Jeanne, i du nom, restitue ensuite à l'abbaye les doît 1rs châteaux dont son prédécesseur s'était et plusieurs décisions rendues parles Pères du éum à Constance défendent, sous peine d'anae rien usurper ou aliéner du patrimoine de
ioit «•
si a rit cette défense, au moment où la rivalité
enlevé et retenu prisonnier. Rendu plus tard à la liberté, il est nommé préfet du duché de Spolète par le pape Eugène IV, contre l'autorité duquel son ambition le porte bientôt à entrer en rébellion ouverte. Après s'être déclaré pour Alphonse d'Aragon contre René d'Anjou que soutenait la cour romaine, il refuse, migré l'ordre du pape, de rendre la forteresse de Spolètt et y remplace l'étendard pontifical par la bannière des Tommacelli. Pourvu de troupes et de munitions, il s'} défend avec opiniâtreté, repousse longtemps les attaques du corps d'armée qui l'assiège, jusqu'à ce qu'enfla, contraint de se rendre, faute de vivres, il est conduit! Rome et enfermé au château Saint-Ange, où il expia, par une dure captivité, sa révolte contre le chef de ffr glise.
Cependant les religieux cassinésiens , contre cette défection de leur abbé, s'étaient constitués, durant son absence, en une sorte de commune monastique dont le chapitre était le conseil suprême, etk prieur, le chef du pouvoir exécutif. Adversaires déclarés du roi d'Aragon, ils se fortifient dans leur monastère el s'y défendent à outrance contre les forces ennemies qui s'étaient emparées de San Germano et de Rocca-Janula Malgré des assauts réitérés, leurs fortes murailles to faiblissent pas plus que leur courageuse résistance, c ils justifièrent ainsi l'éloge que leur adressait, au noi du pape, le légat Jean, cardinal de Saint-Laurent in h cina : « C'est au milieu d'un péril extrême que pendu près de deux années vous avez empêché que votre m< nastère ne tombât entre les mains des ennemis de 11 glise. El aujourd'hui encore, abandonnés de tous v< vassaux, nourris du pain de la tribulation et abreuvt
s eaux de la misère, vous y maintenez haut et ferme bannière du souverain pontife, et au nom de son rase l'Église, notre mère, vous affrontez les coups s troupes nombreuses qui vous assiègent de toutes ils. Aussi peut-on vous faire une juste application lotte image de l'Écriture : « L'arc des hommes puis- •U a été vaincu, et contre eux vos flancs ont été iris de force et de courage. »
Participant enfin à la réconciliation ménagée entre le «t-siègeet Alphonse d'Aragon, les religieux du Montissm obtinrent, après une longue vacance, la perfusion d'élire un abbé, et leur choix tomba sur AnaioCarafla, membre de Tune des grandes familles du ïjaume de Naples. Doué de mœurs douces et faciles, tts plein de faiblesse pour ses proches, le nouvel Uè, de concert avec le roi, abandonna complètement »deux frères le gouvernement temporel de l'abbaye, ■un, chargé des affaires civiles, siégeait au palais abntûl de San Germano, et tenait sous sa garde, en quaiié de vice-roi, le château de Rocca-Janula. L'autre, à pi était confié l'exercice de la juridiction criminelle, Mentait des procès à son gré, prononçait des senflees et remplissait toutes les fonctions de haut jusli- Kr. Comme ils étaient aussi cupides qu'orgueilleux cleur puissance, ils rançonnaient cruellement les letociers de l'abbaye, détournaient à leur profit des tenus considérables, et leurs actes tyranniques, auxleb l'abbé n'opposait aucun frein, n'épargnaient émeplus ni les droits ni la personne des religieux, ors le patrimoine de saint Benoît fut véritablement isau pillage, et dès celte époque commença pour le «rt-Cassin la décadence de celle grandeur matérielle
qui, depuis longtemps, avait remplacé la grande raie dont il avait autrefois joui si glorieuseraer villes et forteresses dépendantes de son domain rentrer peu à peu sous l'autorité royale, ou t au pouvoir de puissants seigneurs qui s'en empar En môme temps, les terres, églises, monastères néfices concédés antérieurement par de pieuse dations seront également enlevés à l'abbaye, c seront aux mains de nouveaux possesseurs, par des changements que détermine dans l'état de sonnes et des propriétés l'inévitable cours des ( humaines.
