‹ Les Monnaies d'AthènesChapitre 24 sur 114 · LA MONNAIE D’OR · texte numérisé non relu

LA MONNAIE D’OR

y reconnaît l’esprit de rivalité des Athéniens, toujours en lutte avec ce prince (t). il. Leake ne veut pas remonter plus haut que le règne d’Alexahdre le Grand (a); Bneckh avait déjà émis la même opinion (3). Avant d'oser choisir entre des conclusions si diverses, je renvoie aux monuments réunis dans une même planche, afin qu’on puisse juger de leur style.

La seule comparaison de ces pièces, qui sont manifestement d’époque différente, nous explique les divergences d’opinion auxquelles elles ont donné lieu. Il y a des échantillons de toutes les époques, du siècle de Pisistrate, du siècle de Périclès, du siècle d’Alexandre; il y en aurait même de postérieures an siècle d’Alexandre appartenant au nouveau style : c’est pourquoi elles ne figurent quedans la seconde partie de cet lissai. I «a classification chronologique que j’ai établie précédemment pour l’argent doit s’appliquer à l’or, car un art aussi sincère que l’art grec ne pouvait avoir deux systèmes dans le même temps et dans la même branche de l’art. D’après cette classification, la pièce que son aspect désigne comme la plus ancienne, c’est l’hekté, portant d’un côté la chouette, de l’autre le carré creux. Le carré creux est la marque d’une haute antiquité; quant à la chouette, elle est d’un travail archaïque, naïf, grossier, et elle rappelle tout à fait la chouette gravée sur les monnaies d’argent au temps de Solon. Elle est aussi tournée à gauche, tandis que plus tard elle sera presque toujours tournée à droite. Je ne connais qu’une seule exception : des bronzes des bas temps avec A©H , rares et imitant peut-être l’époque archaïque , au moins par la façon de tourner la chouette. Le carré creux ne présente point les mêmes diagonales que les carrés creux des monnaies d’argent; c'est une difficulté qui m’a retenu longtemps avant d’oser affirmeravec quelque confiance que cette monnaie est athénienne. Cependant elle est classée au Cabinet de Paris parmi les monnaies attiques, et M. I^enormant la croit d’Athènes. Un exemplaire exactement semblable est classé, au musée de I-ondres, dans la série attique, et Bœckh l’a enregistré sans hésitation dans son savant ouvrage (4). Il en est de même au musée de Turin. De telles autorités m’encouragent, et d’ailleurs il est rare que le carré creux de l’or réponde rigoureusement à celui de l’argent. Aussi n’ai-je plus hésité à admettre cétte pièce si importante, et à l’attribuer au siècle de Solon et de Pisistrate,

(IJ Mémoires de l’Académie de Berlin, IMS, p. 1S. (1) iïvmumal. hetten., Il, p. 3t.

(3) Slaalshatuhalt. der A then., I, p.

(4) IfOC. cU. Cf- Iluney, t'ssog <m lhe oncirnt TetghU and aïoncy, p. 93. Les pApim de Fauvel donnent U même pii ce et mime provenaul d 'Athènes.

d’abord à cause de son style et de sa conformité avec les types de l'argent (1), ensuite parce que je trouve mentionnée au catalogue Wellenheim (a) une autre pièce d'or d’Athènes, une liekté également ou sixième de statère, si je me rends bien compte des indications du Catalogue. Or cette pièce porte d'un côté l 'osselet , de l'autre le carré creux, et l’auteur du catalogue renvoie aux monnaies d'argent de Cousinéry, eitées par M ionnet (3). Mionnet, à son tour, décrit comme athénienne une pièce d'or du cabinet d’IIermand, avec la roue et le carré creux ; dans le carré creux il a vu un A, lettre initiale d’Athènes. Voilà donc deux tvpes parfaitement conformes aux types des monnaies d'argent qui s’ajoutent aux deux exemplaires de I-ondres et de Paris.

Je n'ai pu savoir ce que ces pièces si remarquables à l’osselet et à la roue sont devenues depuis la vente des collections Wellenheim (i844) et Hcrmand ; il m'a donc été impossible de les faire reproduire. Je crains cependant que la première n'oit été fondue; c'est, du moins, ce que suppose M. Arneth, conservateur du musée de V ienne. Les amateurs et les savants autrichiens, pénétrés des idées d Lckliel , leur compatriote, regardèrent comme fausse une pièce d'or d’Athènes. Eekhel avait nettement déclaré qu’ Athènes n’avait jamais frappé d’or! 11 est donc très-possible que les héritiers de M. Web. de Wellenheim , ne trouvant point d’acquéreur et. croyant euxmêmes la pièce fausse, l'aient donnée à foudre, ainsi que me le fait craindre M. Arneth.

