LES IMITATIONS
J «s types adoptés par les Athéniens devinrent promptement populaires. I.’ élégance et la commodité de leurs tétradrachmes, ronds, bien frappés, ornés de compositions riches et variées, les firent rechercher avec empressement. Plus d’une fois, par intérêt politique ou par intérêt commercial, des villes étrangères copièrent la forme, la fabrique, la qualité, les sujets des tétradrachmes d’Athènes. Il y eut en Crète une confédération, formée de Gortvne , Cydonie , Hiérapvtna, IViansus (i), qui imita complètement les
(IJ Ecktiel (.Vint* lit» l'tteres, p. 149; Il, p. 191), ( Vfittor* fit Krttqio né, mural., etc., V, p. 3îii). Voyez
no nie que le* trois premières villes : il ignore le traita* Millier (Awmlriwaf. d'Alesandre, p. 218), sur les tétra-
de Ccphisodore avec la Croie, mentionné par Cavedom drachmes d'Alexandre et d'Albi-nes frappés en Crvte.
monnaies athéniennes; chaque ville ne lit que substituer aux noms des magistrats uttiques et à leurs symboles, ses symboles propres et son propre nom : encore eut-elle soin de disposer les lettres à la façon d’Athènes.
Céphisodore avait conclu, vers l’an aoo, un traité d'alliance avec les Cretois contre Philippe, roi de Macédoine (i). Fars monnaies frappées dans
PaiiMiiuu I, 36, S-
LES TYPES DU NOUVEAU STYLE
les villes Cretoises à l imitation d’Atliènes pourraient se rapporter à cette date. Mais il est possible que dans plusieurs pays, avec l'assentiment des Athéniens, les besoins du commerce seuls fussent suffisants pour engager a copier des types universellement répandus. De même, aujourd'hui, le système monétaire français, ses dispositions, son style, son poids, sont imités dans des royaumes voisins. Ia-s relations financières sont par là singulièrement simplifiées. Peut-être ne faut-il pas chercher de raisons plus positives à l’adoption du type athénien par Héraclée d'Ionie, par les Ænianes de Thessalie. Cependant les tétradrachmes d’Athènes étaient la monnaie courante en Thessaüe : les Athéniens en avaient répandu d’immenses quantités pour I achat des blés. Héraclée, comme toutes les villes d'Ionie, frappa des tétradrachmes sous l’influence et la pression des rois de Pergame. En adoptant le pied attique, il était naturel de copier un type monétaire aussi célèbre que l’était la Minerve des tétradrachmes. Même quand ce type ne fut pas copié, la fabrication, l'aspect général des monnaies frappées au temps des rois de Pergame en Ionie, celles des rois de Bithynie, les monnaies de Thasos, bien d autres encore, attestent que les pièces d'Athènes n’ont point été sans influence sur les graveurs de ces diverses contrées. Je donne un médaillon de l/ébédus pour exemple. Je renvoie encore aux monnaies de Tégée en Arcadie, de Sigée (i), de Mélos (a), colonie athénienne, de Calacté en Sicile.
Bien plus, le type athénien est copié même sur le cuivre. f.es villes du Pont et de la Paphlagonie, Sinope, Amastris, Cahira, Comana (3), avaient voulu que leurs grandes monnaies de bronze offrissent sur la face la Minerve des tétradrachmes attiques. le culte d’Anaïtis que l'on comparait à Minerve (4) aussi bien qu'à Diane, et que six mille hiérodules desservaient à Comana, motive encore ce choix; les relations d’Athènes avec Ainisus, sa colonie, sont mentionnées par l'histoire (5). Synnada en Phrygie, dont je fais reproduire un bronze à la page suivante, rap|>elait ainsi son origine ionienne (6) et sa parenté prétendue avec les Athéniens. Mais en général l'intérêt commercial a dù être la raison dominante des imitations.
Je ne mentionne que pour mémoire des pièces frappées plus tard à
(I) lUrwood, l'ùpHlomm c4 Irtnum srlecta numumala ex xrt, pl. V, lia. tu.