Tel était donc pour l'histoire particulière qui occupe ici, le résultat des événements survenu dant la seconde partie du moyen âge. Mais si, ètc la vue au delà d'un étroit horizon, nous venons à raliser les faits et à nous élever de la simple ans une synthèse historique plus vaste, nous pourro pliquer à presque toutes les communautés de 1 bénédictin ce que nous venons de constater pour 1 ancienne et la plus illustre d'entre elles. Auxiliai l'Église et de la papauté, les moines de SainU pendant les âges essentiellement chrétiens, i grandi avec ces deux puissances qu'ils ne cesser suivre dans leur marche ascendante, jusqu'à ce teurs dont le sommet est couronné par les pon de Grégoire VII et d'Urbain II. Répandus alor toutes les parties delà société, ils y remplissent h ciiiquc mission au sein de l'Église comme di cloître, à la cour des princes comme à celle de tifes dont ils se montrent partout les zélés in dia ires. Mais quand après l'antagonisme du Sac
nie ut; m uaiioiauuii uu oaint-on-^c uuiiautu
ndales du grand schisme d'Occident, l'ordre lenoit dut nécessairement partager la fortune u pontificat romain. Ces hauteurs dont en- * avaient gravi la cime, ensemble ils en reent aussi le versant opposé.
nutuel déclin avait sa cause dans la puisésistible des faits précédemment accomplis. poursuivant outre mesure la lutte engagée empereurs d'Allemagne et les autres puislu siècle, les papes eurent recours à î'emrif des armes temporelles, les chefs des grandes autés italiennes eurent le tort de suivre cet , et prirent en main, au lieu de la croix qui vivifie, le glaive qui blesse et donne la mort. infidèle à son principe modérateur, à sa misinemment évangèlique, le monachisme béné- ; fausse route, et, comme toute institution soii voie, il porta la peine de son erreur. Sous de l'esprit moderne qui tendait à tout sécuadministralion, justice, enseignement, foncibliques, les moines cessent forcément de leur part d'action au mouvement d'une société mont laîmip sirmiiprt pf crnrdp. iinp inr.ontpstahln
et le spectacle importun d'une décadence toujours croissante.
Cette décadence, elle se produit surtout pour le Mont-Cassin dans la seconde moitié du quinzième siècle. Outre les causes générales qui viennent d'être indiquées, des circonstances particulières contribuent encore à porter un coup funeste à l'esprit monastique, aussi bien qu'à la fortune de cette abbaye. Le gouvernement des abbés commendataires y est substitué i celui des abbés réguliers, et là, comme ailleurs, ce régime est suivi des conséquences les plus déplorables. Instituée dès les premiers temps de l'Église, la commende avait eu d'abord pour objet de confier à un administrateur temporaire une abbaye ou un siège épîscopal devenus vacants par la mort du titulaire. Cétaft une salutaire précaution prise en faveur des religiefl* ou des fidèles que le chef de l'Église universelle ne voulait pas laisser sans direction, jusqu'à ce qu un nouveau pasteur leur eût été donné. Mais, comme les abu* viennent trop souvent vicier les plus sages institutions, la commende, de temporaire qu'elle devait être, finit par devenir un titre perpétuel destiné ordinairement k grossir les revenus des prélats de cour ou à constituer un bénéfice en faveur des fils de grandes familles. Dès le commencement du quatorzième siècle, les abbayes soumises au régime des commendataires étaient déjà si nombreuses que le pape Clément V voulut réagir contre un abus non moins opposé aux intérêts économiques des communautés qu'au maintien d'une discipline régulière. Les successeurs de ce pontife ne crurent pas devoir l'imiter sous ce rapport, et Benoît XII, Urbain YI, Paul II et Sixte IV ayant érigé une foule de monastères
>nnage à la fois politique et guerrier, aimant le luxe, les beaux chevaux et la chasse, et Mssession de son abbaye avec un cortège disouverain. Originaire de Padoue, où il avait iuivi avec succès les cours de l'université, il ité ensuite dans la carrière des armes, et en nt pour Florence, il s'était signalé par ses extra le célèbre Nicolas Piccinino.S'étant mis au \ la cour romaine, il en défendit les intérêts us grande ardeur et fut récompensé de son le hautes dignités ecclésiastiques. Nommé arde Florence, puis créé cardinal, il fut ensuite âége patriarchal d'Aquilée, le plus riche bé- Tltalie, et qui plaçait son titulaire au-dessus s autres prélats. Les nombreuses et imporictions départies à l'abbé commendataire du in, qui avait, outre ses autres dignités, 5 de légat apostolique en Orient, ne lui i pas de s'occuper du gouvernement de son u grand mécontentement des religieux, il en a toute l'administration à un de ses familiers, ic Michel de Lambertenghi, et se contenta de s revenus attachés à son titre. Appelé bientôt s delà chrétienté, alors menacée par les Turcs
mille hommes et leur prit toute leur artillerie, qu'un grand nombre d'étendards. De là il se rendit dans les eaux de Rhodes à la tête de la flotte pontificale, y dispersa les vaisseaux ennemis et reprit aux Turcs trois îles de l'archipel. Après avoir été reçu triompha» lemenl à Rome où le pape et les cardinaux l'accueilli» rent comme le sauveur de la chrétienté, Louis Scarampe revint vers son abbaye dont il releva les murailles qui, pendant son absence, avaient été ébranlées par un terrible tremblement de terre. Ensuite il remit en étal de défense les châteaux dépendant encore du domaine de saint Renoît, prit parti pour le roi Ferdinand d'Ar ragon et s'unit à Napoléon Orsino, capitaine des troupes pontificales, qui reconquit sur les Angevins Pontecono et d'autres terres de l'abbaye.
