AYANT SAINT BENOIT
brer encore, en l'animant de la seule présence de Dieu, Paulin acheva dans la retraite les dernières années de sa vie. Il la partagea entre de pieux exercices, le culte de la poésie et celui qu'il avait voué à ce saint patron auquel il voulut consacrer une nouvelle église. La description fidèle qu'il nous en fait dans une de ses épitres intéresse à la fois l'histoire du monachisme et de l'art chrétien, et vient nous révéler ce qu'était une basilique italienne à la tin du quatrième siècle.
L'entrée principale de l'édifice n'était point, selon l'usage primitif, tournée vers l'orient. Les trois portes, figurant l'image symbolique de la Trinité, et Couvrant sous le parvis, faisaient face au tombeau du martyr qui, selon l'intention exprimée par le constructeur, pouvait voir ainsi les flots pressés des fidèles déborder entre l'enceinte trop étroite du vestibule. Deux rangs de colonnes divisaient l'église en trois nefs, et de chaque côté s'élevaient deux chapelles latérales, de même que sur chacun des flancs de l'abside, on voyait le trésor contenant les vases sacrés, et celui qui renfermait les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament l. Mais non content de nous décrire son église, Paulin semble mettre un certain amour propre d'artiste à en détailler lui-même les peintures, et à expliquer pour quels motifs il a eu recours à ces ornements, que devait plus tard proscrire le zèle fanatique des Iconoclastes. « Dans celte longue série d'images, fait-il dire à saint Félix s'adressanl à . levùque Nicétas, l'art du peintre a fidèlement réuni tout ce qu'ont célébré les cinq livres écrits par le vieux Voïse. Viennent ensuite les triomphes de Josué; puis la
1 S. Paulin. Epist. ad Sever.
brève histoire de Iliilh, bien brève, mais aussi bien fertile en leçons. Voici Rulh qui suit sa pieuse mère, tandis qu'Orpha s'en sépare : image de lant d'autres destinées qui se diviseront comme celle de ces deux sœurs... On se demandera peut-être pourquoi, suivant une coutume encore rare, nous avons peuplé de représentations vivantes ces saintes demeures. Je vais en faire connaître les causes. Voyez venir des campagnes cette foule grossière qui, échauffée par la foi, a déserté ses habitations lointaines ! Tous, ils ont bravé les neiges et les frimas... Plût à Dieu seulement qu'ils ne troublassent point par des banquets profanes l'expansion de leur paisible allégresse ! xVussi, pour tromper leurs ennuis, nous avons jugé convenable de remplir celte sainte demeure de peintures religieuses, expliquées par des inscriptions, et la leçon de l'exemple se grave dans la mémoire avec ces pieuses images dont chacune porte en soi son enseignement et sa prière1. »
Dans ce tableau de mœurs, remontant aux première siècles de l'Église, et plaçant sous nos yeux un pèlerinage populaire accompli au tombeau d'un martyr en renom, comment ne pas reconnaître les ancêtres de ce peuple aujourd'hui encore si sensuel et si mobile, si plein de foi et d'imagination, qui ne sépare jamais l'art de son culte, et fait un spectacle de toute fête religieuse? Extraite de l'un des poèmes que Paulin composait, chaque année, pour solenniser l'anniversaire de saint Félix, cette description n'est qu'un exemple de beaucoup d'autres morceaux du même genre, et qui ont tous un singulier cachet de couleur historique et locale.
