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CHAPITRE XVII

Sanctuaire primitif élevé près du Sacro Speco. — Anciennes peintures qui le décoraient. — Église supérieure ou abbatiale. — Travaux ordonnés par l'abbé Jean Crescenzi. — Visite de l'impératrice Agnès d'Aquitaine à la Sainte Grotte. — Nouvelles fresques exécutées sous 'l'abbé Jean de Tagliacozzo. — La peinture chrétienne dans les monastères bénédictins avant l'époque de Giotto. — Fresques de Goncioli. — Deau caractère des peintures de Stamatico Greco. — La Mort et le Couronnement de la Vierge. — Représentation de la légende des Trois Vifs et des Trois Morts. — Crypte inférieure, chapelle et bâtiments claustraux se rattachant à la Sainte Grotte. — Impressions éprouvées en quittant le sanctuaire de Subiaco.

Après avoir exploré la bibliothèque et les archives du monastère de Sainle-Scholastique, je me mis en mesure d'accomplir la dernière et principale station de mon pèlerinage. Pour se rendre de cette abbaye au Sacro Speco, il faut suivre, pendant l'espace d'un mille, un chemin toujours montant et ombragé de chênes verts comptant plusieurs siècles d'existence1. Durant tout le

1 Le chemin étant parfois difficile, on a construit, à peu de distance de Sainte-Scholastique, une chapelle où les vieillards et les infirmes qui n'ont pas la force de gravir toute la montée' jusqu'au Sacro Speco,

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trajet, on a sous les yeux le cours de l'Anio qui bondit sur les rochers, et au delà le mont Carpineto dressant dans les airs sa masse sombre et imposante. En parcourant ce chemin si souvent battu par saint Benoit, et, après lui, par tant de saints personnages, il est impossible, comme le dit le Père Mabillon dans le récit de son excursion à la Sainte Grotte, de ne pas sentir son cœur pénétré d'une douce et religieuse émotion1. L'impression devient plus vive encore quand on arrive devant l'entrée de cette caverne qui, creusée dans les flancs du mont Taleo, abrita sous ses rudes parois la jeunesse du fondateur de l'ordre bénédictin. Là, se dit-on, victime volontaire et pieusement résignée au plus absolu des sacrifices, le descendant d'une famille patricienne vint ensevelir toutes les espérances d'une vie à laquelle les avantages de la naissance, de la fortune et du talent ouvraient les plus brillantes perspectives. Là, il médita, dans le recueillement de la solitude, cette grande institution monastique qui, au moyen âge et jusque dans les temps modernes, contribua si puissamment au progrès de la civilisation chrétienne et au développement des sciences profanes et sacrées. En se représentant ce que devait être cette retraite sauvage, avant que l'art et l'industrie de l'homme ne fussent parvenus à la

peuvent accomplir leurs dévotions. A l'extérieur de la chapelle qui a été restaurée en 18k28, on lit l'inscription suivante:

si kpntis sur eiwssf: jiGm segat .ton a sexectus,

SEC DETIH AU SACROS PR0CUBC1SSE SPECUS, SISTE, TIBI CŒL1 HJEC jEDES £RARIA PASDET, H.CC TIBI CŒI^STES PRODIGA FU5DET OPES.

1 Sacram specum. qu;c mille passibus inde abest, conscendimus non sine gestientis animi gaudio, dum tritam a Beatissimo pâtre atque sanctis hominibus viam incederemus. — J. Mabill., Iter italicxm, p. 129.

transformer complètement, on comprend quelle force de volonté, quelle puissance d'abnégation il fallut au jeune Benoît pour persévérer, en un tel lieu, dans ses projets de vie solitaire et ascétique. De là, ressort aussi cette vérité, que c'est surtout par le caractère que les esprits supérieurs arrivent au but qu'ils doivent atteindre, et deviennent non moins grands devant Dieu que devant leurs semblables.

