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LES TÉTR A DRACHMES D’ANCIEN STYLE

Sur le casque apparaissent les feuilles d'olivier qui en doivent orner, pendant prés de deux siècles, le contour poli. Une belle spirale s’enroule sur

la partie inférieure et se termine auprès îles tem|>ex par une pnlmette- I.es cheveux se disposent en deux bandeaux et encadrent le front de leur courbe harmonieuse. Il y a un rang de perles, soit au coin, soit au Ixtrd du casque.

Au revers ou voit apparaître, pour la première fois, le croissant qui s’ajoute à la feuille d’olivier, symbole de la troisième lune, de la lune décroissante; il rappelle les anciennes Gorgones et les croyances primitives, qui faisaient de Minerve une divinité de lumière. lai chouette l'est»* pesante et ses pattes énormes sont armées de serres dignes d’un oiseau de proie. la* graveur ajoute quelque chose encore à son puissant et étrange caractère, et à la roidenr des contours il joint la délicatesse du travail intérieur. J'ai choisi à dessein, pour le reproduire, un revers très-précieux. La pièce appartient à M. le duc de Luynes, qui l’a fait graver dans son choix de médailles grecques (i). Dans le champ, à droite de la chouette, est une pclile tète de taureau, exemple unique sur les tétradrachmes d'ancien style, et dont je propose deux explications.

Le style asiatique de cette tète n'échappe à personne ; elle rap|x*lle les monnaies des îles qui sont voisines de l’Asie, de Leshos et surtout de Saniox; elle rappelle les chapiteaux de Persépolis et ceux d’un temple de Délos. Ou ne s’étonnera point de trouver sur les monnaies où règne Minerve un attribut d'Apollon : l’Attique l'avait uni étroitement à la déesse, ad point qu'une tradition le disait son fils; d'ailleurs, le taureau est un symbole lunaire et ses cornes sont la ligure du croissant. Mais puisque la présence de ret attribut est une rareté unique dans l’ancien style, quelle en fut l'occasion? J'ai

U) ri. IX, f. il.

|>eii.xé <|iie ce [wuvait être le traité eonclu avec les alliés par Aristide, et surtout la création d'une caisse commune dans le sanctuaire de l)élos. (i). Il n'est pas invraisemblable que les Athéniens aient voulu rappeler sur leurs monnaies un événement politique qui ouvrait à leur puissance une ère nouvelle. Pendant que Minerve protégeait leur trésor particulier dans l'Acropole, Apollon protégeait le trésor de la confédération dans l'ile de Délos. Aux attributs de Minerve sur la monnaie, se mêlait naturellement un des attributs d’Apollon, la" taureau, symbole |>arlaiit d’Apollon, peut être encore un symbole de Délos, si l'on n’écarte point le témoignage de Poilus, qui dit, en parlant de la monnaie à l'effigie du boeuf: « Quelques-uns croient » que le bœuf a été la monnaie, non des Athéniens, mais des Délions (a). » l.'an 477 serait la date du beau tétradrachme que possède M. de l.uvnes. l/art n'en est point trop avancé pour démentir cette date. Que I on compare la pièce frappée à Magnésie sous la domination de Thcmistocle, «le 4<>4 à 449- Ias style de cette monnaie, que M. Waddington vient d’expliquer avec autant de critique que de science (3), confirme ma conjecture.

f,a seconde explication m’est suggérer par des rapprochements uumismatiques. Je remarque dans un article de M. Borrell sur des monnaies grecques inédites (4), une pièce de Samos, d’ancien style, avec la double légende JlA et ASEN , où M. Borrell reconnaît les noms des Samiens et des Athéniens. Au catalogue Payn Knight (5), une pièce de Samos est mentionnée comme on tétradrachme de poids attique. Ce tétradrachme, qui porte la légende JlAM , est aujourd'hui au Musée britannique : M. Waddington en a vérifié le poids., et a l'obligeance de me signaler, dans le même musée, une drachme de poids attique avec l’inscription HAMI- D'autre part, le taureau figuré sur la pièce d'Athènes rappelle le symbole de Samos. Faut-il supposer une alliance monétaire entre deux villes qui furent étroitement unies [rendant les quarante années qui suivirent les guerres médiqoes (de b 75* à la 85e olympiade), on croire-quc les Athéniens ont battu monnaie à Samos, abri de leurs flottes et ecutrc de leurs expéditions?

.l’ai peu de chose à dire des tétradrachme* qui furent émis sous l'administration de Périclès. La vue d’un simple dessin sera [dus éloquente que

(1/ Burckb, bfaalstiauifiaUunç det Athener, I, p. lîo, (3) Ht rus numiimatifw, nouvelle «cri», I. P- 47 a* édition. (4 \timitmaHc Croniele, 1144, p. 74.

