LA FABRIQUE
I rs qualités de la fabrication sont inégales et variables comme tout le reste, et les causes en sont aisées à démêler. I^a production des ateliers monétaires était considérable, et les moyens de production n’étaient point en rapport avec l'exigence des besoins. D'une part, la nécessité de préparer la lentille d'argent avant de la frapper pour qu’elle fût aussi ronde que possible, et l’absence de procédés mécaniques tels que le balancier, causaient de fréquentes erreurs ; c'est pour cela que l'on rencontre souvent des tétradraehmes avec une double empreinte surfrappée. D’autre part, la promptitude avec laquelle s'usaient des coins qu'on ne savait point tremper exigeait qu'ils fussent sans cesse renouvelés, et ils ne l'étaient pas toujours à temps; de là les dillërences les plus surprenantes à la même époque et dans la même série. On voit un coin, d'abord délicat et précis, aller peu à peu s'aplatissant, s'écrasant, si bien qu’il finit par ne plus imprimer que des contours épais, des reliefs insensibles et des ornements grossiers. On conçoit combien il est difficile, avec de telles conditions, de prendre la beauté des pièces pour critérium chronologique. Le hasard
(1} Loc. cit. IHradr«chnir»tl,Alrt»ndrcdf!*'cl 7* clam* VitMHitia-
(1) M Muller a trouvé I* mrmr moyenne pour le* p. S, ut suivante».
LE Tl THE, I.E POIDS, LA FABRIQUE.
toi
a voulu parfois que telle série, qui est d'une époque douteuse, ne nous fût connue que par un ou deux exemplaires à fleur de coin ; tandis qu'une autre série qui remonte peut-être au siècle des Ptolémées, ou même d’Alexandre, n est signalée que par des pièces sorties de coins usés et baveux.
En outre, il fallait un certain nombre de graveurs, au moment d'une émission considérable, pour renouveler les coins ou les rafraîchir tout le long du jour. Il n’est point vraisemblable que des artistes distingués fussent employés de la sorte chez les Athéniens. Une fois qu’un graveur habile avait arrêté, exécuté le premier tyj>e d'une année, il servait de modèle à des mains plus obscures qui le copiaient à l’infini, en changeant seulement les sigles ou quelques lettres des inscriptions monétaires. Pour ces raisons, le mérite si divers des diverses séries ne peut servir non plus de base chronologique , et les appréciations de style, chose déjà délicate et toute jiersonnelle, seraient une source d’erreurs.
On remarquera que les tétradrarhmes d’Athènes de la seconde époque n'ont |>nint encore été imités par les faussaires : du moins n'ai-je point vu d’échantillon suspect. I,a difficulté d'imiter un grand nombre de symboles et surtout de lettres, le prix modéré de ces pièces, ont découragé sans doute les spéculateurs ; mais en échange, dans l'antiquité, on a fabriqué un nombre considérable de tétradrarhmes fourrés. Certaines séries, et même certains magistrats dans cette série, en fournissent des exemples plus fréquents. Je citerai Polénion et Alcétès, qui ont le trépied pour symbole. Ce qui me fait croire que la peine de mort qui menaçait les faussaires n'effrayait point toujours des magistrats prévaricateurs; ou bien, car les deux hypothèses sont également vraisemblables, que les malheurs publics forçaient parfois l’Etat à ordonner cette falsification. I.e noyau est en cuivre; une mince feuille d'argent revêt le cuivre, appliquée avec tant d'adresse qu’il est souvent impossible de reconnaître la supercherie; car je ne suppose point que les savants consentent à imiter les barbares de l'Orient, qui entaillent les monnaies pour s'assurer qu'elles ne sont point fourrées. Il est un moyen plus respectueux de constater qu'un tétradrachme est fourré, c'est de le peser. J’ai reconnu, en général, que ces sortes de pièces pèsent de i.j à i/| grammes j et ne peuvent s'élever jusqu’à l5 grammes, à cause de la densité inégale des métaux sous un volume nécessairement égal. On a classé, au Cabinet de Paris, parmi les bronzes une
LUS MONNAIES D'ATHftNES.
lux
drachme qui a été dépouillée de sa feuille d'argent. I ,e enivre reste seul, bien frappé, avec les noms des magistrats très-distincts. Cela doit arriver quelquefois pour les tétradrachmes, qui n'en sont pas moins des documents scientifiques incontestables, car ils sont antiques, les uns copiés exactement sur les monnaies du temps, les autres sortis probablement des ateliers mêmes d'Athènes, avec le sceau de l’Etat.
LES MAGISTRATS MONÉTAIRES
.l'ai relevé sur les tétradrarhmes d’Athènes près de six cents noms de magistrats et d'officiers monétaires, sans compter les monogrammes dont le déchiffrement prête tant à l'imagination. Sur cette longue liste, «pii ne s'attend à trouver des noms historiques, des noms d'archontes, de stratèges . de grands administrateurs, en un mot, des dates illustres «pii pourraient aider au classement chronologique des monnaies elles-mêmes.'' Cependant, à quelques exceptions près, cette attente sera déçue. I.es magistrats monétaires, à Athènes comme dans bien d'autres villes, demeurent un problème. Eckhel le déclare lui-même (i), après les efforts que Corsini (a) et Spatiheim (3) avaient tentés pour reconnaître des archontes éponymes sur les monnaies attiques. Je ne parle point des idées du comte Winchelsea, qui voulait voir, non-seulement les noms, mais les portraits (sur les bronzes) des hommes célèbres (4). Mionnet, qui avait adopté aussi les archontes, semble être revenu plus tard de ce système (5), qui n'est, en effet, «pie trop aisé à réfuter. Quanti on voit Dioclès présider à la monnaie deux fois, trois fois, et nous en avertir par une inscription, il est manifeste qu’il ne peut être un archonte éponyme. On trouvera un certain nombre de magistrats monétaires qui exerceront aussi leurs fonctions à diverses reprises. Même quand des rapprochements de noms et d’époques se présentent, ils sont tellement rares, qu'ils prouvent l'absence du principe régulier et durable qu'ils semblaient promettre.