La montagne où la Sainte Grotte se trouve taillée à vif dans le roc, n'est séparée d'une autre montagne qui se dresse en face, vers le midi, que par une gorge étroite et profonde. La nature n'avait donc laissé qu'un espace bien peu étendu en cet endroit pour y établir une demeure convenable ; mais à force de travail et de persévérance, on finit par y fonder un oratoire, avec un monastère contenant vingt cellules de moines et un petit enclos servant de jardin. L'oratoire, ou P église, se divise en trois parties superposées l'une à l'autre, dont la disposition et l'ornementation intérieure vont être décrites ici, selon l'ordre des temps auxquelles elles se rapportent. En remontantd abord jusqu'au siècle même de saint Benoît, nous voyons que l'abbé Honorât, qui le remplaça dans la direction du monastère des Saints Côme et Damien, voulut élever une petite église sur la partie du rocher formant retraite, où le pieux solitaire avait établi son oratoire. Plus lard, dans la grotte même que le patriarche des moines occidentaux avait sanctifiée en y demeurant, on fonda une autre église qu'on réunit à l'oratoire sous l'abbé Pierre, le sixième qui gouverna le monastère après saint Benoît. En 853, le pape Léon IV y consacra deux autels qu'il dédia, l'un à saint Sylvestre, Pautre à saint Benoît et à sainte Schola-

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stiquc, et pendant deux siècles, ce modeste sanctuaire, tout en gardant sa simplicité primitive, n'en fut pas moins fréquenté par un nombreux concours de fidèles. La piété d'un autre pape, portant le même nom, devait au onzième siècle contribuer à agrandir l'église de la grotte de Subiaco. Sous le pontiiicat de Léon IX, l'abbé Humbert fut encouragé par le pape dans la pensée qu'il avait conçue d'élever un édifice plus vaste sur Tune et l'autre crypte. Par cette expression « l'une et l'autre crypte, » — utramque cryptam , — employée dans les anciennes chroniques, il faut entendre la grotte où était l'oratoire, et celle qui, désignée sous le nom de Sacro Speco, avait servi d'habitation à saint Benoit. La nouvelle église construite à cette époque n'avait pas sans doute des proportions fort étendues ; mais elle suffisait aux besoins du culte, et son entrée principale s'ouvrait alors sur la partie de la montagne où croissaient des buissons de ronces sauvages convertis ensuite en un jardin de roses.

Le successeur de l'abbé Humbert, l'abbé Jean V voulut augmenter encore l'étendue de l'église du Sacro Speco. Issu de la famille Crescenzi, et ancien religieux de l'abbaye de Farfa, il avait des relations suivies avec le célèbre cardinal Uildcbrand, et il était du voyage que ce dernier avait fait à Subiaco, pour y établir la réforme ordonnée par Alexandre II. Après avoir été placé, en 1062, à la tête de l'administration du monastère, l'abbé Jean fut nommé cardinal par le pape Grégoire VII ; mais bien que promu à lu dignité de prince de l'Église, il n'en conserva pas moins l'abbaye deSainle-Scholastique alors unie à celle du Sacro Speco. Le cardinal Crescenzi employa tous ses soins à poursuivre la construction de

l'église de ce dernier monastère, el il l'acheva telle qu'elle est resiée jusqu'à présent. Quel que soit l'aspect sous lequel on le considère, ce monument est vraiment digne d'être étudié par l'antiquaire et par l'artiste, surtout si l'on se reporte au temps où il fut élevé et aux difficultés qu'il fallut vaincre pour le construire. Dans cette réédiiicalion, on fut obligé de démolir les deux autels consacrés par Léon IV, et qui étaient fort endommagés par l'humidité; puis on pratiqua un escalier composé de deux parties, et conduisant de l'ancien oratoire de saint Benoit à la Grotte Sainte proprement dite. Vers le môme temps, les peintres les plus habiles furent appelés de Rome pour décorer la voûte de fresques monumentales, car tout porte à croire que cette partie de l'édifice fut ornée de peintures avant les parois latérales. Les figures gigantesques des anges et des saints représentés sur la voûte rappelaient par le style et l'expression ces mosaïques byzantines qu'on admire dans les anciennes basiliques de l'Italie, et qui indiquent en même temps la main el les procédés d'artistes formés à l'école des Grecs. Le goût moderne, qui s'attache surtout à l'effet extérieur et à la perfection matérielle, peut aujourd'hui regarder d'un œil dédaigneux ces types étranges mais singulièrement expressifs qui, pendant plusieurs siècles, furent invariablement reproduits par la piété autant que par le génie tout symbolique des premiers peintres chrétiens. Or, bien différent était sur ces questions le jugement des hommes du moyen âge. Animés du sentiment profondément religieux qui avait inspiré les œuvres des artistes, leurs contemporains, ils regardaient ces pieuses représentations avec les yeux de la foi, et n'y cherchaient qu'un