1 S. Paulin. Nataijs IX, De ad venin Mcetœ episcopi.
72 LE MONAGHISME
tienne, est venu féconder son intelligence. Transformée . par cette inspiration, que lui-môme appelle la semence du Verbe, nourrie de la lecture de la Bible, dont le style imagé lui rendait plus sensible encore la perpétuelle contemplation des œuvres du Créateur, sa pensée a pu prendre l'essor sur ces ailes qui, selon son expression, emportent notre esprit loin des misères de ce monde. Comme tous les maîtres de la vie spirituelle, il reconnaissait qu'au milieu des préoccupations extérieures, il est toujours possible à l'homme de trouver une retraite en soi-même, et qu'il n'est point pour lui de solitude plus vaste, ni plus paisible, que celle qui s étend à Tinfini dans les profondeurs de son âme. Voilà comment ayant persisté, malgré la charge de l'épiscopal, à mener l'existence austère et retirée d'un moine, saint Paulin est parvenu, pendant ses vingt dernières années, à composer un grand nombre de poemes, à entretenir une correspondance fort étendue, et, ce qui valait mieux encore, à remplir les devoirs de la plus tendre charité. Le prêtre Uranius, qui nous a raconté les circonstances de sa mort, rapporte que le pieux évoque étant à ses derniers moments, un clerc de son église lui dit avec une certaine inquiétude qu'il était redû quarante sous d'or, pour achat de vêtements qu'on avait distribués aux pauvres. « Mon fils, répondit saint Paulin, "n'ayez aucune crainte; il se trouvera quelqu'un qui acquittera la somme consacrée au secours de l'indigence. » Puis, le mourant s'étant mis à réciter le psaume : « J'ai levé les yeux vers les montagnes d'où me viendra mon secours, » il arriva qu'un prêtre de Lucanie se présenta de la part d'un riche personnage du rang des clarissimes, pour lui offrir en don une
quittait son sir*ge sénatorial pour entrer dans la no telle milice religieuse. Marié d'abord à Pauline, la ta siéme des tille* de sainte Paula, il perdit, toute jeu encore, h compagne qui lui avait fait connaître 1 pures jouissances de l'amour chrétien. La mort d'i fils avait détermina Paulin à s'éloigner du inonde ; chagrin causé par la perte de sa femme entraîna Pfci ma* hius à prendre le même parti. On le vit donc nevêl l'habit monastique, se consacrer humblement au se \iee des pauvres, et bient't ses vertus, son zèle étang lique. lui valurent les éloces de saint Jérôme qui félicita d"étre « le premier d»is moines dans la premiè des cités1. » D'autres passages delà lettre renferma cette flatteur qualiticatîou. montrent quelle estime quelle amitié le saint docteur avait vouées à son anck compagnon d'études, qui venait d'établir un hospice l'embouchure du Tibre. * La nouvelle m'est arrivé lui écrit-il. que tu as fondé pris du port d'Ostie i hospice pmir les pauvres voyageurs, planté sur le riva) italien un rejeton de l'arbre d'Abraham, et que là < Enée traça l'enceinte de son camp, lu bâtis une aut maison du pain. Comment aurait-on pu croire que descendant des consuls, l'honneur du sang des Camill se résoudrait à parcourir ta ville sous la robe noji d'un moine?... Kn répandant des libéralités pluspui santés que s'il donnait des jeux et des spectacles, il î concilie les suffrages des pauvres, pour obtenir les hoi neurs célestes dont il est si jaloux... Quelque grand qi soit le nombre des religieux nobles, puissants et sagi qu'on rencontre maintenant, je tiens mon cherPammi
• « f'rimuà inter monachos in prima urbo. • S. Hieron. £ptsf. i Pammach.
76 LE I03ACHISÏ1
crimes «le Rome, Aux descendants «les cruels domû teurs «in momie il fallait une aiitr*» arène pour de no Mies luttes et de nouveaux triomphes. Là, ils allaic macérer leur corps, emuiler leur» désirs» torturer les penchante, et surpasser par «les excès d ascétisme 1 excès de dissolution ou - étaient plongés leurs pères. Au milieu de Tentrainement des esprits versceqa peut nommer la tentation du monachisme, un chef,i régulateur était nécessaire, pour diriger ou contenir mouvement A saint Jérôme, plus qu à tout autre, convenait de remplir une tâche exigeant autant de » qu'elle imposait de responsabilité. Ce pieux reclus, q était venu dans si jeunesse a Rome pour y chercher science, et avait fini par y trouver la foi. exerçait aloi du fond de sa retraite, un empire incontesté sur la s ciété religieuse et monastique. Sans avoir, selon Toj nion commune, épuisé tous les plaisirs, avant sa réj nération par le baptême, il les avait assez connus pot en sentir le vide profond et les trompeuses amertunu La culture des lettres profanes, tout en charmant s imagination, n'avait pas plus satisfait à son ardent c sir de savoir, que la volupté n'avait rempli les dési insatiables de son caur. Après avoir complété son i struction par des voyages en Italie et dans la Gaule, était parti pour l'Orient, afin de rechercher, au- berce même du monaehisme, des exemples d'une perfecti morale bien supérieure à la sagesse antique. Ce que I beaux écrits de Platon, des stoïciens et des philosopfa d'Alexandrie ne lui avaient point enseigné, il l'appi dans ce livre de vivante morale dont les levons 1 étaient données par les solitaires de la Syrie et de Théhaïde. Ravi d'admiration, il se prit d'enthousîasn