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Pierre Delfino fut designé d'une voix unanime ; mais il refusa obstinément cet honneur. Retiré à Saint-Michel de Murano, après avoir déposé le généralat, il y acheva paisiblement ses jours en 1525, laissant une volumineuse correspondance, aussi intéressante à consulter pour les annales particulières de Tordre que pour certains événements de l'histoire contemporaine ft.
L'histoire des camaldules offrait, dèsleseizième siècle, une suite assez complète de documents pour fournir la matière d'un ouvrage qui résumât les principaux événements des annales de Tordre. Un religieux du monastère des Anges, dom Augustin de Florence, entreprit ce travail et publia, en 1575, un premier volume intitulé Historiarum camaldulensium libri très. Dans ce livre Tautcur remonte aux origines de Tordre, s'étend sur la vie de saint Romuald, et prenant ensuite pour centre d'action Termilage de Camaldoli, continue d'y rattacher les faits les plus remarquables accomplis sous l'administration de chacun des prieurs généraux. Vjïx autre volume, tome à part et destiné à compléter le premier, traile des faits particuliers se rapportant à différentes maisons des camaldules dont l'histoire, reprise ensuite depuis la mort d'Amhroise Traversari, est conduite jusqu'au chapitre général tenu à Ravennc en 4575.
1 Une année avant la mort de Pierre Delfino, ses lettres avaient été publiées 5 Venise par dom JacojK) de Brcscia, religieux du monastère de Saint-Martin d'Opilergio. Cette publication fut faite vraisemblablement d'après la collection manuscrite conservée longtemps à Camal • doli, et renfermant en quatre volumes un nombre considérable de pièces que le P. Manillon évalue à 4,000. En 1721, une nouvelle édition de la correspondance de Pierre Delfino, préparée depuis longtemps par les bénédictins de Saint-Maur et contenant 244 lettres inédites, parut dans le tome III de VAmpliuima collectio de dom Martène.
Les camaldulcs, pendant le cours du dix-septième siècle, conlinuent de donner des gages de leur amour pour les sciences et les lettres. Aussi, sauf le reproche exprimé par Mabillon au sujet de l'état d'abandon où était laissée la tombe d'Ambroise le Camaldule, nos bénédictins français se plurent à reconnaître, durant leur voyage en Italie, l'activité d'esprit et les qualités aimables qui distinguaient les religieux de Saint-Romuald. Avec sa verve ordinaire, dom Michel Germain raconte tous les incidents de leur excursion à Camaldoli, sans omettre le petit mécompte éprouvé à Arezzo, où ils furent remis après Pâques pour obtenir rentrée des archives du Chapitre. « Nous n'avons, écrit-il, profité dans Arezzo que des archives de nos Pères. M. le doyen de la cathédrale, que nous trouvâmes lisant les poésies de M. Ménage, est savant et galant homme, tout goutteux et cranqueux qu'il soit. Il nous a dit que les archives de son église renferment des chartes anciennes et bien deux cents manuscrits; mais que, pour pouvoir y entrer ensuite de rassemblée du Chapitre, il fallait attendre après Pâques. Tanli non visa res. Nous sortîmes donc le lendemain matin pour aller faire nos dévotions à Lavernia et à Camaldoli. »
Passant à la description de leur marche à travers l'Apennin, dont un vent impétueux rendait les pentes escarpées encore plus difficiles à gravir, il raconte leur arrivée à Fonte Buono, et de là leur ascension au Saint-Ermitage : «On ne sauroit exprimer, dit-il, avec quelle joie et quelles bontés le Père Majeur, qui est un homme d'esprit et de mérite, les deux visiteurs, le procureur, le cellerier, et généralement tous, nous ont reçus. Leur bibliothèque est belle; nous en fûmes
