‹ Les mondes des esprits ou La vie après la mortChapitre 12 sur 16 · DE CE MONDE · texte numérisé non relu

DE CE MONDE

« Souvent les mortels disent, avec un sentiment d’amertume ;« Eh quoi! il y adeshom- « mes qui ont tout pour eux : fortune, joies « domestiques,considération et santé, tandis <( que nous, pauvres parias, nous n’avons « rien. Est-ce juste, cela? » et ils sont tentés de nier la justice immuable du divin Créateur,

« Ah ! si les mortels pouvaient savoir que les biens de ce monde terrestre ne sont donnés aux hommes que pour les soumettre à la plus terrible des épreuves.

i( Lorsque Jésus a dit : « Dans le royaume K de mon père, les pauvres de ce monde se- « rontles plus heureux», il laissait entrevoir à l’humanité une des grandes vérités célestes.

« La fortune n’est qu’un piège tendu à l’homme : car pour qu’elle ne lui mérite pas une longue expiation dans la vie céleste, il faut qu’elle ne le rende ni vain, ni orgueilleux; qu’il ne s’en serve que pour secourir ceux qui en sontprivés, et enfin qu’elle ne lui donne pas un trop fort attachement pour la vie humaine, et qu’au milieu des douceurs que procurent les richesses il se souvienne encore que cette vie n’étant que le prélude de la vie éternelle, il doit songer à bien vivre, pour recevoir un jour une bonne place dans les sphères célestes. Il en est de même pour le bonheur et pour la gloire. Ceux à qui Dieu accorde ces dons auront un compte plus sévère à lui rendre de leurs actions que le pauvre paria qui vit ici-bas dans la souffrance, la misère et l’obscurité ; celui-là expie, et par conséquent gagne le bonheur

— lü;} —

d’en haut. S’il souffre en chrétien, il obtiendra un pardon complet de ses fautes passées; si la misère, la maladie, lui aigrissent le cœur et s’il perd un instant la foi, le Créateur sera miséricordieux pour lui, parce qu’il aura été malheureux. Même à l’impie qui blasphème il est tenu compte de ses douleurs, car Dieu est la justice même : il ^ nous tient compte de toute bonne action, comme aussi de toutes les souffrances qu’il nous envoie.

« Mais à ceux à qui il a prodigué les joies de ce monde il demandera une plus grande perfection : car ils n’auront point à faire valoir la misère, la maladie et la désespérance.

« Les heureux de ce-monde peuvent être comparés à un homme qu’on placerait, afin d’éprouver son honnêteté, dans un palais rempli d’or, de brillants, de pierres précieu- ■ ses. La tentation serait grande et terrible pour lui, et il lui faudrait une solide probité pour rester intègre.

« Les heureux de ce monde ont dans ces

joies et dans cette fortune quantité de pièges dangereux; il leur est difficile de ne pas y tomber, et c’est pourquoi l’on peut dire que les malheureux de ce monde sont les enfants gâtés de Dieu.

« Marie Camille. »

Un jour un esprit que j’avais évoqué me dit ceci à la fin de sa communication : « Il y a là un pauvre esprit qui désire vous raconter son triste roman. >>

Je répondis que j’écouterais avec le plus vif intérêt ce roman venu d’outre-tombe.

Alors le nouveau venu me fit écrire spiritiquement le récit suivant :

« Madame, daignez me faire bon accueil et prier pour moi. Je suis bien malheureux, voilà plus de cent ans que j’erre à travers les sphères inférieures, ou que je vais sur la terre essayer d’inspirer aux hommes des bonnes actions, sachant que Dieu me tiendra compte du bien que je leur ferai faire. »