(1) Le Bu, » ogage arch/ôt., telle explicatif, p. à.
(.1) Eckhel, D. y., 11, p. 340 : Eckliel reconnaît au retors renée tuant Méduse, et voit dans ce sujet une
allusion n l'origine «les Athénien ides. Il e*t peu rro\al>le, en effet, que le sujet représente T i rida te et Phêréclés. (4) Guigmaut, Krhg. de tant., I. Il, lr* partie, p. KO (A) Plut., Vie de LvCttlltii, 19.
(e; Eckbcl, Doctr. Mon., t. III, p. 173.
LES MONNAIES D’ATHÉNhS.
Smyrne(i), à Tarente(a), à Héraclée de Thrace (3), et dans d'autres villes, pour illustrer quelque alliance conclue entre ces villes et Athènes. C’est
à Smyrne, à Tarcnte, ainsi qu’Ëckhe) et Mionnet l’ont prouvé, qu'il convient déclasser ces pièces; déjà dans l'ancien style on reconnaît les traces d'alliances semblables. J'ai cité Samos à la page 37; je nommerai encore les monnaies de Pyrrha, dans l’île de Lesbos. («Cabinet de Paris possède une division de la drachme avec la double inscription nY et A©E sur le revers , tandis que la face présente la Minerve des pièces attiques.
(!) Vaillant, ,Vmm lmp., p. e« et 74. Mionne» , III, (2) Eckbel, Ihtmmi tfftw, pl. X rl p. lit», p. 335, n° 1121. (3) Dr Wilde, StUcla numuwuita anJujttû, p. 159-
LA DAT K DES TYPES NOUVEAUX
lorsque l’histoire est muette, il est impossible de fixer avec certitude l'époque qui voit un style monétaire faire place à un style nouveau ; c’est par conjecture que j'ai marqué la mort d’Alexandre comme limite des deux systèmes. Je dois dire maintenant quelles autorités recommandent cette conjecture, quels faits ou quelles déductions tirées des faits la justifient.
Ottfried Muller, juge suprême en matière de style, considérant la facilité d'exécution, la recherche de l'effet, la décadence, en un mot, des monnaies athéniennes avec le style nouveau, les estimait postérieures à la mort d’Alexandre (i). Cette date semble avoir été présente à la pensée de Bœckh, lorsqu'il disait, dans son Économie politique des Athéniens (aj, que les tétradrachmes de seconde époque avaient commencé au troisième on au quatrième siècle. Corsini(3), qui avait étudié longuement la numismatique d’Athènes, n’hésite point à les faire paraître après la cent onzième olympiade, après la conquête de la Perse, à la veille de la mort d'Alexandre. M. Cavedoni ne craignait point de remonter jusqu'à la centième olympiade (4), au moment où Athènes s’alliait à Thèbes contre Sparte, tant l’aspect de ces monnaies lui paraissait se rapprocher des beaux temps. Mais là, je crois qu’il convient de s'arrêter et de faire des réserves. Ceux qui ont reconnu sur les tétradrachmes plus récents la copie de la Minerve de Phidias ont pu être entraînés à attribuer aux contemporains de Phidias lui-même (5) les monnaies que nous estimons postérieures d'un siècle. Toutefois, M. Arneth décide avec raison (pie les tétradrachmes qui portent des monogrammes ont précédé ceux où les noms des magistrats sont développés.
(i) Handbueh dtr kunAtçtehuhtf, $ ie? ><|. WeJcker . (4) Memort* di rriu/tont, elc. I. V, p. 3U.