Quoi qu’il en soit, nous retrouvons une monnaie d’or frappée par Solon et par les tyrans d’Athènes; elle répond exactement pour le poids et pour les types à leur monnaie d'argent; car, si nous considérons le poids des deux pièces de Londres et de Paris, nous le reconnaissons inférieur de quelques centigrammes au poids normal. L’hekté doit peser t grain me 44 centigrammes. Celle de Paris ne pèse que i,36, celle de Londres à peu près autant. M. Hawkins, directeur du Musée britannique, a la bonté de me faire savoir qu'elle donne t gramme 3 décigrammes et une fraction. Au

' (i) On remarquera combien la couleur cl lu nature de I or sont différante* toir cette monnaie cl sur les monnaie* «le* siècle* suivants. Elle est pâle comme U? prétendu électrum, cl peut-être la quantité d’argent l'eraporte-t-clle sur la quantité d'or dans ce mélange. Voy., dans r hua i de M. Lenormant sur le» tlalere» de r yzvjuc

(Premier appendice, p. *1), le* analyses que M. de LiiyiM* a fait taire à la Monnaie de Paris et les résultat* ai imprévus de rca analyses. Le* villes le# plu* ricin-* altéraient l'or à un point à peine croyable.

(3) Suppl., t. III, p. 53*. U. X

LA MONNAIE D'OR

sixième siècle, les monnaies d’argent étaient elles-mêmes d'un poids un peu plus faible qu’elles ne le furent après l’expulsion des Pisistratides, soit que ces derniers eussent atténué légèrement le poids, soit que Solon l’eût établi tel, et que plus tard la république athénienne l’eût relevé par intérêt commercial. Les rapports des Athéniens avec 1 Asie, les relations de Solon et de C résus, le voyage d’Alcméon, raconté par Hérodote, à la cour de ce prince, qui le renvoya chargé d’autant d’or qu’il en pouvait porter (i), le goût de Pisistrate pour la magnificence, son désir de rivaliser avec les rois île l'Asie dont il se faisait l'imitateur, ■ l'exemple de Crésus, roi de Lydie, qui avait fait frapper des monnaies d’or, celui de Polycrate, tyran de Samos(a), expliquent la présence de l'or à Athènes dès le siècle de Pisistrate et peut-être dès le temps de Solon. Le législateur aurait ainsi donné plus d'éclat à son nouveau système monétaire. La république cessa probablement d’en frapper, parce que c’était un luxe dispendieux , l’or s’achetant trop cher au dehors. C’est ce qu’il est permis de conclure du témoignage d’Hérodote, qui dit que, de son temps, le rapport de l’argent à l’or était de 1 3 à i.

Cependant il est surprenant que, sous l’administration de Cimon et de Périelès, après tant de victoires fécondes en dépouilles, au milieu d’une si grande affluence de numéraire, on n'ait pas frappé d’or, en si petite quantité que ce fut. Je ne puis, pour moi, m’empêcher «l’attendre «les trouvailles prochaines, qui nous apprendront que le grand siècle de l'hégémonie athénienne a en aussi sa monnaie d’or. Dans tons les cas, elle n'aurait

existé («u’en petite «|uautité, car les inscriptions de la fin du cin«|uième siècle, qui mentionnent «lans le trésor des Athéniens les cyiicèntæ, les statères de Phocée et de I .ampsaque, ne parlent jamais de statères attupies (3).

