LA MONNAIE 1>’0R
sur les derniers létradrachmes de l'ancien Style, qui finit avec Alexandre. Ce sont ces pièces qui donneraient raison à MM. Bœckh et l«ake, si elles restaient seules. La tête de Minerve est d’un travail sec, le type est mesquin, le modelé vide, l’œil de profil, et le casque orné avec négligence. Les chouettes ont le même air sauvage que l'ou remarque sur les monnaies d’argent de cette é]>oque; elles sont faites à la hâte, et prêtent au ridicule, si on les compare aux chouettes si idéales et si finement rendues du siècle précédent. Ces monnaies me paraissent contemporaines de Philippe et d’Alexandre, alors que l’art monétaire se corrompait chez les Athéniens vaincus et appauvris, et que les artistes habiles étaient attirés à la cour du roi ou dans les villes plus heureuses.
Le quart de statère, qui vaut cinq drachmes et correspond à la demidrachme multipliée par dix, présente comme elle la chouette de lace : l'analogie du type était peut-être l’indice du rapport numérique. Sous les pieds de la chouette, ou dans le champ à droite pour les statères, est un corps cylindrique que M. Cavedoni a pris pour un tronçon de colonne: il y a vu une allusion à l’Érechthéion , incendié sous l’archontat de Callias (1). Mais le même symbole se retrouve sur une |>etite division d'argent et sur les bronzes. En comparant les divers exemplaires, on s’assurera que rien n’est moins semblable à un tronçon de colonne. D’autres savants ont vu nn vase, petite mesure d’huile, d'autres une corbeille : je penche pour cette dernière interprétation , et l'on distingue sur l’or comme les réseaux d'un jonc tressé. Peut-être doit-on reconnaître le calathus sacré et l’origine de cette corbeille mystique qui figurera plus tard sur les cistophores.
Quant à la demi-hekté qui est gravée sur la planche précédente, a la tin de la seconde ligne, le type en est effacé, au j«>i ut que la tète de Minerve en est dénaturée. Sans pouvoir apprécier le mérite de cette petite pièce, on démêle qu'elle est d’un travail peu précis et n’a rien d'archaïque.
Les bractéates n’offrent pas des différences moins notables de type. Je n'ai fait reproduire sur |a planche de la page f>4 que celles qui présentent la chouette dans un léger cercle et appartiennent à l’ancien style; seulement elles ont un contour et un relief trop simples pour qu’on puisse les apprécier à titre d’œuvres d’art. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu’elles
(I) .VemorU de ret 19km f, morale e Ulteratura, Mtxkne, t. V, p. 31).
LES MONNAIES D'ATIIÊNES.
sont antérieures à la mort d’Alexandre. Quant aux bractéates qui paraissent se rattacher au nouveau style, elles trouveront mieux leur place dans la seconde partie de cet Essai.
Il me reste à parler d’un passage célèbre d’Aristophane. Dans ses Grenouilles (t), il blâme les Athéniens, qui préfèrent à leur vieille monnaie d’argent, pure, bien frappée, bien sonnante, de misérables cuivres, frappés de la veille et d’une mauvaise fabrique. Le scoliaste ajoute, d’après llellameus et Philochorus , que, Sous l’archontat d’ Antigène (4 07), on fit fondre des Victoires d’or, afin de les convertir en monnaies, et qu’à l’or était mêlé beaucoup de cuivre. De là les railleries d’Aristophane, qui ap[>elle ces pièces de misérables cuivres. Le scoliaste, qui ne parait pas complètement satisfait de son explication, ajoute : « Il se pourrait que le poète fit allusion « à la monnaie de bronze frappée sous Callias. » Callias fut archonte un an après Antigène, la troisième année de la g}' olympiade (4ofi). Mais qui croira que les Athéniens fussent assez épris de nouveautés pour préférer le cuivre à l’argent? Nous verrons, au contraire, que la monnaie de bronze fut si mal accueillie qu’il fallut la retirer. D’ailleurs le témoignage d’Hellanicus et de Philochorus est confirmé par celui dcDémétrius d’Alexandrie a). A propos de l’euphémisme, il rappelle par quel détour élégant un orateur proposa an peuple de faire fondre les Victoires d'or. Il ne parla point de les détruire, c’eût été une impiété envers les déesses; il dit seulement : « Servons-nous des Victoires comme d'alliées dans cette guerre, • mot que Quintilien traduit par : f^ictoriis utendum esse (3).
Il parait donc constant qu'à la fin de la guerre du Péloponèse, dans l'année qui vit rappeler et exiler Alcibiade, au moment peut-être où son lieutenant Antioehus fut vaincu près d'Kphèse, et où l'on nommait les dix généraux qui allaient perdre la bataille des Arginuses, Athènes fit un effort suprême. Epuisée de ressources, elle fondit un certain nombre de Victoires en or pour subvenir aux frais de la guerre; mais, soit que l’or destiné à la statuaire fut moins pur de titre, soit que l’on eût mêlé à dessein une quantité d’alliage trop forte, la nouvelle monnaie encourut le blâme d’Aristophane. Cependant le poète lui-même nous apprend qu’elle fut en grande faveur, peut-être par un effet du patriotisme. Dans tous les cas, elle dut
(3) IX, 11,92. La traduction latine rend trv»-heur» u- •«ment le jeu de mois de l orateur grec
(1) Vers 730 et suivant».
(2) Ilipi *Epîir.n£»;, $ 281 .