‹ Les Monitoires: À Fin de Révélations dans la Procédure SéculièreChapitre 40 sur 70 · IV. — LES FORMES DE LA FULMINATION · texte numérisé non relu

IV. — LES FORMES DE LA FULMINATION

La fulmination de l’excommunication monitoriale, bien

qu'elle s’adressât à des pécheurs inconnus, était faite

G) Arch. du Loiret, Officialité d'Orléans, G, 5or,

. . . # suivant les rites de l’excommnication ordinaire. Le curé commençait par lire la sentence d’excommunication, puis

11 expliquait aux fidèles en quoi consistaient ces excom-

munications et quels en étaient les effets ; enfin, pendant

que les cloches sonnaient, il procédait à la fulmination jetant à terre des chandelles allumées et les foulant aux pieds. |

Quelquefois on recourait à des cérémonies impressionnantes « pour donner aux consciences, dit Eveillon (1), une plus grande terreur de l’excommunication ». Les formalités de la fulmination calquées sur celles de l’excommunication ordinaire étaient d’ailleurs très diverses et variaient suivant les diocèses. *

Eveillon (2) rapporte une cérémonie, en usage dans le diocèse de Périgueux. La partie qui faisait pubher un monitoire faisait apporter un cercueil au curé ste cercueil était placé à la porte de l’église ; et, à la fin de la messe paroissiale où l’on fulminait le monitoire, le curé se rendait à la porte de l’église, précédé de la croix et accompagné de deux ecclésiastiques qui tenaient six pierres ; on faisait brûler le cercueil et pendant que les cloches sonnaient, on jetait les pierres en chantant le psaume 108.

Dans certains diocèses, après la fulmination de l'excommunication on jetait la croix et le rituel à terre et le clergé, en habit de cérémonie, allait à la maison des té-

: » . A r moins que l’on soupçonnait d’être excommuniés faute

-(m)NOpicit., p. 318.

(2) Eod. loc.

re 187 En d'être venus à révélation et jetait des pierres contre leurs portes.

Ces cérémonies extraordinaires disparurent. Les Parlements condamnèrent ces cérémonies « où l’on profanait les saintes écritures et la croix, dit Rouault (1), en les jetant contre terre et où Von donnait par là occasion aux hérétiques de se divertir de nos cérémonies »,

L'article 35 des Libertés. de l'Eglise gallicane, déclare abusifs les, monitoires contenant des clauses. imprécatcires contre les formes prescrites par les conciles, c’eslà-dire contre les formes de la fulmination. |

On suivait en général les formes en vigueur. dans chaque diocèse ; et souvent les rituels diocèsains se contentaient d'appliquer les règles indiquées au rituel romain. Le Cardinal Le Camus, évêque de Grenoble en. avait fait la règle dans son diocèse : « Nous défendons dit-il, dans une ordonnance synodale, d'employer dans Ja fulmination de l'excommunication, aucune cérémonie superstitieuse et extraordinaire mais seulement celles qui sant prescrites dans le Pontifical Romain qui consiste à avoir un nombre de prêtres, a éteindre des cierges et à faire sonner les cloches d’un son lugubre » (2).

Cependant, au dire de Rouault (3), encore au milieu du xvin® siècle, on pratique toujours des cérémonies

anciennes. Le curé chargé de fulminer um monitoire

G) Op. CU D 008:

(2) Durand de Mailline. Les libertez de l'Eglise gallicane, t. 1, p. 645.

(3) Op: cit., p. 159:

monte. en chaire en surplis el en étole et expose aux fidèles « plusieurs absurdités: touchant les effets de lexcommunication, ce qui entretient le peuple dans la superstition comme de croire que le caractère du bap-. tème est effacé dans ceux qui sont excommuniés, que s'ils croupissent pendant un certain temps dans. leur excommunication, ils sont shengés en un certain monstre que l’on appelle loup-garou, qu'ils disent errer Ja nuit dans les campagnes à l’exemple de Nabuchodonosor ;

qui pour ses impiélés fut changé en bête. »

Toutes ces cérémonies impressionnaient les consciences. P. de Saint Olive (x) rapporte le récit curieux d'incidents, tiré des mémoires manuscrits du capitaine Leclair (à la bibliothèque de Grenoble R 30 f°* 256-262) et qui montre combien était redoutée, dans certaines. provinces, la fulmination d’un monitoire. Le 19 Juin 1679, la fulmination d’un monitoire à Grenoble, à l’occasion d’un assassinat, provoqua une violente émotion populaire, Une superstition locale voulait que la fulmination d'un monitoire provoquât immanquablement la chute de: la grêle ; aussi était-elle particulièrement redoutée au moment des récoltes. « Quelques femmes de la lie du peuple et la plupart mendiantes s’assemblèrent en l’église Notre Dame et dans le cimetière à dessein d’empêscher cette fulmination disant qu'elles ne se font jamais dans le temps que la récolte est prête à lever, qu’il n’en arrive toujours quelque malheur de grêle qui ruine tout ». Trois jours plus tard même agitation, les commères pro-

Q) Op. cit., p .358.

LR ETES

testent « que si cela (la fulmination) se faisoit on auroit asseurément la grêle comme l'année dernière ». Dans la nuit du vendredi 16 Juin elles s'emparent de l’église ; au matin les femmes de la vallée de Grésivaudan qui venaient au marché se joignent à elles. Le tocsin-sonne : des petits garçons vont recruter les femmes du voisinage. Des irrévérences sont commises devant le Saint Sacrement. Le Parlement s’émeut. Il délègue M: le conseiller Copin et M. l’avocat général du May pour apaiser ces excitées ; ils sont houspillés. L’exempt Brotel et ses archers tentent de les faire rentrer dans le devoir par la force : ils sont mis en fuite. Le conflit s’aggravait : on allait lancer les dragons et la garnison quand le capitaine Leclair a un trait de génie : il décide de faire combattre des femmes par leurs maris. Il assemble la milice grenobloise ; il cerne le : quartier ; il s'empare des meneuses sans verser une goutte de sang. Cinq d’entre elles furent condamnées à faire amende honorahle devant la Porte du Palais et devant l’église Saint Laurent, à être attachées à une barre, fouettées dans le quartier et promenées dans la ville. Deux hommes subirent la même peine et furent condamnés au bannissement perpétuel ;

une femme fut marquée de la fleur de lis. »

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