‹ Les monastères bénédictins d'ItalieChapitre 25 sur 79 · DANS UNE ABBAYE BÉNÉDICTINE. 4M · texte numérisé non relu

DANS UNE ABBAYE BÉNÉDICTINE. 4M

«Mille Père Tosti, néanmoins voulant fermer la bouete à ses accusateurs et se dérober à leur vue, il quitta IMc subalpine pour venir s'enfermer au Mont-Cassin. Chargé, avec son jeune frère, de la direction des lettres de l'abbayo, il entreprit un travail de clas- ■feilion et d'analyse raisonnée auquel on ne saurait accwdcr trop d'éloges. Il inventoria tous les manuscrits a indiquant leur contenu, distinguant les inédits de Wïqui étaient publiés, et donnant avec leur âge un cément sur les auteurs : vaste et savant catalogue port ne peut mettre en parallèle qu'avec celui que fcodini composa pour la bibliothèque Laurentiennc. ftUfe ce travail qui pour l'ordre, l'esprit de critique et l'étendue de l'érudition, est regardé parles connaisseurs Mme un modèle achevé du genre, Placide Federici pMia*en partie, l'histoire de l'abbaye de Pomposa près fcmre, ouvrage intéressant pour l'étude du moyen *p. Le premier volume seulement a été imprimé, et le ttond est resté manuscrit aux archives du Mont-Cassin. tant au troisième, s'il n'a pas été achevé selon le flio primitif, il ne faut en accuser que la mort im- Pfaue de l'auteur et le peu de secours qu'il trouva pour l'impression de son œuvre. En effet, tandis que le pwreet studieux bénédictin se consumait sur les vieux inscrits, personne ne voulait contribuer pour lui ** frais d'impression. Or cet abandon dautrui, joint à rinsullisance de ses ressources, le jeta dans un tel dé- GHiragemenl, que le travail languit avec l'historien, et ttmmclui, s'arrêta à mi-roule.

Ainsi que Gattola, Placide Federici entretint des relations personnelles et épistolaires avec les érudits et les littérateurs les plus distingués de son temps, qui étaient

heureux de mettre à profit les trésors de sa s* réputation était si grande en Italie, que le cél démonte écrivait à quelques amis qui se disj aller rendre visite à l'archiviste dans son nu « Je vous envie ce voyage au Mont-Cassin, et ji de n'avoir pas. le temps nécessaire pour n aussi, comme sixième ou septième, à une ri brillera tant de savoir. » Une étroite affection lement le religieux bénédictin au poète Yinct et la collection déjà si précieuse des mam Mont-Cassin est redevable à celte liaison de pi graphes et inédites adressées h son ami p: d1 Aristodème et de Prométhée.

Placide Federici avait eu pourcollaborateui Jean-Baptiste, qui, après sa mort, le rer qualité de Préfet des Archives et conduisil fin le catalogue des manuscrits mentionné Mais l'ouvrage qui contribua le plus à sa i personnelle fut l'Histoire des anciens ducs qui mit en lumière les annales particuliè cité maritime fort peu connue, et que Té son commerce et de sa juridiction avait n trefois la rivale de Pise etd'Amalfi. Pendant d'autres religieux, suivant une voie différent des deux savants annalistes, composaient de* que nous pensons devoir indiquer ici. Orij l'Irlande, dom Joseph Macarty, latiniste c et fort instruit sur les antiquités romaines, i Dissertations, restées inédites, touchant Pane municipale de Casinum. Un de ses conte dom Correale de Sorrcnte, employait alors nées de travail et sa profonde connaissance d

apprêtait à faire imprimer quand la mort vint îi\cn 1772, l'exécution de ce projet, s travaux, de semblables modèles ne peuvent uintenir dans une corporation, quand ils s'y )élués jusqu'à la fin d'un siècle dont l'esprit actere frivoles étaient si peu favorables aux- ! fortes études. Reconnaissons-le donc à ltr es laborieux enfants de saint Benoit : comme pour eux, travail et savoir obligent. Aussi la elée par les premiers bénédictins s'est reproîflniment d'âge en âge puisqu'en 1 791 , année la suppression des ordres monastiques en a vit un archiviste du Mont-Cassin publier à e histoire du duché de Gaête, accompagnée pie et rare collection de documents. Formés » principes que leurs prédécesseurs, les derles de l'abbaye ont eu de grands efforts à faire terver, pendant les cinquante dernières anlées, le dépôt des traditions littéraires dont ils ritiers et gardiens. Après tant de vicissitudes i, c'est une justice à rendre aux religieux acné sont nullement restés étrangers au mountellectuel qui agite l'Europe lettrée et sa-