— IGti —

Demande. — Quelles fautes avez-vous commises? ••

Réponse. — « Hélas! j’ai été mauvais fils, je n’ai su ni respecter ni aimer mes parents; j’ai fait mourir mon père de honte et de ehagrin, et, à cause de moi, la vie de ma mère n’a été qu’une longue et cruelle angoisse. La chère âme était croyante et pieuse : je raillai et j’insultai ses saintes croyances. Je n’aimai personne, et je me sentais si mauvais que je me détestai moimême. Lâche et paresseux, le travail me semblait odieux ; n’ayant pas la foi, je voulus en finir et rentrer dans le néant par le suicide. Je me jetai dans le Rhône. Je ressentis d’abord une souffrance horrible, les oreilles me tintaient, mes tempes battaient avec force; puis, l’eau, entrant dans mon estomac, me donna une sensation des plus douloureuses; enfin, je ne sentis plus que faiblement mes souffrances; il me sembla que j’allais dormir. Pourtant j’avais encore

ma pensée lucide, et je me disais : « Quel bonheur! tout va être fini pour moi.

« Soudain j’éprouvai une sensation bizarre, étrange : il me semblait qu’on arrachait brusquement quelque chose dans mon intérieur corporel, et puis je ne sentis plus rien, tout en moi était comme paralysé. Combien de secondes cela a-t-il duré, je l’ignore. Peu à peu je me sentis revenir à la vie, mon esprit se réveillait, et ma première pensée fut cejle-ci : a Allons, voilà qu’on (( m’a repêché, ce sera à recommencer. )> Mais je vis avec surprise des êtres étranges autour de moi, ils étaient laids, ils avaient l’air dur et méchant, et ils ricanaient en me regardant; il me semblait que je nageais dans l’air. «Je dois avoir la fièvre, et j’ai le « cauchemar )>, dis-je. Je voulus fermer les yeux pour ne plus voir, mais je voyais toujours ces êtres bizarres devant moi. L un d’eux me dit : « Baisse les yeux et regarde. )>

« Je vis le Rhône coulant bien au-dessous*

de moi, je reconnus l’endroit meme ou je m’étais jeté à l’eau, et je ne pus retenir un cri de surprise en apercevant des hommes ramenant à la rive un cadavre... C était le mien. Je considérai avec un sentiment d invincible épouvante ces gens qui, me prenant par les pieds, me secouaient fortement pour me faire rendre l'eau qui remplissait mon estomac; ensuite je les vis m’envelopper dans une couverture de laine: «Tout « est inutile, dit l’un d’entre eux, il est « mort. — Oui, reprit un autre, il est mort « mal, comme il avait mal vécu. «

« Ce fut là toute mon oraison funèbre.

« Mais je suis là, je ne suis pas mort, m’écriai-je.

« —Tu es mort pour la vie humaine et lu « renais pour la vie spirituelle », me dirent mes compagnons, et ils ajoutèrent : « Ces « hommes ont eu raison, tu as mal vécu, « tu es mort comme tu avais vécu, et tu vas « avoir ici un compte terrible à rendre au « Juge suprême. »

Il Alors je compris tout. Dieu existait, la mort U était pas le néant. Quelle angoisse inexprimable s’empara de moi ! Dieu, c’est la justice, la miséricorde, mais c’est aussi le châtiment. Que de choses j’avais à expier! Elle eommençait déjà, madame, cette terrible expiation, car je me sentais saisi d’une peur horrible, et en même temps d’une honte extrême, et je restais là accablé et fréfliissa'nt.

<1 Viens, suis-nous, me dirent les êtres « qui m’entouraient.

Il Qui êtes-vous donc? balbutiai-je.

Il Nous sommes des mauvais esprits qui « expions nos fautes, et notre mission est de Il venir chercher les mauvais esprits comme Il nous pour les conduire entendre leur arrêt. »

Il .Mon épouvante augmenta, je voulus fuir, me précipiter vers la terre, car là les méchants peuvent momentanément échapper à leur conscience en niant Dieu, sa loi et sa justice.

« Mais je me sentis entraîné violemment

en haut; ces mauvais génies m’escortaient toujours, se faisant un jeu de ma frayeur.