A la mort du cardinal Scarampa, le pape Paul II, * lieu de lui donner un successeur, crut devoir se t server à lui-même la commende du Mont-Cassin àO les revenus devaient servir à augmenter le trésor pP tifical auquel les frais de la guerre contre les Turcs U posaient alors de lourdes charges. Le pape nomma po administrer l'abbaye en son nom Nicolas Sandonnitf évoque de Modène; mais le gouvernement de ce prè étranger déplut aux vassaux du monastère, notamme aux habitants de San Germano, qui se révoltèrent arborèrent sur leurs murs la bannière d'Aragon. Po mettre fin à ces troubles, Sixte IV, successeur de Paul
DÉCADENCE IVUN GRAND MONÀSTÈIVE. 3S3
fana la commènde du Mont-Cassin à un prince de la saison royale de Naples, et Jean d'Aragon vint prendre solennellement possession de son abbaye en 1472. L'administration du nouvel abbé, bien qu'elle fût assez forable aux religieux, ne rendit point la paix au mo- Ktère qui, après la mort du cardinal Jean d'Aragon, échut à l'un des fils de Laurent de Médicis. Nommé abbé ommendataire du Mont-Cassin dès l'âge de onze ans, Jen de Médicis, qui fut plus tard le célèbre Léon X, ■'liait pas encore visité son abbaye lorsque les inforhmes politiques de sa famille le forcèrent d'y venir chercher un refuge.
On était alors à la fin du quinzième siècle, et les pudesguerres d'Italie avaient déjà commencé. La brillante armée de Charles VIII avait campé quelques jours auparavant au pied du Mont-Cassin, et les religieux étaient à peine remis du trouble causé par finvasion française, quand ils virent arriver à l'improtiste leur abbé commendataire, suivi de son frère Pierre fe Médicis, qu'une révolte avait chassé de Florence. Tous deux, dans l'espoir de relever leur famille, se approchèrent de Charles VIII, alors mailre de Naples, d le Mont-Cassin devint le centre de négociations poétiques, où furent souvent discutés les ambitieux pro- 1* du prince français et le sort des Médicis. Après le départ du roi et la victoire de Fornoue, l'abbé Jean et *>n frère continuèrent de soutenir le parti de la fonce, au succès de laquelle se rattachaient alors tous «tirs intérêts ; et, sous Louis XII, une ordonnance ^le contre-signée du cardinal d Amboise nomma *We de Médicis vice-roi de toutes les terres de Tabtye. C'était une dangereuse faveur,-* surtout quand la
leMont-Cassin. Bientôt, en effet, Gonzalve de & se présente avec une nombreuse armée. Il assiéj fois Jean de Médicis dans son abbaye, et le vice-n frère, dans Rocca-Janula : l'abbaye résiste ; mais! teresse, à la suite de trois furieux assauts, retom pouvoir du grand capitaine.