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les maîtres et nous emportâmes dans nos cellules tous les manuscrits dont nous voulions nous servir, car il n'était pas possible de rester sans feu, tant le froid, lèvent et la neige étaient terribles. Depuis jeudi matin jusqu'à mardi à huit heures, on ne sauroit écrire, collationnerles écritures, chanter, prier, plus que nous avons fait. Dom Jean en est tout usé; j'ét ois aussi bien bas; mais que faire au milieu de tant de si bonne besogne? Nous en rapportons plus d'une main de papier écrit sur des manuscrits; un gros volume in-folio, manuscrit des épitres du Bienheureux Ambroise, l'honneur de cet ordre, plusieurs autres de ses épitres, quantité de Pierre DelGn. Le jour de Pâques , au soir, le Père Majeur descendit en bas pour nous montrer les archives. Nous vîmes, pendant cinq heures, tous les anciens titres, et dom Jean me dicta pendant ce temps les principales choses, avec la volubilité de son esprit tout de feu, et animé par des découvertes de son goût. Le bon Père Majeur, le visiteur, le prieur d'en bas et le secrétaire du Majeur, qui entend le françois, a voient pitié de mes doigts, et ils avoient raison, car je n'en pouvois plus. » Après le voyage de Jean Mabillon et de Michel Germain, les relations littéraires établies par eux avec les cainaldules se poursuivent entre le Père de Montfaucon et dom Guido Grandi, l'un des hommes les plus savants de l'Italie à son époque. Excellent mathématicien, ce religieux camaldule fut encore théologien, biographe, antiquaire et poète. Né en 4674 et entré de bonne heure dans Tordre, il enseigna successivement la philosophie à Florence, la théologie à Rome, et fut ensuite invité par le grand-duc Côme III , à remplir une chaire de mathématiques à l'université de Pise. De là, il entretint
une active correspondance avec Newton, Bernouilli, Leibnilz et le célèbre médecin Baglivi. Rappliquant avec non moins d'ardeur à Tétude de l'histoire qu'à celle des sciences mathématiques , le Père Grandi composa les Dissertationes camaldulenses où, discutant la première partie des annales de son ordre, il rejette certains faits légendaires comme ne pouvant être admis par une critique sérieuse. Cette discussion et plusieurs autres écrits, dans lesquels il montra un égal amour pour la vérité, lui attirèrent des attaques bientôt suivies de persécutions, et le savant camaldule fut privé de son titre et de ses fonctions d'abbé de Saint-Michel de Pise. La bienveillante intervention du grand duc amena enfin la réintégration du Père Grandi dans son monastère, et il y mourut en 17 Ï2, après avoir composé un nombre considérable d'ouvrages qui, recueillis en quarante-quatre volumes par son confrère, dom Ambroise Soldani, sont conservés à la bibliothèque de Pise1.
Quelle que fût l'importance des travaux accomplis jusque-là parles camaldules, il y manquait encore une histoire générale de l'ordre qui, divisant les faits en plusieurs grandes périodes, les présentât dans leur harmonieux ensemble, depuis le temps de saint Romuald jusqu'au dix-huitième siècle. Ce fut la tâche que s'imposa le Père Ambroise Miltarelli, d'abord religieux de Saint- Michel de Murano, puis nommé, en 1747, procureur de
1 Les principaux ouvrages de dom Guido Grandi sont : 1J Geometrica demonxtratio vivinneorum problematum, Florence, 1699, in-4°; %°Quadratura circuit et hyperbole, Pise, 1705, in S9; 5° De in finit i s infinitorum inflniteque parvorum ordinibus, Pise, 1720; 4° Sistema del mondo ttrraqueo, Venise, 1710. — On peut consulter sur ses travaux Dandini qui a fait son Éloge, et Fabroni, aut ur de l'ouvrage Vitx Italorum.
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sa congrégalion. Dans la visite qu'il fit des monastères camaldules, il s'occupa de réunir un grand nombre de chartes et de documents originaux pleins d'intérêt, dont il se servit pour composer le grand ouvrage intitulé : Annales camaldulenses. Rédigé sur le plan des Annales bénédictines de Mabillon, cet ouvrage pour lequel le père Mittarelli se lit aider par son élève dom Anselme Costadoni, est accompagné de préfaces et de dissertations latines, écrites dans ce style large et coulant dont les derniers bénédictins ont emporté le secret. Un tel monument élevé à la gloire de son ordre par le père Mittarelli devait fixer sur lui Pattentiondu monde letlréet lui valoir de grands honneurs. Élu, en 1764, prieur général des camaldules, il fut obligé par ses fonctions de résider quelque temps à Rome où il reçut l'accueil le plus flatteur du pape Clément XIII et de la plupart des cardinaux. Revenu à Venise, au monastère de Saint-Michel, il y passa les dernières années de sa vie, qu'il partagea entre l'exercice de ses devoirs monastiques et l'achèvement de ses différents travaux l.
