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LE NOUVEAU STYLE

LES TYPES OU NOUVEAU STYLE

Avant d’examiner les diverses questions que soulève l'introduction des ty|>es nouveaux , il est nécessaire de les décrire et de les présenter aux regards du lecteur; sans cela, toutes les réflexions qui doivent suivre demeureraient obscures, l’objet auquel elles s'appliquent étant peu connu.

L’AKGENT.

Les premières pièces que l’on frappa imitent le module des pièces d'Alexandre : elles sont rondes, condensées, d'un beau travail; elles surpassent, ainsi qu’il est naturel, toutes celles qui suivront, où l'art ira s'affaiblissant. La tête de Minerve est surmontée d'un casque disposé à plaisir pour les ornements, I«e cimier est sensiblement reculé, afin de laisser plus d'espace aux chevaux qui s'élancent en forme de visière sur le front de la déesse. Ces chevaux sont très-saillants, bien modelés; ils rappellent le premier quadrige attelé par Minerve et les courses des Panathénées. Le griffon figuré sur le côté du casque est le symbole, non-seulement de la lumière, mais des choses cachées, des mystères, de la sagesse profonde ;

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il est le gardien des trésors. Attelé au char d’Apollon (i), de Diane (a), de ISacclius (3), consacré à Némésis, qui possède le secret des révolutions humaines, le griffon est aussi l'attribut de Minerve, déesse de la sagesse, divinité de lumière, Fortune et protectrice éponyme d’Athènes. Aussi les inscriptions nous font-elles savoir que les Athéniens avaient consacré plusieurs fois dans le Parthénon des griffons dorés ou des demi-griffons (4).

Le revers (5) présente la chouette traditionnelle, toujours tournée à droite (fi), ce qui caractérise la chouette athénienne, et posée sur une amphore : l’amphore est couchée. Cet attribut, que l’on voit sur les dernières monnaies de l'ancien style, n’est point une allusion à l'art céramique des Athéniens (7), ni, comme le croit Eckhel (8), à la bonté de leurs vins; c’est l’amphore panathénaique (9), que l'on donnait aux vainqueurs pleine de l'huile qu’avaient fournie les oliviers sacrés nommés Mopîm, plantés près de l'Académie. Simonide en parle (10), Pindare en parle dans sa dixième Neinéenne (1 1), et le scoliaste ajoute que ces amphores étaient couvertes de brillantes couleurs (s«n*oùuA«). Tous les Musées possèdent aujourd’hui quelques-unes de ces belles amphores |>anathénaiques, où Minerve est deliout entre deux colonnes, avec une inscription caractéristique, parfois avec les noms des archontes (ta), tandis qu'au revers sont figurés les divers exercices qui précisent la victoire. Je ne crois point nécessaire d’insister sur un sujet aussi connu. I.a guirlande d’olivier qui encadre le revers est une innovation élégante qui développe la petite pousse figurée dans l’angle des anciens

IMS (Euripide , Ipftig. en Tour., Y. WJ). Cf. IWitckh, De Yasis Panuthenaicis.

(3) Ccrtiard, Rapporta mtomo i nui Ynlcmti, p. 339, et I nnalrs tir Y Institut nrcheotogiqHr rie Rome, t. Il, p. 310. M. Panofka, au lieu «le l'amphore, Avait voulu reconnaître le Moto [ Recherches sur le t véritables noms des vases grecs, pl. VI,. n* 7 et p. 1S). Ilaym, o«i plutôt le comte Winclu'lsea avait tres-Uen reconnu l'amphore des hinalhrnée* (TV*. RrU., I, p. UIT).

(10) ‘Ap-ÿtfvptT; ftoiau ( A nui cet ,éd. Jacoltfi. I, p. 73).

(1 1) Vers 3 j et fit, où le scoliaste cite on distique de Callimaquc :

Kit tt*p’ 'AtiprefaiÇ T»? !*• wreyoc Upi* r;v-T*t KsÀictÂt;, «v «vjiCoJo’t ü)a r.ttXr,;

Ko Italie, au contraire, selon la remarque spirituelkde Bœckh ( De Vos. Panath., p. 9), on pouvait dire ov ixXr.t riflitliv 4»i c’wt*a*dire que 1« sujets

étaient copies par mode Sur les sujets des \ascs atliqtics. Cf. l)uboivMai*»nneuve, toc. cU., pl. XLV1.