Je parcourus rapidement l’espace, je traversai des sphères, et des sphères; sur mon passage, les bons esprits détournaient la tête en disant tristement: Encore un mau- <( vais esprit qui va recevoir l’arrêt qui le « condamnera à l’expiation. )>

(( Les mauvais souriaient d’un air méchant. ,

« Moi, tout éperdu, je criais en tendant les mains vers mes implacables conducteurs :

U Où me conduisez-vous ? Pitié, ne m’enc( traînez pas aux enfers ! »

(( Un centre de lumière éclatante apparut soudain à mes yeux. Une voix me dit :

(( Tu as été mauvais fils, mauvais chré- « tien; tu n’as pas su vaincre ta nature perte verse, et tu as fait le mal; tu as nié ton « Dieu. Va dans les régions des esprits perte vers expier tes crimes. Tu y resteras des (( siècles et des siècles, a moins qu’un mor-

'( tel, la mère peut-être, que tu as tant fait « souffrir, te pardonne, et élève vers moi « ses prières en ta faveur. »

'( J’étais haletant et frémissant. En entendant cette voix, je n’osai pas même proférer une prière, un mot de repentir. Elle cessa de se faire entendre et je vis encore les mauvais esprits à côté de moi; une force invincible m’entraîna de nouveau dans l’espace, et bientôt je me trouvai dans la sphère appelée Inferms, où des luttes et des souffrances terribles furent mon triste lot. Accablé de désespoir, je fixai mes -yeuiç vers la terre et je me disais : « Hélas! hélas ! ma « mère ne me pardonnera pas : car si elle « pouvait oublier les peines que je lui ai « causées, elle se souviendrait que j’ai fait « mourir de douleur un époux qu’elle ché- « rissait. » La désespérance entrait dans mon âme. Machinalement je répétais constamment : « Je resterai ici des siècles et des « siècles, Dieu l’a dit. »

« Mais un jour, jour de bonheur, jour à

jamais béni et dont je garderai mémoire pendant toute réternité! un jour j’aperçus ma digne et sainte mère; ses cheveux blancs lui faisaient comme une auréole; elle était agenouillé devant un crucifix, ses yeux baignés de larmes se levaient vers le divin sauveur des hommes, et elle disait : « Jésus, ((mon doux Sauveur, daignez intercéder (( pour mon fils auprès du Dieu suprême ; a qu’il lui pardonne ses fautes, comme moi « je lui pardonne de tout mon cœur tout ce (( qu’il m’a fait souffrir. S’il faut à notre <( juge divin une victime expiatoire, je suis (( à ses pieds; qu’il m’envoie toutes les pei- (( nés, toutes les souffrances qu’il voudra;

je les supporterai avec joie si elles doivent «racheter l’âme de mon malheureux et (( bien-aimé enfant » La chère âme priait avec ardeur; l’ange de la prière était près d’elle, il recevait son offrande en souriant avec bonté. j

<( Moi, je me sentis à cette vue envahi par une bienfaisante espérance, et je mur-

murais ; « Oh! combien le cœur d’une mère « contient de miséricorde infinie!... Elle me « pardonne! elle m’aime encore! et eile de- « mande à expier pour moi; pour moi qui ai « été un fils dénaturé. . Je suis sauvé. Après « m’avoir donné le jour elle vient de me « donner un bien mille fois plus précieux :

» la vie éternelle... » A mon tour, je priais, et pour la première fois. Bientôt un divin messager me fut envoyé; il me ditt « Viens, « suis-moi; je vais te conduire vers la sphère « des esprits qui ont reçu le pardon divin , « tu expieras tes fautes, mais ton expiation « sera moins cruelle, car tu auras l’espoir « de la voir finir... Ta mère t’a pardonné, « et Dieu a écouté sa prière. »

« Depuis ce moment, madame, je suis dans la deuxième des sphères dites humaines , dans celles où sont les esprits pardonnés et qui aspirent ardemment à devenir meilleurs. J’ai pour me soutenir l’espérance d aller bientôt vers une sphère meilleure.

'( Je viens souvent vers la terre glaner un

peu de bien à faire; je m’attache à soutenir et à consoler les mères, en souvenir de la mienne; j’essaye d’inspirer aux enfants l’amour et le respect de leurs parents.