r Ips hauts çnmmpfs mi'ils habitent Ips soli-

et, à défaut d'autres ouvrages qu'ils n ont pu se p curer encore, les religieux trouvent dans la conversât de leurs hôtes les renseignements qui leur inanqu sur quelques questions intéressantes. Mais, pour h apprécier ce qu'il y a desprit large, tolérant et progrès chez ces bons bénédictins, il faut, comme nous, m eu l'avantage de vivre quelque temps dans leur in mité, avantage dont nous ne croyons pas nous renc indigne, en révélant ici quelques détails que DC sommes heureux de nous rappeler.

Chaque soir, après les travaux du jour accomj aux archives ou dans la bibliothèque, un certain noml de religieux, accompagnant le prieur ou le Père Tôt venaient fraternellement nous visiter dans l'appar ment des étrangers. La conversation s'engageait sur littérature, les arts, la politique ou la philosophie, toutes les questions étaient traitées avec la plus grau liberté possible. La France dont on dit parfois tant mal, mais qu'au delà des Alpes on aime en secret pi que toute autre nation, la France était naturellement principal objet de ces entretiens. C'était un feu rouli de demandes et de réponses sur toutes nos célébril grandes et petites ; et Dieu sait quelles observations quantes, quels traits dans le goût italien inspirais nos hôtes certaines révélations sur les hommes et choses de notre pays. A la suite de ces causeries pleii d'entrain et d'abandon, la poésie, cette aimable enchi teresse qui charme la société aussi bien que la solitu venait clore la réunion et présider aux adieux du s( Nous récitions de mémoire aux religieux des mon» choisis de nos meilleurs poètes contemporains, et il impossible de dire avec quels transports d'admirat

ites soirées littéraires improvisées au Montevaient un grand charme de la présence des i etKalcfati,dontune instruction variée semir fait qu'aiguiser la verve et la finesse d'esprit Quant à l'auteur de V Histoire de l'abbaye du m, il montrait dés lors au milieu des épand'une conversation intime, les tendances liîs mâles et généreuses aspirations qu'il révéla nt dans la Ligue lombarde et d'autres ouvrages ; parlerons plus loin. Les sentiments de paet d'indépendance nationale n'étaient chez lent en désaccord avec les principes du reli- , dans la dernière partie de son livre, sï;e la philosophie antichrétienne du dix-huile et les actes violents d'une révolution qui saccager son monastère, disperser les trésors [lise et de ses archives, et enfin chasser les es prédécesseurs, du sanctuaire où ils avaient le vivre et de mourir. En dehors de ces reant d'une croyance vivement froissée, et de jugements qui ont subi l'influence irrésistible lion de l'écrivain, le livre du Père Tosti est ïs un esprit de justice et d'impartialité aussi

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timent, et par ces premiers coups d'aile il laisse déji pressentir l'élan qui, un jour, lui permettra de monter encore plus haut.

Composée de neuf livres, cette histoire suit la marche chronologique des événements qu'elle divise par périodes, en donnant à la fin de chaque époque les pièces justificatives qui s'y rapportent. Parmi ces derniers documents, beaucoup sont curieux et inédits, et ils ont d'autant plus de valeur qu'ils avaient jusque-là échappé aux recherches des annalistes du Mont-Cassin. Les sources historiques, on doit le reconnaître, étaient bit de manquer au Père Tosti, et il était placé mieux que tout autre de manière à pouvoir y puiser largement Outre la chronique de Léon d'Ostie, continuée ptf , Pierre Diacre et Richard de San-Germano jusqu'à l'a* née 124"), il avait entre les mains l'histoire del'abbaje écrite en latin par Placide Petrucci et s'élendant jusqu'à la tin du seizième siècle. L'immense ouvrage de Gatlola, renfermant tout ce qui est relatif aux événfr ments comme aux personnages principaux qui figurent dans les annales du Mont-Cassin, était aussi un excellent recueil à consulter. Venu après tous ces chroniqueurs et historiens, et pouvant profiter de leurs différents travaux, le Père Tosti a comblé les lacunes, réparé les omissions, corrigé les erreurs, et donné à l'histoire du iMont-Cassin l'unité qui lui avait manque jusque-là.

