LA MONNAIE L>’OR
Eckhel n‘a jamais voulu croire qu’Athènes eût frappé de la monnaie d’or. Sa prudence et sa réserve de législateur l'ont porté à nier un fait attesté par les anciens plutôt que d’accepter des monuments qui lui paraissaient douteux. Pellerin, en effet, avait attribué à Athènes (i) deux pièces étrangères à cette ville : lui-même l’a reconnu dans une note marginale écrite de sa main sur l'exemplaire du Cabinet de France (a). Spanlieim avait cité (3) des monnaies d'or attiques, mais sans indiquer la collection où il les avait vues. Combe avait publié un statère du musée Hunter, cette fois authentique, excellent, et Eckhel n'aurait point dû en douter sans l'avoir examiné (l'abbé Barthélemy (4 ) avait été plus circonspect), de même qu’il n’eût point dû écarter VVinrkelmann comme un témoin peu compétent en numismatique (5), lorsque le maitre disait avoir vu une pièce d’or d’Athènes au musée Farnèse (6). Entraîné par ce système de défiance (y) qui lui fit rejeter aussi les statères de Cyziquc, de Phocéc, de I am psaque, Eckhel combattit avec vivacité les textes anciens, et, quand il en trouva de trop précis pour être combattus, il passa outre. Ainsi traite-t-il Pollux, qui, dans son neuvième livre, parle de l'or à diverses reprises : « Il faut ne tenir aucun compte du « témoignage de Pollux, auctoritntem Pollucis aspernandam puto. » L'opinion d'Eckhel en imposa à des savants distingués. M. Arneth, conservateur du cabinet de Vienne, suivit l’exemple du plus illustre de ses
Il kecurtl. 1. p. 14?, rt pl. XXII.
(S) A la page 143.
<3) Ad Aristoph. fitinaa, v. 73a.
(4) Mémoire* de l'Académie dei luacrtptiun» et Ucllns- Letton, t. XLVII.p 304
(6) Doctr. \um.. Il, p. 20«. On coaçoit quelles de*- I mêlions regrettables pouvait causer ce système.
(0) Storia dette Arti, t. Il, p. 130.
(7) Cf. Wise (Mtu. Bodletan , p. 1 38), qui partage les opinions d'Eckhel.
prédécesseurs et nia l'or altique (i), se rappelant même avoir vu une pièce fausse entre les mains du comte Wiozay. Cependant Sestini avait protesté contre le jugement d Kckliel dans sa Descrizione i/eg/i Stateri antichi (a). Déjà liarrucclii avait réfuté Kckhel en publiant une pièce d’or d’Athènes {3). MM. Ikrckli et Cavedoni voulurent également maintenir l’or atlu nieu (4}>
Aujourd'hui, des découvertes successives ont apporté des preuves incontestables delà véracité des anciens: le Musée britannique, le musée Monter (5), celui de l'université d’Athènes (6), l'université de Turin (7), MM. de lilacas, de Tecco . possèdent des monnaies d'or athéniennes. Deux statères ont été vendus à I .on (1res avec la eollertion Thomas (8); M. de F’rokesch en possède un qui a été trouvé dans la plaine de Marathon '9); M. leduede Luvnes possède un statère. et un demi-statère. I/C Cabinet de Paris nous montre une série unique et inestimable des divisions de l’or attique. J’ai moi-ménie un seizième d’hekté et un trihémiobole hractéate qui complète In série; aussi, dès la publication de l’ouvrage que je prépare, le trihémiobole seratril offert en don à notre collection nationale. [.a question n’est donc plus aujourd’hui de prouver l’existence de la monnaie d'or chez les Athéniens, mais d'en déterminer la valeur et l'époque.
fat valeur est déjà fixée avec certitude par les écrivains anciens; ils nous apprennent que le chrysus ou statère (10) valait vingt drachmes, que le demi-chrysus ou demi-statère valait dix drachmes, et que, par conséquent, l'or était à l’argent dans le rapport de là 10; à égalité de poids, il fallait dix pièces d’argent pour valoir une pièce d’or. Bnrckh a éclairé ce point par de savantes recherches dans son ouvrage sur l'Kconomie politique des Athéniens ( 1 1 ; . M. benormant. dans un mémoire sur les Rapports de l’or à Forgent chez tes anciens ( 1 a), a confirmé ces résultats par un ensemble de
(1) Jahrb. der LUteratur, I.TXXII* année, p. 29 de l'Anzcigeblatt.
(2) Page 1 60.
(3) M'-moircsde l'Académie de Turin, 1809,* la lin.
(4) Staatifmuih. der Athencr, 2* éditât. I, p. 24; II, p. 136, et Hrmorir di religion*, morale e letternlura,
Modt-tte, t. V, p. 323, où est inaérée une lettre en lalin Mlrt imée par Btfx'kh ACtvedOQÎ, le 22 as ril 1836
{&) Cari Combe, pl. Mil, fig. 6.
(e) Trouvé près du P&rthènon par un dea invalide* qui «ont constitué» gardien* dtl Acropole- M. Hangabr, qui publie celte pièce, en doute, sur la foi d'Eoihel;
mai» elle esf excellente \intiquites hellénique*, p. 213 et pl. XI, n° 17).
(7) Mé»uoirr*de l'Académie de Turin, 1809, p. 2*. a la tin; consulte! la planche qui Ml annexée.
'8) Catalogue, p. 202.
(9) Mémoires de l'Academie de» Sciences de Berlin, 184B, p. 17.
(10) Pollux. IX. 59. Cf. Suidas. Ilarpocralion et llé»> chius, inr
(1 f ) 2» édit., p. 42 et suit'.; je renvoie, pour les texte» à l'appui, aux citation» si complètes de M. Bœckh.
(12) Revue numismatique, 1854, p. 18.