« Lorsqu’une pauvre mère pleure son enfant, je viens lui dire tout bas : « Courage, « votre épreuve terrestre finira bientôt, et .( Icà-haut vous retrouverez celui que vous <( pleurez. »

« Je suis venu vers vous, madame, pour vous dire : « Courage», et aussi pour vous demander une prière.

it Félix Jérome. »

Demande. — L’heure de notre mort estelle fixée à l’avance par le divin Créateur?

Réponse. — On ne peut lutter contre le principe de destruction qui est le lot de tout ce qui est terrestre : tout s’use ici-bas, et

— iTeO —

tout doit finir ; mais l’heure de notre mort n’est marquée que par le terme assigné à la vie humaine. L’homme peut conserver son corps humain en se soignant, en évitant les maladies et les accidents ; il est même méritoire aux yeux du Créateur divin de conserver le plus longtemps possible ce corps qu’il nous a donné, et le suicide est le plus grand des crimes, celui que Dieu punit le plus sévèrement : car il ne veut pas qu’on détruise ce qu’il a créé. »

Demande. — Si l’heure de notre mort n’est point marquée, les esprits ne peuvent donc pas prédire le jour où nous quitterons la terre ?

Réponse. — u Non, et, le pourraient-ils ils ne le devraient pas; m^is comme, à l’état d’esprit, nous voyons l’intérieur du corps humain, il nous est pourtant facile, en examinant les lésions intérieures et en constatant le plus ou moins d’usure de la

carcasse, de savoir la durée que son propriétaire peut attendre d’elle; mais l’heure de sa mort doit être un mystère pour l’homme ; nous ne pouvons pas la lui annoncer. Parfois, dans certains cas cependant, un esprit peut prévenir un mortel; c’est à lui de juger s’il le doit, et la responsabilité lui en reste.

Dem\nde adressée à l’esprit de Marie l.ouis. — Veux -tu bien me préciser les sensations éprouvées par l’àme au moment de la mort et celles ressenties par elle lorsqu’elle se sent revivre?

Réponse. —'« Dans la dernière lutte de la matière, dans ce que les mortels nomment l’agonie, l’a nature humaine, mue par un

sentiment instinctif de conservation et par l’effroi du néant, lutte énergiquement contre la nature céleste qui veut, elle, se dégager de son enveloppe terrestre. — L’àmc triomphe enfin de la chair; elle reste un instant comme paralysée de l’effort qu’elle a fait.

La chair a sa dernière convulsion. La nature est vaincue, le néant l’appelle.Quoique inconsciente pendant une seconde, l’àme se dégage de la matière; elle monte à la surface.

Gomme l’eau suinte à travers d’un mur, elle suinte ii travers les chairs; elle se condense peu à peu : on dirait des vapeurs se rapprochant lentement et finissant par se condenser en un tout. Dans ce tout se retrouve l’àme avec toutes ses facultés; elle reste quelques instants étonnée, indécise. Alors, selon son degré d’épuration, arrivent vers elles des esprits chargés de venir chercher les âmes qui quittent la terre ; ces esprits la conduisent vers Dieu. Le souvenir lui revient alors, elle comprend les mystères de la vie céleste, elle revoit en pensées ses actions humaines.

Si elle a bien vécu, une joie immense l’envahit; si elle a mal vécu, elle pressent le châtiment, et la honte et le désespoir deviennent ses tristes hôtes.

«Marie Louis. »

SHAKESPEARR SPIRITE

Un jour, je lisais l’étude sur la littérature dramatiqtie écrite par Schlegel, et je fus frappée du passage suivant :

<( La figure légère et transparente d’Ariel ne permet pas de méconnaître l’image do l’air; son nom même y fait allusion, de même que celui de Caliban indique le pesant élément de la terre. L’un et l’autre cependant ne sont point des personnifications allégoriques, mais des êtres vivants dont l’existence individuelle est bien déterminée. En général, onpeutremarquer dans \eSonge

d'une nuit d’été, dans la Tempête, dans la paille magique de Macbeth, enfin partout où Shakespeare se prévaut de la croyance populaire pour admettre la présence invisible des ésprits et la possibilité de se mettré en communication avec eux, on peut y remarquer, dis-je, ce coup d’œil du véritable poêle, qui, pénétrant le mystère de la vie intérieure de la nature et des forces les plus cachées, n’a rien à faire avec les joies du mécanisme matériel. Mais ce coup d’œil, le Dante seul en a été doué au même point que Shakespeare. »