(11 Nouvelle edituni, I, p. 10. (4) Arneth. Jahrbitthrr drr LUfnalur, l.XXXII, 4u-
(3) Fast. Aft., Ditt. XII, p. 149. teiaeblâll, p Ji,
C’était un devoir héréditaire pour un conservateur du musée de Vienne de soutenir cette opinion, car l'illustre Eckhel avait avancé que l’ancien style cessait avec Périclès ou peu après lui (i). Il oubliait que, quelques pages plus loin (a), il allait poser ce principe que l'H et l'fl ne paraissent sur les monnaies qu'après la mort d’Alexandre; or, l’H et l’H fig urent sur les tétradrachmes nouveaux; je parle des tétradrachmes avec monogrammes, qui ont été frappés les premiers, et où l'A se voit une fois, l’H constamment. Ainsi, pour réfuter Eckhel, il n’est besoin que de l'opposer à lui-même. L’opinion qu’il avait émise quatre ans auparavant, dans sou ( hoùrtie pierres gravées (3), sur la Minerve d'Aspasius, ne fut pas sans influence sur 1a classification des monnaies athéniennes. Comme le lit plus tard Quatrcmère de Qnincy (4), Eckhel avait cru reconnaître sur la pierre d'Aspasius une imitation de Phidias et un style digne de Phidias. I ,a Minerve d'Aspasius n'étant autre chose que la Minerve des tétradrachmes de nouveau style, il était naturel de faire remonter ces tétradrachmes jusqu'au siècle de Périclès.
Je souhaite aussi vivement que personne de retrouver sur les monnaies et sur les (lierres gravées les copies des chefs-d'œuvre antiques, et ce serait une conquête bien glorieuse pour l'archéologie que de prouver avec certitude que la pierre d'Aspasius et les tétradrachmes d’Athènes reproduisent la Minerve du Parthénon. Deux raisons m’ont retenu toujours : le style de ces prétendues imitations et le témoignage des auteurs. Ni Eckhel, ni Quatremère ne connaissaient les sculptures du Parthénon lorsqu'ils ont prêté à Phidias un style si différent «le celui du grand siècle.
J’ai fait ressortir ailleurs (5) la différence profonde des œuvres du sculpteur athénien et de celles des graveurs contemporains des successeurs d’Alexandre; j'ai même préféré au jugement des grands critiques qui n’avaient point vu les marbres de Phidias, le jugement d'Ottfried Millier qui les avait vus, et qui plaçait avec raison les tétradrachmes de nouveau style sur la limite de la décadence. La répétition fréquente de la pierre d'Aspasius sur les pierres gravées et les pâtes fait croire que les artistes anciens ont dû copier un modèle illustre, et il n’en était point de plus illustre que la Minerve de Phidias. On ajoutera encore que le maître athénien a pu innover
(1)0. N-, Proteçom p. *tv. Cf. I. Il, p. 210.
(t) Ibid., p. emvu. Pour certaines monnaies d'Asie, il contient peut-être de taire une exception.
(S) Publié en i TM , taudis que U Ikxlrme tti de
1792. Voyex le Chair de pierres frsréff, pi. XVIII. p. 42. (4) Jupiter Olympien, p. 22*.
(•*») L 'Acropole d'Athènes, II, p. 176. Revue des Oeua Mondes, i*r lévrier 1M6, la Statuaire d’or et d'uotre.
LA DATE DES TYPES NOUVEAUX
en traitant avec sa grande et simple manière des sculptures de décoration , tandis qu’il gardait les traditions archaïques, et même la profusion des traditions orientales en travaillant l’or et l'ivoire : les bijoux d’or en fournissent îles preuves. Je ne nie point la force de l'es arguments que font valoir encore aujourd'hui des savants distingués , mais je ne puis croire que la profusion et la recherche aient été maintenues à plaisir par Phidias.