(Il) Leiiormaut, Reçue archéologique, 1848, p. 330.

(t) Mus. ai fat., t. IV, pl. 3o. Quelquefois Apollon est monté sur un griffon : de l-abordr, Murs t.omhrrg, t. Il, pl. to. Cf. Élite de* monum. ceramogroph., I. Il, pl 5

(3) Si rah., VIII, p. 343.

(3) Zorjtn, Itiivuidlu/hyen, p 30; |)uUn*-Mai'on neuve, Introd. rt F Étude des rases peints, pl XI. Cf. les mon- ■oaies d’Abdrre, et, pour Némésis, celles de Srayrne.

(4) Bock II, Staatsh. der Ath., Il, p. 343, ligne 13.

(4) Voy. dam le Itutiet. de F Inst, artk . de Home (1833,

p.fi'J), et que dit M. Panoîka de la cliouetle représentée sur les vas« peinU et de U fête de« Xai«î«.

(A) Lu chouette n'est tournée à gauche que sur te* monnaie» du siècle de i’isastralc, sur lobule archaïque et sur certain* brnntes avec la légende A0H qui iniileut mas doute les traditions archaïques. Il faut sa délier de» bronze» où l'inscription est cffnoéc : tant de ville» avaient la chouette pour symbole I

(7) Corsini, Fait. Ati., H, p. 338.

(8) D. N., Il, p. 313. Eckhel rappelle les monnaies de Thaao», de Chio, de Cypre, et la fete des a Àtbe-

UES TYPES DU NOUVEAU STYLE. S3

tétradrachmes. A droite et à guuclie de la chouette est un monogramme qui rappelle les monogrammes des monnaies d’Alexandre, et qui indique

le nom d'un magistrat monétaire; seulement les lettres A6E ont été retranchées. De même, sur les pièces de la série suivante, deux trophées remplaceront les monogrammes. I,a victoire de Mosthène aux Tliermopyles

me parait avoir motivé cette substitution. Ce sont les seules sériés connues où un oubli aussi grave que relui du nom d’Athènes ait eu lieu.

Je dis un oubli aussi grave, parce <]ue, pour une ville comme Athènes, les lettres initiales de son nom étaient d'autant plus nécessaires que le type renouvelé pouvait embarrasser les étrangers ou les Grecs des autres pays. I.e monde ancien était accoutumé depuis des siècles à voir circuler les vieux types avec les trois lettres qui assuraient qu’on avait entre les mains cette belle monnaie d’Athènes, si pure, si bien garantie. Les types étant rajeunis. les lettres A0E n'en étaient que plus nécessaires. Cela est si vrai que, jusqu'aux derniers temps de la fabrication des tétradrachmes, ou maintint l’E, tandis que l’H était employé pour les noms des magistrats. Kckhel en a très-bien démêlé la raison (l) : ce n’était pas seulement une sorte de tradition sacrée, c’était un intérêt de commerce. Aussi observe-t-on plus tard qu’immédiatement au-dessous d AGE , les Athéniens gravaient MHTPOAnPOS:, HAIOAflPOr, AHMEAZ.avecl'H. I .es barbares ne lisaient point les noms des magistrats monélaircs, qui ne regardaient que les Athéniens, mais ils savaient reconnaître les trois lettres initiales du nom d’Athènes.