Si les Athéniens avaient marqué sur leurs monnaies la date de l’émission par le nom de l'archonte éponyme, ils auraient toujours conservé cette habitude dont j'avoue ne pas bien comprendre l'utilité. Il sera intéressant un jour pour les archéologues futurs de jiouvoir classer les mon-
(V) tUf» le Ttttrro Brtmnntro de tlsvin, 1. 1. p. IS7 et Aimante».
(i) Suppl., t. III, p. il t, en note.
(t) Docir mn. ret., t II, p. 113 (3) Fait. Att.s Disaert. XII, p. 3)1.
(3) De prsutant. et uftt numum. antiqnor . t f.p 693.
Il»
Maies françaises année par année; mais que nous importe aujourd’hui qu'une pièee porte le millésime de i8.fo ou de i85o? Ce qui nous importe, r’est qu'elle soit bonne. Je trois que les Athéniens pensaient de même; ils s’inquiétaient peu de savoir sous quel archonte leurs tétradraehmes avaient été frappés; ilss'inquiétaient beaucoup de découvrir quel officier monétaire le> fabriquait lions ou mauvais, et quels étaient les faussaires qu'il fallait punir. I .a question de responsabilité, si grave dans une démocratie jalouse, passait avant tout. C’est là, selon moi , le nneud de la question. Ce n'était point par honneur que des noms de particuliers étaient gravés sur la monnaie et circulaient par toutes les mains; c'était pour les faire punir à coup sûr. Dès qu’une pièce fausse était reconnue, fût-ce après plusieurs années, chaque citoyen voyait immédiatement quel magistrat il devait accuser.
I lorsqu'on étudie avec attention le système administratif des Athéniens, et l'étude est facile avec le beau livre de M. Boeckh , on est frappé des précautions compliquées et de la défiance dont sont entourés les magistrats. Non-seulement ils ont des assesseurs qui les redressent , des vérificateurs qui les surveillent , mais on leur donne pour agents subalternes des esclaves publics, parce que l’on peut mettre les esclaves à la torture, et découvrir ainsi les malversations. I. 'histoire intérieure d'Athènes nous apprend malheureusement que cette prévoyance injurieuse n'était point sans fondement., (Comment donc les magistrats qui étaient préposés à la fabrication des monnaies, qui maniaient des sommes immenses, et pouvaient j>orter un dommage si grand à la fortune publique, aux intérêts du commerce, à la gloire de l'argent attique, comment ces magistrats u’auraient-ils pas été entourés d'une surveillance plus étroite encore? Leurs noms et les noms de leurs surveillants sont gravés sur les tétradraehmes, les drachmes, les demi-drachmes elles-mêmes, comme une signature périlleuse qui garantit la pureté des pièces qu’ils émettent, sinon qui les expose il la mort; car telle était la loi.
Sur un grand nombre de séries on remarque trois noms, placés dans un ordre constant : le premier semble celui du magistrat politique, préposé à la monnaie, exerçant une lutute direction, responsable plutôt que compétent. S'il y a une place d’honneur sur las monnaies, c'est celle-là , car nous la trouverons occupée quelquefois par des personnages considérables, par le roi Mithridate, par Antiorhus, avant qu’il fût roi , par Aristion, tyran
LES MAGISTRATS MONÉTAIRES
d’Athènes, par Apellicon , son complice, par un personnage romain do nom de Quintus, par un Ammônius, un Thémistocle , descendants des plus illustres familles. Ce sont là des exceptions <jui même suspendent la tradition régulière et la combinaison des symltoles. Mais ces exceptions prouvent que le premier nom occupait la place la plus honorée et réservée à quelque magistrat considérable.
Le second nom semble, au contraire, celui du directeur spécial île la monnaie, du citoyen qui la prenait peut-être chaque année à entreprise , ou plutôt qui était désigné pour cette liturgie. Ce qui me ferait penser que c'était une liturgie, une fonction imposée, c’est l'annuité. Du reste, quand Démosthène tenait à honneur d'être commissaire pour l’achat des grains, il n'y avait pas moins d’honneur à être commissaire pour la fabrication des monnaies. I« symbole accessoire qui se trouve dans le champ auprès de la chouette, et qui change chaque année, appartient au second magistrat , paraissant et disparaissant avec lui. C'est pour cette raison, c'est parce que le symbole accessoire pourrait bien être le privilège, la propriété distinctive de l'hôtel des .Monnaies (Àpyupow .*««»*), que je regarde le second magistrat, auquel le symbole est attaché, comme le directeur spécial de la monnaie.
I,e troisième, nom varie jusqu'à douze fois dans la même série, lorsque cette série se trouve complète. Tant qu Athènes ne compta que dix tribus, beaucoup de magistrats dans l'administration |>ol itiqiae se comptèrent par dix, un par tribu. Ainsi, il y avait eu dix hellénotames, dix trésoriers de Minerve, dix agoranoraes, dix métronomes, dix apodectes ou receveurs, dix sophronistes ou insi>ecteurs des écoles, dix lùàvvw ou assesseurs des archontes, dixXo^aTxi ou contrôleurs , etc. , etc. Partout la division des tribus sert de base à la répartition des fonctions et des charges. Quand Je nombre des tribus fut porté à douze , après l'occupation d’Athènes par Démétrius Poliorcète (3oy av. J. C.), il y eut partout douze magistrats au lieu de dix. L'histoire intérieure d'Athènes ne nous est bien connue qu'avant l'époque où les deux nouvelles tribus, Déniétrias et Antigonis, furent créées. C'est pour cela que les modifications introduites par cette adjonction sont rarement constatées. Une preuve bien sensible toutefois, c'est l’augmentation du sénat des Cinq-Cents, qui fut porté à six cents membres, chacune des nouvelles tribus en ayant fourni cinquante, les douze magistrats qui occupent successivement la troisième place sur les
LES MONNAIES li'ATHKNK.S.