En second lieu, j'ai essayé de montrer que les indications de la pierre gravée et surtout de la monnaie étaient formellement contredites par les témoignages de Pausanias et de Pline. I<e casque de la Minerve du Parthénon portait un sphinx que les tétradrachmes ne reproduisent point, taudis qu'ils offrent sur la visière huit ou neuf chevaux dont les auteurs n’ont jamais parlé. On m’objectera que les descriptions de Pausanias sont souvent incomplètes et qu’il convient de s’en délier. Il est vrai qu’il omet lieaucoup de choses; mais celles qu’il n'omet pas, je ne vois point qu'il les décrive d’une manière inexacte. Il a bien regardé le casque de la Minerve, puisqu’il y a vu les griffons et le sphinx. Pourquoi ce sphinx ne paraît-il point sur les monnaies? Au contraire, comment supposer, quand Pausanias décrit le casque, qu'il n’a point remarqué neuf chevaux placés sur la visière, s'avançant en demi-bosse, de proi>ortion colossale, puisque la statue avait 4° ou 45 pieds de haut?
Je ne répéterai point ici les arguments que j’ai déjà exposés; je désire seulement m’accuser d’une erreur que j’ai commise en ne faisant point remonter le C lunaire de la signature d’Aspasius aussi haut qu’il est permis de le faire remonter. Il est certain qu’il peut dater du siècle d’Alexandre, et qu’on le trouve alors employé par l’écriture cursive , notamment sur des papyrus égyptiens et sur une lame d’ordeCanope (i). Par conséquent, les graveurs de pierres fines, en signant leurs œuvres, ont facilement mêlé les formes cursives, qui leur étaient familières, aux formes lapidaires, qui ne l’étaient point.
As|>asius n’a pu vivre, dans tous les cas, qu’à la fin du siècle d’Alexandre, puisque sur une autre pierre il a gravé la tète de la Ville d’Antioche (a). Or, Antioche fut fondée dans la dernière année du quatrième
(I) Lrtnume, Recherches pour servir à V fustotre d' £- Stypft, p. 5. HM. Lcnonnant et de Witte ont reconnu «gaiement U C lunaire sur uo vase d'un style très-pur, et qu'il faut, par conséquent, placer au troisième siècle
avant notre ère [Elite des monuments ceramwjr., t III , pl. LV1I1, p, t73, note 3). Consultes aussi les médailles (1) Raoul Rocbette, Lettre à M. Sckom, p. na. U nom d’Aspasius est gravé sur une Agrippine qui est fausse.
•.Ml
siècle, après que Sciences Micator fut devenu maître assuré de l’Asie par la bataille d’tpsus et son alliance avec Démétrius. la* rapprochement de la Minerve d’Aspasius avec la Minerve des télradraelinies athéniens me parait ne prêter qu'à deux sortes de conclusions : ou bien Aspasius a copié un téiradrachme attique, type récent, ]K)pulaire, que les graveurs de monnaies des autres villes copièrent également; ou bien sa Minerve n servi de modèle aux graveurs athéniens. Mais pourquoi , malgré les témoignages formels des auteurs et la différence du style, Aspasius ou les premiers graveurs des tétradrachmes nouveaux auraient-ils copié la Minerve de Phidias? Pourquoi surtout plaeerait-on ces pièces au siècle de Périclès? Alors même que des découvertes imprévues nous prouveraient que les tétradrachmes ont réellement reproduit la Minerve de Phidias, on n'aurait point le droit de croire pour cela qu’ils remontent au siècle où vivait cet artiste, mais seulement que les graveurs qui ont vécu après Alexandre ont copié, après cent cinquante ans d’intervalle, un chef-d'œuvre que les contemporains de Périclès u’avaient point songé à copier.
Enfin, je ferai remarquer que les anciens, qui avaient si nettement défini toutes les divisions de l’art, savaient mieux que les modernes combien étaient différentes les conditions de la sculpture colossale et celles de la gravure en médailles ou en pierres fines. I ai mode n'était point venue, comme elle vint bientôt, de copier les statues sur les monnaies. Alors, en effet, nous verrons non-seulement diverses statues célèbres, mais la Minerve du Parthénon représentée sur les tétradrachmes; il est vrai qu elle y paraît tout entière, et comme symbole accessoire dans le champ, auprès de la chouette.