Pour ces raisons, le type fut modifié promptement, peut-être dès l’année suivante, au début de l’an 3 a». On verra plus loin sur quelles inductions “repose cette conjecture. Un des trophées resta sur les monnaies; celui de droite fut remplacé par deux monogrammes, et les trois lettres AOE furent gravées au sommet de la composition ; seulement il avait fallu agrandir le module, la surface du métal ne pouvant comporter tant d’ornements. Voilà pourquoi les pièces s'étendent, s’aplatissent; cet aplatissement donne un cadre plus vaste, exigé par un surcroît de décoration. I -i face des tétradrachmcs subit le contre-coup de cette amélioration, car on donna an casque plus de hauteur; le cimier, au ben d’être rejeté en arrière, eut plus d'importance et offrit une courbe harmonieuse. I .es chevaux de la visière furent réduits, plutôt parce qu’on les avait trouvés trop lourds et propres à écraser le visage de Minerve que par la négligence des graveurs. Plus tard, les chevaux deviendront si petits et seront traités avec tant de hâte, qu’un regard auquel les types d'Athènes ne seraient point familiers saurait à peine les reconnaître.

Cl) Itoctr. nvift. vei., Il, p. 112.

LES TYPES DU NOUVEAU STYLE

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Par un progrès qu'il est aisé de suivre, on voulut, après un rertain nombre d'années, développer les monogrammes et arriver à écrire les noms tout entiers; c'était la mode dans beaucoup d'autres villes, notamment dans les villes ioniennes, mais nous verrons quelle importance particulière les Athéniens attachaient à ces noms. J'ai fait dessiner une pièce qui marque bien cette transition; car les noms des magistrats sont écrits partie en monogrammes, partie en lettres courantes. Ainsi, dans DOAY [XAPHE], le n et l’O sont parfois réunis; dans TIMAPXIAHE, les lettres Tl sont seides développées : les autres sont encore groupées en monogramme.

Je n’ai retrouvé que dix-neuf séries de pièces à monogrammes. Comme plusieurs séries ne comptent encorequ’un seul exemplaire, il est certain qu'il y a des séries qui nous sont demeurées inconnues. Si quelqu’un doutait que les pièces à monogrammes eussent précédé les pièces avec les noms entiers, la rareté des premières est une preuve de plus de leur antériorité.

Ce fut dans les vingt ou trente premières années du troisième siècle que l’on se mit à écrire i>eu à peu les noms des magistrats. D’abord on ne grava que trois ou quatre lettres, puis six, puis autant que la surface du tétradrachme en jKUivait contenir. J’ai donné à la planche précédente deux pièces comme spécimen. Sur l'amphore on grava une lettre, depuis l'A jusqu’au M, c'est-àdire une des douze premières lettres de l'alphabet. J'expliquerai le sens de cette lettre d’amphore, qui n'est qu’un chiffre et correspond à chacune des douze tribus. Quant aux lettres gravées sous l'amphore, je les crois des martpies <C atelier : il en sera question également plus loin.

ta drachme fut la répétition littérale du tétradrachme; seulement les noms furent un peu abrégés quand cela fut nécessaire, et parfois le symbole simplifié : c’est ainsi qu'au lieu d’Esculape dans le champ on n’a que le bâton d'Esculape; au lieu de l'éléphant, une tète d'éléphant. La demi-drachme conserve le même type pour la face : le casque de Minerve ne perdit pas unseul ornement, et les chevaux furent indiqués comme des points à peine perceptibles sur la visière; mais au revers, la chouette ne se tient plus debout sur une amphore, elle pose sur une massue. Au lieu d’une couronne d'olivier, une couronne formée de deux épis et de leur tige dessine autour «lu cercle une élégante bordure. Les noms des magistrats monétaires sont indiqués par très-peu de lettres : on ne les retrouve qu'à condition de connaître les tétradrachmes ou les drachmes de la même série. Le symbole,

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répète le plus souvent avec une merveilleuse finesse, est parfois supprimé.

On ne trouve point d'oboles ni de divisions au-dessous de la demidrachme. Cela surprendra peu, si l'on songe que la monnaie de cuivre était entrée depuis un demi-siècle dans les habitudes; que l’argent, qui, au temps de Démosthène, valait cinq fois moins qu'au temps de Solon (i), s’était encore avili après Alexandre. Les oboles et demi-oboles d'Alexandre sont très-rares. De plus, les Athéniens se servaient des anciennes divisions île la drachme qui n’étaient point sorties du pays, qui suffisaient aux transactions intérieures et qui se retrouvent aujourd'hui par milliers dans le sol.

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