Hî
monnaies seront doue les inspecteurs de la monnaie, les contrôleurs nommés par les tribus, pu choisis à diverses reprises dans chaque tribu. Ils surveillent aussi bien le directeur de la monnaie que la monnaie ellemême, prenant leur part de la responsabilité, et la prenant individuellement; car ils n’exerçaient point leurs fonctions tous à la fois, mais tour à tour ; |>eut-ctre chacun avait-il son mois. Une lettre gravée sur l’amphore correspondait à chacun des douze noms et fixait leur rang à titre de chiffre. Un inspecteur avait l’A. et était responsable de toute» les pièces frappées avec son nom et I A ; un autre le B, et ainsi de suite jusqu'au M. Par cette raison , la lettre d’amphore suffisait pour les désigner sans que leur nom fût gravé sur la monnaie; aussi ne sera-t-on point surpris de voir le troisième nom manquer sur un certain nombre de séries. Les lettres gravées sur l’amphore les désignaient aussi sûrement qu’un numéro d’ordre désigne chez, nous 1rs prisonniers, les soldats, ouïes lycéens. On pourrait supposer, s’il fallait désigner lestroisièmes magistrats ou surveillants monétaires, que c'étaient les que nous savons avoir été préposés à l’intégrité des me-
sures i) : ils auraient pu veiller en même temps à la pureté des monnaies.
Knlin , et cela montre jusqu’à quel point la responsabilité s'étendait , on. gravait sons l’amphore deux lettres qui, selon toute vraisemblance, étaient une marque d’atelier. Hans le même édifice, dans l’ÀpyvpoitoTMÏo*, il y avait plusieurs ateliers : on en compte toujours quatre ou cinq à la fois en activité. Ces ateliers, qui produisaient simultanément, avaient leur marque distinctive, afin qu’on put reconnaître aussitôt lequel avait altéré le métal, lequel avait frapjié au-dessous du poids ou rogné les pièces qu’on lui avait confiées. Ic décret publié par Bœckh (a) montre quelles étaient les précautions prises pour l'intégrité des poids et mesures, quelles punitions menaçaient les prévaricateurs et les esclaves publics s’ils étaient infidèles. Que devait-ceêtre pour les momiaies?
Il y avait donc un système de responsabilité à tous les degrés parfaitement organisé, depuis le magistrat qui avait la monnaie dans sa juridiction, jusqu’à l'esclave public qui fondait lé métal ou frapjrait l’empreinte.
’ 0 Biuckh» Staati/u mmA. der Ath., I. p. 70. On pour* connus, par exemple les attributions tic ceux qu on ap rait encore wniter aux apodec(a, receveur* public», qui pelait xi.i si;*.. Voy ex, sur et
n-parlissaient U» fonds entre U?» différentes caisses aujet, Ahrens, de S/atu A ttona rum palUico , pai^ .>0 (/frùf.. p ?i&). Il c&t malheureux que certain* cotés de el 11. Cf. Rangahé, Antiq. Hellèn., n* S9t.
I 'administration athénienne ne nous soient pas mieux (î) C. I.G., lia.
LES MAGISTRATS MONÉTAIRES
On pourra se rendre compte de la nature des fonctions, de la qualité des noms figurés sur les monnaies, par une comparaison tonte moderne. Je suppose que sur nos pièces de cinq francs on veuille graver trois noms de fonctionnaires responsables à la façon des Athéniens. On mettrait en premier lieu le nom du ministre des finances, ensuite celui du directeur de la Monnaie, en dernier lieu le nom d’un des contrôleurs que l’Etat place auprès du directeur et qui essayent tontes les monnaies avant qu’elles soient livrées à la circulation. Enfin, deux lettres au bas du revers désigneraient un des cinq ou six ateliers qui divisent l’Hôtel des Monnaies, de quelque nom qu’on se plaise à les qualifier.
On m’objectera que l’exemple des rois grecs, d’Alexandre et de ses successeurs, devait inspirer aux Athéniens de tout au tics pensées; qu’inscrire un nom sur les monnaies leur devait paraître un insigne honneur. Kn effet, je suis persuadé que cela leur semblait un privilège royal, un acte de puissance souveraine, et c'est pour cette raison que ee peuple ombrageux ne voulait point y inscrire le nom de ses grands magistrats et des citoyens puissants. En plaçant sur les tétradraehmes des noms d’hommes obscurs remplissant des fonctions subalternes, il détruisait l’effet de l’exemple des rois, il avilissait à plaisir le droit que les rois s’étaient réservé et que le premier venu obtenait à Athènes, non connue une gloire, mais comme une charge et uu danger. I .a responsabilité contribuait à faire redouter un privilège qui avait cessé d’ètre désirable. Au contraire, quand un roi étranger, un usurpateur, un général vainqueur paraissaient, les dédicaces monétaires qu’on leur consacrait par flatterie ou par olwissanee reprenaient le caractère primitif des inscriptions royales. C’était un droit de suzeraineté honorifique, un privilège royal, mais cependant dans une mesure qui sauvegardait l'autonomie d’Athènes. On ne mettait point le génitif, signe de propriété, de possession : on ne disait point : monnaie itu roi Mith ri- (la te, du tyran Aristion , du général (pointus, ce qui eût été une marque d'asservissement politique, la-urs noms étaient inscrits au nominatif, ainsi que l’étaient les noms des magistrats monétaires; mais, comme on y ajoutait leurs symboles, on ne devait pas les trouver moins sensibles à tant de flatterie.