Oii voit donc, quel que soit le parti que l’on veuille embrasser, que la pierre signée d’Aspasius me sert d'argument pour placer l'émission des nouveaux tétradrachmes vers la fin du siècle d'Alexandre; et je suis en cela l'opinion de Corsini, d'Ottfried Müller et de Bœekh. La mort de ce prince et la guerre Lamiaque ne sont point, dans l’histoire d’Athènes et dans l’histoire du monde grec, îles événements de peu d importance. S il fallait fixer une date, je n'hésiterais point à choisir l'an ’3a3. Athènes, abaissée pur Philippe, flattée par Alexandre, mais maintenue dans l’impuissance , atteinte aussi profondément dans sa prospérité commerciale que , dans sa grandeur politique, ne fit que languir jusqu'à cette époque, lui gloire même des arts lui échappa, et les artistes coururent auprès du con-
la date des types nouveaux.
quêtant ([ni distribuait les trésors de l’Asie, fondait des villes, élevait des palais et des statues, s’entourait de toutes les magnificences, unissant les splendeurs intellectuelles de la Grèce au'luxe des Asiatiques Déjà Philippe, qui s’était emparé des mines de la Tliraee, avait donné aux monnaies macédoniennes un titre, une beauté, propres à les faire préférer aux monnaies attiques. Alexandre lit plus encore en adoptant le pied attique luimême. et eu tenant toujours le poids de sa monnaie au-dessus du poids de la monnaie des Athéniens {t}. Il prenait par là leur place sur tous les marchés de l’Orient. En même temps l'appauvrissement progressif des mines du Lanrium, la langueur du commerce athénien dont la conquête de l'Asie dut bouleverser tous les errements, contribuèrent à assurer la prédominance de la monnaie macédonienne. (I faut lire le savant ouvrage de M. Muller sur ta MumLsnuitii/ne d'Alexandre le Grand pour se faire une idée de cette prédominance. Aussi voyons-nous alors la décadence sensible de l'ancien style et de l'ancien système chez, les Athéniens.
Au contraire, Alexandre est mort : Athènes donne le signal de la guerre; elle rappelle Déinosthène, envoie partout ses députés, enrôle tous les citoyens au-dessous de quaraute ans, lève 5,ooo hoplites, f>oo chevaux, 2,000 mercenaires, équipe 4° galères à quatre rangs de rames et ion trirèmes. Léosthène, qui avait servi sous Alexandre, est mis à la tête de l’armée. Dam cet eflort généreux que Phocion essaya en vnin de ralentir, toutes les ressources furent employées : ni l’or ni l’argent ne manquèrent. Hurpalus, en excitant les Athéniens, deux ans auparavant, à se révolter, avait déjà répandu parmi eux une partie des 5,000 talents qn’il avait emportés d’Asie : le Parthénon vit fondre peut-être beaucoup des nombreuses of-, fraudes que l’on considérait comme une réserve toujours prête. En outre, depuis la domination macédonienne, le trésor avait dù se remplir, car ni l'entretien des flottes ni celui des troupes n'avaient dû l'appauvrir.
Ce fut donc un moment d'enthousiasme indicible que toute la Grèce partagea. Athènes se sentait libre, ardente; elle comptait retrouver sa puissance, ses colonies, ses conquêtes; ses (lottes allaient de nouveau dominer les mers, et l'Asie serait ouverte tout entière à son commerce.
(I est vraisemblable qu’au moment de cette, renaissance politique, les
(i) Voy. bedonnant. Notenr U rapport de Car S l'argent (R«=rur numirnt., Ili.5, p. Mj.
ty|>es monétaire furent eux-mêmes renouvelés. Pour féconder le commerce «jue l'on rêvait, pour se rouvrir les marchés, . pour payer les mercenaires étrangers, pour supplanter la monnaie macédonienne, il fallait rajeunir un type suranné. Le siècle d'Alexandre, plus épris de l'élégance que de la simplicité, préférait les tétradrachmes bien cou|iés, bien ronds, aux anciennes monnaies frappées au hasard («xü xixoujitvat). Athènes voulut avoir des pièces rondes à surface aplatie et d'un plus grand module. !,a chouette hérissée et la Minerve coiffée d’un simple casque que le siècle de Périclès avait maniées sans jamais se lasser, paraissaient, au siècle d'Alexandre, des sujets naïfs : à cette époque, l’aspect des monnaies change dans toute la Grèce. Athènes compliqua ses types, sans les changer, espérant ainsi concilier la faveur de la nouveauté avec la faveur des vieux souvenirs.