Quelques jours après, le 27 décembre 1503, Gon qui n'avait pu forcer le pont du Garigliano défend l'héroïque Bayard, passait le fleuve sur un autre et attaquait l'armée française campée sur la rivega Après un rude combat soutenu contre des forces rieures, les Français furent contraints de se replk Gaëtc, et ce fut en voulant les y suivre que le vi de Médicis tomba et disparut dans les eaux du f Au récit de cette journée désastreuse qui vit pér derniers débris de notre armée dans le royaui Naples, le sceptique Brantôme se laisse aller à tendrissement assez peu ordinaire de sa part, et teur français partage volontiers ce sentimen patriotique, surtout lorsqu'il peut dire avec l historien que nous citons : « Hélas ! j'ai veu ces li< et mesme le Garillan, et c'estoit sur le tard, i couchant, que les Ombres et les Masnes commer
• au Moni-uassin 1 administration toute prïncardinal Jean de Médicis. Ne voulant plus conne abbaye qui lui rappelait la fin tragique de i, il se démit de son titre d'abbé commendataire ndre plus tard, comme pape, le nom qui perm glorieusement le siècle de la Renaissance. l'au commencement de ce siècle, qui voit s'ouernière période des annales du Mont-Cassin, les se rallièrent à la congrégation deSainte-Justine le, l'abbaye, fort maltraitée par les guerres prô* , se trouvait dans le plus fâcheux état. Heureudle fut confiée à la direction éclairée de l'abbé lupi qui, venu de Florence, patrie des beauxireprit avec ardeur l'entière restauration du isin. Avec lui on peut dire que le style de la nce entra en vainqueur dans le vieux monastère î Didier pour le transformer complètement en tant un air de jeunesse et d'élégance que les îles suivants devaient lui faire perdre en partie, successeurs de l'abbé Squarcialupi, les travaux struction sont poursuivis avec activité, malgré jes des troupes du connétable de Bourbon, et s procès que l'abbaye eut à soutenir pour la de ses biens et privilèges. Ces longs débats et ils d'un intérêt purement local sont les seuls
ligieux se complaisent alors dans une large et facil existence, partagée entre les jouissances du luxe et la plaisirs de l'esprit, telle enfin qu'on la retrouve à h même époque dans toutes les grandes communauté bénédictines. Selon l'esprit de leur Règle et les constantes traditions de Tordre, l'amour des études paisibles i survécu seul à cette turbulente activité qui caractérise la période précédente, et en prémunissant les religion contre les séductions dune riche oisiveté, il les prépare à mieux supporter, dans l'avenir, les coups de la mauvaise fortune.
Plus tard, en effet, pendant le cours du dix-huitième siècle, la prospérité de l'abbaye s'arrête; la source de ses revenus s'épuise dans d'interminable* procès, et peu à peu ses derniers privilèges sont absorbés par les envahissements du pouvoir civil. Aussi quand à la fin de ce siècle, la République française forçant la double barrière des Alpes et de l'Apennin envoya ses armées jusque dans l'Italie méridionale le Mont-Cassin n'était plus cet opulent monastère qi* tentait les désirs des princes et des souverains pot* tifes eux-mêmes. Durant quelques jours seulement au mois de novembre 1798, la vieille abbaye anf pu se croire revenue à ces temps glorieux où les puissances de la terre s'empressaient de la visiter, «3 les croisés fiançais et normands campaient au pied de ses murailles. Réunie au palais abbatial de San Germano, toute la cour de Naples, partageant les illusions de son roi, contemplait avec une orgueilleuse conflana cette armée de trente mille hommes que le général Mad proclamait « la plus belle armée de l'Europe, » et qu devait, en écrasant les forces de la République, vengei
à la fois l'Italie, le trône et l'autel en péril. Quelques jours après celte brillante revue, les troupes napolitaines se dispersaient au premier coup de canon tiré sur ks bords du Tibre. San Germano était occupé militai- Kment par l'un de nos régiments de dragons, et dans «même palais abbatial naguère habile par le roi Ferdinand et la reine Caroline, le général en chef Chamfioanet, accompagné de Macdonald et de Berthier, étatisait son quartier général. Ce fut là que Championnet reçut laide de camp du général Mack qui, se voyant korsd'état de défendre la capitale, faisait demander une suspension d'armes, et n'obtenaitque cette fière réponse : «A Naples seulement nous traiterons de la paix1 1 »
Cependant, la victoire ne donnait pas de pain à nos JoMals. Les besoins de l'armée française, exposée sans ressources au milieu d'un pays hostile, provoquèrent des mesures de rigueur, dont le chef de l'armée française voulut toutefois décliner la responsabilité, en alléguant les ordres sévères qu'il avait reçus du Directoire. Une contribution forcée de 100,000 ducats fut donc imposée au Mont-Cassin sous peine de mort pour labbé, et de destruction pour le monastère. L'alternatire était dure, il faut l'avouer, et pour les bons moines, assez peu habitués à de telles réquisitions, les mauvais jours des Lombards et des Sarrasins semblaient s'être encore levés sur l'abbaye. 11 fallut s'exécuter
1 Un armistice fut néanmoins signé à Capoue, avant l'entrée des français à Naples; mais les conditions en parurent si humiliantes que la populace napolitaine se souleva, en accusant de trahison les généraux fc Ferdinand IV, et que les soldats de Mack, su révoltant contre leur d*f, voulurent le massacrer. Ce général fut contraint de venir cherd*r un refuge dans le camp même de Championnet qui, généreux enfers son ennemi, lui donna l'asile qu'il réclamait, et lui permettant de Pnkrwa^pec le Ht asseoir à sa table.