Je prendrais volontiers pour point de comparaison (d'autres (i) l’ont fait
:r, Amis. »*« r laDrtidm drr IMUnlur, I.XXXII, AeiriprbUtt. p
avant moi) les triumvirs monétaires de Rome. Ce n'étaient assurément ni des consuls, ni les citoyens les plus considérable». Leur nombre présente une similitude singulière avec le nombre des officiers monétaires d'Athènes, et, comme les triumvirs ne furent institués à Rome qu’au troisième siècle av. .1. C., selon une tradition généralement admise (i), on se demande jusqu’à quel point Athènes a pu servir de modèle aux Romains : le» lois de Solon n’ont-elles pas aussi servi de modèle aux décemvirs?
Je dois avouer cependant que le premier magistrat inscrit sur les monnaies reste encore |>our moi un problème, malgré les recherches auxquelles je me suis livré. J’ai d’abord interrogé en vain les monnaies autonomes des autres villes grecques qui portent des noms de magistrats. F.n Lydie, en Phrygie, à Chios, à Mélos, j'ai trouvé Y archonte ; en Ionie, en Eolie, en Mvsie, à Leslms, le stratège; à Rhodes, le à Pergame, à At-
tuda, à Cviné, le prytane ; en Ionie, en Lydie, en Phrygie, le ypcp|utt«i<. Mais dans des villes où le système monétaire n'avait rien de l'importance du système atlique, où le gouvernement n'avait point conservé les traditions, ou plutôt les réminiscences libérales du gouvernement athénien, malgré ses misères, on pouvait inscrire le nom d'un magistrat local sans que cela tirât à conséquence. Déjà sur les monnaies d'Alexandre frappées dans des v illes diverses, M. Mùller voit (a) des archontes, des stratèges, des prytanes, des directeurs de la monnaie, des employés même de l'atelier monétaire : il y a là trop d'indications opposées pour qu'aucune puisse s'appliquer à Athènes avec vraisemblance.
J'ai pensé d’abord au ministre des finances, au grand administrateur que l'on appelait tantôt Tofui; vît xi.lvt; irpooôjou, tantôt 6 iici Jouoim; tels furent Aristide, l’orateur Lycurgue, Habron son fils, Aphobétos, frère d’Eschine; on trouve encore un administrateur cité dans un décret de la taH* olympiade (3), et Démétriusde Phalère avait dû exercer des fonctions semblables sous le titre de impriment tt,{ itoTusk (4)- Mais qui peut dire si les révolutions qui bouleversèrent souvent Athènes pendant les siècles de sa décati) Ponapomu». de Ohq. Suris, $ IA à 33; Lydus, «ttan m.xi,tr*t »tn« juaqu’* cinq fois; j'ajooUrfti qui Hr MogistraUbut, 1, M, 45- M- Cavcdoni remarque que sur le* «éric» attiqu», il varie jusqu’* douze. {.Vemoru parmi Ire triumvir» monétaire», il q’jr a que L. Lici- di reüfkme, etc., Modrne, I. V, p. 341). ni us et Cn. Domititu que l’on pourrait rapprocher (1) IS'umismatàfUi d Alexandre U Grand, p. «J
strictement de» triumvirs athéniens : car ils gardent (3) ’Bfqpiptc ’Apx**®*®T’*ri* ■* *•
aussi ton» les deux la première place, tandis que le troi- (4) Ahren», De Statu Athenarum pottitco, p. 4P.
LES MAGISTRATS MONÉTAIRES. «15
dence, laissèrent subsister l’organisation des beaux temps («)? D'ailleurs ees ministres des finances, qui ne nous apparaissent qu'à de rares intervalles, étaient en fonctions pour quatre ans. Or, les magistrats monétaires étaient renouvelés chaque année, selon toute apparence, bien que nous n'ayons retrouvé encore que cent cinq ou cent dix séries pour un espace d’environ trois cents ans que remplit le nouveau style En tout cas, si l'on n'admet pas l'annuité (a), il est impossible d'attribuer à chaque série une durée beaucoup plus longue, par exemple de panathénées eu panathénées, puisqu’on aurait parce calcul une période de quatre ou cinq cents ans, qu’il faudrait étendre à mesure que de nouvelles séries reparaîtront.
J’ai cherché ensuite si parmi les Thesmothètes il n'y en avait point qui put être préposé à la surveillance des monnaies. I.es lhesmothèles jugeaient, en effet, les affaires de péculat, de faux, les procès relatifs aux mines : mais là s'arrêtent les inductions, car nous voyous que les falsificateurs des poids et mesures étaient traduits devant l'Aréopage (3). L’histoire ne nous fournissant aucun secours, il convient d'attendre de nouvelles découvertes. Le bronze avec le nom des thesmothètcs m’avait d’abord donné quelque espérance; mais, en y réfléchissant bien, j'ai cru qu’il ne fallait tirer aucune conclusion d’un nom inscrit sur une tessère, car cette tessère ne servait que dans les tribunaux ou dans les assemblées que les thesinotbètes présidaient. Ou pourrait encore songer aux questeurs du trésor de Minerve, puisque la monnaie était consacrée à Minerve, ou bien aux «pjrovTu toù «pyvpiov mentionnés par une inscription (4).
Enfin, pour donner à ceux qui voudraient tenter de nouvelles recherches toutes les indications qui m'ont servi à moi-même, je me suis demandé si les sacrifices que les magistrats athéniens offraient aux dieux ne | «outraient pas nous éclairer, par le rapprochement des symboles gravés sur la monnaie. Ainsi nous savons par Pollux (5) que l'archonte éponyme ré-
(1} Dr# U trouirme année de I* m* olympiade, on remarque, dan* un décret en laveur de Spartocu* et d'Audolêon (Botckh, Staatth., |. p, lift), que plu Rieur* magistrat* sont prépoaé* a la lois tut rr, dtetx^ett (Cf. Corpus tnur. frsrt., nMltd 113), tandis qu'au paravant. il n'y en avait qu'un «cul.