Je trouve sur les monnaies elles-mêmes des indications décisives, qui confirment avec une force singulière cette conjecture. Je montrerai plus loin qur sur l’amphore sont gravées des lettres qui correspondent aux tribus attiqnes. Or, si l’on excepte les premières séries, qui n’accusent point encore un système bien organisé, les lettres d’amphore sont au nombre de douze, et ne dépassent jamais le M. Tout le monde sait qu’il n'v eut que dix tribus à Athènes jusqu’à la conquête de Démétrius Poliorcète. Les deux nouvelles tribus /intipanis et Démétrius , créées en l'honneur de Démétrius et de son père, donnent une date précise : elles n’existent qu'après l'an J07 . Par conséquent, excepté quatorze ou quinze séries, qui n'ont point de lettres d’amphore et remplissent les dix-sept années qui précèdent pour remonter à la guerre ljamiaque, ces tétradrachmes de nouveau style sont postérieurs à l'établissement des douze tribus.
Ce n'est point par une vraisemblance historique toute arbitraire que j'indique la guerre I.amiaque et l’an lai comme la date de l'apparition du nouveau système. On verra plus loin comment la plupart des attributs symboliques placés dans le champ auprès de la chouette, concordent avec les événements qui se succédèrent! Athènes jusqu'à la fin du quatrième siècle. Je ne parle que des pièces à monogrammes, qui sont les plus anciennes et forment les premières séries, de l'aveu de tous les savants. Ainsi, la victoire de Téoathène aux Thermopyles, la prise d’Athènes par Antipater, l’administration sage de Démétrius de Phalère, les honneurs que lui rendent les Athéniens, l'arsenal qu’il fait construire au Pirée, le portique
LA DATE DES TYPES NOUVEAUX
dodérastvle qu'il fait construire à Eleusis par Philou, les bienfaits de Séleucus, ceux de Ptolémée envers les Athéniens, les blés que les rois envoient aux Athéniens, l’arrivée de Démétrius Poliorcète qui chasse les Macédoniens, les honneurs que le peuple prodigue à Démétrius et à son père en les proclamant dieux .sauveurs, les prêtres des dieux sauveurs substitués aux archontes, l'affranchissement de la ville après le retour offensif de Cassandre; chacun de ces événements parait se trouver traduit sur les monnaies athéniennes par un symbole, si toutefois on accueille les interprétations que je propose. Une telle coïncidence, se suivant presque année par année, ne justifierait-elle pas complètement mon hypothèse?
Des considérations accessoires, mais qui ne sont pas sans valeur, la confirment encore. D'abord on s'étonnera moins de voir Athènes conserver ses anciens types jusqu'à la mort d’Alexandre, lorsqu’on se rappellera qu'il existe des vases peints que leurs inscriptions font descendre jusqu'à cette époque (t), et qui offrant encore des dessins archaïques, quoique d’un style grossier. Ensuite, si l’on compare les tétradrachmes nouveaux d'Athènes avec les tétradrachnies d’Alexandre, on reconnaîtra que les premiers ont subi l’influence des seconds (a); qu’Athènes, par cette mode toute-puissante qui régit les arts d’une époque, a copié d’abord, puis agrandi le module des pièces d'Alexandre; qu’elle leur a emprunté le goût de la régularité et les liords amincis; qu’elle leur doit et les monogrammes et les petits attributs gravés sur le revers auprès du type principal; qu’elle détermina l'aplatissement progressif des monnaies que Sestini croyait propre à l'Asie Mineure (f) et que M. Lenormant attribue également à l'Europe (4). Nous avons vu plus haut (5) quelle fut la cause de cet aplatissement. Enfin, il n'est (vas inutile de rappeler que sur les monnaies de presque toutes les villes grecques le carré creux a persisté jusqu 'au commencement du quatrième siècle avant J. C., et même pendant les vingt premières anneés de ce siècle, fais monnaies qui datent de l'hégémonie thélraine en offrent eneore lestraees.
