‹ Les Monnaies d'AthènesChapitre 26 sur 114 · LA MONNAIE D’OR · texte numérisé non relu

LA MONNAIE D’OR

être retirée par la suite, dès que les finances de la république lurent remises en état meilleur; car les statères et divisions de statèrcs qui datent du siècle d’Alexandre sont d’un titre très-pur. On pourrait marquer la victoire de Cnide, l’administration si prospère de Conon, et l'an 3q3, comme l'époque où cette fausse monnaie d’Antigène fut retirée de la circulation (i).

Ce n’est point un rapprochement vain que de citer un fragment d'inscription, un inventaire où les trésoriers du Parthénon signalent de faux statères dorés , consacrés par un Taiconien dans l’Hécatompcdon (2). L’inventaire est de l’an 3q8. CcLaconien ne serait-il pas un soldat de Lysandre, qui avait pris Athènes six ans auparavant? Alors avait cours la mauvaise monnaie émise sous Antigène. Soit que le Laconien eût reçu ces faux statères en payement, soit qu’il les eût trouvés pendant le pillage delà ville, il n’imagina rien de mieux que de les offrira Minerve, la divinité de Sparte aussi bien que d’Athènes. C’est ainsi que Lysandre lui-même avait consacré dans le Parthénon une couronne d’or (3).

Ce qui me porte à croire que, même dans la [nuiséê de ceux qui le firent frapper, l’or mêlé de cuivre n’était qu’une monnaie temporaire, destinée à être retirée après la crise financière, c’est un acte semblable de Timothée, fils de Conon. Dans son expédition contre Olynthe, l'argent lui manqua : il fit frapper du cuivre avec cours d’argent, sorte de papier-monnaie qu'il distribua aux troupes et aux fournisseurs, promettant de le retirer avec la même valeur dès la fin de la campagne (4)-

Peut-être les dernières pièces d’or frappées par les Athéniens se rapportent-elles à la mort d’Alexandre et à la guerre lamiaque. Les braetéates de nouveau style que nous possédons, et que l’on verra dessinées quelques pages plus loin, justifient cette supposition. L’asile aceordé à Harpalus et les trésors immenses qu’il employait à gagner les Athéniens, expliqueraient l’abondance passagère d’un métal qui ne fut frappé en Attique que rarement et en petite quantité. D’un autre côté, l’exemple de Lysimaqne,

(I) Je ne sais s'il faut entendre dans un sens ironique le vers de Plutus (Ml?), où Aristophane fait dira aux esclaves : - Nous jouons à pair ou non avec dus ata- « ter». »

(X) £rat?,p(; niW-r^oi ttaTanejrpv'Tuqi-tvoi o? Rapi

A«ur>«; {Bmckh, Staatah. der Alhen. BeiLagen, p. 5 ->8 et 177.). Un inventaire de la»0* 01. désigne un titrndrachmr. d'or, du poids de 7 drachme* l/l. IKuckh (Ibid., p. 170)

renonce a expliquer eette anomalie. Je suivrai son exem pic, co faisant remarquer toutefois qu'il pouvait arriver que l’on consacrât dan» les temple», de préférence a d'autres, des pièces fou***», ou d’un poids altère, ou impropres à ta circulation.

(3) Dtn-kh, C. I. Gr., n* lii, $ 10.

(i) IVudo- Aristote, Œ<on,, II, 2,13;l\>l)‘eit,llK 10, I* V. Bo>ck b, pour de» faits analogues .Stoatth. . I. p. 7«v

1i LES MONNAIES D’ATHÈNES.

des Ptolémées et des Séleucide* aurait pu limer les Athéniens à faire des saerifices pour soutenir la popularité de leurs monnaies. Je crois toutefois qu’il convient d’écarter sur ce point les conjectures vaines, et d'attendre le secours de nouvelles découvertes.