Eh bien, en lisant ces lignes, je songeai aux œuvres de l’immortel Shakespeare, et je me dis que Schlegcl devait avoir raison en insinuant que ce grand poêle avait été un spirite, peut être même un medium. J’ai pris un crayon et je me suis mise ù penser : « Ah ! s’il voulait venir à mon évocation ! » Un fluide alors est venu diriger ma main, et il m’a écrit

« Je ne suis pas celui que vous souhaitez, je suis votre vieil ami A. Dumas; mais je puis vous expliquer ce qui s’est passé dans l’âme de cet auteur célèbre.

« Il y avait jadis en Angleterre une secte qui se disait inspirée d’en haut, c’est-à-dire qu’elle affirmait recevoirdes communications des êtres ayant quitté la terre.

« Shakespeare, né dans les classes populaires, connaissait ces croyances, et il a voulu en les rappelant sur la scène s’attirer la faveur de ces spirites ; mais je me hâte d’ajouter qu’il était en ceci d’accord avec ses propres convictions, car il a été un des plus grands médiums de l’Angleterre du XVP siècle. »

J’ai posé à Dumas cette question, qu’il pouvait du reste lire dans ma pensée : « Si j’évoquais Shakespeare, viendrait-il?» Il m’a répondu : « Essayez, recueillez-vous, et que votre désir monte vers lui. »

J’ai obéi, et j’ai mis dans mon évocation

une ardente prière. Quelques instants après un fluide tremblant, fiévreux, a dirigé ma main et m’a tracé ces lignes : «Mon amie, le voilé; oui, le voilà, et je suis ému autant

que vous »

De fait, j’étais très-émue; pour moi qui ai la foi, je me sentais en présence de ce génie pour qui j’ai une admiration si profonde : il y avait bien de quoi m’émouvoir.

Un autre fluide s’est emparé de ma main, et il m’a fait rapidement écrire les lignes qui suivent :

,( Je me sens, madame, une grande joie de revenir sur la terre pour affirmer une croyance qui a fait la plus grande consolation de ma vie si tourmentée. Oui, j’étais spirite, et depuis que je suis ici, dans les sphères célestes, je me suis souvent demandé si les mortels, en lisant mes œuvres, ne se diraient pas un jour : « Mais celui à qui nous <( avons reconnu du génie était un spirite;

(( il faut donc que cette croyance ne soit pas

« une fal)Ie créée par un cervieau halluciné. » « L espoir que mes œuvres pourraient donner au spiritisme une sorte d’appui moral me causait une joie immense. Si vous m’aviez évoqué plus tôt, je me serais fait une loi de me rendre à votre appel, car pour moi tout spirite est un frère. Oui, toute âme apte à comprendre les grandeurs infinies du spiritisme m’est infiniment sympathique.

Si vous vous dites que vous n’êtes point assez illustre pour oser évoquer un si grand écrivain, je vous dirai, madame, que vous me faites injure, en me croyant orgueilleux de mes œuvres : elles ne sont qu’œuvres humaines, et ici elles comptent pour fort peu.

Dans nos régions, le génie, que nous appelons grandeur d’âme, ne se complaît qu’avec les âmes épurées : peu nous importe leur plus ou moins de célébrité terrestre.

Que de savants, que d’hommes dits illustres avec lesquels il me répugnerait d’entrer en communication fluidique !

« Mais combien n’y a-t-il pas de simples

cl obscurs morlels auxquels je me ferais une joie de venir communiquer les vérités sur la vraie viei sur celle que vous allez nommer la vie après la mort.

.. L’esprit bon et sympathique qui est venu vous parler de mes croyances spirites a eu raison. Il y avait dès le XVL siècle une secte de spirites en Angleterre; elle ne faisait point parler les tables, mais elle possédait des inspirés qui avaient des visions et qui pouvaient obtenir des manifestations d’esprits tout comme le médium Williams.