(r M Cavedoni, trouvant jusqu* neuf noms de troi- •ictucs magistrats dans une aeule aérie , cuppowt que cette arm durait neuf an» et plu* ; il pourrait dire
douée an», emr on trouve jusqu'à douer niagwtmls J'ai rrlevé prre de 110 aértrr; on voit, en multipliant no par rt , a quel chiffre d'année* conduit le uytléme de M. Cavedoni [Memorit dl retigitme, «or. r lut., rtc., Mo dene, t. V, p. 3431.
(3) tkeckh, G. I. O., 1. 1, n* I», $ U.
(4) barckh, C. I. G., I. I. n” I?. p I». C'eat l idro d* M. Cavedoni (/oc. cU., p. 344
>*i OuommUotm, VIH. 19.
lébrait les tètes île Bacchus (Dionysiaques) et d'Apollon (Thargélies); l'archonte roi présidait aux laénées, aux laimpadéphories, aux Mystères; le polémarque sacrifiait à Diane Agrotéra, à Mars, à Harmodius et à Aristogilon. Mais si l'on peut retrouver sur les monnaies des symboles correspondant à ces cérémonies religieuses, si l'on en trouve d'autres qui s accommodent aux sacrifices publics mentionnés par les inscriptions, sacrifices à Gérés et Daéira, à Bacchus, à la bonne Fortune, à la Paix, à Mercure Hégémonios, à Jupiter Olympien, à Jupiter Sauveur, à Jupiter Anitnon. à Ksculape, à Diane (Bendis) (1), cette étroite relation nous prouve que les sujets figurés sur les tétradrachmes sont empruntés aux croyances nationales, aux cérémonies les plus importantes du culte attique; mais je n'ai |>oint cru qu’ils fussent propres à nous éclairer sur la qualité des magistrats monétaires.
(I) 0 1 I»., ■•It7;0l. ÏCKkb, Slmtsh., dlr 4M., BcUa*H>, p. IIS et 13t.
LES SYMBOLES
L'interprétation des symboles qui figurent dans le champ , à droite ou à gauche de là chouette, est assurément l'étude la plus intéressante que présente la numismatique d'Athènes; c’est aussi la plus difficile, parce que l’histoire ne nous fournit que bien peu de renseignements : il n’y a même plus d'histoire pendant les siècles de décadence et d'onbli que les Athéniens traversent après le siècle d’Alexandre. Il est donc nécessaire, avant d'expliquer en détail ces symboles, de rechercher quel principe d’explication il convient d'adopter.
Des savants distingués ont présenté les commentaires les pins ingénieux sur quelques symboles qui avaient attiré leur attention. M. de Witte (i) et VI. Pnnofka fa) ont cru retrouver Vénus Colias et Séléné Charinautès; M. Cavedoni (3) a publié trente-sept séries où il pensait voir dans les sujets accessoires des allusions et des jeux de mots inspirés par le nom du premier magistrat. M. Rathgelter a donné douze tétradraehmes inédits du. Cabinet de Gotha, et, dans un Mémoire qui est excellent à plusieurs points de vue. il admet que les symboles ne sont autre chose que les cachets (4), que la répétition des sujets gravés sur les cachets des magistrats. M. A met h (5) et M. Muller (6) partagent cette opinion, que Corsini avait exprimée déjà d'une manière plus vague (7), en supposant que les symboles étaient «les signes ajoutés à plaisir par les archontes ou par les préfets de la monnaie.
Peut-être me suis-je fait une niée exagérée de l’importance et de la dignité de la science miinismatùpie. J’y ai toujours vu, fiilèle en cela du moins à l’exemple des maîtres, une branche auxiliaire de l’histoire et une mani-
(l) Nouvelle» Annale» de I Institut archéologique, 1. 1, p. 73. Revue numismatique, 1636, p. 166.
(?) Annale* de l'Institut archéologique de Home, 1640, p. 201
(1) Me* prie «U rrhg , t. V, p. 313. Bulletin de l'Inst. archcolog. de Rome, 1637, p. WH, et 1636, p. 116.
(4) Annale» de l'Institut archéologique de Roue, 1836, page 37.
(6) Wiener Jakrbûcher drr LU ter ai wr , I.XXXII , Anieigeblatt, p. 31 et suivantes.
(fi) Sumitmutufue d' Alfxandrr le Grand, p. 39. note •
(7) Fait, AU le.. Il, p. 140.
LES MONNAIES DATHÉNES.
feslation des croyances religieuses des anciens , mais non pas un système organisé de jeux de mots et de rapprochements tout fortuits. Pour les Grecs, la monnaie était chose sacrée : elle portait l’image des divinités les plus révérées; elle était le privilège de l'État, qui s’en montrait jaloux au point de décerner la peine de mort contre les faussaires. J'ai donc toujours cru qu'il fallait y chercher la représentation des mythes les plus chers à un pays, les événements les plus saillants de l'histoire de ce pays; et, comme les Athéniens étaient religieux et orgueilleux plus que tous les autres peuples, qu'il fallait surtout appliquer à Athènes un système d’interprétation grave et méthodique. Kckhel , avec sa concision pleine d'autorité, a dit depuis longtemps que les emblèmes accessoires se rapportaient aux fêles, aux rites sacrés et profanes des Athéniens (i). M. de longpérier reproduisait la doctrine du maître en affirmant que l'on peut « poser en » principe que, jusqu'à la prépondérance de Rome, la totalité des mon- •< naies ne porte que des types religieux sans exception (a). » Aussi M. de Y\ itte, en cherchant dans la religion attique le mythe de Vénus Colias, pour expliquer la série monétaire qui a pour magistrats Socrate et Dionvsodore, appliquait-il très-heureusement cette théorie, la seule scientifique.
