‹ Les Monnaies d'AthènesChapitre 15 sur 114 · D'UNE FABRIQUE ASIATIQUE · texte numérisé non relu

D'UNE FABRIQUE ASIATIQUE

I e Quatrième tétradrachmc appartient à >1. Rollin : il a le poids normal des pièces attirpies. Dans le champ, à droite de la chouette, on voit encore un caractère qui n'est pas phénicien, mais qui vraisemblablement peut être rapproché du caractère gravé sur le tétradraebme qui présente la chonette de face. Une entaille profonde, qui se reproduit sur beaucoup de pièces trouvées en Asie, annonce que cette pièce fut accueillie avec défiance dans l’antiquité, et que les Orientaux , auxquels elle était destinée, la voulurent ouvrir oji marquer d'une sorte de garantie. On observe cette même entaille sur plusieurs monnaies de la Phénicie; elle permettait au regard de pénétrer dans l'intérieur du métal et de démêler, par un moyen infaillible mais tout à fait digne des barbares, si une monnaie était ou non fourrée, les Grecs n’avaient point recours à des expériences aussi violentes; ils pesaient, ou se laissaient tromper, plutôt que d’entailler ainsi leurs monnaies.

Je ne ferai également que reproduire sans commentaire un tétradraclnne qui appartient à M. leduede Luynes, et une drachme du musée britannique sur laquelle se lisent les quatre lettres phéniciennes €, A, 9.

Je ne dis rien des divisions encore plus petites qu’on apporte quelquefois de Syrie, parce qu’en général elles m'ont paru douteuses. Mais les exemples que j'ai réunis suffisent pour attirer l’attention des savants qui s'occupent spécialement des antiquités phéniciennes et asiatiques. Quels étaient les rapports d'Athènes avec la Phénicie? Les Phéniciens, les Asiatiques, les barbares imitaient-ils les anciennes monnaies attiqnes, afin d’obtenir faveur sur certaines places de commerce, de même que les villes de la Crète et du Pont imitèrent plus tard les tétradrachmes attiqnes de nouveau

tfi

LES MONNAIES O’ATHf.NES.

style? Il y aura lieu de se demander encore si Athènes n'avait point conclu quelque alliance commerciale et monétaire avec des villes ou des colonies asiatiques; ou bien si les rois de Perse ne firent point frapper des tétradraclimes attiques, soit pour leurs expéditions, soit, plus tard, pour payer a Sparte et à Athènes elle-même les. subsides que ces cités rivales venaient tour à tour implorer? L'arpent de la Perse eût été compromettant, surtout dans un gouvernement ou dans une armée démocratique. Au lieu de distribuer des dariques d’argent, il était prudent de distribuer des tétradrachmes attiques. I .a grande faveur dont jouissait la monnaie d’Athènes pouvait aussi encourager les barbares à l'imiter. Enlin , les conjectures seront sans nombre jusqu'au jour où des découvertes archéologiques, habilement interprétées, jetteront une lumière certaine sur ce point de la numismatique orientale. Je dois me borner à recommander cette question vraiment neuve, et qui n'est pas sans importance pour l’histoire, aux recherches de plus savants que moi.

LES DÉCADRACHMES.

Ces magnifiques pièces, qui sont encore aujourd’hui très-rares, furent longtemps inconnues. Ecklicl n’en fait pas mention. Mionnet, qui en eut connaissance par Brôndsted (i), mais ne put peser sans doute son exemplaire, crut à un octodrachme, sur la foi de Brôndsted. Dans un Mémoire adressé à l’Académie de Berlin (a), M. de Prokesch, qui avait si longtemps séjourné en Grèce, niait l’octodrachme de Mionnet, et proclamait faux les décadrachmes eux-mêmes. M. de Prokesch n’avait encore rencontré que des échantillons justement suspects, car les faussaires ont fabriqué de ces pièces; on en trouve parmi les coins de Bekker; j'en ai vu deux exemplaires à Paris, un autre à Athènes. Mais ces pièces fausses, qui se distinguent par la sécheresse du modelé, par des retouches ou des simplifications maladroites, par les lettres, surtout le©, dont le cercle est tracé d'une main incertaine, par la tranche mal fondue et qui a éclaté sous le balancier, ces pièces fausses ont été copiées sur des décadrachmes vrais. M. de Prokesch l'a reconnu lui-même plus tard (3), et si bien reconnu , qu’il a acquis un décadrachme, l’a classé dans sa collection, et l’a publié dans le catalogue de ses monnaies inédites. Sestini, dès i8a8, avait protesté contre les octodracbmes et les décadrachmes ; il les déclarait l'œuvre des faussaires de Smyrne (4); M. Arneth, conservateur du cabinet impérial de Vienne, partageait l'opinion de Sestini (5). Mais aujourd’hui il faut se rendre à l’évidence ; j'ai manié et observé avec la plus minutieuse défiance plusieurs

(I) Brftodated donne aussi celle pièce pour tio oclo- {4) ftrtcriUone rfi molle medtiçUe yrrehe. Florcuc**, drachme (foy. et Hech. en Grète, II , p. 1*9 et 305). Elle 1828, p. 76. Le daeiu du médaillon de Ion) Strau*tord. a clé trouvée à Mêgareen 1817. aujourd'hui nu duc de Luyncs.ost donne» la pl. X, f. IJ.

(1) Note de la pape 4. (ô Ja/trb. der /Mteratur, Viconc, LXXXII, Anzei-

(i) Inédit a metner Sammhtng, p. 55, geblalt, p, 32.

exemplaires, à Paris, à I/)ndres, à Athènes, et je ne puis hésiter à affirmer, surtout en m'appuyant de l’autorité des savants français, que les Athéniens ont frappé des pièces de dix drachmes, et cela à la plus belle époque de l’art.

On voit que cette pièce ne diffère du tétradrachme que par le module et par le revers , où la chouette est présentée de face et les ailes étendues. Tout le monde sera frappé de son style grandiose, et la beauté de l'exécution égale la beauté du style. I.a disposition des lettres est différente, mais elle est donnée par la pose de la chouette. Les lettres sont disposées de la même façon sur le tétradrachme gravé à la |>age

Hérodote raconte (l) que Thémistode persuada aux Athéniens, en guerre avec les Éginètes, d'appliquer à l'accroissement de leur Hotte l’argent des mines du Lauriutn. Jusque-là les mines avaient rapporté des sommes considérables au trésor; on allait même distribuer aux citoyens dix drachmes par tête; cet argent fut réservé pour la flotte. Un passage de Diodore (a) ferait croire que cette distribution devait être annuelle, car l’historien dit que, d’après le conseil de Thémistode , les Athéniens firent construire vingt trirèmes chaque année. Comme ikeckli estime que le produit des mines (3) était de 3o à \o talents par an à cette éjHjquc, cet argent suffisait à construire vingt galères. Il serait donc possible que la pièce de dix drachmes

(I) lJV.VII.c. ut. Hcrudotedit que eetU- dirtribolion (*| XI, «J. C'MI le teraoigimw d« Diodore qui |>ermel nt* devait «voir lieu qu’une seule fois tt que l'abon- île compléter relui d'Hérodote.

.lance du nunkéraire dans le trésor en était ta rat w. (3) Staattkaushalhng (1er Atkrner. I, p W I .

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