‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 141 sur 230 · ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET

Pâle étoile du soir, messagère lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d'azur, au sein du firmament, Que regardes-tu dans la plaine ?

La tempête s'éloigne, et les vents sont calmés : La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère : Le phalène doré, dans sa course légère, Traverse les prés embaumés.

Que cherches-tu sur la terre endormie ?

Mais déjà vers les monts je te vois t'abaisser : Tu fuis, en souriant, mélanco’ que amie, Et ton tremblant regard est près de s'effacer. Étoile qui descends sur la verte colline, Triste larme d'argent du manteau de la Nuit, Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine, Tandis que pas à pas son long troupeau le suit, — Étoile, où t'en vas- -tu, dans cette nuit immense ? Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux ? Ou t'en vas-tu, si belle à l'heure du silence, Tomber comme une perle au sein profond des eaux ? Ab ! situ dois mourir, bel astre, et si ta tête Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux. Avant de nous quitter, 11 seul instant, arrête : — Étoile de l'amour, ne descends pas des cieux !

ROMAN CHAMPËTRE.

PAUL BILHAUD.

Près de chez nous, est un ruisseau

Auquel une planchette frêle

Sert de pont ; mais, l'an dernier, l'eau

Avait brisé la passerelle,

Et moi, ce jour-là justement,

Pour franchir le ruisseau, j'arrive.

Je vois la planchette lentement

Qui s'en allait à la dérive.

Un beau garçon passait par là,

Il s'arrête et se met à rire.

‘Pourquoi donc rire de cela ? ‘"

Ne puis-je m'empêcher de dire.

‘* C'est que je vois votre embarras, '’ Répond-il, ‘‘ mais laissez-moi faire.’ Et je passai l’eau dans ses bras.

Voilà comment je connus Pierre.

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Mais, de se connaître à s'aimer, Il n'est pas bien grande distance :

Le cœur éprouve, à se donner, Moins de peine que l’on ne pense, Depuis l’histoire du ruisseau

— Et pour le payer de sa peine — Nous reçûmes Pierre au hameau ; Il venait sept fois par semaine.

Ii était toujours attendu, Bien qu'on ne parût pas l’attendre :

Mon pauvre cœur était ému, Mais lui ne semblait pas comprendre.

I faisait, je ne sais pourquoi, Mille compliments à grand'mère.

Il ne m'en fit jamais à moi, Et voilà comment j'aimai Pierre.

Oui, je l’aimais bien tendrement !

Quant à lui dire : ‘‘ Je vous aime,"

Je n'aurais pas osé ; pourtant

Il le devina tout de même.

Or, un beau soir que sous les cieux

Nous nous promenions dans la plaine,

Sans parler, émus tous les deux

Il me prit la main dans la sienn:

Moi, je la retirai soudain :

Nous restâmes l'un près de l'autre :

Ah!" dit-il, ‘‘ je vous tends la nain.

Pourquoi me reprendre ja vôtre ?

C'est mal ce que vous faites là!

Seriez-vous donc méchante où fière ? ‘" — "Oh! non," lui dis-je, ‘‘.. gardez la

Voilà comment j'épousai Pierre

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