En étudiant toute la suite de la numismatique d’Athènes, j’ai pu rencontrer des faits et des comparaisons qui ont néressairement échappé à ceux dont l’attention ne se portait que sur quelques points. Que MM. Cavedoni, Rathgcber, Arneth, Miiller, dont le mérite et la science m'inspirent le plus grand respect , me pardonnent donc si j’essaye de réfuter les opinions qu’ils ont publiées, I cur autorité même me commande de les combattre, d'autant plus que ces opinions sont contraires aux principes que professait l'illustre Eckhel et que professent les savants français.
Je reconnais que les interprétations de M. Cavedoni sont tout à lait propres à séduire. Hans les sujets accessoires qui se succèdent avec une variété infinie auprès de la chouette, il ne voit que des allusions étymologiques , homonymiques, rappelant des gloires de famille ou des gloires contemporaines. Pour amener ces allusions, M. Cavedoni joue avec les mots et déploie une érudition incontestable et un esprit délié, subtil, qui donne du piquant aux questions les moins attravantes; mais ce système n'est pas sans
(I) IhKl n wn. t*i , I. 11. p. ÎI J. (3) Roue archéologique, 1. 1. p. W.
LES SYMBOLES
dangers; il conduit rarement à la découverte d’une vérité scientifique; il entraîne même à de singulières erreurs. Je cite des exemples.
Il V a une série monétaire dont les magistrats sont Philoerate et Calliphon (et non Callon). (<eur symbole est ime Victoire tenant une bandelette. M. Cavedoni se souvient (i) qu’il v a eu en 485 (trois siècles plus tôt!), un archonte du nom de Philoerate, et qu'alors Eschyle a été vainqueur dans un concours de tragédie. I*a Victoire gravée sur le tétradrachine trois ou quatre cents ans plus tard rappelait, selon lui, que jadis un Philoerate avait eu la gloire de voir Eschyle triompher sous son archontat.
line autre série porte les noms de Métrodore et de Démosthèue, et comine symbole, une grappe de raisin. M« Cavedoni rapporte (a) que Métrodore, disciple d'Kpicure, professait pour unique maxime qu'il faut manger et boire du vin; il était de Campsaque, célèbre par ses vins. I -a grappe de raisin était donc une allusion à la maxime de Métrodore!
Nestor figure sur deux séries : ici, en première ligne, avec un cerf pour symbole; là, en seconde ligne, et le symbole est un vase. Sans chercher quelles sont les conséquences de ce changement de place, sans accorder la moindre attention à Mnaséas, collègue de Nestor, M. Cavedoni voit dans le cerf (3), non pas un attribut de Diane , mais un emblème de longévité; car le Nestor d’Iiomère était célèbre par sa verte vieillesse, et c'est son souvenir «pie les Athéniens ont rappelé! Quant au va9e, ce ne sera point le signe îles mystères de Cérès. M. Cavedoni voudrait même y reconnaître la coupe de Nestor, citée par Homère ; il le dit, mais en avouant «pie les épis liasses dans les anses «lu vase le retiennent.
fai Vénus Colias, que M. «le Witte a si savamment expliquée, est le symbole de Socrate et «le Dionysodore; elle tient les trois Grà«’es dans sa main. M. Cavedoni ne veut voir (4) que les trois Grâces, parce que'Socrate, sculpteur avant d'étre philosophe, avait sculpté les trois Grâces. Quant à la statue qui les porte, il y reconnaît un Apollon, et se demande pourquoi Socrate n'aurait pas fait quelque part un Apollon portant les Grâces? (.'oracle de Delphes, c'est-à-dire le dieu lui-même, l'avait proclamé le plus sage des hommes. Il n'en faut pas davantage j>our que M. Cavedoni mette
im
les Grâces dans lu main d'A|>ol)on, et suppose à plaisir une statue faite par le grand Socrate.
On connaît déjà la série qui a Polémon et Alcétès pour magistrats, et le trépied |K)ur symbole. M. Cavedoni n'a point oublié (i) qu'un Périégète, du nom de Polémon, avait déerit les offrandes consacrées dans V Acropole (c'est-à-dire les monuments de l'Acropole). Or, le trépied étant la plus ancienne forme des offrandes, un magistrat du nom de Polémon rappelait l’ouvrage de son bomonvme en faisant graver sur sa monnaie un trépied.
Sur la série d'Andréas et de Charinautès il y a un homme assis avec un sceptre; une Gérés tenant deux torches est debout auprès de lui M. Cavedoni pense à Andréas (a), premier habitant d’Orchomène. Qu’a de commun le premier habitant d’Orchomène avec les monnaies athéniennes? C'est ce qu'ignore M. Cavedoni : aussi ne présente-t-il ce rapprochement de noms qu'avec réserve, mais il le présente.