LA MONNAIE DE CUIVRE

On ne s’étonne point qu'un peuple répugne longtemps à introduire le euivre dans son système monétaire, la1 prix en est trop lias pour qu’il soit possible de frapper ce métal avec sa valeur juste; dans ce cas, on arrive à un volume considérable et incommode ; Vas grave de l’Italie en est la preuve. Il faut donner au cuivre une valeur conventionnelle et non point représentative. La nécessité seule fait accepter une semblable convention.

f*s Athéniens, en |>articulier, furent hostiles à la monnaie de cuivre, parce qu’ils divisaient l’argent en fractions tellement délicates qu’il suffisait à toutes les transactions intérieures, l/obole égalait l 5 centimes, l’hémiobole 7 centimes i /a; le tartimorion n’égalait même pas 4 centimes. Pourquoi donc frapper du cuivre? pourquoi remplir la lioncbe de ceux qui allaient au marché (tel était l'usage des Grecs) d’un métal désagiéable et malsain? Il fallut des malheurs publics, l’appauvrissement des mines du l-aurium, la nécessité de réserver l’argent au commerce extérieur, pour que le cuivre trouvât crédit chez les Athéniens : encore les premières tentatives échouèrent-elles devant le mécontentement et les railleries du peuple. I ,e premier orateur qui osa monter à la tribune et conseiller ce remède fut surnommé Chalkus (i): il s'appelait Dionysius. Selon le témoignage de Plutarque (a), c'est le même Dionysius qui conduisit la colonie de Thorium en 444; mais il est très-vraisemblable que ce fut vers la fin rie la guerre du Péloponèse que cette proposition fut faite au peuple. scoliuste d’Aristophane (3) nous apprend, en effet, que sous l’archontat rie Callias, l’an 4o<», on émit une monnaie de cuivre; mais elle dut être bientôt retirée, car douze ans plus

(J) Athénée, XV, p. 660. . Wisc (Awww«rwwi antirjunrum scunus Bodtfmnli rtron-

(1) Tou* le* textes relatif* à cette question ont été JUonm cn/a/opai, p. iWj. tiv* savamment réunis et présente*, il y & unsircle, par 3j GrrmmiUtf. vers 730 et suivant».

tard (1) furent jouées les Harangueuses d’Aristophane, où l'on trouve le dialogue suivant :

« Ne te rappel les-tu pas notre décret sur les monnaies de cuivre? — Oui, « et j’y ai assez |>erdu. J’avais vendu des raisins et m’en allais la bouche « pleine de cuivre. J’arrive au marché pour acheter de la farine. Déjà je « tenais le sac pour la recevoir, quand le héraut se met à crier : Que per- ‘i sonne ne prenne désormais les pièces de cuivre ; l'argent seul aura cours! »

D’après le rapprochement des dates , il me semble que la monnaie de cuivre ne fut émise qu'à titre provisoire pendant les dernières années de la guerre du Péloponèse, au milieu de la misère publique : elle fut retirée dès que les affaires publiques et la dignité d’Athènes eurent été relevées par les victoires de Conon. C'est ainsi que la mauvaise monnaie d'or frappée sous Antigène, un an avant Callias, dut être abolie vers le même temps.

I,es auteurs ne nous apprennent rien autre chose surla monnaie de cuivre:

(I) ttkW, II, p. 910. Cf. Sei-ue numismattqw, tl&i, p. 107, une noté de M. Becsy.

LA MONNAIE DE CUIVRE

nous ignorons donc à que! moment elle fut définitivement rétablie. Peutêtre les conquêtes de Philippe, en enlevant aux Athéniens les mines du mont Pangée, bien plus productives que celles du Laurium , les condamnèrentelles à revenir au cuivre pour épargner l'argent devenu rare. Du moins il est certain que plusieurs bronzes d'Athènes api>artiennent à l’ancien style, et par conséquent au siècle d’Alexandre. Telles sont les pièces avec deux chouettes (t), soit séparées, quelque place qu’occupe l’inscription AOE, soit avec une seule tête, et alors la petite corbeille qui se voit sous leurs pieds rappelle manifestement le calathus des monnaies d'or et d’argent de l’ancien style.

Parfois un grain d’orge est au-dessous des chouettes; parfois une seule chouette est entourée d’une couronne d’épis, souvenir de Cérès et des champs Rhariens, où l’orge fut semée pour la première fois. On pourrait reconnaître le grain de blé, emblème soit de la palingénésie, soit de l’immortalité de l’Ame, dans les Éleusinies (a). Enfin, des pièces qui ne sont pas très-rares présentent l’amphore debout auprès de la chouette. Elles répondent exactement aux deux pentoboles gravés à la page 56, et marquent la transition de l’ancien au nouveau style. Dans le nouveau style, sur les bronzes comme sur l’argent, l’amphore est d’ordinaire couchée sous les pieds de la chouette.