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nouvel aliment à la ferveur dont leur âme était remplie. Ouvrons, par exemple, celle des chroniques de Subiaco, qui a été rédigée par le plus ancien compilateur, et nous verrons en quels termes admiratifs l'écrivain parle de ces peintures exécutées sous le pontificat de Grégoire VII. « Les voûtes de l'église, dit-il, furent alors décorées de peintures dans lesquelles la main d'artistes excellents sut combiner avec une rare perfection les couleurs les plus variées. Là, les regards sont frappés de la vivacité du coloris, de la disposition harmonieuse et, je dirai, de la convenance parfaite des figures, de sorte que les spectateurs charmés ne peuvent détacher les yeux de ces tableaux1. »

Comme on l'apprend encore par les chroniques locales, les travaux d'ornementation faits à l'église de Subiaco furent poussés assez avant par le cardinal Jean Crescenzi, pour qu'il y pût recevoir l'impératrice Agnès d'Aquitaine, veuve de l'empereur Henri III. Après avoir visité, ainsi que nous lavons vu, le tombeau de saint Benoit à l'abbaye du mont Cassin, cette princesse avait voulu faire un pèlerinage à la première habitation du saint qu'elle vénérait particulièrement. C'était en 1077, époque où l'Italie et l'Allemagne étaient vivement agitées par la récente explosion de la guerre des Investitures. Mécontente de la conduite de l'Empereur, son fils, que sa violente rupture avec l'Église romaine avait fait frapper d'excommunication, l'impératrice Agnès était venue chercher au delà des Alpes des consolations

1 a Concamerationes coloribus perfootissimis mulla pictomm arte pnrcellentium pictura decorantur. Ibi spoctare est colorum et figuraruni tain venustatem quamordiuem, et, ut ita dicam, decentiam ; quod oculi inspcctantium facile et cum delectatione teneantur, p — Chronic. Sublac.

religieuses qui pussent adoucir l'amertume des chagrins dont elle avait été abreuvée. Au moment où sa piété la portait à s'incliner et à prier humblement devant l'antique berceau du monachisme occidental, le fier Henri IV, placé sous le coup des foudres du saint-siége et de l'insurrection de la noblesse germanique, passait aussi les monts pour aller, en suppliant, solliciter son pardon aux portes du château de Canossa. Singulière différence entre la situation et les sentiments de la mère et du fils, et les conséquences dont les actes de chacun d'eux devaient être suivis ! Ranimée par la force morale que la prière communique toujours aux cœurs sincèrement religieux, Agnès d'Aquitaine avait oublié, en partie, ses douleurs passées, et se sentait le courage nécessaire pour supporter celles que l'avenir réservait à ses derniers jours. L'adversaire de Grégoire VU, au contraire, irrité de l'humiliation que le pape lui avait imposée à Canossa, quittait cette forteresse avec un implacable désir de vengeance, et tout prêt à rompre sa réconciliation forcée avec le chef de l'Église.

Les travaux d'embellissement, commencés sous l'administration de Jean V à l'église et au monastère de San Benedetto furent repris activement par Jean VI, l'un de ses successeurs. Nommé d'abord prieur du Sacro Speco, quand le pape Innocent III voulut établir une communauté de moines indépendante du monastère de Sainte-Scholastique, il avait été ensuite élevé à la dignité abbatiale, en 1217. Après avoir fait achever la route conduisant de l'oratoire de Santa Crocella à la grotte de Subiaco, il établit dans l'église une communication nouvelle qui permettait aux religieux de se rendre directement de leurs cellules dans le chœur. Désirant, en

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outre, témoigner sa reconnaissance pour les bienfaits d'Innocent III, il en consacra publiquement le souvenir, en plaçant près de l'escalier du Sacro Speco l'effigie de ce grand pape, au-dessus du diplôme pontifical renfermant les concessions et privilèges attribués à l'abbaye1. Dans ce monument de l'art du treizième siècle, curieux à étudier surtout pour les costumes, on remarque une figure de religieux qu'on doit supposer être celle de l'abbé Jean VI, qui se trouve représenté là en sa qualité de prieur du monastère de San Benedetto, titre sous lequel il est alors désigné dans l'acte pontifical. Les chroniques de l'abbaye nous apprennent que ce môme abbé Jean, dit de Tagliacozzo, fit exécuter de nombreuses peintures dans l'église, pendant les dix années que dura son administration, c'est-à-dire, de 1217 à 1227. D'autres fresques, qui ornent la crypte du milieu, sont également de la première moitié du treizième siècle, époque antérieure à Giotto, et même à son maître Cimabue, dont la célébrité ne s'établit qu'à la fin de ce même siècle*. Remarquons, à ce sujet, que tout en reconnaissant les éclatants services rendus à l'art par ces deux rénovateurs de la peinture en Italie, il faut pourtant admettre que longtemps avant eux, un certain nombre de peintres italiens s'étaient distingués par des travaux qui sont loin d'être indignes d'attention. Pour ne citer qu'un exemple parmi tous ceux que pourrait nous fournir l'histoire d'autres monastères, n'avons-nous pas vu déjà, au onzième siècle,

* Ce diplAme porte la date de 1215, quinzième année du pontificat d'Innocent III.