On remarquera, de plus, le présence de l’Hetde l'rt dans la composition des monogrammes; Kcklicl ne les veut introduire qu 'après la mort d'A-
(!) Un. orr»., ntl, p. Ut. M. Unorausl I montra m»l cb>D|c luit» [MrU. »»in. Il- pari., p. H),
que I arrhootat d Hcgésias et deCéphinodore, inscrit sur (3) Mu». Hedervtrian , I, p. 117les VHK, comc]dait avec les années 3 U et 313. (4) Numismatique des roi* grecs, p. t$. Cf. Muller,
[1} M- Leake suppose que les magistrats ont paru sur numismatique (CAtexcndre, p. 7 et S le* monnaies d Atln-ne* apres que te* Macédoniens eu- {») Voyei page M.
lexandre; ce qui s'accorde précisément avec la date que je propose. Si l’on s'attache à la fonne des lettres elles-mêmes, on ne trouvera le n et le Z qu'avec les barres droites et égales que Franz (i) place après la conquête romaine, i4C av. J.-C. Mais Franz lui-même signale le monument de l.ysicrate, qui est de l’an 387 (a), et où l’on voit le n avec les deux jambages égaux au lieu de P. Il retrouve, au lieu du P et du ï aux branches ouvertes, les formes n et Z dans une colonie athénienne, à Amphipolis (3j, dès l’an 357. Mais ces exceptions permettent seulement de faire remonter les caractères gravés sur les monnaies jusqu’à la mort d’Alexandre, et non pas jusqu’au siècle de Pcridès. D'ailleurs il suffit de comparer les caractères gravés sur les monnaies athéniennes et sur celles des successeurs d’Alexandre (4).
Enfin , la question du style étant décisive en pareille matière, je ferai remarquer combien le style des. plus beaux tétradrachmes du nouveau système est délicat, affaibli, combien les détails sont multipliés et visent à la décoratipn pompeuse, à l’effet, I,a tète de Minerve est charmante, mais elle est bien loin de la simplicité encore si noble qui avait survécu au siècle île Périclès. Ou conserve toujours une nuance d’archaïsme, mais la fermeté de l'expression a fait place à une douceur souvent banale; la profusion des ornements accumulés sur le casque donne à l’ensemble du médaillon quelque chose de théâtral. Déjà le style du siècle d’Alexandre ne se reconnaît plus dans cette oeuvre ; on sent que le style du siècle des Ptolémées approche; c’est du moins la transition, et l'art grec arrive, par une pente fatale, à la dernière limite du raffinement.
\ quelle époque les Athéniens cessèrent-ils de frapper des monnaies d’argent? Je ne puis le dire. Eckhel nous donne l'exemple de la réserve, et M. Cavedoni , qui descend jusqu’au siècle des Antonins, s’appuie sur des conclusions peu assurées (5). Il est certain qu’ils conservèrent l’autonomie sons tous les empereurs; mais j'ai peine à croire qu'ils aient, après le règne d Auguste, essayé de lutter contre le denier romain. Sur aucun tétra-
,1} Franz, Elément. EpègrapA., p. 149.
[3) Bœckh , C. I. 0-, n" 8i.
(3) IM. , n* 332.