pourtant, et comme il ne fut possible de réaliser immédiatement qu'une partie de la somme en numéraire, on dut se résigner, pour le surplus, à vendre les plus précieux objets du trésor de l'abbaye. Mais là ne devaient point s'arrêter les infortunes des religieux. Bientôt, une réaction populaire ayant commencé à se manifester contre les Français, l'abbé Marino Luccarrdli fut accusé d avoir excité ce mouvement; et, sur cette nouvelle, le commandant en chef de l'armée républicaine lui adressa la lettre suivante, conservée aux archives de l'abbaye :
Le général en chefChampionnet à l'abbé du Mont-Casàt, à San Germano.
« Je viens d'être informé, monsieur l'abbé, que vot» fomentez la révolte parmi les habitants de ce pays. Je vous préviens que vous payerez de votre tête le premier délit, le premier assassinat qui sera commis par le* gens de votre parti. Le christianisme et la piété vous font un devoir de prêcher la concorde entre les hommes. Si, au contraire, restant fidèle au perfide espritde votre caste, vous ne vous montrez pas l'ami d'un peuple qu'on cherche à détruire, tremblez.
« Championnes
a Du quartier général de Capoue, le 23 nivôse 1799. »
Sous le coup de cette lettre et des menaces dont elle était accompagnée, l'abbé fut contraint d'écrire à ses administrés pour les engager à déposer les armes et à respecter la vie des Français. Cet acte de soumission ne
kuiae uiivunii ciiui/ic uun uci muuu, ci usu uu
représailles contre le Monl-Cassin. Un détaayant occupé brusquement leur demeure, les furent forcés de prendre la fuite, et alors, les ans leur ressentiment contre cette maison de u'ils regardaient comme un foyer de contren, mirent tout au pillage, église, sacristie, que et archives. Pour défendre ce dernier sancla science, il n'était resté qu'un jeune bénéeveu du savant Érasme Gattola, et bien digne qu'il portait. Placé en travers de la porte des les bras tendus pour repousser une troupe furieuse, le jeune Gattola résista courageusequ'à ce qu'il tombât sanglant et meurtri sous de sabre de l'un des assaillants. Nos officiers, me juste indignation en apprenant ce qui voie passer, voulurent que le blessé désignât le . Mais l'héroïque jeune homme s'y refusa noblesacrifia son ressentiment à la charité, comme Milu sacrifier sa vie à l'amour de la science, îlever leMont-Cassin, après cette dure épreuve, *ie VI, au milieu de ses tribulations personi pouvait faire que des vœux impuissants. Son ir Pie VII ne répandit guère de faveurs plus sur l'abbaye, malgré les bonnes intentions
vouement reçus de lui et de ses religieux, montre combien il souffrait du fâcheux èlat de l'abbaye, et quel désir il avait de la voir reprendre l'éclat doit, selon ses propres expressions, elle avait brillé pendant tant de siècles pour la gloire de l'Église. Ce désir de Pie VU devait rencontrer des obstacles plus forts qœ sa volonté. Au mois de février 1805, après les victoires remportées en Italie par le maréchal Masséna, Josepfc Bonaparte qui était venu rejoindre l'armée française i San Germano, y fut reçu au palais abbatial par l'abbé D. Aurelio Visconli, digne vieillard pliant sous le poids, des infirmités, et dont la physionomie' reflétait les mœurs douces et le caractère aimable. Surpris el charmé de son bon accueil, le futur roi de Naples se monlra plein de grâce et d'abandon pour l'abbé, aussi bien que pour les moines, et leur promit toute sa bienveillance; mais les changements qui vinrent bieotM bouleverser l'ancienne constitution du pays devaieD* nécessairement réagir sur le Mont-Cassin.