* fiiovanni Cimabue, né en 1240 et mort m 1310, ne fut dans tout l'éclat de son talent et de sa réputation qu'à dater de 1280.

l'abbé Jean Crescenzi faire orner la voûte du Sacro Speco de peintures dont la perfection relative prouve que, dès cette époque, l'art était cultivé avec succès dans l'Italie centrale?

Quant aux anciennes fresques de l'église de San Benedetto, il convient de faire observer encore que, selon toute vraisemblance, elles ne doivent pas être considérées comme étant exclusivement l'ouvrage d'artistes byzantins. En effet, les peinlres d'origine grecque ne furent pas les seuls qui apportèrent à l'Italie du moyen âge le secours de leur art et les productions d'une école toute hiératique. Rome, Florence et d'autres villes de la Péninsule avaient des peintres déjà nombreux à cette époque reculée, et Cimabue, Giotto, en s'éloignant des règles fixes d'un art conventionnel, pour se rapprocher de la nature plus fidèlement étudiée, ne firent que perfectionner l'œuvre commencée par leurs prédécesseurs. Que l'on consulte les recherches faites sur les peintres et les sculpteurs italiens qui vécurent de l'an 1000 à Tan 1300, on verra notamment que, dans la magnifique église du monastère de Saint-Paul-hors-des-murs, se trouvait, ainsi que nous avons eu l'occasion de le rappeler, une série de portraits de tous les papes jusqu'à saint Léon1. Ils avaient été exécutés par ordre de ce dernier pontife, afin d'établir d'une manière sensible la succession des chefs de l'Église sur le siège de saint Pierre.

Dans une autre basilique de Rome, à Saint-Urbain, on remarque aussi des peintures, portant la date de

1 Cette série de portrails fut continuée de siècle en siècle, jusqu'à l'époque du dernier incendie de la basilique de Saint-Paul-hors-desmurs.

Si poursuivant l'étude des fresques de San BenedeUo, nous nous reportons à une époque moins ancienne, nous remarquerons d'abord que celles qui ornent l'église supérieure, dite l'église abbatiale, paraissent être également antérieures à Giotto, autant qu'on peut en juger par les documents tirés des archives. Cette observation est d'autant plus importante pour l'histoire de l'art, que plusieurs de ces peintures dont la description va suivre, sont vraiment admirables d'expression. Lorsqu'on entre dans l'église abbatiale, qui est formée de deux travées et surmonlée d'une voûte on ogive, on est frappé par le grand effet que produisent les fresques peintes sur fond d'azur, et venant si bien se fondre dans le système ogival qu'on regrette de voir trop rarement appliqué à la construction des édifices religieux en Italie. Le grand arc, faisant face à l'entrée, est placé au-dessus de l'enfoncement où s'élève l'autel qui est en marbre incrusté de mosaïques et d'émaux. Sur la partie de la voûte qui se présente la première, et qui n'est pas de la même hauteur que cellequi recouvre le chevet du monument, apparaissent d'abord quatre principaux docteurs de l'Église. Puis, du côté du nord sont rangées quatorze figures de prophètes annonçant la venue du Sauveur.

La naissance du Christ et différents traits de sa vie mortelle sont représentés sur la paroi méridionale, tandis que la scène du crucifiement est figurée, au contraire, du cùté de l'Occident. Est-ce dans une intention symbolique que l'artiste a voulu que le drame de