Arrivé à la tin de son ouvrage, dans lequel le lecteur l'a suivi avec intérêt, l'auteur fait un appela ceui qui, fatigués du inonde, se sentiraient disposés à venu près du tombeau de saint Benoit pour s'associer air modestes et paisibles travaux des bénédictins. Cet ap

ui a pénétré en Italie aussi bien que partout C'est une chose triste à voir et à constater que sadence, pour ainsi dire inévitable, de tout ce & grand sur la terre et qui sous nos yeux change débat dans un suprême effort. Pour moi, si d'autres partageront mes impressions pers, mais je l'avouerai, à la pensée et au souvenir : grandeur déchue, je ne puis m'empêcher d'éune viye émotion. Aujourd'hui encore, en Des lignes, il m'est impossible d'oublier ce que itis un soir où, après avoir parcouru les cloîtres lu Monl-Cassin, je descendis dans la crypte souoù reposent les reliques du saint fondateur de !. La tristesse et le vide de ces lieux, la dégradamurailles, rendues autrefois vivantes par les ]ues peintures de Marc de Sienne, ces personronqués, ces saints sans auréole auxquels les verdàtres de l'humidité donnaient un air afmenaçant, tout, jusqu'au silence du tombeau ;vant mes yeux, m'offrait une image saisissante struction dont semblait menacé Tordre bénô-

! le demande, en présence d'une telle ruine,

l'homme de cœur qui, sentant la vie remuer

xmrrait froidement et à l'avance sonner les fu~

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de la décadence des hommes et des choses? Bien i meurt véritablement en ce monde; mais tout renaît! se transformant. Les institutions et les générations d moyen Age revivent à la fois dans celles des temps m dernes, et l'esprit des corporations savantes d'autrefci a passé dans ce qu'on appelle le monde savant d'aajom d'hui. Seulement, comme tout est en progrès, cet es prit, au lieu d'être retenu captif dans la règle d'aï ordre et les murs d'un couvent, parcourt librement l terre, appelant à lui sans distinction tous les membre delà grande société humaine.

L'explication est ingénieuse sans doute; mais peut* elle satisfaire celui qui, à la vue d'une ruine imposante sent son cœur s'émouvoir et trouve qu'il y a lien di plaindre et de regretter? Comment surtout resterait-oi insensible devant celte triste décadence de l'une de ' grandes institutions du moyen âge, après avoir In 1 préface écrite par Mabillon en tête des annales de Tordu de saint Benoît, préface, qui, par l'élévation des idée et la largeur du style, rappelle les immortels écrits de Pères de l'Kglise? Quelle simple et noble confiance 1 religieux bénédictin ne monlre-t-il pas au sujet des fil turcs destinées de son ordre dont il s'apprête à retrace la vie dans le passé? Certes, en rappelant dans une poi tique image la naissance, les progrès et la merveilleot fécondité de l'arbre planté par saint Benoît, lcsavai écrivain de Sainl-Maur était loin de prévoir, dansl dernières années du règne de Louis XIV, que cet arb battu par la tempête, verrait sitôt périr ses rejetons ses fruits.

En effet, avant la fin du siècle au commencent» duquel Mabillon publiait ses Annales, l'esprit dissolu

a vie au corps ne iui ueirune a son lour par qui vinrent plus tard, au nom de la révoçaise, abolir les ordres monastiques. La détellecluelle et morale en était venue à un tel l'un des auteurs de Y Art de vérifier les dates, t honnête dom Clément, signalait avec indiins ses lettres à un religieux de Saint-Vannes, les qui affligeaient les monastères, et par signait chrétiennement à subir les mauvais s persécutions qu'il voyait s'approcher. Ces ents salutaires donnés alors par les esprits oits, qui presque toujours sont les plus claire devaient pas être entendus. Comme le cri l'oiseau des mers annonçant l'orage, se perd nulte et l'immensité des vagues, la voix proie l'un de nos derniers bénédictins resta sans lieu du choc des événements qui précédaient crise sociale prête à faire explosion. Sous les slle amoncela, les corporations monastiques, tant d'autres institutions du passé, furent fatalement, et leur chute fut si violente, aent en France, mais encore dans les autres i chrétienté, qu'elles n'ont pu que bien diffien relever jusqu'à ce jour.

trente années environ, de généreux efforts il», il p*l vraL nour soutenir ou reconsli-

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