(I) Le (ponr $) m trouve également sur le* monnaie» dwSéieucido» *1 de* Ptokincm : souvent c’est une simplification du graveur. Voyez les gomme* Villotson, Vftÿ. Enc , VII, 1. Il, p. 409',
(à, Memorte th rety. mtor., p. 33.’* M. Cavedum nie, pour prouver son assertion , une monnaie où il a lu AlONYCOt et ou il y a AIONY[Of[ENH£:.
Quant à PU) du nom de AlOA(t)PO£ (Mionnet, Suppl., o* i9),de*<*nd-it nécessairement sur les monnaies jusqu’au siècle îles Àntouiiw.’ Fr*W l'accepte de« |s lia* olympiade 'Elément a Fpqrnph., p. ^81). -
LA DATE DES TYPES NOUVEAUX
drachme je ne vois de symbole qui paraisse se rapporter à ce prince, qui fit beaucoup pour les Athéniens, qui embellit leur ville de monuments somptueux et donna l'exemple à son geudre Agrippa. Agrippa combla , à son tour, les Athéniens de sa munificence. Or l’on sait si ce peuple fut prodigue de flatteries envers ses maîtres et surtout envers ses bienfaiteurs. I,a sérié qui porte les noms de (Jartüchus et A' Erguclis, avec une proue romaine pour symbole accessoire, pourrait dater du temps de Marc-Antoine, ainsi que j'essayerai plus tard de le démontrer, et la grossièreté du travail classe cette série parmi les dernières. Eckliel, dans ses Prolégomènes (i), constate que la fin de la monnaie d’argent, dans beaucoup de villes, coïncide avec la fin de In république romaine. I.es visiophones cessent même avec Mare- Antoine le triumvir. Mais Athènes fut une ville privilégiée; les empereurs s'étudièrent à combler de bienfaits la capitale intellectuelle du monde ancien, lorsqu' A ntioche de Syrie, quelques villes de Crète, Césarée de Cappadoce, Aniisus, frappent de la monnaie d’argent jusque sous lesAntonins, qui oserait affirmer qu’Athènes n’en ait point frappé? J’en doute toutefois, car Pausanias, qui vivait sous Hadrien, dit que les mines du Lanrium étaient abandonnées depuis longtemps; et déjà Strabon, qui vivait sous Auguste, avait trouvé les Athéniens remuant les scories, rebut des siècles précédents, et s’efforçant d’en, extraire quelques parcelles d’argent par des procédés d'exploitation plus subtils. Il serait surprenant, d’ailleurs, de ne |>oint trouver des noms romains se mêlant peu à peu uux noms grecs, comme il arrive sur les monuments épigraphiques. Eu exceptant Quintus, personnage qui figure sur une série à titre de vainqueur ou de protecteur tout-puissant, je ne trouve qu'un seul nom romain, celui de Publius, sur les monnaies. Il appartient à un troisième magistrat, à un |>ersnnnage très-secondaire qui avait Sans doute obtenu ou acheté le droit de cité. Nous trouverions un bien plus grand nombre de noms romains s’il était vrai que les séries se fussent prolongées sous les empereurs. Athènes continua de renouveler sa monnaie de cuivre, et les types qu elle y grava ne sont pas les moins remarquables, non par le style, mais par le choix et la complication des sujets. la* rapport constant qui exista entre les types et les symltoles de l’argent et du cuivre, tant que l’on frappa de l’argent, a cessé à une certaine époque. Il
IM LES MONNAIES IV'ATHêNES.
est aise d 'en déduire que la monnaie de cuivre continua seule à être émise. Son style le montre, aussi bien que les ty|>es qui, dès lors, lui sont propres et qu'on ne retrouve |ioint sur l'argent. C’est ce qui prouve avec le plus de toere que l'argent cessa à un certain moment, et que, pendant de longues années, le cuivre subsista seul. On se servait des monnaies d'argent frappées pendant les sis siècles qui avaient précédé. L'état dans lequel nous retrouvons tant de milliers de pièces attiques nous avertit de la différence des tiururs antiques et des mnrurs modernes : l'argent circulait ou s'usait bien moins dans l'antiquité.