A la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, deux personnages illustrèrent à des titres différents Tordre des camaldules : ce furent dom Placide Zurla que son mérite fil élever à la dignité de car-
1 Outre les Annales camaldulenses qui parurent à Venise en 9 volumes in-fol.,de 1755 à 1775, dom Benoit Mittarelli a publié Memorie del monistero délia S, Triuita, Faenza, 1749; Ad scriptores rerum italicarum Muratorii accessiones Faventinx, ou recueil d'anciennes chroniques sur Faenza ; De litteratnra Faventinorum, ou histoire littéraire de cette même \ille. Quant au Père Costadoni, le fidèle collaborateur de Mittarelli pour les Annales camaldulenses, après avoir travaillé dix-huit ans à ce grand ouvrage, il ne composa plus que des livres de piété, et mourut en 1785, à l'âge de soixante-douze ans. Son confrère, dom Fortuné Mandelli publia, en 1787 des Mémoires fort exacts sur la vie de ce savant religieux, avec l'analyse de ses ouvrages.
dinal, et dom Mauro Cappellari, qui devint pape sous le nom de Grégoire XVI. Entré au monastère de Saint-Michel de Murano, dom Placide Zurla s'appliqua d'abord avec ardeur à l'élude de la géographie du moyen âge, et fit paraître, en 1806, une description de la mappemonde de Frà Mauro, publication suivie d'un autre ouvrage non moins intéressant sur Marco Polo et les autres voyageurs vénitiens. De savantes dissertations relatives aux découvertes accomplies au quatorzième siècle par les frères Zeni dans les parties septentrionales de l'Europe, contribuèrent avec plusieurs travaux du même genre à placer le religieux camaldule parmi les géographes les plus éminents de l'époque. Créé cardinal en 1823 et nommé vicaire général du pape Léon XII, il fut mis à la tète de lu congrégation de la Propagande. Au sujet de cet élablisseraent il composa un nouveau livre ayant pour objet la démonstration de tous les avantages dont les sciences et particulièrement la géographie sont redevables à la religion chrétienne. Le cardinal Zurla élait sur le point d'être appelé à de nouvelles dignités dans le gouvernement de l'Église, lorsque s'étant rendu en Sicile pour visiter les monastères placés sous sa surveillance, il mourut à Palerme au mois d'octobre 1834. L'amour de l'étude joint à la confraternité monastique avait établi les liens d'une étroite amitié entre le Père Zurla et dom Mauro Cappellari, qui à peu près du môme âge que lui, avait fait sa profession dans le même ordre. La publication de l'ouvrage intitulé Triomphe du Saint-Siège et de l 'Église, qui parut pour la première fois en 1799 fit une grande sensation et ouvrit au Père Cappellari les portes de l'Académie catholique de Rome.
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Nommé censeur de cette académie, puis élu procureur général des camaldules, il se retira, en 1809, au monastère de Saint-Michel de Murano pour y enseigner la philosophie, et ne revint qu'après les événements de 1814 reprendre à Rome ses fonctions de procureur général de Tordre. On sait comment ensuite décoré de la pourpre romaine par le pape Léon XII, il fut appelé, en 1831, à remplacer Pie VIII sur le trône pontifical1. Par les différentes éditions qui ont été données de l'ouvrage sur le Triomphe du Saint-Siëge, il est aisé de reconnaître quelles retouches et quelles additions ont été faites à ce livre. L'édition de Venise, qui a paru depuis l'élection de Grégoire XVI, a été revue et modifiée par lui, de sorte qu'elle nous offre à la fois le fruit de ses premières études et le résultat de ses réflexions mûries par l'âge et l'expérience. On n'y retrouve donc pas seulement le moine qui au fond de sa cellule a fait de longues méditations sur lui-même et sur ses semblables, mais aussi l'homme d'État, le pontife qui, à la science profonde du théologien unit la connaissance de la société contemporaine et des causes de trouble qu'elle porte dans son sein.