(M Pollux, IX, ci. !&) Payn Knight, p. 147. Poids, ieo gr. anglfti».

LES TËTR ADR Af.lt MES D’ANCIEN STYLE.

St

fous le» commentaire». Je ne puis signaler de sensibles différences : la chouette est rendue avec une exquise précision, sans s'éloigner cependant d'un type purement conventionnel. Les lettres sont plus régulières, les pattes de l’oiseau et les feuilles d’olivier (l), sont plus fines; quelquefois même elles tombent par une courlie élégante; d’abondants rangs de perles courent du casque sur les épaules de la déesse et figurent les flots de sa chevelure. Par la le beau siècle reste plus naif que l’archaïsme lui-mème.

Mais la différence véritable, celle qui se sent par legoùtet ne se peut analyser par la parole, c'est le style. J -es figures conservent toujours une teinte d'archaisine, la bouche encore souriante, l'oeil de face, la grosse boucle d'oreille, les cheveux plaqués eu bandeaux; mais la noblesse incomparable des lignes, l’expression suave et mâle tout à la fois de la vierge victorieuse, ce l>eau menton où l'on pressent les types de Syracuse, et que Cimon et F.vænète semblent avoir pris pour exemple, la largeur du modelé qui mêle

(I) Je reproduis, d'apres M. de Prokesch [Inedtta metner Samml., pi. II, f. «3), un revers de tétradraebme où, a U place du croiuant, il y a un 1 suivi d'un point. Comme le tétradraehrac était le statere d'argent des Athénien*, faut-il supposer que cette lettre est l'initiale du mot Itaryp* De même le A et l’H «ont I abréviation, dan*

tes inscriptions, de Afoa el de Wixarv* ; de meme sur les pouls, £ est l'abréviation de l™;V)p, T de T<lcmv. ;‘Voy « Pinder, BeitrAge sur MünzAmtdc, p. ftâ.) M. Piuder publie un poids attique avec les lettres HMI pour 4}|u|lvoïov. Cependant je luis loin de donner comme plausible cette npUeftUun du £,

sa douceur à la fermeté des contours, les proportions de l'ensemble et l'harmonie de elia(|iie|>artie, qui sont le dernier secret de l'art, la grâce alliée au grandiose, en un mot le style le plus sobre à la fois et le plus conventionnel, voilà ce que je trouve sur les tétradrachmes bien conservés de cette é|>oqiie, voilà ce qui me parait dignedes sculptures du Partbénon. Jecroisquesur la frise et sur les métopes, qui seules conservent les têtes des |>ersonnages, on trouvera peu de figures d'un caractère plus idéal que la Minerve que j'ai fait graver la dernière; c’est pourquoi je ne saurais avouer que les critiques adressées souvent à la numismatique d’Athènes soient fondées, que cet art ■•oit négligé, médiocre, monotone. la' grand art ne consiste point dans la richesse des types, mais dans le perfectionnement achevé d’un type simple et respecté. I.es médaillons frappés en Sicile par les Carthaginois sont moins flatteurs pour le regard, mais d'un caractère plus saisissant que les médaillons de Syracuse. Ia:s pièces d’Athènes, si le temps ne les a point altérées et si l'on rencontre bien celles qui sont du siècle de Péridès, offrent une noblesse que je préfère à la finesse et à l'élégance. Il n’est pas jusqu’à i oeil de face qui ne me paraisse avoir été conservé autant par un sentiment hardi du bas-relief que par une tradition religieuse ou un intérêt commercial. Kn présentant l’œil de face, l’artiste obtient de belles courlies, tandis qu'avec l'oeil de profil il aurait eu des lignes se coupant à angle droit ; il développe l'arcade du sourcil, agrandit le visage, le tourne à demi vers le spectateur, fait sentir le globe arrondi qui accompagne si bien le contour des joues; enfin il trouve dans cette convention une grandeur que la sculpture ellemême n’a point méconnue. Sur des bas-reliefs du beau temps, sur maintes figures du Parthénon lui-même, l’œil n est point tout à fait de profil ; l’artiste a une façon de le tourner qui fait qu’au lieu de regarder fixement devant soi, la figure, quoique placée de profil, semble se poser devant le spectateur, vouloir le regarder, et exercer sur lui ce charme persuasif dont l'œil est le siège. 11 en est de même sur les vases peints.

Cette remarque s’appliquerait aux monnaies postérieures, où l'œil est dessipé de profil, si la prunelle (le l’œil n’était marquée par un trait. Dès lors, le regard est déterminé; il se |>orte en avant , mais le cercle des paupières a toujours une tendance à se présenter de face.

Pendant la guerre du Péfopoiicse et jusqu'au temps de Démosthènes, l'art attique garda sa simplicité, tout en commençant à suivre le progrès fatal

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