‹ Les mondes des esprits ou La vie après la mortChapitre 15 sur 16 · DANS LES CAS DE FOLIE, DE PARALYSIE ET D'IDIOTISME · texte numérisé non relu

DANS LES CAS DE FOLIE, DE PARALYSIE ET D'IDIOTISME

Telles sont les questions que j’ai posées à l’esprit de notre cher maître A. Dumas.

Voici la réponse qu’il m’a donnée :

« La folie est le résultat de troubles arrivés dans la nature humaine : le cerveau, avec son admirable système, se trouve atteint dans ses fonctions ; l’âme est alors unie intimement à un être détraqué; le cerveau, qui est son instrument, ne va plus ou fonctionne mal. La nature céleste ressent

par contre-coup une sensation douloureuse, elle ne peut plus agir comme ellele voudrait; elle est dans la position où se trouverait un excellent musicien n’ayant entre les mains qu’un instrument brisé qu’il essayerait en vain de raccommoder ; une nouvelle brisure se produirait à mesure qu’il en raccommoderait une.

« La folie est pour l’âme le plus cruel de tous les supplices : elle sent que sa sœur, la nature humaine, lui communique une influence néfaste; elle se débat, essaye de lutter et de se détacher d’elle. Ses luttes amènent parfois la folie furieuse. Le plus souvent, à l’heure où la nature humaine est vaincue et prête à succomber, à l’heure où la mort va délivrer la captive , l’âme, plus forte que la chair, reprend de l’empire sur elle, et on est tout étonné que la force revienne à la raison quelques instants avant de mourir.

.( L’âme, une fois dégagée et en liberté dans l’espace, reste quelques heures trou-

blée, inquiète : elle est encore sous l’influence de la nature humaine. Mais elle secoue vite cette influence; elle revit dans son essence, elle se ressouvient, et une joie immense l’envahit en songeant qu’elle a enfin rompu les liens qui la retenaient prisonnière.

« L’idiotisme est aussi un résultat de détérioration des fibres et de la matière cérébrale : l’âme, en ce cas, éprouve la même commotion, le même malaise douloureux; l’instrument détraqué ne rend plus, malgré son effort de volonté, que des sons rauques, discordants et sans suite.

« Dans la paralysie, le cerveau est réduit à l’impuissance; l’âme est comme un violon privé de cordes : elle doit rester muette, et elle souffre un martyre; mais cette souffrance lui est comptée comme expiation de ses fautes. Son réveil dans l’infini, alors qu’elle a pu quitter son enveloppe, est fertile pour elle en émotions de surprises et de joie. Il n’est pas rare que l’homme qui avait une paralysie générale, et qui n’était plus

qu’une masse inerte sans pensée, sans vie intelligente, retrouve au moment de la mort la voix et rintelllgence. Ceci est, comme dans la folie, la conséquence de l’épuisement de la nature humaine qui permet à la céleste de reprendre son libre arbitre et qui n’est plus entravée pour se manifester.

« A. Dumas. »

CONFESSION DE SCARÂMOUCIIE

« Moi, je ne viens pas vous parler de choses graves et sérieuses : mon esprit est léger, et mon humeur joyeuse. Je hais des faux dévots l’air prude et la mine austère :

on peut, je vous le jure, faire son salut tout en riant parfois et en se permettant de plaisanter les travers de ses frères.

« Mais si vous demandez avec un front sévère : « Quel est ton nom, esprit qui me « parles ainsi? »

« Eh bien, je vous dirai que je suis le monde, c’est-à-dire l’esprit de tout le monde. Je me nommais jadis le lutin, le badin, le pauvre Scaramouche ; de mon état je me fais gloire, car il avait en ceci du mérite : je devais amuser des bourgeois la foule imbécile,

je devais leur redire les bons mots de la cour et ceux des gens de haut parage. Cela me faisait, Je vous l’affirme, un labeur assez grand ; car, pour les rendre bons, j’étais souvent obligé de les inventer; et les seigneurs chez moi, dans mon mauvais réduit en planches représentant un théâtre, venaient plus d’une fois prendre leçon d’esprit.