Je cite un dernier exemple. Diogène et Posidippe président à une série qui a |K)ur symbole une figure debout etdrapée. M. Cavedoni n'hésite point cette fois (3); il reconnaît bien le philosophe Diogène, il reconnaît son bâton. il reconnaît sa tasse à boire. Je dois me hâter de dire que M. Cavedoni n a eu entre les mains que des exemplaires mal conserves ; mais le goût des allusions l’a entraîné bien loin , car le Diogène est nu Bacrhus en costume chorégique , couronné de lierre; le bâton est un tliyrse, la tasse à boire n'existe pas. Je connais et j'ai examiné vingt-cinq tétradrachmes de cette série, j’en ai quatre dans ma collection , je viens d'en céder un par échange au Cabinet de Paris qui en possédait déjà deux ; je suis donc certain de ce que j'affirme. Tel est le danger d’un système qui réduit la numismatique à l'office de jouer sur les mots. Kckhcl lui-même a cédé une fois à cette tentation si naturelle. Dans cette même série de Diogène et de Posidippe, il y a un troisième magistrat, parmi huit autres, qui s’appelle Hestitetts (fcsnxù,;). Oubliant le premier et le second magistrat inscrits avant Hestiæus, Kckhel ne voit [dus que ce dernier nom , et au lieu d’un Barchus reconnaît pour symbole une fiesta (fcjri*) (4). l.ui-mème devait proclamer plus lard un tout autre principe auquel nous nous rattacherons étroitement.
(I) Lot. eu., p. 337. (3) tbiUem, p. 330.
(!) /$•<#., p JM (4) Cai. mux. Cxtar tindofoii., p. |l|
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Non que j'ignore combien les anciens goûtaient les allusions, an point qu’un jeu de mots donnait souvent à une ville ses emblèmes ou plutôt ses armes parlantes; Rhodes, Mélos, .Lgire , Mélitéa , Sélinonte et tant d'autres en sont la preuve. Bien plus, parmi les symboles que la religion présentait au choix d’un magistrat, s'il s’en trouvait un qui fût en rapport avec son nom et produisit un rapprochement d’idées , je crois qu’il le choisissait à dessein. Les Giees ont transmis le goût des allusions aux Romains, qui les ont poussées encore plus loin. I<es Athéniens les acceptaient surtout quand elles étaient nobles et rappelaient les services rendus au pays par des familles illustres. Si quelque. descendant de Thémistocle, par exemple, est inscrit sur les monnaies , on ajoutera pour symbole une galère et un trophée, souvenir glorieux de Salamine. Si c’est un Gallias , les deux torches de Gérés rappelleront que la dignité de dadouefue a souvent appartenu à cette puissante famille. Mais je vois peu d’équivoques véritables sur les noms des magistrats; encore l’équivoque doit-elle porter sur le second nom , puisque c’est à lui qu'appartient le symbole. Ainsi , quand je trouve un arc et une massue avec Héraclidès , le bonnet des Dioscures avec Agal /lippus, Plutus avec Charias, un héros tenant une couronne avec Cal/imochus , tous seconds magistrats, je suppose volontiers des allusions qui n’ont rien de forcé, et je ne manquerai point à les faire ressortir; mais j’userai avec discrétion du droit de torturer les mots et les idées pour obtenir à tout prix ce résultat. La science n’a rien à attendre de ces subtilités toujours contestables.
J'ai avanréque le symbole appartenait au second magistrat : les preuves abondent pour établir ce principe, qui renverse les combinaisons auxquelles le premier nom a seul servi de base. J'ai déjà dit que la règle cédait parfois à la prépondérance d’un roi, d'un tyran ou d'un grand personnage inscrit sur la monnaie. Aux raisons politiques il faut joindre une seconde cause d'exception, la mort ou l’interruption brusque d'une carrière par la maladie et par les révolutions. Je ne connais que trois exemples de ces accidents. Iæs chiffres gravés sur l'amphore et la succession des douze surveillants nommés par les douze tribus nous apprennent, en effet, que le second magistrat ayant été brusquement remplacé, rien n'a été changé ni dans l ’ordre des chiffres, ni dans le choix du symbole , ni dans la suite régulière des troisièmes magistrats. Ainsi , Eumaridès et Alcidamas ont pour svm-
bole Cérès dans un char traîné par des serpents. Aleidamas n'a eu pour troisièmes magistrats que Tlioinion, qui avait l’A, et Dionysius, qui avait le B ( peut-être comptait-il un antre assesseur avec le T, qui nous reste encore inconnu). Aleidamas disparait alors et est remplacé par Cléomène; mais le symbole est toujours Cérès dans son char, et la série continuant à se développer sans autre changement, Ménédème («irait avec le A, Démocharès avec l'E, Asclépiadès avec le Z, Métrodore avec l’H. I.éon avec le O et l'I (sans doute un des douze surveillants lit alors défaut >, Aristéas avec le K, Pyrrhicbus avec le M. Voilà hien le développement complet d'une seule série.
De même Métrodore a pour second magistrat Miltiade, dont le symbole est une grappe de raisin. Miltiade a sous lui Antiphanes, dont la lettre d'amphore est l'A ; Hermogène, dont la lettre est le B. A ce moment , il meurt ou disparaît. Dcmosthène le remplace dans ses fonctions, gardant la grappe de raisin, et voyant se succéder sous lui Pyrrhus avec le T, Archias avec l’E. Aristodème avec le Z, Callisthène avec l'H et le O, Théophile avec le K, Suiicythus avec le M. Ix- A , l’I et le A n'ont point encore été retrouvés. J’ai recueilli les noms d'Euclès, d'Eucrate et de Calliphon, qui ont eu chacun une de ces trois lettres; mais comme l’amphore est fruste sur les tétradraehmea où ils figurent, il faut attendre des pièces mieux conservées pour distinguer les lettres d'amphore.
Quant au troisième exemple, hien que le symbole atteste une influence étrangère , et que l'éléphant soit l’emblème favori d’Antiochus , on peut croire qu il appartient toujours au second magistrat, Nicogène, et que Nicogene I a choisi, ou pour plaire à son puissant collègue, ou pour plaire au peuple. Nicogène a donc pour symbole l'éléphant; au-dessous de lui on compte pour troisièmes magistrats. Antiloque avec l'A, Nicon avec le B ou le T (la lettre d’amphore est effacée). Nicogène disparaît : Caraichus prend sa place, mais rien autre chose n’est changé; l’éléphant reste, les troisièmes magistrats continuent à se succéder, Eirénaios avec le A, Kumachns avec l'E, Sarapion avec le ©, Eunomus avec l'I,- Scymiins avec le K, Hégémon avec le A. Je n’ai point retrouvé visibles les lettres d’amphore de leurs autres collègues liabron, Ménandre, Protogène.