« Moi, je n’avais pas ce don, mais j’ai assisté h des séances; j’ai vu des esprits; ils m’ont parlé, et enfin j’ai pu me rendre à cette vérité, qui est, que la vie réelle commence pour l’homme au jour où il a dépouillé

son enveloppe humaine.

« De plus, j’ai eu dans les dernières années de ma vie une sorte de clairvoyance; je me sentais parfois transporté dans les régions de l’éther ; j’avais ce sentiment trèsnet, très-défini, que mes deux natures se

séparaient. Ma pensée, parfaitement lucide, me disait : k Tu es où sont les esprits ; tu es « où tu viendras dès que tu seras mort »; ma vue fluidique avait la perception complète ; je voyais ces régions célestes, je voyais les esprits avec leurs corps fluidiques. Mais soudain je jetais un regard vers la terre et j’apercevais mon corps humain couché sur mon lit, inerte et blême. A cette vue, une angoisse poignante s’emparait de mon âme.

Ma nature céleste aimait cette nature terrestre et elle se sentait prise du désir d’aller lui redonner la vie ; je redescendais à la hâte; pendant une seconde mon esprit était comme paralysé; ensuite je me sentais de nouveau lié à mon enveloppe terrestre et, redevenu un mortel, je me ressouvenais fort bien de mes impressions à l’état d’esprit :

le souvenir de cette courte excursion dans l’avenir me restait net et précis.

« Croyez bien, ma sœur en religion, que je viendrais avec bonheur donner mon appui au spiritisme. Mon cerveau n’est

plus grisé par la fumée de la gloire terrestre, et je me dis souvent, avec un sentiment d’amertume i On proclame Shakespeare (( un génie, mais nul ne songe à prier pour (( son âme! )>

a Mon amour-propre a cessé d’exister; mon âme vit et souftre.

(( Williams Shakespeare. » •

LES AMES SOEUnS

K II y a des âmes qui ont là-haut une àme qui les aime, une àme qui soupire après l’heureux raiomént où elles pourront lui dire : « Ma sœur, c’est moi qui t’ai aidé dans « ton épreuve humaine, c’est moi qui te di- « sais, lorsque tu étais triste et découragée : « Il faut, ma sœur, avoir un peu de foi et « savoir supporter tes chagrins, tes mi-j « sères, car un jour tu seras ici dans « ma sphère,et je te conterai de quel amour « discret mon àme a entouré la tienne sur

« la terre. Je te disais encore que, si tu le « voulais, je te ferais goûter les joies de <( l’amour infini. »

.( Mais ces âmes amoureuses qui, sur terre, choisissent l’àme qui doit un jour partager leur ardeur, ont souvent pour rivales, et voire pour ennemies, des âmes, des esprits qui ont abandonné , et cela de plein gré, les douceurs de la vie des êtres qui devront devenir des élus après avoir longtemps épuré leur essence. Ces âmes des esprits qu’on nomme les incubes, choisissent, elles aussi, pour leur flamme coupable, l’âme d’une mortelle, et si cette mortelle est choisie à la fois par un génie du bien et par un génie du mal, elle a à subir des combats incroyables. L’un lui dit : « Oh! <( ma sœur, sois pure, chaste, bonne et cha- « ritable. » L’autre lui dit tout bas '. « Ma « sœur, il faut jouir, car la vie est bien « courte ; et si lu la passais à rester sage et « vierge, eh bien, tu t’écrierais, lorsque la « mort viendrait t Mais elle vient trop tôt,

« car je n’ai point connu de la vie les plai- (( sirs. ))

