COJUS ANIMA REQUIESCAT IN PACE
toucher au port, comme ces reliques qui, autrefois poussées vers les rivages de l'Italie, allaient enfin être transférées dans la nouvelle basilique élevée par le duc Robert.
Tout plein des souvenirs de ce glorieux pontificat qui, en 1085, se dénoua par l'exil et la mort de Grégoire VII, j'entrai donc dans cette église, cherchant l'endroit où reposaient les restes de celui dont la vie tient une si grande place dans l'histoire de la papauté. A la première vue, on est frappé, en parcourant la cathédrale de Salerne, du grand effet de ses trois nefs, de la diversité des marbres précieux qui la décorent, et de la richesse de la mosaïque dont le fond et le grand arc de l'abside sont revêtus. Après avoir admiré en passant les deux chaires soutenues par des colonnes de porphyre, et placées 5 chaque extrémité de la nef centrale, je me dirigeai, à droite, vers une chapelle dont la magnificence attira mon attention. Fondée par le célèbre Jean de Procida, qui joua un rùlc si important dans la sanglante tragédie des Vêpres Siciliennes, cette chapelle est ornée d'une mosaïque et d'un superbe autel en bois sculpté, tout incrusté de bas-reliefs d'ivoire dans le meilleur style du treizième siècle. A gauche de la composition formant le sujet de la mosaïque, se détache une grande image de saint Fortunat, portant, mais sans couronne, le splendide costume des empereurs, et lenant de la main gauche une croix latine blanche qu'il montre de la main droite. L'aspect et la tenue de ce saint peuvent faire supposer qu'il représente le roi Manfred *, dont Jean de Procida fut le médecin et l'ami.
Cette opinion est aussi celle de M. le duc de Luynes, qui a visité avec un soin et un goût si éclairés les principaux monuments de l'Italie
Quant à ce dernier, comme fondateur de la chapelle, il figure lui-même à genoux devant l'image de saint Matthieu, avec cette inscription placée au-dessous des deux figures :
HOC STYDIIS MAGNIS FECIT PIA CVRA JOHARHIS DE PROCIDA, DIC1 MERVIT QU£ GEMMA SALERAI f .
C'est dans celte chapelle, dite de Procida, que se trouve le tombeau de Grégoire VII. Avant de parvenir jusqu'au monument élevé à sa mémoire, on passe devant plusieurs tombes de cardinaux et d'archevêques, qui sont là comme pour faire cortège au souverain pontife et garder fidèlement ses restes, après avoir, de son vivant, fidèlement suivi sa bonne et sa mauvaise fortune. En arrivant près du tombeau que j'étais venu chercher de si loin, je regrettai, je l'avoue, de ne plus retrouver le simple et primitif monument que Robert Guiscard, quelques jours avant de mourir lui-même, ordonna d'élever au pape, son allié. En effet, j'avais devant moi un tombeau en marbre, dans le goût de la Renaissance,
méridionale, et à l'obligeance duquel nous devons la communication de plusieurs notes relatives à Monte Vergine, notes qui ont utilement servi à compléter nos observations personnelles.
1 Cette chapelle renferme encore une autre inscription relative à ce personnage et offrant un certain intérêt historique. A la prière de Jean de Procida, Manfred avait fait construire une jetée dans le port de Salerne. Ce monument, détruit par le choc des Ilots, est depuis longtemps en ruines. L'inscription qui y avait été placée resta abandonnée sur le sable du rivage jusqu'à l'époque où Agostino Guarna la lit transporter dans l'Église de Saint-Matthieu. Elle était ainsi conçue :
ANNO DOMlN'i MCCLX, DOMINVS MAXFREDVS, SIAGXIFICVS REX SICII.I.C,
DON!*! IMPF.RATORIS FRIDERICI FILIVS CCM IXTERVEXTV D0MI5I J0AX!(1S DE PROCITA.
MAG*1 C1VIS SALERX1TAM, DOMUH IS8VI.J: PROCIT.E, TRAMOXTIS,
CAJAWI ET BARON*; P0STIL10XIS, AC IPS1VS DOMIXI REGIS 80CH ET FAMTLIARIS,
HUlfC PORTVM FïERI FECIT.
et Tinscription m'apprit bientôt qu'au seizième siècle, le monument primitif étant tout à fait tombé en ruines, un archevêque de Salerne l'avait remplacé par celui que Ton Voit maintenant. Après avoir dormi cinq cents ans au fond de sa tombe, Grégoire VII fut donc exhumé solennellement, et tous ceux qui assistèrent à la cérémonie constatèrent que son corps était dans un parfait état de conservation, aussi bien que les habits pontificaux dont il était encore revêtu. L'archevêque Colonna le déposa de ses mains dans la nouvelle sépulture qu'il lui avait fait ériger, et sur l'une des faces on grava cette inscription que nous reproduisons ici, comme spécimen du style lapidaire adopté au seizième siècle :
GREGORIO VII SOANNENS.
PONT. OP. MAX. ECCLES. LIBERTATIS VINDICI ACERRIMO ASSERTORI CONSTANTISS. QUI RDM ROM. PONT. ADCTORITATEM APVERSUS HEKR1CI PERFIDIAM STRENUE TUTAR. SALERNI SANf.TF DECDBDIT A. D. MXXCV, VIII KAL. JUN.
B. A. COMJMNA MASIL. BONO
RIENS. ARCHIEPISC. SALERN.