Ces trois exceptions, ainsi expliquées, ne contredisent donc point le principe que je vais essayer de faire ressortir. La mort ou une brusque
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interruption de fonctions peuvent se présenter trois fois pendant le cours de trois cents ans.
Mais combien d'exemples, an contraire, ne pourrais-je alléguer pour montrer que, dans les séries complètes, régulières, qu'aucun accident ne trouble, le svmltole change avec le second magistrat, tandis qu’il devrait demeurer, s'il appartenait au premier nom, quand le premier nom demeure. Quiutns, par exemple, nous apparait an premier rang dans deux séries. Ici, il a (iléas |>our second magistrat, avec une ligure assise que couronne la Victoire pour symbole; là, il noms apparait avec Charias et deux épis. -Philorrate a-t-il (tour second magistrat Hérode, on trouvera dans le champ, auprès de la chouette, un Bacchus; a-t-il Calliphon, on trouvera une Victoire. Micion a-t-il Euriclidès pour collègue et directeur de la monnaie, les Dioscures sont figurés dans le champ ; a-t-il Théophraste, c'est la Victoire sur un quadrige qui remplace les Dioscures. Ménédème préside à deux séries, une fois avec Épi gène , l’autre avec Timocrate. Épigène a toujours pour symbole un Esculape debout; Timocrate, une Cérès assise. I.ysandre préside de même à deux séries : est-ce avec (llancus? voilà une cigale; est-ce avec OEnophilus? voici un pavot entre deux épis. Je citerai encore Eumélus, tantôt avec Calliphon et une déesse de l'abondance , tantôt avec Théoxénidès et une ligure nue; Diophante, tantôt avec Diodote et un Apollon, tantôt avec Kschiue et un sphinx ; Apellieon, tantôt avec Aristote et une Gérés, tantôt avec üorgias et un griffon ; Aphrodisius, tantôt avec Diogène et deux cornes d'abondance, tantôt avec Apolexis et une Victoire.
Bien plus, si tel premier magistrat préside à trois séries différentes, trois fois le second magistrat change et le symbole avec lui. J'omets Atmnônius, parce que les seconds noms sont abrégés et ne peuvent se restituer avec certitude; cependant, selon qu'il a Callias, Diogène ou Diotime (?) pour collègues, on voit dans le champ, auprès de la chouette, deux torches, une corne d’abondance ou un vase. Mais Dioclès est une preuve plus décisive. ï -es inscriptions, conçues-à la mauière romaine, nous apprennent qu’il exerce . ses fonctions pour la seconde, [jour la troisième fois, n t tù-ripo», và tfini. Dans sa première magistrature, Mélitidès est son collègue et le symbole est la Minerve de Phidias; dans sa seconde, Médéius lui donne poiir svmltole Hygiée nourrissant le serpent d’Esculape ; dans sa troisième, Diodore lui
Ht LES MONNAIES B' ATHÈNES.
donne un Ba colins assis, tenant le thvrse et le canthare. Quel exemple est plus propre à nous prouver combien le premier magistrat est étranger au choix du symbole ?
Je pourrais employer encore un autre mode de démonstration. Il est si vrai que le symbole appartient au second magistrat et non pas au premier, que l’on voit certains noms passer du second rang au premier, occuper deux places différentes dans deux séries différentes, sans conserver leurs symboles. Par exemple, Euiiiaridès, lorsqu'il est après Gtésias, a une A ietoire; s’il passe le premier et a sous lui Alcidamas ou Gléomène, la Victoire cède la place à Gérés sur son char. Charinautès, dans la série où il tient le second rang, a une Gérés debout et un Haerhiis assis ; dans la série où il passe au premier rang, il perd son symbole et Aristéas y substitue le sien, qui est une Diane Phosphoros. Nestor et Mnaséas se trouvent deux fois collègues, mais eu occupant tour à tour la première et la deuxième place dans chaque série. Quand Nestor est le second , il a le vase des mystères ; quand il est le premier, il perd son symbole, qui est remplacé par celui «le Mnaséas, — un cerf.
Parfois, cependant, il semble que le second magistrat, par égaixl pour son collègue, choisisse un symbole propre à le toucher, soit en faisant allusion à l’illustration de sa famille, soit en rappelant, par un sujet analogue, la série à laquelle il a «léjà présidé. C’est ainsi «pie Théoponqie, quand il a Thémistocle pour premier magistrat, fait graver sur la monnaie une proue de galère surmontée d’un trophée; tandis que Thérnistoele lui-même n’avait point osé le faire quand il était second magistrat sous Sotadès ; il avait choisi simplement la branche des processions, l'dfMufcni, craignant peut-être la jalousie du peuple. De même, llermoelès, par égard pour un premier magistrat, Déméas, qui avait déjà présidé à la série de Callicratidès, cherche un symlwlc qui rappelle le symbole de Gailicrntidès ; au lieu d’une Gérès-lsis, il prend seulement lu coiffure d'Isis, telle que la re|rrésentaient les Grecs à une époque de syncrétisme religieux et sous l'influence des idées égyptiennes. Par là, Hermoclès rapprochait «l’une façon sensible les deux séries sur Iraquelles le nom «Je Déméas était gravé.
Je n’ose presser davantage ces rapprochements, car je crains un danger contre letpiel le style et la fabrique «les diverses séries ne sauraient toujours nous prémunir : je crains que le même nom n’appartienne quelquefois à
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