‹ Les Monnaies d'AthènesChapitre 35 sur 114 · IÎ · texte numérisé non relu

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deux personnages vivant à une époque différente : dans ce cas, il faut s'abstenir de toute induction. Par exemple, il me serait facile de comparer la série de Dé met ri us et d’Agatliippus, qui a les lion nets des Dioscures, et la série de Démétrius et d’Hiéron, qui a un casque surmonté d'une étoile. f,e lien entre les deux symboles est bien clair; je pourrais donc appliquer à Démétrius les réflexions que j'appliquais quelques lignes plus haut à Déméas. Mais la fabrique et le style des deux séries n'offrent point assez de ressemblance pour que je ne les croie séparées que par un petit nombre d’années.

Du reste, je pense avoir cité assez de faits pour prouver que c'est réellement au second nom que le symbole est attaché; il sera facile de compléter ces citations et d'en vérifier l’exactitude en parcourant la suite de ce! ouvrage, où les séries sont classées par ordre alphabétique. Maintenant, quels motifs déterminaient le choix de ce second magistrat? Pourquoi préférait-il une représentation à une autre ? — Ici se présente le système de M. Rathgeber, que MM. Arneth et Millier ont approuvé, la-s magistrats faisaient reproduire sur la monnaie les petits sujets gravés sur leurs cachets. C'était une façon d’apposer leur cachet sur la monnaie de l'État , de la signer, de la garantir. Rien n’est plus simple que ce système : il dispense de chercher aucune explication pour tous les symltoles accessoires, qui ne dépendent plus que du caprice des particuliers ou de causes particulières. Selon l’auneau que le magistrat nouvellement nommé portait au doigt, on voyait paraître sur la monnaie un dieu, une tète de héros, un animal, une fleur, une scène plaisante, enfin une de ces innombrables compositions que les artistes grecs savaient produire avec une fécondité et une grâce merveilleuses. Je repousse de toutes mes forces le système d’interprétation qui réduit la numismatique à un rôle semblable. Que devient le caractère religieux, le caractère grave de la monnaie antique, à laquelle les cités attachaient une si grande importance? Tout est donc livré à la fantaisie d’un particulier? S’il porte à son doigt des sujets frivoles ou obscènes, on les verra donc paraître sur la monnaie consacrée à la chaste Minerve? D’autre part , maintes représentations que j'ai relevées sur les monnaies athéniennes, n’ont aucun sens sur l'anneau d'un citoyen, parce qu elles sont des commémorations religieuses ou des manifestations politiques. En outre, il est aisé de comparer les symboles monétaires avec les sujets de tant de mil-

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lier* de pierres gravés que possèdent les musées et le» collections : on en trouvera qui ne se rencontrent point sur les pierres et sont traités d’une façon toute particulière, propre à la numismatique.

D’ailleurs M. Rathgeber ne me semble pas avoir remarqué que le cachet du particulier et le sceau du magistrat sont choses toutes differentes. Dans In vie privée, les cachets et les bagues étaient d'un usage très-répandu, d’almrd comme parure et objet d'art : Démosthène avait cette passion, et Dinarque. son adversaire, lui reprochait (i) d’avoir les doigts chargés de bijoux; Vristote n’était pas plus sage en cela que Démosthène (a). F.nsuite, dans une société où les esclaves jouaient un si grand rôle, esclaves infidèles, gourmands, voleurs, il fallait que la demeure privée fut non-seulement bien surveillée, mais que tout y fut sous les scellés. Ces scellés, c’était le cachet du maître apposé sur les portes des caves et des celliers, apposé sur le couvercle des paniers et le col des amphores. C'est potir cela qu’une loi dr Solon défendait aux daclylioglyphes (31 de garder chez eux les empreintes des cachets qu'ils avaient gravés, afin qu’ils ne pussent se eopier exactement, ce qui eût favorisé les vols, .le ne puis dire si un genre de sujets plus familiers était réservé aux hagues des particuliers. Il semble que, dans le principe. des scrupules religieux empêchaient d'appliquer à des usages profanes l'image des dieux; car Pvthagore et scs disciples ne voulaient point qu’on portât au doigt la représentation gravée d'une divinité (4). Mais je crois que cette idée était propre aux pythagoriciens.

