ANDR01SE LE GAMALDULE
société contemporaine, en dehors comme au dedans des cloitres l.
Parti du monastère des Anges, le 11 octobre 1431, pour assister d'abord à ce qu'il appelle les Comices de son ordre, Àmbroise continua pendant l'année 14321a mission dont il avait été chargé par Eugène IV. Il va de communauté en communauté, poursuivant son enquête sans relâche, se rendanl compte du bien et du mal, ici encourageant les forts, là soutenant ou réprimandant les faibles, ailleurs châtiant sans pitié les sujets vicieux et incorrigibles. Parfois les actes de violence et d'inconduile sont si scandaleux, que le visiteur apostolique, pour l'honneur du corps, juge plus prudent de remplacer la procédure juridique par une information secrète, ordinairement suivie d'une censure à huis-clos prononcée contre le coupable*. Plus heureux sur d'autres points de sa visite, il se réjouit à la vue de communautés où règne une exacte observance, et l'Ame allégée du poids qui l'oppressait en entrant, il part content d'avoir pu féliciter les moines de leur vie régulière.
Appelé, sur la désignation du pape, à représenter la république de Florence au concile de Bâle, le général des camaldules s'arrêta d'abord à Ferrare où, dans un discours fort remarquable, il complimenta l'empereur Sigîsmond. Il venait de recevoir du
1 UHodœporicon, fut publié à Florence, en 1678, par le P. Bartholini, clerc régulier de la congrégation de la Mère de Dieu, sur un manuscrit que lui communiqua Magliabecchi, bibliothécaire du grandduc de Toscane.
1 Pnecepla secret iora tradimus, quae scriptis ligare ob illius et nostrum ipsiusque monasterii bonorem noleramus... — Ambr. Camald., Uodœporicon.
prince la confirmation des privilèges de son ordre, quand une grave et pénible nouvelle lui fut apportée. Par suite d'une de ces révolutions si fréquentes dans les annales florentines, un décret de bannissemenl avait été prononcé contre Laurent et Côme de Médicis, et le premier s'était réfugiéà Bologne, tandis que le second était retenu prisonnier à Florence. Ambroisc s'empressa de porter d'abord ses consolations à Laurent ; mais celuici montra tant de courage, tant de résignation au milieu de ses revers que, les rôles venant à changer, ce fut lui qui consola le religieux du chagrin que lui causait le malheur doses amis. Désirant ensuite obtenir la liberté de Côme, le général descamaldules se rend à Florence. Il se présente devant les prieurs du Grand Conseil, et par sa parole aussi habile que touchante, il désarme les uns, émeut les autres, et parvient à pénétrer jusqu'au fond de la prison où l'illustre captif était gardé à vue1. Ambroise trouva Côme non moins résigné que son frère, et aussi digne dans sa tenue, aussi calme dans son langage que lorsque, naguère, gonfalonier de la République, il était au faite des grandeurs. En présence d'une infortune si noblement acceptée, Ambroise n'en fut que plus ardent, à poursuivre, de concert avec les ambassadeurs Vénitiens, la délivrance de son ami et de son protecteur, et Côme de Médicis, rendu enfin à la liberté, partit la nuit de Florence pour aller en exil à Venise.
1 Les ennemis personnels de Côme de Médicis, qui l'accusaient d'avoir trahi les intérêts de la République en s'alliant avec François Sforza, avaient voulu le faire empoisonner ou étrangler par son gardien, le chevalier Frédéric de Malavolti. Mais ce dernier, dit le biographe Fabroni, appréciant son honneur plus haut que toutes les offres qui lui étaient faites, les repoussa avec indignation, et rassura môme son prisonnier sur les justes alarmes qu'il avait pu concevoir.