« Si vous avez, madame, la bonté de m’entendre, je vous redirai les exploits de ce farceur de Scaramouche,—le mot farceur ici doit être pris comme faiseur de tours ingénieux, car, s’il est jusqu’à certain point permis d’être pour les autres impoli, on doit toujours, par contre, croyez-moi, se traiter avec une exquise courtoisie. — Cela compris, je reprends mon récit.

« J’étais un habile jongleur, né, je le crois (car je perds un peu la souvenance), en Italie; en toutcas, de l’Italien j’avaislaruse, l’astuce et aussi la souplesse. Je dus un jour fuir ma patrie : j’avais... vous le dirai-je... non, je n’oserai pas... enfin il faut ici

quitter la peau de l’ours et se faire à l’idée que le mensonge est vil... eh bien, il faut tout avouer, j’avais dépouillé un digne bourgeois de ses économies. Le vol commis, je me dis: « Le pauvre homme! va-t-il être « assez mécontent de se voir privé de ses « chers écus!» Et alors, par pure pitié, je lui ôtai la vie. Bon ! me revoilà donnant un libre cours à ma verve mensongère! Bref, j’avais volé, j’avais assassiné; mes compatriotes m’auraient joué le vilain tour de me pendre haut et court. Vers des contrées plus hospitalières et moins cruelles je résolus de diriger mes pas. Paris, par son grand fracas, me tenta.

« Un beau soir d’été, sans le sou dans ma poche et couvert de hardes, j’y arrivai. Je me mis aussitôt en quête d’un bon gîte :

lorsqu’on n’a pas d’argent, on le choisit beau, et on ne marchande pas. Je pris , sans discuter le prix, une fort jolie chambre dans un quartier de cet ancien Paris que je n’apeççois plus.

« Mais voilà que, sans façon aucune, le maître de l’hôtel demande mes papiers. Moi, je l’appelle faquin, impertinent, et lui dis d’un air superbe comment il ose se montrer si curieux. Le bonhomme se trouble, balbutie une excuse, s’en va à reculons, se disant :

« A coup sûr, ceci est un grand seigneur se « cachant sous ce déguisement pour tenter « quelque amoureuse aventure. »

« Tranquille sur ce point, je songeai que pour jouer mon rôle il me faudrait de l’argent. Voici ce que j’imaginai pour remplir mon escarcelle : les Parisiens, déjà badauds à cette époque, seraient charmés, j’en étais sûr, par ma faconde spirituelle. Sur le pont des Saints-Pères j’allai m’installer sans plus tarder; là, avec l’entrain et l’esprit d’un démon, je récitais bons mots et quolibets. Un premier passant s’arrête, un second suit cet exemple, et bientôt j’avais plus de deux cents spectateurs, manants, bourgeois et grands seigneurs.

U Alors, prenapt mon chapeau qvec une

aimable désinvolture, l’œil railleur, le sourire aux lèvres, je fis le tour du cercle en disant: «Mes seigneurs, je suis aussi pauvre « d’argent que riche d’esprit, jugez quelle <• est ma misère ! » Le lazzi eut le don de remplir mon chapeau de gros sous et de pièces blanches.

« Pendant un an, tous les jours sur ce pont je vins remplir mon escarcelle. Ce délai expiré, j’avais quelques centaines d’écus d’économies. Ceci me donna de l’ambition, et je me dis : «L’esprit, à Paris, est une « marchandise fort prisée. » Je me fis construire en planches un théâtre. Aujourd’hui vous le nommeriez baraque, mais alors on était moins dédaigneux. Le mien, je vous l’assure, compta parmi ses habitués plus d’un haut personnage et plus d’une duchesse. La réputation du gentil Scaramouche alla jusqu’à la cour, si bien qu’un jour, oh ! ce fut un beau jour pour moi, on me manda au nom du roi l’ordre d’aller donner une représentation au palais. J’y improvisai une

de ces bouffonneries dont j’avais le monopole; et marquises et duchesses applaudissaient à mes bons mots, me faisant des petites mines bien coquines, me lançant des œillades à faire tourner la tôle à un saint; et moi, peu scrupuleux à la brune, à la blonde, à la ronde je répondais, moi aussi.

« Après la représentation, il y eut souper.

Le roi daigna commander qu’on me laissât parmi les gens auxquels on octroyait la faveur singulière de regarder comment un grand souverain mange et comment il boit.