Depuis les vingt-cinq dernières années, l'ordre des camaldules, au milieu de préoccupations faciles à comprendre, n'a produit aucune œuvre remarquable,
1 Après la mort de Léon XII, on avait déjà, dans le conclave on Pie VIII fut élu, désigné le cardinal Cappellari comme pouvant prétendre au siège vacant, et Chateaubriand alors ambassadeur à Rome l'avait porté au nom de la France. Parlant de lui dans une de ses dépèches, il disait : t C'est un homme d'une vaste science, d'une éminente vertu, et qui comprend son siècle, » ajoutuil-il, en prêtant ses opinions libérales à celui qui, appelé bientôt à gouverner l'Église dans les circonstances les plus difficiles, recourait à l'ambitieuse intervention de l'Autriche pour comprimer l'insurrection dans ses États.
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bien qu'il comptât parmi ses membres des esprits fort distingués, notamment le cardinal Bianchi, préfet de la discipline régulière sous le pontificat de Grégoire XVI. Et cependant, si notre époque était plus favorable aux publications qui se rattachent à la littérature monastique, les fonds provenant de la bibliothèque de Sainte- Marie des Anges ou de celle deCamaldoli, qu'on trouve déposés en grande partie a la Magliabecchiana de Florence, n'offriraient aujourd'hui à d'intelligents éditeurs que l'embarras du choix. Sous ce rapport, une ample récolle pourrait être faite également dans la précieuse collection de manuscrits conservée au monastère de San Gregorio à Rome1. Plus d'une fois pendant mon séjour en cette ville, j'ai visité la pieuse communauté de moines camaldules, dont l'église bâtie sur l'emplacement même du monastère fondé au penchant du mont Caelius par le pape saint Grégoire le Grand, possède de si belles fresques du Guide et du Dominiquin. Après avoir admiré la vue magnifique qui de là s'étend sur les ruines du palais des Césars, je me dirigeais vers les archives, qui renferment une quantité considérable d'œuvres et de pièces inédites, telles que travaux philologiques, vies des saints, lettres et recueils de poésies provenant d'auteurs camaldules ou d'autres écrivains. A tous ceux qui se présentent pour explorer ces richesses manuscrites, les honneurs de la bibliothèque sont faits avec la plus parfaite obligeance par le Père
1 Pour bien comprendre le nombre et la variété des travaux accomplis par les camaldules, il suffit de consulter le Centifolium larnaldulense du P. Ziegelbauer, renfermant une notice abrégée des écrivains de l'ordre et destiné à servir d'introduction au grand ouvrage intitulé Bibliotheca patrvm camaldulemiutn, dont le bénédictin allemand avait conçu le plan qu'il n'eut pas le temps de réaliser.
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Veremondo, religieux d'une instruction solide, aux lumières duquel je dois d'utiles renseignements. Mais quel parti, se demande-t-on, les moines actuels tireront-ils d'une collection si importante que sa situation dans Rome a garantie jusqu'à présent des convoitises et des spoliations du dehors? Aucun, selon toute vraisemblance. Comment les cainaldules pourraient-ils main tenant, ainsi que me l'écrivait le bibliothécaire de San Gregorio, entreprendre des publications, après les évê nements qui les ont atteints dans le passé, et devan ceux qui les menacent dans un prochain avenir? Poui une corporation religieuse une telle entreprise n'es possible qu'à la condition d'avoir au moins Tassurana de vivre jusqu'à l'achèvement de l'œuvre commencée et cette assurance, les camaldules ne l'ont pas plu que les autres ordres réguliers. Sur douze maison! qu'avaient conservées les moines de la congrégation d< Saint-Michel de Murano, et dont le R. P. Grifoni es aujourd'hui le prieur général, cinq subsistent encon et ne renferment qu'environ soixante- dix religieux De leur côté, les ermites des congrégations de Camal doli et de Monte Corona, quoique possédant plus d< maisons et un personnel un peu plus nombreux, s trouvent dans une position non moins précaire, et tou semblent attendre, silencieux et résignés, le jour de dernières épieuves.