I.E SACRO SI»ECU
«Ire pour un épithalame antique. Par un rapprochement qui în'étonna, je remarquai dans cette canzone une stance à peu près semblable à Tune des strophes de la dernière improvisation de Corinne : «Comme te feu, Ta* mour crée le monde et le consume; il brûle nos coeurs, mais il les purifie. » Venaient ensuite des vœux pour la félicité future de l'enfant né de l'union des deux jeunes époux, dont le chant célébrait les vertus et le bonheur. In refrain, répété en chœur, entrecoupait chaque stance, et fournissait à la joie de tous le prétexte de la plus bruyante explosion '.
Mais voici que tout à coup, au milieu de cette allégresse, les voix se taisent, les fronts se découvrent, cl chacun des assistants, un genou en terre, incline la tête, en se signant avec dévotion. C'était au bruit d'une clochette et à l'aspect d'un vieux franciscain que ce
1 Les étranger», Mirloul ceux qui viennent des froides contrée* du Nord, sont souvent étonnés de l'originalité des conceptions, de la vivacité des images et de l'élévation des sentiments qui se rencontrent dans les chants populaires de l'Italie. Ces chants, qui retentissent d'une extrémité à l'autre de la Péninsule, ont tous une variété de ton qui les distingue, selon la région, l'époque et le dialecte auxquels ils appartiennent; mais, comme la plu|Kirt des produits de la musc du peuple. ils sont anonymes et ils se renouvellent de terni» en temps, sans que les auteurs en soient connus. Dans l'Italie méridionale, là où le caractère italien est plus gai, plus expan>if. et disons-le, plus facilement porté à la licence, les chants populaires. |>ar un contraste digne de remarque, ont parfois une gravité de ton, une certaine portée philosophique et morale, qui se manifestent en continuelles réflexions sur les devoirs de l'homme, la fragilité de sa vie et l'inconsistance des choses humaines. Uuanl au rliythine, il a quelque chose de pénétrant et de mélancolique, et il a pu fournir des inspirations à quelques-uns des plus célèbre» compositeurs de notre époque, notamment à Ross in i, dans un chœur du Moïse. Nous rappellerons, en terminant cette note, que de nos jour* labbé l'arzaucse, ce Bérangcr chrétien des classes populaires en Italie, a su donner une forme pleine de grâce et d'élévation à des» chants dont les (loétiques légendes de la Calabtv lui ont en partie fourni les sujets. Trois recueils de ces chants ont été publies sous les litres de II Yiggianese, Canti popolari et Canli del povero.
brusque changement de scène s'était opéré. Le religieux dont la couronne monacale était blanchie par l'ùge, portait les derniers sacrements à un autre vieillard habitant une métairie voisine, et il s'apprêtait à gravir un sentier tortueux, suivi du fils et des petits-fils du moribond. Ce second cortège traversa le premier qui, sétant rangé pour lui faire place, poursuivit son chemin, après quelques instants donnés au recueillement et à la prière. En entendant alors ces hommes, si joyeux tout à l'heure, répéter sur un ton grave quelques stances fort touchantes, célébrant les vertus d'un bon pasteur, je me rappelai une autre canzone dont Fauteur des Chants du pauvre a reproduit ainsi les traits les plus frappants :
«Silence! Cessez le bruit. Ne voyez-vous pas venir notre bon pasteur? Il s'avance à pas lents le vénérable vieillard; ôtez votre chapeau.
« Le pauvre ! Il a les cheveux rares et blancs ; il vient de loin, fatigué, épuisé. Toute la nuit, il a veillé avec les anges près de la couche d'un malade.
« Courez, petits enfants, allez lui baiser les mains, ces mains qui vous ont faits chrétiens au jour de votre naissance, ces mains qui essuient la sueur sur le visage du pauvre qui va mourir. »
Cependant, la petite troupe qui accompagnait le Père franciscain se grossissait, à mesure qu'elle approchait de son but, d'un certain nombre de paysans empressés d'abandonner leur travail pour marcher à la suite du saint viatique. Le religieux, qui semblait être connu d'eux tous, accueillait d'un regard paternel ces gens au cœur simple, venant adorer un Dieu caché sous des voiles symboliques que leur foi vénérait, sans en bien concevoir le mystère. Après avoir observé avec
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quelle respectueuse sympathie ils se rangeaient autour de ce vieux moine, vêtu d une robe grossière qu'une corde à nœuds ceignait autour de ses reins, je constatai une fois de plus quels liens intimes et profonds unissent toujours les religieux mendiants aux classes inférieures de la société italienne. Se recrutant parmi elles, et pour elles se dévouant tout entiers, ils président aux différents actes de leur laborieuse existence, et, du berceau à la tombe, ils les guident incessamment dans le rude chemin dont ils leur adoucissent les aspérités et les fatigues. C'est surtout des religieux de cet ordre qu'on a eu raison de dire que le vrai moine est peuple, et ne peut être que peuple, ne fût-ce qu'à cause de sa pauvreté au moins individuelle. Quoi qu'il en soit, témoin de ces deux scènes qui venaieut de m'offrir un si étrange contraste, je rentrai à Subiaco, en réfléchissant à ce mouvement continuel des générations humaines qui, pareil au flux et au reflux des eaux de la mer, les pousse en sens inverse, et fait que Tune entre dans la vie au moment même où une autre est sur le point d'en sortir.