Ce n'était pas «pie l’or manquât aux

(I) II. .nalolr. VI, 1,5.

s. Ut- rmlole raconte (111, in) t|tw Polycrate trompa le* Spart i.t tes «n leur donnant île* llflritf de plomb doré. O récit,- traité de fable par Borkh [Stoatsk. der AÜi., I». pourrait bien « être pas dénué de fondement : il Mip|i«i»f surtout («dm* rr la il eût paru aux Grecs eu tout point invraisemblable], il suppose que les eonlemporain* dJIi’PKlote con naissaient une monnaie d’or attribuée a Polycrate. Les stdteres cUiué-s parmi les monnaies de S, i unis et certains cyziccnes qui portent le» symboles saniicn* lie pourraient- il* pas remonter jusqu'au rvgnc

Athéniens : nous trouvons dans leur

de Poiyvrate .' .St un», par »a position cl son rumiurn «' tenait a l'Asie Mineure plus qu'a l'Europe. Cependant . comme les pièces avec les têtes de lion et de taureau sont trouvées aussi .1 Sardes parle» voyageurs, quelques savant* les attribuent aux Lydiens, en s'attachant plutôt a la provenance qu'aux types (Cf. Lenorniant, tissai sur t(s statère* de Cf» iqur, p. 7.).

(3) Htvckh, Staatsh., der Ath. BaUjJcn, p. 33, 33, 39. «S, fi 9, 133, 234, 234, 233. Cf. hémosthruc, contre Lukrit., p. u;iô, 13; Lyaias contre f.raiasth , p. 931. contre fliïKjed , p. 894 ,

LES MONNAIES D’ATIIÉNES.

CS

trésor des lingots d’or et des lingots de Skapté-Hylé, si l'on admet les restitutions de Borekh (i), et c’était après la guerre du Péloponèse (gae olympiade), alors que les ressources tinancières étaient épuisées. f.es vases et les objets en or que les trésoriers de Minerve tiraient du Parthénon et livraient aux Hellénotames pouvaient être aussitôt convertis en monnaie (a . On ne se fût point fait scrupule, Thucydide nous l’atteste (3), de consacrer aux besoins de la guerre Ja draperie d’or de la statue de Minerve; mais du moment que le rapport de l'orà l’argent dépassait le rapport de i à 10, il était plus avantageux de changer l’or brut pour de l’argent que de le monnayer. Oestre que M. I.enoiniant s'est efforcé de démontrer dans son Mémoire sur les Rapports de l'or à l’argent , en s’attachant à préciser le sens des textes anciens cités par M. I etroune (/|), qui nous apprennent qu’au siècle de Périclès l'or était à l’argent dans le rapport de là t3, si toutefois on admet une correction de chiffre qu'exigeait le manuscrit d'Hérodote, ou de 1 à i a. Je crois, en effet, que ces divers témoignages ne font que justifier le principe que je viens d’exposer, puisque c’est le siècle de Périclès qui demeure, jusqu’à ce jour, le plus stérile en échantillons de monnaie d'or.

Je ne vois même qu'une seule pièce que son style permette de rapporter à la lin du cinquième siècle, le demi-statère: c’est la pièce la mieux frappée, la mieux gravée; elle a été donnée à notre collection nationale par M. le due de laiynes (5). I.a tête de Minerve conserve l’œil à peu près tourné de face, tradition archaïque; la chouette est habilement traitée et parait dans un carré creux : je dis parait , parce que les bords de la pièce ne sont pas très-distincts. Mais, avec ces caractères, il serait aisé de soutenir que le demi-statère a été frappé sous Périclès, bien que, dans un des discours que Thucydide lui prête (fi), Périclès ne cite parmi les trésors entassés dans le Parthénon que de l’argent monnayé et de l’or en lingots.

Au contraire, le statère, une liekté, qui est à Turin (7), et le quart dé statère, offrent les mêmes symptômes de décadence que l’on peut observer

sité. Elle ml •cotUalilir nul aulne». as et I* ralaltm» liant, lerhatnp à droite. netro Barnirtln l'a publié»- dan» la» Mémoires de l'Academie de Turin (1909, p »n S» la Un). et Minime! dans son Supplément, l III, pl XVIII, I. I . M Promis a lobUpraor* de me fuir» savoir qu i lle rat en parfaite conservation et pèse 1.14, ce qui est le poids normal de Huile. Barrucrlu a pris le calalhux pour une amphore dont un* seul* anse était viailde.

(l.> Lac. al., p. 119, lie. as ; p. 70, lift. 19.

(1) IM., p. 19 et 09.

(4) Kstai jmt l'er situation des monnaie* grecques tt romaine», p. 10#.

;,?»} Cf. Choix de médaillés grecque», pl. IX.

(A) /.or. «il.

(7) Au Musc* des antiquité» égyptiennes «le IToiter-

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