Lorsque la monnaie de cuivre fut créée, sa valeur conventionnelle fut établie dans le rapport suivant avec la valeur réelle de l’argent. L’obole valait H chalkus; et le chalkus étant divisé en 7 leptn, l’obole égalait 56 lepta.

Obole

= 8 chalkus X

7 lepta = S6 lepU.

Tritémorion

Pcntêçhalkon.

Hicnuobolc

Triheinitartémorion

Tartétnorion

Ou était-ce maintenant que I e kollyhon dont parle Pollux (i) , le dikollyhon et le trikollybon ? M. de Prokesch croit que c’était l'équivalent du

(I) Le «cpliaste d'Ariatophane (Oiwawjr, v. 301), en sur la monnaie de cuivre. CcU ce que les monuments citant le proverbe : - Porter des chouette* à Atliroea - conürtnent a toutes les époque*.

(Porter de lVau à la rivière), ajoute quoo gravait des (Ij Guigniaut. Htiyionx, III, V part., p. Rio «t suit . chouette* non-seulement sur la monnaie d'argent, mai* (3) Pollux, IX, 71.

LES MONNAIES tl' ATHÈNES.

.simple leplon (l). Je suis d'autant plus porté à adopter cette conjecture, que Poilus cite en même temps un mot de Callimaque qui prouverait que le kollylron était la plus petite monnaie connue. Quant au symbolon dont ’ parle encore Pollux (a), M. de Prokescli y reconnaît une pièce de 5 lepta. Son nom indiquerait plutôt une convention entre un créancier et un débiteur, un signe de reconnaissance entre deux hôtes : ce n’était pas une monnaie, mais la moitié d’une monnaie, par exemple un kollybon coupé en deux: cliaque moitié était 1 o symbole, la marque de la convention conclue entre les deux possesseurs. Pollux cite des vers d’Hermippus, d’Aristophane et d'Archippus qui expliquent très-bien quel était l'emploi et le but du symbolon, et, comme il ajoute lui-même que c’était une fraction, une moitié de monnaie, tl smisuaroî , je crains qu’il n’ait fait quelque

confusion en rangeant le symbolon parmi les monnaies. On verra des monnaies ainsi coupées et destinée à servir de gage, de reconnaissance, dans 1 ouvrage de Tomasiui sur les Tessèrcs d'hospitalité (3). Dans le catalogue des antiquités de Passalacqua, je remarque une lettre trouvée dans un tombeau' elle était intacte, avec le cachet, l’adresse, et avait été ensevelie avec le porteur, qui était mort sans la remettre. C’est une lettre de recomman- » dation adressée jiar Timoxène à Mosehion. Timoxène annonce à son hôte que le porteur lui remettra ce qu’il appelle tô «tigëolov tüv tgwv. Cependant je ne voudrais point affirmer que le syndiolon n’a pas été une monnaie; précisément parce que c’était souvent une pièce de monnaie partagée en deux qui servait de signe de reconnaissance, il se pourrait qu’on eût donné, par analogie, le nom de symbolon à une petite division monétaire. Le témoignage de Pollux n’en a pas moins besoin d’être confirmé.

M. de Prokesch a également recherché avec beaucoup de soin le poids des monnaies de cuivre.'Il a établi une certaine échelle (5) qu’il me semble difficile d’admettre. J’ai pesé aussi avec une longue patience un grand nombre de cuivres, et j’ai trouvé les poids les plus divers; à tel point qu’on pourrait constater une série graduée ]>ar centigrammes depuis i gramme jusqu’à 4, et depuis 6 jusqu'à io. Il faut renoncer, en effet, à chercher un système régulier de poids. la- cuivre n’ayant-qu'une valeur fictive, il importe Mémoires àr l'Académie ie Sortie, IM*, p. b. (*) rnta/opor àn ««fLjuirei de /Muo/oryo». p. SM

(1) Onom., IX , 71. le GonuncaUin! est de M. Letroooc.