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la Passion se dénouât vers le point où finit le jour? On pourrait le supposer, en se rappelant que cette intention, clairement indiquée ailleurs par la sculpture et la peinlure sur verre, était conforme aux idées contemporaines, dont saint Thomas d'Aquin s'est fait, en poésie, l'interprète si éloquent? N'est-ce pas, en effet, dans une de ses plus belles hymnes que le docteur Angelique dit du Verbe élernel « qu'il parvint au soir de sa vie, au moment d'accomplir la consommation de son œuvre1?» Cette œuvre est consommée : le Christ, dans la fresque de Subiaco, est étendu sur la croix; de ses plaies jaillissent des flots de sang que des anges recueillent dans des coupes, pendant qu'au ciel d'autres anges saluent de leurs chants l'Agneau divin qu'ils remercient d'avoir racheté le monde. Une particularité h signaler encore dans ce tableau du Crucifiement, c'est que Tûrne du bon larron, appelé saint Dismas, est emportée au paradis par un esprit céleste, et celle de Gesraas, le mauvais larron, devient la proie d'un démon tout noir*. Ici se montre dans sa crédule simplicité l'esprit

* Ad opus suum exiens,

Ycnit ad vitîo vcspcram,

Hymii. in Oflic. festi Corp. Christi.

* l'n recueil de litanies, datant du onzième siècle, et conservé à l'abbaye de Sainte-Scholastique, renferme cette étrange invocation: Saucte Dismas, latro de cruce. Quant à l'autre nom, celui de Gesraas, il se trouve dans un évangéliaire de la biblioUièque d'Angers, remontant également au onzième siècle. Outre l'image des deux larrons qui, sur la miniature de ce dernier manuscrit, sont attachés à deux petites croix occupant un plan bien inférieur à celle du Christ, on voit représentés les soldats désignés par la légende sous les noms de Longinus et de Stefanus, dont le premier perce le Sauveur de sa lance, et le second lui offre l'éponge imbibée de vinaigre. De chaque ©6té, d'autres personnages se partagent les vêtements du Crucifié que le miniaturiste a représenté avec un visage sévère, des yeux d'une grandeur démesurée, ainsi qu'une longue chevelure et une barbe divisée en deux parties. En ce qui concerne personnellement le lion larron, on sait

du treizième siècle, dont l'art chrétien reproduit fidèlement les croyances les plus naïves, comme il a su en représenter ailleurs les idées les plus élevées. Quoi qu'il en soit, cette fresque de la Passion, bien que la couleur en ait été un peu détériorée,* n'en est pas moins remarquable par l'ensemble harmonieux des groupes, la vérité des attitudes, et la variété des costumes et des draperies.

S'il était convenable que la vie du Christ remplit les compartiments supérieurs de l'église, il ne l'était pas moins que saint Benoit, placé au-dessous de son divin modèle, décorât de sa légende les parties inférieures de l'édifice qui lui est consacré. Pour .retracer les principaux traits de cette légende, l'artiste s'est naturellement inspiré des Dialogues de saint Grégoire, et souvent le charme poétique du récit semble avoir passé dans quelques-unes des scènes représentées par le peintre. Quant au saint ponlife lui-même, qui fut l'admirateur et le biographe de saint Benoit, il devait avoir aussi son sanctuaire et son autel près du Sacro Speco. Cette chapelle, qui se trouve faire suite à l'ancienne entrée de la

qu'il reçut autrefois, dans quelques parties de l'Espagne et du midi de la France, un culte officiel, comme étant le premier des élus auquel Jésus-Christ lui-môme avait ouvert la porte du ciel. Au tome V de l'ouvrage espagnol Historia de Fray Gcrundio de Campazas, l'auteur, parlant des deux larrons, appelle le bon Dimas, el le mauvais Gestas, conirairemenl à une autre opinion exprimée dans les vers suivants :

Imparibus nier i lis tria pendent corpora ramis, Dimas, Gestas; in medio estDivina Potestas; Dimas damnatur, Gestas super astra vocalur.

Dans le discours terminant le chapitre de l'ouvrage espagnol qui vient d'ôtre cité, l'orateur, après avoir interpellé saint Augustin et saint Jérôme, reçoit deux en réponse un texte venant à l'appui de la tradition qu'il prétend être la meilleure. — Consult. sur les deux larrons YÉvangile : apocryphe) de Nicodème et le Codex apocryphus Novi Testamenli de Fabricius.

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Sainte Grotte, offre également un intéressant spécimen de la peinture pendant la première moitié du treizième siècle. Entre autres tableaux, on y a représenté la consécration de ce sanctuaire dédié par Grégoire IX au pape saint Grégoire le Grand. Ce pontife y est représenté avec une tunique blanche, recouverte d'une dal ma tique rouge, et les mains étendues sur l'autel qu'on lui dédie, il prononce ces mots : vere locvs iste sahctcs

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