<( Si l’âme de la belle mortelle écoute le génie qui la porte à pécher, l’âme qui la voudrait conquérir à sa sphère se dit. avec une tristesse amère : « Hélas ! elle est perte due, celle que j’ai choisie. Je ne la verrai <( pas un jour à mes côtés, et je devrais sa- « voir qu’elle souffre là-bas, dans les ré- (( gions où sont punis les esprits des perte vers. )) Après avoir et prié et souffert, le bon génie essaie encore d’arracher à son rival l’âme qu’il adore. Il va vers elle, et tout bas il lui dit : « Oh ! ma sœur, il te faut te renoncer au péché, car la vertu ici est tt bien récompensée ; il faut que tu le saches, (t la vie n’est qu’un court voyage, une « épreuve qu’il faut savoir subir de façon à t( se faire ici, dans nos sphères, un avenir te d’éternelle joie. » Il souffle dans son âme l’amour du bien, la haine du mal, et il la fait renoncer aux coupables folies d’une vie

sans pudeur, d’une vie sans piété; l’âme,

sous ce fluide pur et fortifiant, sent renaître

en elle la foi et la vertu. Alors son bon génie, son âme amoureuse, tressaille de bonheur et d’espoir. « Elle sera à moi, se dit- « elle avec joie. » Mais, hélas! le génie, son rival ennemi, revient vers sa victime, vers son inconsciente proie. Pour la séduire encore il revêt mille formes, il lui parle tout bas de plaisirs inconnus dont il peut lui livrer le précieux mystère. Puis il lui dit encore : « Si tu me préfères, tu seras ici-bas « la plus aimée des femmes. » Et si elle hésite, alors ce mauvais ange, cet esprit descendu des sphères des perdus, s’en va dans un mortel déposer ses coupables flammes.

Ce mortel inconscient qu’il agit pour un autre, se sent soudain au cœur une amoureuse ardeur pour celle que l’esprit a choisie pour compagne. Il vient pour la séduire, use de mille moyens; il lui parle amour, honneur, richesse; il est très-éloquent, car l’esprit pervers lui souffle dans le sang une ardeur sans pareille. Si la femme succombe et corn-

met le péché, l’incube est de moitié dans le bonheur de l’homme, ei il a sur l’humain en ceci avantage. Si la belle est coquette, inconstante et perfide, il restera toujours du nouveau préféré l’invisible, mais très-réel associé.

(c Dans sa sphère céleste, l’âme du bon génie se voile tristement la face pour ne point voir ce que fait sur la terre celle qu’il avait désirée, celle qu’il a aimée, èt que, malgré tout, il se sent aimer encore.

« Souvent il va près d’elle, pour essayer de nouveau de vaincre son rival et de le condamner au supplice cruel qu’il lui a imposé.

Mais si la mort arrive sans que son âme sœur soit revenue au bien, soit redevenue pure par un sincère repentir; si les anges du mal viennent pour la chercher, alors le bon génie se désole et s’écrie : « Hé- « las ! mon âme sœur est bien perdue pour <c moi, pour moi qui l’aurais tant aimée! »

(( Mais si, triomphant de son rival l’esprit pervers, il parvient à sauver l’âme qu’il

a choisie pour ses chastes ardeurs, l’àtne qu’il a souhaitée pour son âme sœur, alors, pour célébrer la victoire d’un frère, les esprits de sa sphère se mettent à chanter ♦ l’heureux événement : ils entonnent, joyeux, le doux chant de victoire, et ils vont recevoir, au sortir de la terre, celle de qui l’un d’eux est tout énamouré; ils lui disent :

« Chez nous sois, ô notre âme aimée ! sois « dans notre séjour la bienvenue et l’âme « sœur qu’attendait notre frère, et qu’il a su « conquérir sur l’esprit de la terre, sur « l’esprit du génie pervers. »

« Le bon génie, transporté d’allégresse, dit à sa bien-aimée, à celle qu’il voulait :

« Nous voici aux régions de l’amour sans « combat ; nous voici aux régions de l’amour « infini. Dis, veux-tu être, ô mon âme bé- « nie ! de mon âme charmée la sœur et la « compagne? »

« Là-haut, dans les régions de ce grand infini, l’amour pur est la loi qui régit tous les êtres ; car Dieu, qui n’est qu’amour, a

bien voulu permettre que ce doux sentiment fût le seul qui survive à l’humaine nature, le seul qui de nos cœurs échappe à la loi qui veut que tout finisse, sauf ce qui est divin; or, l’amour est divin, car, de l’humaine nature, c’est le seul sentiment qui soit un pur reflet du Créateur divin.

(( Jérémie. »

Ir^

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