(3) De Teueru kotpilalilàlii, p. 10?, la planche. (6) Loc. ci/., p. !4.

LA MONNAIE DE CUIVRE

tait peu de le couper avec rigueur. C’est pourquoi l'on ne |teut le soumettre, comme l’argent, à la critique de la balance.

Tout ce que l'on peut supposer, c'est que les pières pesant de i à a grammes correspondent au kollybon, de a à 3 au dikollvbon (i), de 3 à 4 au trikollybon. Là, il y a une interruption dans la suite progressive de poids. Il faut sauter à 5, 6, " grammes. Cette interruption peut annoncer le [tassage au chalkus. Dans ce cas, les pièces de 9, 10 et 1 1 grammes paraîtraient correspondre au ttichatque ou double chalkus, équivalent du tartémorion d’argent. Enfin, les pièces épaisses qui pèsent jusqu’à 1.4 et là grammes et appartiennent au nouveau style, ont pu être ces oboles de cuivre dont un [tassage de Lucien laisserait supposer l'existence (a) : • Je connais le cuivre, » dit Charon à Mercure, « puisque j’exige une obole de chaque passager. > Je me hâte d’ajouter que l’obole exigée par Charon pouvait trèsbien être payée par plusieurs pièces formant les divisions de l’obole. Toutefois, dans les lias temps, les bronzes sont d'un module assez grand et assez uniforme pour que l’on estime qu’ils valaient une obole, d’autant qu’on ne frappait plus d’argent. Il faut ne point confondre avec les monnaies de bronze certaines drachmes fourrées qui ont été fabriquées dans l'antiquité et dont la pellicule d’argent est tombée : les types de l’argent sont aisés à reconnaître, et la place qu'occupent les lettres qui composent l’inscription n'est pas moins caractéristique.

(I) Les pièces qui portent dru* chouette* pesent de 2,30 cation du dikollybon . c'cst a-dirc du double Loi i y bon » a 3,65 ; ces deux chouettes ne seraient -elles pas l'indi- (2) Charon, U.

TESSÊKKS.

Je joins aux monnaies de bronze trois tessères qui ne sont point sans intérêt; la première est en bronze et offre, d'un côté, quatre chouettes (■riïMptç, étymologie très-douteuse du mot latin testera.) avec l'inscription 0E2MOOETflN, de l'autre, un E. Elle appartient à M. de Prokesch. l„a seconde et la troisième sont en plomb : elles portent un P et un fl . avec la tête de Minerve tournée à gauche, ce qui ne se voit point sur les monnaies. Ce deux tessères ont été dessinées par Fauvel ; elles sont empruntées aux

dessins originaux qui appartiennent à M. de I-agoy. I,es intervalles qui séparent les trois lettres E. P et fl, sont assez considérables pour nous laisser croire que l'alphabet grec tout entier a dû figurer sur ces sortes de tessères. Il y avait vingt-quatre lettres servant d'indication, ou, si l'on veut, de chiffres; de même les dix tribunaux étaient désignés par les dix premières lettres de l'alphabet (i).

Au premier alrord, on jieut être tenté d’accepter le bronze des thesmotliètes comme une monnaie. Mais l’E inscrit sur le revers, l’absence de la légende AOE, le génitif qui indique propriété, possession, en substituant OEÎMOOETflN à AOHNAIflN, tout nous avertit que c’est une tessère. Elle servait vraisemblablement pour les tribunaux ou pour les assemblées

(0 So;ilustcde ClHIttj, ». 973.

TES8ÉKES.

que présidaient les thesmothètes. C’était leur signe, leur marque; c'était le numéro d’ordre qu’ils distribuaient. Ils avaient donc le droit d'y inscrire leur nom , avec le génitif possessif. Je serais entraîné loin de mon sujet si j'essayais d’entrer dans de plus longs détails. Je renvoie aux ouvrages spéciaux où ces questions sont traitées; cependant, si les tessères d’hospitalité et les tessères de théâtre ont été l’objet de travaux particuliers, ou remarquera que les tessères politiques ou judiciaires sont un sujet beaucoup plus neuf et digne de sérieuses recherches.

nx DE LE UUIÙL£ I'EXTIE.

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