Soudain on sert à Louis XIV des perdreaux ou des merles, ceci n’y faisait rien; mais ce qui fit briller mes yeux de convoitise, c’était le plat qui les portait, un plat lourd, massif, tout argent, et divinement fouillé. J’étais au premier rang des curieux, juste devant le monarque; dans mon regard ardent il lut ma convoitise, et gracieusement il dit à son chambellan : « Offrez un perdreau à ce bon « Scaramouche ». Moi, je saisis le plat, et, m’inclinant bien bas, je dis d’un air timide ’

— ni —

« L’oiseau aussi est-il pour moi? » Le roi rit de bon cœur, ses courtisans l’imitèrent, et le plat fut à moi. Sur l’honneur, il valait bien deux cents ducats.

« Voilà, madame, l’histoire de ma fortune.

Mon théâtre prospéra, je vécus bien, et en mourant je laissai à mes héritiers quelques centaines d’écus.

« Mais ceci n’est pas tout; seulement le reste est de la haute indiscrétion, et je n’ose... Mais, après tout, la grande dame qui souhaite le mystère ne va pas trouver celui qui d’indiscrétion fait métier. Sachez donc que plus d’une noble dame honora de ses faveurs le gai et riant bateleur. L’une d’elles, une comtesse, me disait en m’embrassant :

K Sais-tu bien, mon Scaramouche, que jamais « grand seigneur n’a fait battre ainsi mon « cœur. »

« Un jour,une dame, c’était une marquise, voulut de mon amour goûter toute l’ardeur sans se compromettre ; chez moi elle vint en soubrette déguisée. « Fi! dis-je d’un air su-

« perbe, une soubrette à Scaramouche! II « n’aime que femme de qualité. » Alors la fière amoureuse me dit en voulant m’embrasser : « Aime-moi donc, je suis mar- <( quise. » Je me reculai et lui dis sévèrement ; « Si cela est, allez, marquise, prendre « les habits de votre rang, et alors je verrai « si vous saurez me plaire. »

« Elle s’en fut, mais elle revint magnifiquement attifée. Je fus grand et magnanime, et pendant toute une semaine je l’aimai. — Ah ! quel bon temps ! Le sultan Aladin aurait pu envier le harem de Scaramouche.

« Je menais une vie de folle ivresse, ne croyant à rien, si ce n’est que le néant un jour nous reprenait ; et je jouissais de la vie à la hâte et sans remords.

« Mais un jour, la mort, pâle et grave, à ma porte se présenta ; je n’avais que trente ans. Je lui dis : « C’est trop tôt. » Mais elle ne m’écouta pas, je rendis le dernier soupir en me disant : « Tout est fini. » Ce n’était point fini, je me sentis bientôt revivre.

« Qu’est-ce donc, m’écriai-je; quel est ce (( mauvais tour tout à fait imprévu? » Mais le rire joyeux s'arrêta bien vile. Je compris un peu tard que la vie est une épreuve qu’il est imprudent de cliangcr en éclat de rire.

Là, impossible de mentir. Scaramouche ne pouvait plus tromper personne, mes forfaits étaient connus. Je dus courber la tête, et je fus envoyé dans la plus lugubre des sphères.

J’y ai passé plus de cent ans, m’entendant dire à chaque instant ; « Lutte, mais lutte (( donc, sans quoi tu es perdu, le néant te (( tend les bras. » Mais enfin me voici pardonné et arrivé dans la sphère où la douce espérance soutient l’esprit en peine. J’ai l’espoir devant moi, aussi ma gaieté revient. Si je vous ai par trop ennuyée^ il faut me dire : « Scaramouche^ mon ami, tu n’es qu’un « pauvre esprit. )>

<( Mais si de vous distraire un instant j’ai eu la bonne chance, il faut me payer ma copie et me dire, sans rire, un Pater et un Ave. (( Scaramouche. »

« Relisons, je vous.prie, car je ne voudi'ais pas que vos lecteurs se disent : « Cet « affreux charlatan n’avait qu’un esprit de (( chrysocale, et s’il ne vendait pas une autre i( marchandise, ses acheteurs étaient volés « comme en forêt de Bondy. »

Ce Scaramouche est un esprit qui vient souvent dans nos réunions spirites, et qui se charge généralement des phénomènes physiques; il soulève la table îi une grande hauteur, il nous joue des marches à coups redoublés, nous fait des vers burlesques, des communications fantaisistes. Il est facile de voir que, tout en reconnaissant l’existence de Dieu et les mystères de la vie céleste, et même en se repentant, il est resté le joyeux faiseur de lazzis, le comédien du tréteau. Son individualité n’a subi aucune modiiicalion.