En effet, le dernier coup fut porté à l'antique ch0J d'ordre de Saint-Benoit par le décret de 1806, pronon* çant la suppression de toutes les maisons de ectordr* dans le royaume de Naples. Les considérants préliminaires du décret, destinés à adoucir ce que cette mesure avait de rigoureux, offrent, par leur caractère de tolérance philosophique, un curieux contraste avec te pièces et correspondances émanées précédemment di nos généraux de la Bépublique. Afin de concilier, por tait le décret, les principes de politique et d'économ» qui prescrivent la suppression des couvents avec le rea pect dû à ces lieux célèbres qui, dans les temps bar bares, ont conservé le feu sacré de l'intelligence et 1<
. des connaissances humaines, les biens apparleà l'ordre devaient être réunis au domaine de la onne; mais les bibliothèques, archives et dépôts de as existant au Monl-Cassin, à Cava et h Monte- Vert étaient laissés à ces trois monastères. Cinquante îgieux pour le Mont-Cassin, et vingt-cinq pour chaa des deux* autres étaient chargés de garder les %Ms de livres, et la principale maison d'habitation me son mobilier et une villa aux environs leur était «cédée par le décret1. Ainsi, d'après cette nouvelle «pnisalion, portant bien le cachet de l'époque, l'abkje devenait un établissement, et l'abbé un directeur. Sous l'administration du roi Joachim Murât, les religieux n'eurent qu'à se louer de leurs rapports avec faforité civile. Après la restauration des Bourbons de fcpte, l'abbaye même tendait à réparer ses perles, bisque la révolution de 1820 y jeta de nouveau le trouble, par l'arrivéed'une garnison militaire qui l'occupa pendant quelque temps. Depuis cetle époque, les habitants du Mont-Cassin sont demeurés en paix durant incertain nombre d'années; mais les événements de •M8 et ceux qui, plus récemment encore, se sont profits en Italie, sont venus leur causer autant de perturbation que d'inquiétude sur l'avenir. Maintenant ïs semblent respirer et jouir d'un certain repos, d cependant, il faut le dire, ce repos, comme celui le tous les couvents de l'Italie, rappelle un peu trop b langueur de l'agonie et le calme avant-coureur de la tombe. Dans ce vaste labyrinthe de cloîtres, de galeries et de salles où se pressait autrefois une
1 t. Pièces justificative?, II «
nombreuse communauté, on voit aujourd'hui era-e çà et là quelques religieux, comme des ombres ai milieu de ruines solitaires. Les vieux moines, débris de l'ancienne génération, sont allés retrouvei leurs frères morts depuis bien longtemps, et les plus jeunes, enfants d'un siècle peu fervent, sont en trop petit nombre pour remplir tant de places laissées vides. Partageant remploi de leur temps entre les exercices prescrits par la Règle, les travaux de l'esprit et l'éducation de quelques jeunes gens qui sont comme la pépinière de leur maison, les religieux actuels sont en outre chargés de la direction du séminaire diocésain, établi dans l'un des bâtiments de l'abbaye.
Toutefois, ce n'est pas seulement l'absence de la vie, c'est aussi le manque d'argent qui se fait sentir au Monl-Cassin. Privée de cette condition plus que jamais essentielle à la prospérité de tout grand établissement, l'abbaye se soutient avec peine, et la rente annuelle qu'elle reçoit en dédommagement des biens dont k gouvernement napolitain s'est autrefois emparé, suffit difficilement pour entretenir une demeure aussi sjrteo* dide, et faire vivre un personnel de deux cents individus dont l'existence est attachée à celle de la maison. Pourtant, malgré ces faibles ressources, les religieux sont parvenus à faire prospérer l'imprimerie, qu'on y avait fondée précédemment. Déjeunes enfants, enlevés à la mendicité et au vagabondage, y deviennent, sous une habile direction, de bons ouvriers typographes, et les grands ouvrages de théologie et d'histoire sortis de ces presses prouvent qu'au milieu d'une situation toute critique, le Mont-Cassin est resté fidèle à ses vieilles traditions littéraires.