Mais quand le particulier était nommé à des fonctions |>oliliques, ce ■l’était point ce même cachet, gardien des richesses domestiques, qui était apposé sur les actes officiels; c'était le cachet public, le sceau de l’iitat. les choses se passaient dans les temps anciens à |>eu près comme de nos jours, lorsque les inscriptions (5) nous apprennent que le sceau public de Delos est apposé sur un décret en faveur d’un habitant d’Iliérapytna , et que ce décret est envoyé en Crète, nous ne doutons point que ce sceau, officiel, permanent, seul connu à l'étranger, n’ait toujours été préféré à celui des

(I) Dinardt-, w hemoti A., p. )t ?> Dtogi-ne de Laerte, V, i •3) Le même auteur. U b“.

(4i Ditètirmt (Jr l-aerlr, VIII, i, 17. Voyex sur cc sujet K Muse, /‘jrrÿo/Wri, p. 13».

( ») tttifUa, C | 0-, n° 1337. Daue un Irai le d'alliance

C. 1. Q., t II, p. «9fi, $ 1S ) fondu par la tille de Srayroe avec le» habitants de Magnésie do Sipyle, il est question, non paa du sceau public, mais du sceau particulier des magistrats et des négociateurs (ou comprend U cause de cette distinction). Voyn Polybe, VI, hi, et Letronne, iwrriffUuu du comté lufnu. X . 4, lab. 39

LKS SYMBOLES.

particuliers appelés aux charges, qui eût été obscur et sans cesse renouvelé.

Parfois le sceau d’une ville était, comme certains types des monnaies, une allusion au nom de cette ville : c'étaient des armes parlantes. Ainsi, Strabon rapporte (i) que, sur le sceau des Ixacriens H es périt ns , était gravé l’astre Hrspérus. Un vers d’Aristophajie (a) nous doit éclairer sur les moeurs publiques des Athéniens, car le comique fait dire à son vieux Demos , quand il chasse Cléon : « Et maintenant rends-moi l'anneau que tu portes; tu ne seras plus mon trésorier. » Cet anneau, qu’est-ce antre chose que le cachet public, privilège de certaines fonctions, et qui se transmettait avec elles? !>* vers qui suivent le font bien voir.

Il y a encore une objection qui n'est, point sans valeur. Puisque les magistrats monétaires exerçaient à diverses reprises leurs fonctions et changeaient notant de fois leurs symboles, ils auraient donc changé de cachets à chaque magistrature? Non-seulement on doit renoncer à voir sur les monnaies d'Athènes le cachet particulier des magistrats, mais ou peut v renoua eer sans regret. Où conduit, en effet, ce système? A ne rien expliquer et à écarter nécessairement toute explication tirée de l’histoire contemporaine , des fêtes religieuses, des traditions nationales; car les raisons du particulier qui choisit une bague cher, le marchand, et les caprices du sort qui fait élire ce particulier pour magistrat, ne s’expliquent point.

Pour moi, convaincu que, dans la numismatique ancienne, tout a un sens religieux et |>olitique, par conséquent un caractère public, j'ai cherché dans l'histoire et dans les rroyances des Athéniens la clef de ces nombreux symboles. I. histoire d’Athènes est malheureusement bien incomplète, je devrai» dire qu'elle est perdue pour nous, depuis le commencement du IIP siècle avant J. U.; cependant elle nous présentera des rapprochements précieux. I a religion est beaucoup plus connue, et nous ne serons point étonnés de voir souvent sur les monnaies un reflet des mystères d'Eleusis, car les mystères et les écoles devinrent la vie et la gloire des Athéniens déchus. I c choix des symboles était-il laissé aux officiers monétaires ou fixé par les chefs de la république? C'est ee que je ne puis dire; il semble, dans tous les cas, qu'on choisissait la cérémonie ou l’événement le plus saillant parmi ceux qui précédaient l’émission d’une série nouvelle. On remarquera surtout , je ne

(i)t Livre IX, p. «i«.

(î) Ckentlter*, v. 9*7, Comparn )i-oer* 9M-9H

m les monnaies d athênes

saurais as>e/. appeler l'attention sur ce point, on remarquera <pie toutes les divinités dont les images ou les attributs sont représentés sur les monnaies sont en communauté religieuse avec Minerve. Celles qui ne lui sont unies par aucun lien mythologique n’y figurent point. Je m'efforcerai toujours de Caire ressortir ce lien, qui nous prouve combien la monnaie était subordonnée au* idées religieuses autant qu aux idées politiques. Les emblèmes politiques échapperaient naturellement à cetteloi, et cependant nous verrons chaque fois par quel détour ingénieux les Athéniens parvenaient à les ramener à leur système favori, en les rattachant aux croyances nationales. Minerve, unité suprême de la religion attique, régnait également en souveraine sur les monnaies qui lui étaient consacrées : c'est ce qu'il ne faut jamais oublier lorsqu’on essaye d'en commenter les symboles.

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