Voici une sérié de communicalions que j’ai obtenues, les unes spontanément, c’està-dire qu’un esprit s’est manifesté et que de lui-même il a traité un sujet ou dit une phrase ; les autres ont été provoquées par des demandes, comme j’ai soin de l’indiquer, adressées par moi ou par des amis présents.

Quoique je sois plus que croyante, tout à fait convaincue, je ne cesse de faire des expériences et de soumettre à des épreuves constantes celte intelligence surnaturelle qui se manifeste à moi ou à d’autres médiums.

Un esprit se communique un jour et me dit textuellement ceci :

« Abîmez-vous assez Dupin dans votre

brocliurc ' luxe cffvcnc des hommes !

Vous n’avez pas môme fait grâce à mes sabots. Appréciation fantaisiste, carissima cimicx. Votre démangeaison de brochurer vous a fait commettre des étourderies de langage bien amusantes; par exemple ; costume du matin, costume de 1 après-midi, costume du soir, pour costume pour le matin, pour le soir. »

Je le jure, dans ce moment ma pensée était à cent rnillions de lieues de Dupin et de la réponse que j’avais faite il y a sept ou huit ans à son fameux discours au Sénat. Je cherchais dans mon souvenir si réellement j’avais parlé des costumes du matin, et alors ma table s’est agitée et l’esprit a écrit :

« Vous pouvez vous fier à ma mémoire : Ça y est, page deuxième, dix-septième ligne. Si vous désirez d’autres corrections, je suis

tout à votre service. »

Je répondis que je les écouterais avec intérêt. Alors il me dit : « Non, j’ai abusé de

mon esprit caustique, oubliez cette petite rancune d’un ex-procureur général.

— Une distraction de mémoire me fit dire... Mais vous étiez sénateur, et non procureur général.

— L’un et l’autre. Madame, et cet oubli caresse peu agréablement mon amour-propre. Pourtant, sans rancune et au revoir, mon amie.

a Dijpin. »

Cette communication terminée, j’ai bouleversé ma bibliothèque pour retrouver cette brochure et m’assurer de la réalité de la critique. Eh bien ! deuxième page, ligne dix-sept, j’ai trouvé ces fameux costumes désignés costumes du matin, etc. J’avoue que cela m’a paru, quoique futile en apparence, trèsconvaincant en faveur de la réalité de la présence de l’esprit et de sa grande lucidité.

J’ai évoqué l’esprit de Stuart Mill et je lui ai posé la question suivante :

« Sur la terre, vous avez prêché avec autant de talent que de dévouement la cause des femmes. Quel est votre avis sur ce sujet, maintenant que vous êtes dans les sphères célestes? »

Réponse. — « L’âme a à subir des incarnations successives; elle passe souvent d’un corps de femme dans un corps d’homme, et vice versa. Comment avec cela ne pas la reconnaître de même essence, l’intelligence venant de l’âme et non du corps? Le corps féminin est aussi fortement constitué comme force physique que le corps masculin ; seulement , ayant beaucoup à dépenser de force pour la procréation de l’espèce humaine , il lui en reste quelquefois moins à dépenser pour les autres labeurs.

« Plus que jamais je dis : « La femme est « l’égale et non la serve de l’homme », et tou-

jours je m’intéresserai à ceux qui soutiennent cette grande vérité. C’est pourquoi je me suis rendu à votre appel.

« Stuart Mill. »

Un jour j’ai évoqué l’àmo du grand roi Louis XÏV, et je lui ai demandé s’il voulait bien me dire ce qu’il pensait du triste état présent de la France, et s’il espérait le retour de la monarchie de la maison de France.

(On était dans ce moment sous le règne de Thiers.)

Voici la réponse que j’ai obtenue :

<( Madame , vous hésitiez à m’évoquer ; vous ^ous demandiez si un aussi haut personnage que Louis XIV consentirait à venir à la voix d’une obscure et simple mortelle.

