AMBROISE LE CAMALDULE
Ces devoirs remplis envers la reconnaissance et l'amitié, le général des camaldules se mit en roule pour Bûlc, afin d'agir sur les dispositions du concile dont le pape Eugène IV avait prononcé la dissolution, en indiquant la réunion d'une nouvelle assemblée à Bologne. Chargé du soin de ménager un rapprochement entre le chef de l'Église et les Pères du concile jusqu'alors restés sourds à ses injonctions, Ambroise arriva à Bâle, en qualité de nonce du pape, et y fit son entrée à la tête d'un nombreux cortège formé de prélats, d'ambassadeurs des diverses puissances et de 400 cavaliers qui étaient allés au-devant de lui. Le soir même de son arrivée il eut une entrevue avec le cardinal Julien Cesarini, légat du saint-siège auprès du concile, et qui était beaucoup plus dévoué aux intérêts de rassemblée qu'à ceux du pontife. Le légat, mêlant la grande question de la réforme de l'Église aux minces débats de ses affaires personnelles, se plaignit vivement des procédés de la cour romaine qui le laissait manquer de tout à Bâle, sans songer à lui payer les mille écus promis sur sa pension. Ambroise essaya de le calmer, l'assura que les engagements pris avec lui seraient tenus, et bientôt il agit assez puissamment sur ses dispositions pour qu'il crût pouvoir écrire au pape, en le mettant au courant de tout ce qui se passait au concile. « Depuis notre arrivée en celte ville, l'atmosphère, qui auparavant était chargée de nuages, s'est merveilleusement rassérénée, et le changement est tel qu'un grand nombre de personnes espèrent que les esprits reprendront également leur calme et leur sérénité. » L'espoir exprimé parle nonce d'Eugène IV ne se réalisa point. Les efforts de son éloquence qui pendant
plusieurs séances captiva l'admiration de toute l'assemblée, purent rallier quelques partisans au souverain pontife ; mais ils n'empêchèrent point la publication du décret par lequel le concile, étendant la réforme jusqu'aux droits du chef de l'Église, supprimait les annates et autres revenus du siège apostolique.
De Bâlele général des camaldulesfut envoyé à Vienne auprès de l'empereur Sigismond, afin de négocier la translation définitive du concile à Ferrare. Ayant réussi pleinement, il revint, au mois de mars 1436, auprès du souverain pontife qui se trouvait alors à Florence et il en fut parfaitement accueilli à cause du zèle qu'il avait apporté à remplir sa mission. Revenu enfin, après tant de pérégrinations, à l'ermitage de Camaldoli, il s'occupa de rétablir Tordre qui avait été troublé pendant son absence, et profita des loisirs de sa relraite pour traduire plusieurs Discours de saint Grégoire de Nazianze dont il dédia la version latine à l'archevêque de Milan. Quelque temps après, quand Eugène IV convoqua successivement les conciles de Ferrare et de Florence, pour remplacer celui de Bàle, le général des camaldules reparut encore avec honneur dans l'une et l'autre assemblée où il servit d'interprèle aux représentants de l'Église grecque. Il y apporta d'autant plus d'ardeur que son vif désir était devoir se terminer le schisme qui divisait les Grecs et les Latins. Avant même que cette grande question ne fût traitée dans un débat solennel, il n'avait cessé de solliciter le pape et les personnages les plus éminents du concile de faciliter par lous les moyens le rapprochement sur lequel l'assemblée avait à délibérer.
« Je recommande aussi instamment que possible à
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Votre Béatitude, écrivait-il à Eugène IV, l'affaire des Grecs, afin que la sainte union si désirable, si nécessaire entre les deux Églises soit définitivement accomplie, surtout, quand la question, avec l'aide de Dieu, en est venue h ce point qu'elle dépend aujourd'hui de la volonté et do la décision de Voire Sainteté. » Puis, sa sollicitude s'étendantdes intérêts de l'Église à ceux de la chrétienté mise en péril par l'invasion des Turcs, il presse le pontife de donner à l'empereur Jean Paléologue les secours dont il a besoin contre ses terribles adversaires. « L'union étant une fois terminée, ajoute-t-il, que l'empereur retourne dans ses États avec honneur et entouré d'un puissant appareil; qu'une flotte soit préparée a cet effet, non-seulement pour l'accompagner et le proléger pendant son voyage, mais encore pour inspirer une juste terreur à ses ennemis f. »
Aux conciles de Ferrare et de Florence, Ambroise fut heureux de se retrouver avec quelques-uns des cardinaux qu'il avait connus à Bâle, et qu'il était parvenu à rattacher à la cause du souverain pontife. Leur commune influence jointe à celle qu'il exerçait lui-même sur les évéques et abbés venus de l'Orient, contribua singulièrement à l'union des deux Églises. Dans les controverses qu'il soutint tour a tour en grec ou en latin devant l'empereur de Constantinople et les membres du concile, son action personnelle fut si grande que Bessarion, alors archevêque de Nicée, déclara hautement reconnaître comme vrais les principes soutenus par l'Église romaine, et vouloir signer de sa main la déclaration que sa bouche venait de prononcer. Ce fait important se passait à Florence, le 44 avril 4439, et tous les 1 Ambr. camald., Epist. ad Eug. pp. IV.
représentai) Is de l'Église grecque, ayanl adhéré aux chapitres sur lesquels portait le différend, le général des camaldulcs fut, de tous les abbés, le premier à souscrire le décret rendu à ce sujet par le concile.
En récompense de la part considérable qu'il avait prise à un rapprochement poursuivi depuis tant de siècles, Àmbroise fut gratifié par les plus grands personnages de l'empire grec de manuscrits précieux et de magnifiques objets d'art dans le style byzanlin. Selon le témoignage de Paul Jove, l'assemblée entière était unanime avec les cardinaux et le souverain pontife, pour comprendre toutes les obligations dont l'Église lui était redevable, et reconnaître qu'il avait mérité de revêtir enfin la pourpre romaine que sa modestie lui avait fait refu • ser jusque-là. Ce prix que la voix publique lui décernait, une mort inattendue l'empêcha de l'obtenir, a Après tant de glorieux travaux, dit le Père Edmond Martène,et en compensation d'un honneur qu'il ne put recevoir, une gloire immortelle convenait mieux à ses mérites. » Atteint de la peste qui fit alors tant de ravages en Toscane, Ambroise le Camaldulc mourut à Florence au ïnois de novembre 1439, emportant les regrets de ses religieux, des érudits et de tous ceux qui l'avaient connu. Sa renommée était si grande que son éloge fut composé en vers et en prose par la plupart des auteurs contemporains ; mais aucun de ces éloges ne l'honora davantage que la profonde douleur ressentie alors par le souverain pontife. En apprenant la perte qu'il venait de faire, Eugène IV ne put retenir ni ses larmes ni ses gémissements, et appelant plusieurs fois son cher Ambroise, il ne cessait de répéter que l'Église avait vu s'éteindre en lui son plus brillant flambeau.