Mais vous oubliiez donc les paroles du divin

Jésus : « Dans le royaume de mon père, les « premiers seront les derniers »?

« Ici, dans les sphères célestes, il y a bien une sorte d’aristocratie, il y a des castes différentes ; mais, hélas! ces privilèges ne sont point accordés spécialement aux grands de la terre, Us sont donnés aux âmes épurées, à celles qui ont progressé et qui, incarnées dans des corps humains, ont pratiqué les vertus imposées par Dieu : la foi, la chasteté et la charité. Beaucoup de simples bûcherons, d’obscurs humains, de misérables mendiants, sont ici plus haut placés que moi. — Le Créateur divin m’avait accordé la gloire, la fortune, une position enviée de tous. Mes fautes n’ont donc pu avoir comme compensation mes souffrances et ma misère humaine; aussi le juge suprême a-t-il été plus sévère pour moi que pour ceux qui avaient à leurs fautes l’excuse de la misère.

« Ici, les castes ou sphères sont bonnes ou mauvaises, hautes ou humbles, heureu-

ses ou malheureuses, le degré d’épuration de l’âme conduit seul dans les unes ou dans les autres, et Louis XIV n’est plus Louis XIV, mais un esprit de la troisième sphère.

« Je fais comme vous, Madame, des vœux pour le retour (Wtétiri V. La maison qu’il représente est la fille aînée de la France, bien malheureuse depuis la triste Révolution. Bien des crimes ont été commis au nom de la Royauté , tristes abus de la force brutale ; mais la République a .paru jalouse de surpasser en ceci la Royauté.

« Comment préférer la force brutale etirraisonnée de la foule imbécile à la force légale des princes de France?

« J’ai fait mon devoir d’esprit, j’ai fait mon devoir de prince, permettez-moi à présent de remplir mon devoir de chevalier français et de déposer mes hommages aux pieds de la dame de céans, qui a eu la bonté de songer au défunt

« Louis XIV. »

« Si vous voulez, amie, un mot de souvenir, je me ferai une joie de vous dire que celui que vous appeliez jadis Théo est encore •de votre fluide le dévoué serviteur.

« Théo Gautier..»

Toutes les fois que l’esprit de Théophile Gautier a bien voulu se rendre à mon appel, je n’ai pu m’empêcher de lui demander de m’écrire quatre vers comme ceux si brillants, si corrects, qu’il composait de son vivant.

Toujours il m’a répondu ceci : « Mon amie, apprenez d’abord les règles de la divine poésie, devenez un peu poète, et ensuite je vous inspirerai des vers; mais à présent c’est absolument comme si de mon vivant j’avais demandé à un esprit de m’inspirer de la bonne musique ; il se serait sauvé en me disant : « Impossible, l’instrument que « vous m’offrez est par trop rebelle à la douce « harmonie. »

Un jour, j’ai insisté, le priant d’essayer.

Voici ce qu’il m’a fait écrire :

S'il est de par le monde une chose exécrable,

C est la manie des gens disant d’un air aimable : a Monsieur, si vous vouliez me faire de bons vers?» Cela, croyez-le bien, met l’esprit à l’envers ;

Car enfin, pour écrire en bonne poésie,

Il faudrait avoir un médium, mon amie,

Qui sache de ses lois respecter|la rigueur,

Et qui ne se joue pas d’un air leste et railleur Des efforts qu'il en coûte à celu i qui l'inspire.

Enfin, vous le voulez, je cède à votre empire.

« Théo. »

« P.-S, — Mais faites-moi au moins la grâce de ne pas m’évoquer, lorsque de votre piano vous taquinerez les touches, ne me di^ tes pas : «Théo, vite, faites-moi écrire une « valse nouvelle ou un galop » : cela serait pour moi un supplice trop grand. »

ila

« L’àme qui croit fermement les vérités de la religion spirite pourra arriver facilement au progrès et à la pureté de l’âme, surtout si elle est aidée par de bons esprits; ceux-ci recueillent avec soin ce qu’elle fait de bien, en forment ce que sur la terre vous appelleriez un dossier, et cela sert au jour de la mort comme compensation à ce qu’elle a fait de mal.

« Lacordaire. »

« Ceux qui comprennent leurs fautes savent les racheter.

« Marie Louis. »

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